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Introduction

LA VIE DU VENERABLE SERVITEUR DE DIEU

VINCENT DE PAUL

AVIS AU LECTEUR (10 septembre 1664) (1)

Mon cher lecteur, j’ai à vous avertir en peu de mots de trois choses, sur lesquelles je vous prie de faire quelque attention avant que de vous engager dans la lecture de ce livre. La première, que la vérité étant comme l’âme de l’histoire, sans laquelle èlla ne mérite pas le nom d’histoire, mais plutôt de roman ou de conte fait à plaisir, vous pouvez vous assurer qu’ella a été très fidèlement et trésb exactement observée en celle-ci, tout ce que vous y lirez étant ou publiquement connu, ou appuyé de témoignagas de diverses parsonnes très dignes de foi, ou bien étant tel, que je puis vous certifier l’avoir vu de mes yeux ou entendu de mes oreilles, ayant eu le bonheur de connaître et de fréquenter M. Vincent durant un grand nombre d’années, et d’avoir même visité le lieu de sa naissance et ses plus proches parents dans un voyage que je fis en Guienne il y a environ vingt-cinq ans. ses entretiens, qui ont été en partie recueillis par quelques-uns des siens avec grande fidélité, et cela seulement sur les dornières années da sa vie, j’en ai usé de la sorte dans la pensée que je ne pouvais faire une expression plus sincère ni plus certaine de ses dispositions intérieures qu’en rapportant ce qu’il a lui-même dit, lorsque la charité l’obligeait de parler, et de découvrir quelquefois ce que l’humilité lui faisait ordinairoment cacher. En quoi son témoignage est d’autant plus digne de croyance, que tous ceux qui l’ont connu savent qu’il était très éloigné de tout esprit de vanité et do vanterie, et qu’une de ses plus fréquentes pratiques était de chercher l’abjection et l’avilissement de lui-même, disant et faisant volontiers dans les rencontres ce qui pouvait le rendre méprisable aux yeux des autres. Or, comme ce saint homme faisait ordinairement ces entretiens sans les avoir prémédités, parlant à ceux de sa compagnie sur les sujets qui se présentaient comme un père à ses enfants, on n’y verra pas tout l’ordre ni toute la liaison qui se trouveraient dans un discours étudié et préparé, néanmoins nous avons pensé que, les rapportant dans leur simplicité, le lecteur serait d’autant plus satisfait et édifié de cette lecture, qu’il y verrait plus naïvement dépeint le fond de l’esprit et de la vertu de ce grand serviteur de Dieu, sa bouche ayant parlé en ces occasions de l’abondance de son coeur. La seconde est que cet ouvrage semblera peut-être trop ample et trop étendu, et quelques-uns même pourront penser qu’il n’était pas nécessaire de s’arrêter à déduire beaucoup de choses particulières qu’on eut pu passer sous silence, étant assez de rapporter en genéral les principales et les plus dignes de l’attention du lecteur, Mais comme on ne peut pas bien juger des choses si on ne les connait que superficiellement ou en partie, on a cru que, pour bien faire voir la grandeur et l’utilité des oeuvres que Dieu a faites par M. Vincent, il était nécessaire de los rapporter plus au long et de les mettre en leur jour, et que ce n’était pas assez de les déduire sommairement et seulement en général, sans descendre au particulier. Au reste le lecteur considérera, s’il lui plaît, que ce n’est pas ici une pièce d’éloquence, ni un panégyrique, mais un simple récit de la vie et des actions vertueuses d’un sérviteur de Dieu, lequel ayant fait toute sa Vie une profession très particulière d’humilité, ce serait en quelque façon aller contre son esprit, défigurer cette vertu qu’il a tant chérie, que de la revêtir des ornements pompeux d’une éloquence mondaine. Le style dont on se sert en écrivant quelque livre doit toujours avoir un entier rapport avec le sujet qu’il traite, et on ne saurait bien réussir en rapportant les actions vertueuses des saints qu’en les décrivant avec le même esprit dont elles ont été animées. Enfin, mon cher lecteur, la troisième et dernière chose dont j’ai à vous avertir est que, pour me conformer aux ordres très sagement établis par le Saint Siège apostolique, je déclare que je n’entends, et que je n’ai aucun dessein de faire entendre à personne tout ce qui est rapporté en ce livre autrement qu’on a coutume de prendre les choses qui sont appuyées seulement sur le témoignage des hommes, et non sur l’autorité de l’Église : et que je n’emploia le titre de "saint" que je donne quelquefois à M. Vincent, qu’au sens que saint Paul le donne à tous les fidèles : ne voulant signifier autre chose, par cette honorable qualité et par toutes les autres semblables, sinon que ce grand serviteur de Dieu a été doué d’une vertu très éminente, et qui surpassait beaucoup celle du commun des chrétiens.

(1) La Vie du Vénérable Serviteur de Dieu Vincent de Paul. Paris Fl. Lambert, 1664.

APPROBATIONDE Mgr L’EVÊQUE D’EVREUX (1)

L’Eglise a longtemps soupiré, non seulement sous la cruauté des tyrans mais encore sous la honte des raproches que les prophètes ont faits à ses ministres, plusieurs siècles avant sa naissance. Ezéchiel s’est plaint de ce que les ouailles du Seigneur ont été dispersées, pour n’avoir point eu de pasteur, ou si le pasteur a été nagligent, Zacharie l’appelle une idole, puisqu’il est inutila à la garde de son troupeau, dont il a si lâchement quitté la conduite. Les Pères de la même Eglise ont gémi sous la considération d’un malheur si déplorable, et saint Grégoire de Nazianse, entre les autres, s’afflige et s’étonne da voir un berger qui souffre lés injures des saisons avec tant de persévérance, pour la sûreté du bercail dont il est le gardien, et qu’en même temps on trouvé dans la bergerie du Sauveur du monde des âmes qu’il appelle "logica thrémmata", des ouailles raisonnables, exposées à la gueule des loups, parce qu’il se trouve des mercenaires, au lieu de pasteurs, qui abandonnent lour salut dans l’excès de leur oisiveté. Mais enfin la bonté du souverain Pasteur qui veills sur son Église nous a suscité en la personne de Monsieur Vincent de Paul un ministre fidèle, tout rempli du zèle de sa gloire, et tout brûlant d’amour pour le salut des âmes. Il ne faut que lire cette agréable histoire de sa Vie, dont Monseigneur de Rodez est le digne écrivain pour en être persuadé. J’avoue que j’ai lu et relu plusieurs fois une partie des ouvrages tous remplis de doctrine et de piété, que ce grand prélat a donnés au public, et que je les ai étudiés avec admiration mais je dois exciter les fidèles à méditer ce dernier livre, qui ne peut être que très utile pour imprimer dans les cœurs les sentiments d’une solide et véritabla dévotion.

Donné à Evreux, le jour de saint Bernard, 20 août 1664.

HENRI Evêque d’Evreux.

(1) Henri Cauchon de Maupas du Tour (1600-1680) nommé Evêque du Puy en 1641, consacré en l’église des Jésuites, rue St Antoine, le 4 octobre 1643, par Charles de Montchal archevêque de Toulouse assisté de François Fouquet évêque d’Agde et Antoine Godeau, évêque de Grasse. Transféré au siège d’Évreux le 1er juillet 1661, décédé le 12 août 1680. (Gallia Christiana. II. 738 ; XI. 619)

APPROBATION DE Mgr L’ARCHEVÊQUE D’AUCH (1)

Nous Henri de La Mothe, docteur de Paris et archevêque d’Auch, déclarons avoir lu le livre intitulé : "La vie du vénérable sorviteur de Dieu Vincent de Paul", composé par Messire Louis Abelly, évêque de Rodez, dans laquel nous n’avons rien trouvé qui ne soit plein d’édification, et qui ne puisse servir d’exemple à toutes sortes de personnes, pour imiter un sujet dont les actions et la vie y sont décrites par l’auteur avec tant de force, de sincérité, et des couleurs si vives, qu’il ne faut qu’avoir eu le bonheur que nous avons possédé de l’amitié particulière et convarsation familière de cet admirable homme, pour le retrouver dans ce livre avec plus d’avantages pour le public qu’on n’eût pas fait dans lui-même, durant sa vie qu’il tenait cachée aux yeux des hommas, pour ne la découvrir qu’à Dieu seul : c’est pourquoi nous le jugeons très digne d’être imprimé et lu par tout le monde.

Fait à Paris, le 30 août 1664.

HENRI DE LA MOTHE Archevêque d’Auch.

(1) Henri de la MOTHE HOUDANCOURT, nommé au siège de Rennes en août 1639, consacré en janvier 1642 (Paris - Saint-Germain-des-Prés), nommé Archevêque d’Auch le 1er juillet 1662, décédé le 24 février 1684. (Gallia Christiana, I, 1008-1009, XIV, 763)