Rencontre des nouveaux arrivants
en Algérie

Chaque année, une session pour les "nouveaux arrivants" est organisée à Alger pour les quatre diocèses d'Algérie. Avec Dominion, j'y ai participé. Nous vous faisons parvenir le compte rendu à paraître dans le bulletin diocésain d'Alger, si vous voulez en savoir davantage sur un temps fort de l'Église en Algérie. Ensuite, nous vous partageons quelques réflexions  plus personnelles.

POUR CONNAÎTRE

Du 30 janvier au 1er février 2004, s'est déroulée à Alger la session des nouveaux arrivants. Elle est organisée chaque année par l'USMDA (Union des Supérieurs Majeurs des Diocèses d'Algérie). Elle vise avant tout à permettre aux nouveaux arrivants, membres de congrégations religieuses pour la plupart, de se connaître entre eux et à les aider à découvrir l'Algérie, son histoire et son Église.

Le groupe, cette année, compte 26 participants, venant de quatre continents : 3 d'Amérique Latine, 3 d'Asie, 1 du Moyen Orient, 10 d'Afrique et 9 d'Europe. Ils appartiennent à 11 congrégations différentes, ou bien sont laïcs, ou prêtre diocésain pour l'un d'entre eux (de Constantine). J'évoquerais encore la fourchette des âges, grande (des jeunes, certains mêmes encore en formation, et quelques soeurs à la retraite), pour souligner le caractère diversifié du groupe, qui en fait sa richesse.

Nous nous retrouvons le jeudi 29 au soir, pour nous installer et commencer à faire connaissance. Dehors, les rues d'Alger s'animent et se remplissent des manifestations joyeuses d'un peuple, fier de son équipe de football. Plusieurs interventions sont proposées et apportent quelques éléments de connaissance de l'Algérie. Comme premier regard, Thierry BECKER , prêtre diocésain à Tiaret, présente un «Aperçu sur l'histoire du christianisme en Afrique du Nord et en Algérie, des premiers siècles jusqu'à l'indépendance». Puis, Pierre LAFITTE, prêtre diocésain à Alger, aborde l'histoire de l'Algérie dans une lecture de son aujourd'hui : «Le passé laisse des traces chez les hommes et les femmes de ce pays».

Enfin, Claude RAULT nous expose «L'évolution de la Mission et de la Présence de l'Église en Algérie, de l'indépendance à nos jours». Il s'agit là des apports "théoriques" principaux, donnés sous forme de conférence et suivis de temps en carrefour pour une appropriation de la réflexion.

Comme l'histoire se vit au présent, nous accueillons aussi plusieurs témoignages d'aujourd'hui. "En direct", Jean Michel BEULIN , frère de la fraternité de Saint Paul, nous raconte son quotidien heureux à Boudouaou, comme une graine d'altérité. Dans son travail, particulièrement de soutien en français pour des étudiants, et sa vie de contemplatif au milieu de la cité (que le séisme de mai dernier a quelque peu modifié), se tissent chaque jour les liens de la rencontre. De même, Marie Claude RECEVEUR, Fille de la Charité, nous parle de son expérience, au service des malades dans la montagne, et nous partage sa foi ancrée dans l'aujourd'hui de la Bonne Nouvelle. Dominique LANQUETOT nous évoque sa vie à Alger, comme prêtre et secrétaire médical, et nous invite à nous laisser guider par l'Esprit Saint pour mieux vivre l'«être-avec».

De plus, au travers d'une vidéo, nous retrouvons ou faisons connaissance avec le frère Luc, moine de Tibberine, témoignage simple et poignant d'une vie donnée à Dieu et à un peuple. Le samedi, les animateurs de la session, Claude RAULT et Christian REILLE, ont prévu la visite d'un site de l'Église d'Alger. Nous nous rendons donc à la cathédrale, où Julien OUMEDJKANE, l'archiprêtre, nous guide et nous fait découvrir les beautés de l'édifice, ainsi que ses différentes fonctionnalités. Car la cathédrale est certes et d'abord un lieu de culte, mais elle accueille aussi une chorale pour ses répétitions, offre au Centre d'Information et de Documentation sur les Droits de l'Enfant et de la Femme ses locaux, et met actuellement à disposition une salle d'exposition pour deux artistes algériens. Nous passons ensuite la soirée avec Monseigneur TESSIER, qui nous confie son espérance.

Durant la session, nous partageons aussi la vie quotidienne à la Maison diocésaine, les repas, les prières et les célébrations, les temps de détente : autant de moments fraternels qui enrichissent les liens. Lors du bilan, ce sont de nombreuses paroles de joie et de satisfaction qui s'échangent sur la session. Joie et satisfaction quant au partage du vécu d'hier et d'aujourd'hui, de chacun, en des lieux et réalités si différents ; joie et satisfaction quant à l'accueil et l'organisation (quoique trouvée un peu chargée par certains). Des appels se font aussi entendre, appels à la confiance dans la prise d'initiative, appels à la clarification de la mission de chacun. Dimanche soir, les «nouveaux arrivants» se quittent pour retourner sur leur lieu de vie (et peut être manger une part du mouton de l'Aïd) et une majorité d'entre eux espère une autre occasion pour compléter cette première formation.

Durant la session, je ne me sens pas égaré d'autant qu'il y a neuf autres Africains. L'animation était vraiment géniale et les rencontres sympathiques, mais un programme vraiment chargé. Je suis en Algérie depuis quatre ans, et pourtant je connaissais peu de son histoire avant la session. J'ai pu découvrir le vrai visage de l'Église, qui m'a donné plus de peur. Ce qui est arrivé ne me donne pas envie de continuer. Avec la vidéo sur l'assassinat des moines et le témoignage des paysans, l'Algérie me paraît un pays de peur et de crainte pour l'Église. Il ne nous est pas possible d'exprimer librement notre religion, et je m'en trouve souvent égaré malgré tous mes efforts personnels avec les jeunes et adultes du milieu.

J'ai relevé une question pertinente : qu'est-ce que les Algériens attendent de nous, les religieux africains ? Quant aux Français, ils savent bien l'intérêt pour les visas et les devises. À vrai dire, je ne vois pas bien comment une Église, pleine d'Africains, pourrait cohabiter avec les amis algériens dans l'avenir.

Ma participation à cette session aura été pour moi l'occasion de découvrir et même toucher du doigt quelques réalités de l'Église en Algérie. J'en retiens trois.

À partir des rencontres et des discussions dans les carrefours, j'appréhende une diversité des situations pastorales. Déjà lors de mon séjour à Constantine avec Darius, je voyais combien la vie changeait d'une région à l'autre du pays. À Bordj El Kiffan, je me sens peu dépaysé quant à mes repères occidentaux (la distance la plus forte étant la langue). Alger et son agglomération portent partout des traces et influences de l'Occident, et cela se répercute sur le travail et la présence de l'Église. Les possibilités de participation à la vie de la cité sont élargies. Il n'en est pas de même à l'est ou au sud, et certains en expriment regrets et interrogations («que sommes nous venus faire ici ? qu'est-ce que l'Église en Algérie attend de nous, concrètement ? »). L'Église d'Alger, elle, espère des ouvriers pour une moisson abondante. En travaillant sur ce bilan, je note aussi que les congrégations religieuses représentent, pour l'Église d'Algérie, une chance et un défi. Une chance parce qu'elles lui mettent à disposition des disciples du Christ désireux de vivre sur cette terre. Vingt deux des nouveaux arrivants appartiennent à des congrégations, et venant avec leur spiritualité, leur expérience et leur culture propre, ils offrent aux diocèses des richesses. Pour autant, chaque Église locale doit aussi porter son identité propre, dans le mystère de la communion. Et les clergés diocésains d'Algérie n'ont pas de renouvellement (si peu). Enfin, je voudrais vous évoquer simplement un témoin. Bernard, petit frère de l'Évangile, est à Siddi Bel Abbès. Il est arrivé cet automne, d'Espagne, après avoir partagé la vie des Roms, en ex-Yougoslavie, pendant plus de quinze ans. Avec sa communauté et à la suite de Charles de Foucauld, il vit aujourd'hui auprès du peuple algérien, dans le désert, travaillant la terre et chantant Dieu accompagné de sa guitare. Il y a aussi du bonheur à vivre en Algérie.

NADJIBE DJIMNAROUM Dominion                        Frédéric PELLEFIGUE