Homélie des obsèques du Père Sylvestre Première lettre de saint Jean 3 14-20 ; Évangile selon saint Matthieu 25 31-40 “Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits... c’est à moi que vous l’avez fait.” Cette phrase de l’évangile de Matthieu nous parle plus intensément certains jours, et elle était le refrain et le souci de saint Vincent de Paul, à partir du moment où il a décidé de mettre le service des pauvres et des plus abandonnés au centre de ses préoccupations. Notre frère, André Sylvestre, en bon disciple de saint Vincent, l’a aussi mise en pratique très concrètement tout au long de sa vie et je suis sûr que beaucoup de ses amis, de ses confrères prêtres ici présents, pourraient raconter bien des anecdotes et des “fioretti” illustrant cela. Je voudrais simplement souligner deux aspects de cette vie toute donnée au Seigneur, à la suite de saint Vincent de Paul : “J’avais faim et vous m’avez donné à manger... j’avais soif et vous m’avez donné à boire... j’étais nu et vous m’avez habillé...” On dit quelquefois de quelqu’un qu’il est prêt à donner sa chemise. Le Père Sylvestre le faisait : je me souviens que certaines paroissiennes, qui sont sans doute là avec la chorale, avaient été vexées parce que, voulant que leur curé soit plus présentable, elles lui avaient acheté une belle chemise et un pull-over et, quelques jours plus tard, rencontrant quelqu’un qui en avait plus besoin que lui, il avait, sans hésiter, fait don de ce cadeau qu’il venait de recevoir. Et quelques temps après, lors d’une cérémonie à la paroisse il me disait : “Il faut que je mette aujourd’hui le costume que la chorale m’a payé, autrement je vais encore me faire attraper par ces dames.” Oui, il donnait largement et autant qu’il le pouvait à ceux qui étaient dans le besoin. C’était un grand apiculteur, je l’ai dit, et l’argent qu’il récoltait avec la vente du miel allait intégralement aux Missions extérieures de notre Congrégation ; ses amis le savaient et acceptaient bien volontiers de payer ce miel, de grande qualité d’ailleurs, un peu plus que le prix du commerce, parce qu’il avaient le sentiment de faire un bon placement et de participer à la mission. “J’étais malade et vous m’avez visité... j’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi...” C’était un autre souci du Père Sylvestre, là encore en bon disciple de saint Vincent, de se préoccuper de ceux qui étaient ou qui s’étaient isolés, de ceux qui sont seuls, de ceux qui ne venaient plus à l’église pour diverses raisons. Lors de ses déplacements, puisque j’ai eu la chance de faire plusieurs fois «le chauffeur», j’ai été témoin de ces visites impromptues à un vieil ami, à un confrère en froid avec la Congrégation ou avec son diocèse (un petit détour de 50 km, ça ne coûte pas grand chose !). Et sa bonté naturelle, sa diplomatie, faisait qu’il était accueilli à bras ouverts et que son sourire apaisait des plaies et des souffrances morales, même si bien sûr il ne pouvait tout résoudre et tout arranger. Bien de ces personnes qui portaient douloureusement une certaine rancœur vis à vis de l’Église ou de la Congrégation, étaient heureuses de rencontrer quelqu’un qui ne condamnait pas, qui écoutait, qui était simplement à leurs côtés et qui les portait dans la prière. Comme professeur de morale, il disait qu’il en avait entendu de toutes les couleurs, mais sans jamais rejeter ni condamner et en étant un témoin vivant de la miséricorde du Seigneur. Oui il a beaucoup consolé, redonné courage à des hommes blessés, et permis à beaucoup de continuer à avancer ou de reprendre leur marche en avant. “Chaque fois que vous l’avez fait...” Notre pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique «Dieu est amour» revient plusieurs fois sur ce passage de l’évangile de Matthieu et le remet au centre de la vie chrétienne : «L’amour de Dieu et l’amour du prochain se fondent l’un dans l’autre : dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu.» (Dieu est amour, § 15). Aujourd’hui le père Sylvestre a rencontré Dieu face et face et en vérité. Rendons grâce au Seigneur pour l’avoir rencontré dans notre vie et l’avoir connu. Que sa présence spirituelle continue de nous guider dans notre pèlerinage. P. Jean-Marie LESBATS , cm |