Obséques du Père Gabriel MIGAULT
Notre-Dame du Pouy Ouverture Nous voici réunis en cette soirée d’automne pour rendre hommage à notre frère prêtre Gabriel MIGAULT. Il venait d’avoir 91 ans le 26 octobre dernier. Il est allé rejoindre le cher Père Darracq dont il disait qu’il était le jumeau d’âge. Monsieur le Visiteur n’est pas là pour raisons familiales et nous acceptons son absence : son papa est au plus mal et il a même dû anticiper son retour d’Iran pour courir à son chevet. Nous lui devons notre prière qui va maintenant à notre cher disparu. Gabriel est né en 1913 à la Guerche de Bretagne (Ille- et -Vilaine). Il était le fils de Julien et d’Augustine Martin. Il avait une sœur Fille de la Charité. Il fit ses études secondaires dans deux de nos écoles apostoliques du début du siècle dernier, Beaupréau et Gentilly ; le 7 septembre 1931, il entrait au séminaire et émettait ses vœux perpétuels le 7 novembre 1936. Enfin le 2 juillet 1939, à la veille de la guerre, il était ordonné prêtre. Sans doute fut-il marqué par les événements. Le dossier provincial n’en dit rien. Mais on note une licence de théologie en 1946 à Paris et une habilitation au doctorat de la même matière en 1947 à Rome. Alors commença la valse des placements : professeur de théologie à Montpellier, ministère à Beyrouth, supérieur à Furn-el-Cheback, missionnaire au Bouscat, enseignant de philosophie à Nice, supérieur à Limoux, à Prime-Combe, chargé des sœurs à Toulouse, prêtre au secteur missionnaire de l’Isle sur Sorgues ! Pour être nommé finalement aumônier à la prison des Beaumettes en 1972 jusqu’en 1987... Puis passage discret à Vichy et aumônier à Montolieu. C’est en 1999 qu’il rejoint la résidence de la Mission de Dax. Il vient de nous quitter au matin de la Toussaint 2004 avec 73 ans de vocation. Un beau périple, une vie toute donnée, une vie disponible dans l’obéissance, la fantaisie des événements et les demandes des supérieurs. Reste maintenant pour lui surtout, son attachement au Christ. C’est en Lui que nous célébrons ses obsèques, sûrs que nous sommes de son amour pour chacun d’entre nous. Il est notre espérance et notre vie. Reprenons le constat de Monsieur Pouget qu’il a connu et estimé : «Dans le Christ, l’union est bonne»
HOMELIE du Père Jean-Pierre RENOUARD 1 Co 15,12.16-20 Chers Amis, Si une page d’Evangile devait être choisie pour la célébration des obsèques du Père Gabriel, c’est bien celle-là. Elle nous est familière et elle va bien à un fils de st Vincent de Paul qui a retrouvé la vigueur de sa vocation dans la foulée de Vatican II :
I. Avant tout, ce dialogue dit quelque chose de notre foi. Il est constitutif de notre credo. Notre vocation vincentienne aime contempler cette réalité et nous pousse à la faire nôtre : servir le petit, le dernier, c’est servir le Christ. Le père Gabriel a eu la chance de vivre cela à la lettre pendant 15 ans. Parmi tous les placements évoqués tout à l’heure, le plus important et le plus significatif fut celui de la prison des Beaumettes où il a rencontré Jésus en la personne des exclus de la société, soit qu’ils l’aient mérité, soit qu’ils l’aient subi ! Ils étaient pauvres et avaient droit, pour lui, au ministère ecclésial. Je le revois encore, heureux de nous partager ses fardeaux dans la discrétion qui s’imposait et nous confier ses intentions, dans les pauses dominicales faites dans notre Maison de Toursainte. Nous savions qu’il était en quelque sorte en situation privilégiée et nous admirions son courage et son équilibre qui lui permettaient avec beaucoup d’humour et de recul, de philosophie devrait – on dire, de connaître et d’accompagner des hommes voués à l’échec si le rayon de la foi ne leur apportait un rayon d’espérance ! Pour lui, aucun doute, il avait trouvé le raccourci qui lui donnait le Christ et il le gardait avec beaucoup de conviction, sûr de dire sa foi par le jeu des relations avec les méprisés de ce monde. Le plus émouvant dans la vie du Père Gabriel et pour nous qui l’avons côtoyé après l’événement, fut de vivre en direct la dernière condamnation à mort par guillotine ; il a accompagné Christian Ranucci jusqu’au bout et il a tout gardé pour lui, évacuant ses souvenirs par quelques jours de repos bien mérités et nécessaires après des heures particulièrement éprouvantes. Il sait tout maintenant sur l’identité de l’homme «au pull-over rouge» et du haut lieu où il l’a rejoint, il nous rappelle l’éminence de la vérité et de la sincérité. Par cette parenthèse carcérale au cœur de sa longue histoire de lazariste moyen, Gabriel nous interpelle : «N’oublie pas le vrais sens de ta vocation. Va aux nécessiteux et vis ta vocation de façon engagée. Il est bien de savoir, il est mieux de faire. Va ! Or sus ! ». Nous entendons notre fondateur : «Aimons-Dieu, mes frères, aimons Dieu mais que ce soit aux dépends de nos bras et à la sueur de nos visages». Cet impératif de st Vincent nous tire de tout embourgeoisement et d’une connaissance purement livresque ou intellectuelle. «Il faut courir aux besoins du prochain comme au feu». II. Alors la foi fait fleurir l’Espérance. Une vie hachée, coupée, morcelée par les exigences de l’Obéissance et telle qu’elle était conçue à l’époque, faisant fi des amitiés nouées et des sillons ouverts, peut trouver un sens ultime. Avec sa décontraction habituelle, sa bonhomie parfois bourrue, le père a accepté de suivre ce chemin chaotique. J’ai toujours pensé que derrière son apparente rugosité mâtinée par sa rondeur physique, il cachait un profond esprit de foi. A Montolieu où il a exercé son travail d’Aumônier au quotidien, il a su distiller aux sœurs malades ou à l’agonie, la patience et l’espérance dont elles avaient besoin ; merci à d’autres sœurs de le lui avoir rendu pendant sa retraite ici et ces derniers jours ! Il vivait une foi solide et tranquille – pour autant qu’on puisse en juger – à l’image de son granit breton qui lui faisait souvent revendiquer ses origines. Cette foi vigoureuse et souvent exigeante pour lui et pour les autres le fait déboucher aujourd’hui sur la Lumière. Le Christ Serviteur qu’il a servi se fait à son tout son serviteur. C’est là son espérance et la nôtre. Nous ne sommes jamais trahis par le Christ ; il fait ce qu’il dit ! Nous pouvons compter sur lui. Il nous redit pour le présent : «Je suis au milieu de vous comme celui qui sert.»( Luc 22,27) et pour l’avenir : «Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le dis, il se ceindra, et passant de l’un à l’autre, il les servira » (Luc 12,37). Ainsi nous ne sommes pas découragés, tristes, abattus. Nous avons toute notre espérance en Jésus Ressuscité. Sa résurrection annonce la nôtre et l’Eucharistie que nous célébrons l’anticipe ; il nous entraîne à sa suite et nous pouvons dire au frère qui nous quitte aujourd’hui : Au revoir, Père Migault !A Dieu ! Jean-Pierre RENOUARD cm
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