Homélie de Monseigneur Henri TESSIER 24 juin 2005 - Fête de la nativité de St Jean -Baptiste
Actuellement les « lazaristes » sont présents à Bordj el Kifan où ils assurent l’animation du secteur. L’un d’entre eux est aussi aux Glycines, et un autre, prêtre dans le diocèse de Constantine. Dans le passé ils ont joué un rôle important dans les diocèses d’Algérie, notamment dans la formation des grands séminaristes, alors nombreux, et dans le soutien des Filles de la Charité engagées en très grand nombre, alors, dans des services sociaux, éducatifs et caritatifs à travers tout le pays. Et ce soir il y a plus de lazaristes dans notre cathédrale que nous n’en avions accueilli depuis bien longtemps ! Ils sont ici avec tous les amis de Jordi pour se demander ensemble, devant Dieu, comme autrefois pour Jean Baptiste : «Que sera donc cet enfant - ce jeune serviteur du Royaume - ? Comment va-t-il donc préparer le venue du Seigneur dans ce temps qui est le nôtre et, au moins pour commencer, dans ce pays où Dieu l’envoie.» On le sait, l’engagement des prêtres de la Mission dans le diocèse va d’ailleurs prendre une nouvelle dimension puisque lors de sa dernière visite leur provincial qui est avec nous ce soir, leur a proposé d’assumer un envoi dans un second secteur du diocèse d’Alger, ce que nous avons accepté avec joie. Leur province aura donc l’an prochain deux équipes sacerdotales dans la région d’Alger. En plus de la présence à Bordj el Kifan, elle assurera aussi l’animation du secteur de Boumerdès. Elle prendra appui, pour cela, sur l’immeuble que nous avons pu acquérir dans cette ville grâce à la générosité de la Caritas italienne. Pourquoi ne pas l’appeler d’ailleurs, – c’est une simple suggestion – « Paroisse St Jean Baptiste » et garder ainsi pour toujours le souvenir de cette ordination en la fête de la Nativité de St Jean Baptiste. Avant de demander à Dieu, par les rites de l’Eglise, la grâce du sacerdoce pour Jordi je voudrais partager avec vous quelques aspects de la présentation qu’il m’a faite lui-même des circonstances qui l’ont conduit au sacerdoce en Algérie, pays où les chrétiens vivent au milieu de frères et soeurs croyants d’une autre tradition. Beaucoup d’entre vous le connaissent, mais ils ignorent peut-être les étapes antérieures de sa vie qui l’ont conduit à choisir le sacerdoce dans la famille vincentienne. Ses parents ont fait le voyage à Alger et vivent avec nous l’ordination sacerdotale ainsi que sa sœur, qui représente la fratrie. Ils sont quatre frères et sœur. C’est à sa famille que Jordi doit les racines de sa foi. Avec la première lecture on peut dire « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ». Mais Jordi souligne aussi la place qu’a tenu le mouvement scout, à tous les niveaux (louveteaux, scouts et maîtrise), et l’aumônerie du lycée, dans son engagement de jeune chrétien. Vient ensuite l’arrivée au Maghreb, région que Jordi a découverte lors de son séjour de coopération en Tunisie. Nous avons profité de ce stage puisqu’en arrivant ainsi en Algérie Jordi avait déjà de bonnes bases de connaissance de la langue arabe et de la culture maghrébine. Par ailleurs c’est aussi en Tunisie – mais en lien avec l’Algérie – qu’il a découvert la famille vincentienne, à l’occasion des visites qu’y faisait le P. François Hiss, alors lazariste à Alger et chargé de soutenir en Tunisie les Filles de la Charité. C’est ensuite, en France, qu’il a eu l’occasion de rencontrer notre ami Daniel Yazid et Frédéric Pellefigue, également ancien d’Alger. Grâce à eux il a pu faire pèlerinage au lieu de naissance de Saint Vincent de Paul, voyage qui eu une influence décisive sur son choix de la Congrégation de la Mission. A Paris, pendant ses études, d’ailleurs il avait aussi comme supérieur un autre ancien de l’Algérie « Jean Landousies ». La préparation intellectuelle de Jordi l’a aussi orienté vers la mission qui est la nôtre en Algérie. C’est pourquoi je dois aussi vous présenter les grandes étapes de cette formation. Avant de faire le choix d’une orientation vers le sacerdoce, Jordi a passé une maîtrise d’histoire. Et il a choisi, alors, comme thème de travail universitaire, celui de la relation judéo-chrétienne, participant, dans ce but, à un certain nombre de prières ou de rencontres au sein de la communauté juive de sa ville. L’attention à l’interreligieux a aussi tenu une place décisive, mais de façon différente, à la fin de ses études théologiques quand il a pris comme travail pour sa maîtrise une étude sur « le christianisme et les religions ». Nous aurons d’ailleurs à lui demander de nous faire un jour une présentation de ces deux expériences du dialogue interreligieux. La première lecture disait aussi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour ramener les rescapés d’Israël ; je vais faire de toi une lumière ( disons un serviteur) des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de le terre. » C’est donc avec cette expérience humaine et spirituelle spécifique que notre frère Jordi nous arrive et c’est dans ce contexte particulier que nous vivrons avec lui le don que l’Eglise lui a fait du sacerdoce. Son ordination sacerdotale est célébrée juste au moment où l’Eglise universelle est invitée à vivre l’année de l’eucharistie, en préparation au Synode des évêques qui se tiendra à Rome sur ce thème au mois d’octobre prochain. A la dernière conférence épiscopale à Rabat nous avons eu l’occasion de préparer l’apport de notre Conférence sur ce sujet. Et je voudrais citer avant de célébrer l’ordination de Jordi quelques passages de cette réflexion puisque les liens entre le sacerdoce et l’eucharistie sont très profonds. L’eucharistie, c’est la reprise par l’Eglise dans sa prière et dans son offrande de « l’unique sacrifice du Christ qui donne sa vie pour les autres. » Cette réalité sacramentelle est le cœur de notre identité chrétienne. Nous la célébrons dans l’eucharistie, en Algérie, en lien spirituel avec un peuple qui ne trouve pas ce mystère dans sa propre tradition. Ce mystère est pourtant secrètement présent en chaque être humain dont c’est la vocation première, « mise en oeuvre par des moyens que Dieu connaît » nous dit Gaudium et Spes (22,5). Comme les évêques de la CERNA le disaient à Rabat, ce mystère proprement chrétien « est parfois vécu inconsciemment, voire perçu, par des amis musulmans. Nous prenons ainsi davantage conscience de la valeur de l’eucharistie comme signe de communion avec l’univers entier ». Et la CERNA conclut cette réflexion avec une phrase reprise de l’encyclique de Jean-Paul II sur l’eucharistie : « Toute communauté aussi petite soit-elle, réalise que chaque messe, même célébrée de manière cachée et dans une région retirée du monde, porte toujours le signe de l’universalité » (Mane nobiscum 27). Ce sera avec cette dimension universelle que Jordi aura à célébrer l’eucharistie, comme nous le disons à la messe : « Offrons le sacrifice de toute l’Eglise pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde ». Voici donc le mystère qui est d’abord confié à Jordi par son ordination. En célébrant l’eucharistie, il célébrera ce qui est au coeur de toute vocation humaine, pour les chrétiens comme pour les autres : donner sa vie pour ses frères à la suite de Jésus. C’est le centre de toute célébration eucharistique, mais les symboles et les réalités liturgiques ne suffisent pas. Cette vocation sera aussi très concrètement au centre de sa fidélité sacerdotale. « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10,11). Et pour Jordi il lui sera facile de savoir ce que cela veut dire que de donner sa vie pour ses brebis. Il lui suffira de sa rappeler les engagements multiples et tout aussi prodigieux les uns que les autres de St Vincent de Paul, faisant face à toutes les pauvretés de son entourage et à tous les besoins apostoliques de son temps. Le sacerdoce que l’Eglise lui donne c’est celui du Fils de l’homme qui est venu non pour être servi, mais pour servir. C’est d’ailleurs déjà ce que signifiait son diaconat, lequel n’est pas supprimé par le sacerdoce ministériel mais assumé. L’un des titres du pape, n’est il pas celui de « serviteur des serviteurs de Dieu. » Un tel titre vaut aussi pour l’engagement de chaque prêtre auprès des baptisés dans sa communauté, et auprès de tous ses frères dans la société. Dans le livret que Jordi a préparé pour l’ordination, il a écrit cette phrase qu’affectionne la tradition vincentienne : « Dieu m’a envoyé pour évangéliser les pauvres ». « Suivre le Christ évangélisateur des pauvres ». Et comme prêtre vivant parmi des croyants non chrétiens, il a l’obligation spirituelle de dépasser continuellement le cercle limité des baptisés déjà rassemblés pour rejoindre tous les frères que Dieu nous donne à rencontrer et à aimer dans le pays de notre envoi et de notre adoption. Hier au soir, à Bordj el Kifan, c’était bien des représentants de tout le peuple qui étaient autour de Jordi. Célébrons donc maintenant ensemble ce don de Dieu et cette mission pour tout le peuple. + Henri TEISSIER |