Jean-Yves Ducourneau, aumônier militaire
Au Saint-Michel, le café fume à peine et ils sont déjà tous là, les soldats de la Compagnie de commandement et de soutien (CCS). assis en train de beurrer leurs tartines ! L'ambiance est détendue à ce petit-déjeuner qui précède le rassemblement compagnie et la séance quotidienne de sport. Muscles saillants, coupe au carré et débardeur régimentaire. Le père Ducourneau ressemble à s'y méprendre à un militaire d'active... et surprend ! Excepté les "bonjour Padre !" qui fusent à son attention à chaque entrée dans la pièce. Il est impossible de le reconnaître au premier coup d'il ! Loin de certains, clichés éculés concernant les prêtres, les aumôniers militaires quelle que soit leur confession religieuse se montrent parfois aussi atypique que leurs ouailles. Exemple à l'appui avec le parcours singulier de cet enfant de troupe, sous-officier devenu prêtre puis aumônier militaire. Vocation tardive A quarante-trois an, le père Jean-Yves Ducourneau a deux passions "terrestres" : l'haltérophilie et l'animation musicale. Deux vecteurs d'approche pertinents de la population militaire en opérations extérieures. A le voir soulever la fonte dans la salle de musculation, au milieu des autres soldats, et "baratiner" au micro le samedi soir, on comprend rapidement quelques raisons de sa popularité. Une faculté d'intégration qu'il doit a ses qualités de cur et d'écoute mais aussi sans aucun doute il l'expérience qu'il possède déjà du milieu militaire. Car "avant d'être dans les ordres, j'étais sous les ordres !", précise le padre avec amusement. Pendant sept ans, il sert au sein de l'arme du matériel comme sous-officier : "avant, j'étais dans le matériel maintenant, je suis dans le spirituel". achève de plaisanter le père Ducourneau. Après des études secondaires au Lycée militaire du Mans, l'enfant de troupe s'engage en 1978 à l'École de spécialisation du matériel de Châteauroux. A l'issue, il est affecté à l'École supérieure et d'application du matériel de Bourges, d'abord au secrétariat de la chancellerie avant de prendre les fonctions de gérant du Foyer jusqu'en 1982. Puis il fait son baluchon et s'envole pour Djibouti, sur la presqu'île du Héron, où il officie comme comptable matériel. Il est ensuite affecté à la Librairie des armées, à Pussay (Essonne), comme responsable de l'ordinaire et gérant du Foyer. Là-bas, l'envie lui prend de maîtriser le langage des plantes tropicales et il passe un diplôme d'agronomie tropicale par correspondance. Parallèlement, il fait la connaissance d'un prêtre qui l'amène à s'interroger. Issu d'une famille catholique peu pratiquante. Il se revendique de formation humaniste : "Je m'intéressais énormément à l'histoire de la pensée et aux grandes questions existentielles." Puis. il quitte l'armée... et après une période de réflexion au cours d'une mission pour une congrégation missionnaire africaine, en 1985, à la frontière guinéenne, en pleine brousse, il décide de rentrer au séminaire de Lyon. Au service des militaires Après deux "années de discernement" et une année spirituelle à Dax. Ce passionné d'analyse transactionnelle étudie ensuite quatre ans à Paris. Chez les Jésuites d'abord. puis chez les Sulpiciens, et y obtient sans difficulté une licence de théologie. Parallèlement à ses études. Jean-Yves Ducourneau effectue une "insertion pastorale" dans une équipe d'aumônerie uvrant pour les gens de la rue (prostituées. sans domicile fixe ... ). Ordonné prêtre à Paris, dans la Congrégation de Saint-Vincent de Paul en 1994. Il aura consacré six années d'études an séminaire. Le père Ducourneau est alors envoyé à Cahors (Lot) où il poursuit sa maîtrise de théologie et s'occupe d'une paroisse de quinze villages. Pendant deux ans et demi, cet "humaniste" s'investira aussi comme aumônier à la maison d'arrêt de Cahors. Des aumôniers : en 1996, lI'armée en manque cruellement et lance un appel aux congrégations. Ancien militaire, il se porte volontaire, Le père Ducourneau rejoint ainsi l'École nationale des officiers de réserve du service de santé des armées (ENORSSA) de Libourne et y officie jusqu'en 1998, date à laquelle il opère un changement d'armée et part s'installer à Mérignac, sur la Base aérienne 106. Parallèlement, il poursuit son activité à la Congrégation de Dax. Conférences, prédications, écriture : un emploi du temps de ministre sans profiter de l'apparat... Vu de pauvreté oblige !. L'aumônier militaire a pour mission d'assurer la présence de l'Église dans l'enceinte militaire et d'accompagner ceux qui le souhaitent militaires et familles dans les grands moments de lit vie. Plus que d'autres, le militaire est en effet souvent confronté à des situations de détresse extrême, côtoyant parfois la mort. Cette spécificité est la raison d'être de l'aumônerie militaire. "Il est donc nécessaire d'être avec les militaires et de participer à la vie courante", explique le Padre. "Un aumônier qui s'isole est un aumônier inutile." Et de poursuivre : "Nous sommes au service des soldats. Nous ne leur apportons pas seulement un soutien spirituel. Mais aussi et surtout un réconfort moral." Un lieu d'accueil. convivial. voire familial, voilà comment le père Ducoumeau définit sa chapelle. Une chapelle dans laquelle il ne s'enferme pas toujours prompt à arpenter les compagnies, à participer aux diverses activités allant jusqu'à monter une sono pour animer les soirées et assurer la messe, bien entendu ! Il réussit même depuis deux mois le tour de force de faire sonner les cloches sur le camp de Naqoura ! Disponible et chaleureux, le père Ducourneau constitue assurément un appui au commandement ! Ltn
Garance GASCON
Pour en savoir plus
Article de TIM n°143 - novembre 2003, pp. 60-61.
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