MAX COCOYNACQ cm
Voici l'homélie du Père Christian SENS : HOMÉLIE POUR LA CÉLÉBRATION DES FUNÉRAILLES «Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? J’en ai la certitude, ni la mort ni la vie, ni le présent ni l’avenir… rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ Notre Seigneur». «Qui pourra condamner ? puisque Jésus-Christ est mort ; plus encore il estressuscité». Dans ce passage de sa lettre aux Romains, saint Paul témoigne avec force de sa foi et de son espérance ; foi en l’amour vainqueur, rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ ; foi et espérance en la vie, que rien, pas même la mort ne peut mettre radicalement en échec. Ce texte, Max Cocoynacq l’avait choisi, il y a quelques années, alors qu’il était hospitalisé dans le service des urgences de l’hôpital Saint André, à Bordeaux, en raison de graves problèmes cardiaques et qu’il recevait le sacrement des malades. La foi et l’espérance dont témoigne Paul l’habitaient profondément. Et depuis lors, il vivait l’expérience de l’abandon et du détachement, se disant prêt à mourir en paix, lorsque l’heure viendrait. Il savait que l’on ne s’approprie pas sa vie, parce qu’on la reçoit, comme Jésus a voulu la recevoir de son Père, pour la rendre. L’heure est maintenant venue, pour Max, d’accomplir son passage, avec le Christ, dans la Pâque du Christ, de ce monde au Père. Il nous a quitté sereinement, en paix, prêt qu’il était à honorer cet ultime rendez-vous de la vie qu’est la mort. Mais cette mort, sa mort, celle d’un frère, d’un oncle, d’un proche, d’un ami, nous bouleverse et nous attriste profondément. Elle nous renvoie à notre propre mort, un jour, lorsque l’heure viendra pour chacun de nous. Et il nous faut maintenant accomplir un travail de deuil pour accepter son absence. Un travail qui sera plus ou moins douloureux ou difficile selon les liens que nous avions tissés avec lui, mais un travail nécessaire pour avancer et poursuivre notre route sans lui, même s’il demeure présent, mais autrement, dans notre mémoire. Au cœur de notre tristesse, le témoignage de l’apôtre Paul vient inscrire une parole de foi et d’espérance. Laissons la retentir en nous. Le Christ est mort ; plus encore il est ressuscité. La vie a vaincu la mort, parce que le Christ nous a aimés à en mourir. Alors rien, pas même la mort ne peut mettre en échec, de manière radicale, le dessein d’amour de Dieu, le don de la vie dont les chrétiens nomment la source : Dieu. Oui, nous croyons que dans la mort même, Dieu donne la vie, la vie éternelle. Saint Paul affirme encore dans une autre de ses lettres que si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine et nous sommes les plus malheureux des hommes parce qu’ayant misé notre vie sur une illusion. Sa foi en la résurrection le conduit même à écrire que si les morts ne ressuscitent pas, c’est que le Christ lui-même n’est pas ressuscité. La foi de Paul est la foi de l’Église, des chrétiens ; elle habitait et animait Max. Que nous soyons croyants ou non, la mort demeure un mystère qui nous provoque à nous interroger sur le sens de la vie, le sens que nous donnons à notre vie. Une vie réussie n’est pas une vie que l’on s’approprie pour la mener à sa guise ; elle risque alors d’être sans horizon. Une vie réussie est une vie risquée avec et pour les autres, une vie où l’on apprend chaque jour à aimer parce que seul l’amour porte la vie. Le Christ nous a aimés jusqu’à en mourir et nous ouvrir ainsi, à sa suite, au travers de sa mort, un chemin vers le Père, vers la vie, vers la résurrection. Max était prêtre, lazariste. Il avait fait le choix, sur les pas de Vincent de Paul, de suivre le Christ évangélisateur des pauvres, dans la Congrégation de la Mission. L’Évangile que nous avons entendu est pour nous, lazaristes, un des textes fondateurs que Vincent de Paul aimait reprendre et commenter. Il invitait les missionnaires à suivre le Christ envoyé par le Père pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, proclamer aux captifs la libération, aux aveugles le retour à la vue, aux opprimés la liberté. Une proclamation à faire en paroles et en actes. À sa manière, et il le disait volontiers, Max avait conscience de participer à cette mission, à ce service de l’homme, de par sa formation et son travail d’analyste. Il était passionné et il pouvait de ce fait apparaître parfois provoquant dans ses propos ou son questionnement. Il ne provoquait pas par jeu, mais pour débusquer les slogans, les idées reçues, les conduites et les pratiques dont il percevait qu’elles pouvaient être enfermantes et destructrices ou conduire vers la confusion, sans respect de la distance, de l’altérité et de la différence. La rigueur de ses propos n’avait d’autre but que d’inviter à faire la vérité, à reconnaître les chaînes qui empêchent d’avancer, à faire la clarté en soi pour donner sens à sa vie, à se libérer de liens pour se construire et advenir comme sujet libre et responsable. Son diagnostic pouvait être parfois sévère, mais il n’était jamais un jugement ou une condamnation, parce qu’il avait trop la passion de l’homme debout, libre et responsable. Que d’heures n’a-t-il passé à écouter, depuis 1970, après cinq ans de ministère dans le secteur pastoral de Port Saint Louis du Rhône, pour que soit libérée la parole, que s’ouvrent des yeux et que des liens soient dénoués. Passionné et rigoureux, il l’était tout autant dans cet autre volet de son engagement que fut la formation des futurs prêtres pendant 25 ans à Bordeaux et la formation continue des prêtres, des religieuses et des laïcs. Théologien moraliste, il voulait que le discours de l’Église, le discours de la foi ne soient pas des discours clos, interdisant tout dialogue avec les cultures contemporaines. Il acceptait mal que soit trop vite brandi l’étendard des traditions pour justifier des discours fermés, figer des pratiques et limiter ou freiner la recherche intellectuelle. Il était pourtant respectueux des institutions, mais en demeurant libre, sans s’y assujettir comme à des absolus, parce que Dieu est le seul Absolu, nous libérant de toutes les idoles et des faux absolus. Permettez-moi en terminant de témoigner à titre personnel, parce que j’ai travaillé avec lui pendant 23 ans, au Séminaire Interdiocésain de Bordeaux, que Max était un ami fidèle, sur qui l’on pouvait toujours compter, avec une grande capacité d’écoute et d’ouverture aux autres. Je sais aussi qu’il a souffert, mais avec dignité, en raison de ses problèmes de santé bien sûr, mais aussi d’incompréhensions et de décisions qui l’ont blessé. Mais rien ne pouvait l’empêcher d’aller de l’avant, chercheur de vérité, passionné par tous les domaines de la vie et de l’histoire : politique, social, culturel, ecclésial… Chercheur de Dieu et de l’homme, Max maintenant rencontre face à face le Christ qu’il avait choisi de suivre comme prêtre et lazariste. Sans doute a-t-il beaucoup de questions à lui poser ! Que le Dieu d’amour, de miséricorde et de tendresse l’accueille en son Royaume de vie, de paix et d’amour. Christian Sens cm Le mardi 5 avril 2005 |