| Funérailles du Père Pierre CAUSSE
Homélie du Père Jean-Yves LEBŒUF Montolieu, le 22 juin 2009
Pierre était un homme reconnu par sa convivialité. Il avait le sens de l’hospitalité. Gourmet, il savait préparer un menu tout à fait adapté aux convives qu’il recevait. D’ailleurs, Pierre était totalement différent sur ce point du P. Joannès Rivière, décédé, il y a deux ans maintenant. Les deux confrères se connaissaient depuis leurs études. La providence les avait réunis durant ces dernières années à Marseille. Au delà d’une réelle complicité, Il y avait donc ce différent : Pierre avait des exigences au niveau culinaire, Joannès acceptait tous les plats qui se présentaient. Maintenant, Joannès , accueille Pierre au festin du ciel. De notre regard terrestre, on espère que les retrouvailles vont être belles ! Mais c’est aussi un repas avec le Christ Ressuscité qui nous a convoqué cet après midi. ! C’est une action de grâce que nous vivons maintenant au-delà de l’épreuve de la séparation : «Aussi tressaillez-vous d’allégresse même s’il faut que, pour un peu de temps, vous soyez affligés par diverses épreuves.» nous disait l’apôtre Pierre. Voilà des paroles de consolations qui nous sont adressées, alors que nous sommes affectés. Pierre a cru et espéré en Jésus. C’est sans doute dans le sanctuaire de Primecombe, qui a été la source de sa vocation. II aimait ce lieu et y revenir. Il a volontiers répondu de mettre sa vie à disposition du Christ pour donner la vie, et particulièrement au service de plus pauvres, à l’école de St Vincent de Paul. Pour nous, ses confrères, c’est un visage d’une belle génération de prêtres qui nous quitte, un missionnaire zélé :
«Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme» disait St Vincent.
Cette flamme, Pierre a vraiment tenté de ne pas l’éteindre et surtout de la transmettre. L’Aumônerie des gitans, a été, nous le savons tous, une passion où il s’est particulièrement investi, donnant de son temps, de son énergie, pour que la voix des exclus soit entendue. Il a même participé à la naissance de cette aumônerie en France. Il a été nommé aumônier régional et national : créer des liens avec des prêtres, des religieuses ou religieux, des diacres, des laïcs. Pendant des dizaines d’années, il a visité des familles sur le terrain, dans leur caravane : préparer des baptêmes, des célébrations, des veillées de prières. Annoncer aux petits qu’ils sont aimés de Dieu : «Heureux vous les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous». On ne peut pas oublier aussi toute son activité missionnaire aux Saintes Marie de la Mer, en Camargue, tous les 24 et 25 mai, mais aussi la journée d’Octobre.
Fêter Sainte Sarah, c’est bien sûr entrer dans la culture et la foi des frères et sœurs gitans.
Les pauvres : Pierre a essayé également de les rejoindre indirectement, dans son ministère auprès de la Compagnie des Filles de la Charité. Il a été directeur durant une douzaine d’années, c’est à dire participer activement au service de la compagnie des sœurs, dans les provinces de Marseille et de Toulouse, avant la dernière structuration.
Au moment où il devait se retirer de la communauté de Marseille, on peut alors comprendre le déchirement qu’il vivait, mais combien il était confiant de venir pour ces derniers jours ici, dans cette maison St Vincent. Il savait qu’il retrouverait beaucoup de sœurs avec lesquelles, il avait partagé et reçu, et cette proximité de l’aumônerie avec les P. Gruny et Alet. Oublier de parler de son attachement à l’association académique Félibrige serait complètement ignorer un autre espace de vie important de Pierre. Il était majoral. Cette association avait été fondée par Frédéric Mistral et dont le but était de sauver la culture provençale. Cette activité prenante lui permettait de travailler, de penser avec des littéraires et des poètes. Compétences linguistiques assurées qui l’ont amené à s’impliquer dans la réforme liturgique, de coopérer à la création d’un missel provençal. Le missionnaire passionné dont nous rendons hommage aujourd’hui, avait saisi que l’Evangile se proclamait en plusieurs langues. Il aimait prêcher en provençal. Cette page de l’Évangile des Béatitudes, que nous avons entendue, il y a un instant, c’est la langue de l’Amour.
Pierre l’a maintes fois commentée. Elle prend bien sûr une dimension tout autre maintenant.
Il y a du présent et le futur.
Sur notre chemin terrestre, chacun se fait une idée de ce grand passage, de ce futur si on peut parler ainsi. Pour nous, les chrétiens, cette autre rive reste encore mystère, mais nous la croyons totalement habitée par la lumière de Dieu. Pierre voit maintenant ce qu’il espérait. Qu’il nous soutienne dans cette force vincentienne qui l’a habité durant sa vie. Qu’il nous aide à être des missionnaires dans le contexte de la société d’aujourd’hui.
Jean-Yves Lebœuf
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