Le Père André ! Qui ? ! Qui, au Collège-Lycée de l’Ile de France, qui au château, à la Paroisse Saints Côme et Damien, même à la Mairie et dans diverses associations de Villebon, qui ne connaît pas le Père André ? Après un quart de siècle vécu au même endroit, certaines personnes passent inaperçues et se fondent dans le paysage. En 25 années de présence et d’activité, le Père André est connu de tous et toutes. Et chacun voudrait encore aujourd’hui parler avec lui, plaisanter, partager, lui dire un mot, même si l’émotion risque de nouer la gorge au point de rester muet. Mais à présent, ce sont les cœurs qui entendent se parler, dans la vérité. La bouche et les oreilles ne sont pas indispensables pour communiquer. Toutefois, au nom des personnes présentes ou absentes de Villebon, mes lèvres vont tenter, avec humilité, d’exprimer ce que tout le monde pourrait dire et que chacun complètera dans son cœur par ce qui lui est personnel. Rendre grâce d’abord. Quelle chance que le Père André ait été envoyé en mission à Villebon par le Provincial et son conseil de l’époque ! Jeunes et adultes, du monde scolaire ou de la sphère paroissiale, beaucoup ont eu cette chance de découvrir le prêtre qui a tant donné avec la force de sa foi et de côtoyer l’homme fidèle à sa famille vincentienne. Que dirait-on du Père André si l’on interviewait un élève, un ancien, un parent, un professeur, un paroissien, un ancien combattant, un ouvrier d’entretien, un éducateur, un résident de Villebon ? Le Père André ? ! C’est un homme de la parole, au service de la Parole et c’est un homme de parole. Quelle aisance pour captiver, choisir le bon mot, décrire une situation, révéler une ambiance ! Le Père André ? répondrait un autre interviewé : C’est un homme de conviction et c’est un homme tolérant. Le Père André ? C’est un homme respectueux des valeurs et c’est un homme de valeur. Qui d’autre prendra la parole ? oui… Le Père André ? C’est un homme de la Foi et c’est un homme de foi. André ? reprend une autre personne, Le Père André ? c’est un homme d’action et d’organisation Alors qu’il arrivait à Villebon, sans expérience du monde scolaire, il a rapidement fait l’état des lieux. Il a vite trouvé dans ses qualités d’organisateur, les leviers et les dynamiques nécessaires pour constituer, animer, former des équipes de catéchistes. De la diversité des intervenants, il parvenait à ne pas perdre l’unité. Il conseillait, accompagnait, mettait en confiance. Il savait déléguer et partager sans abandonner ses propres responsabilités. Mais, rajoute quelqu’un : Le Père André ? c’est un homme qui aime s’amuser, rire, faire rire. Il apprécie la fête. C’est aussi un mélomane et un grand lecteur. Riche d’une imposante culture acquise en formation et sur le terrain, il n’en faisait pas étalage. André, c’est un homme nature, simple, cordial, chaleureux, c’est un homme qui aime la vie et qui avait la rage de vivre. Je suis d’accord, reprend une autre personne : Mais le Père André, c’est aussi un homme qui a souffert, à de nombreuses reprises, dans sa chair et parfois dans sa tête, triturée comme tout le monde, par des questions existentielles. Selon les périodes et les occasions, dans l’intimité ou dans le voisinage, par leur présence ménagère ou par leurs compétences médicales, plusieurs personnes ont pu l’entourer, le conseiller, le soigner. Il les chérissait dans son cœur, sans trop le dire pour autant. Est-ce cette expérience répétée de la souffrance ou un autre don qui lui donnaient la force et la capacité d’alléger la douleur des autres ? Qu’importe la raison aux yeux du grand nombre ayant bénéficié de son soutien et de son accompagnement. Oui, bien sûr, mais puis-je préciser autre chose ? Le Père André ? c’est un homme libre, ayant appris à borner l’essentiel et l’incontournable dans les principes et les conventions de la Société, de la Congrégation, de l’Eglise ; la seule règle, prioritaire, se situant dans l’unique commandement de Jésus, repris avec la force de Saint Vincent : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Quelqu’un veut-il ajouter un détail ? Oui, moi, diront tout le monde ! mais ce n’est pas un détail. André, le Père André ? c’est avant tout un homme de relation et de communication. Avec sa famille, avec ses amis, avec les inconnus, avec les confrères, les collègues à l’école, les élèves, les gens qui passent, les jeunes qui pleurent, les grands qui traînent, le professeur qui a un souci, la voisine qui vient dire bonjour, le paroissien qui veut rencontrer quelqu’un, le personnel d’entretien, celui de la cuisine, un chauffeur de bus,… André ? c’est un homme, c’est un prêtre, c’est un fils de Saint Vincent, C’est un homme comme tout homme, avec ses forces et ses fragilités et pourtant, ce n’est pas un homme comme les autres. Il occupe dans l’école et dans la paroisse une place particulière. Cette place est particulière parce qu’elle est logée dans le cœur de la multitude des jeunes et des moins jeunes qu’il a côtoyés et accompagnés. Et cette marque n’a pas besoin d’être remplacée ; elle ne crée pas un vide mais elle constitue comme une étincelle qui pourra s’allumer est s’embraser à volonté. Rendons grâce encore d’avoir eu la joie de célébrer et de fêter ensemble, il y a juste un mois, la Fête de Saint Vincent et vos 85 ans. Adieu, André, mon frère, notre frère. Celui que tu as servi va t’ouvrir en grand les portes de sa maison. A l’approche de la Toussaint, il n’est pas impossible que Saint Pierre soit un peu débordé. Mais n’a t-il pas, sous le regard bienveillant de Saint Vincent, confié une clé au Frère Jean qui a déjà la main sur la poignée ?! Adieu, André ; tu penses à nous comme nous pensons à toi. Tu penses à ta famille comme nous pensons à ta famille, ta famille proche, ta famille missionnaire, ta famille paroissiale, ta famille vincentienne, ta famille «francilienne»… Quelle famille ! Quelle grande famille !! Merci André. Adieu, Père André. Serge VICART |