Le Père Antoine MOUSSALI

Après quelques mois de fatigue et d'alertes qui inquiétaient son entourage, le Père Antoine MOUSSALI est décédé à l'hôpital d'Amiens, le 1er avril 2003.

Ses obsèques ont eu lieu le samedi 5 avril en l'église de Sainte-Anne d'Amiens, et l'inhumation dans le caveau de la Congrégation au cimetière St-Acheul d'Amiens.

La cérémonie fut présidée par Monseigneur Jacques NOYER, Évêque émérite d'Amiens entouré de 35 prêtres, dont 23 prêtres du diocèse. L'église Sainte-Anne était toute remplie de fidèles et d'amis venus témoigner leur reconnaissance et leur amitié à Antoine. Plusieurs membres de sa famille étaient également présents.

Voici les différentes interventions de cette cérémonie.
Il manque le petit mot d'accueil de l'Évêque d'Amiens qui dit toute l'estime qu'il portait à Antoine MOUSSALI et toute sa reconnaissance pour le travail accompli dans le diocèse depuis 1994 et pour son action pour une meilleure connaissance de l'Islam et un rapprochement possible avec le monde musulman. Enfin Monseigneur exprima la gratitude du diocèse pour la présence multi-séculaire de la Congrégation dans le diocèse d'Amiens et pour son travail apostolique.

Mot d'ouverture du Père Pierre CORNÉE,
Visiteur de la Province de Paris

Comme Visiteur des Pères Lazaristes de la Province de Paris, je veux remercier ceux qui ont suivi au quotidien le Père Antoine MOUSSALI et vous tous présents ce matin.
Mes remerciements va d'abord à vous, Monseigneur Jacques NOYER, qui l'avez bien connu puisqu'il était un prêtre lazariste au service du diocèse depuis 1994, merci à vous les prêtres du diocèse, vous mes confrères et vous la famille proche et les amis .

J'ai reçu aussi des marques de sympathie et d'union de Monseigneur TEISSIER, Archevêque d'Alger, ainsi que de Monseigneur GEORGER, évêque d'Oran,. Le Père LANDOUSIES, supérieur de la Maison-Mère, qui a travaillé avec le Père Moussali, s'excuse de ne pouvoir être là en raison d'un déplacement à Rome.

Le Père Antoine est né le 26 Novembre 1921 au Liban.

Le 24 Juillet 1938 il entre dans la Congrégation de la Mission et prononce ses vœux le 25 Juillet 1940. Il recevra l'ordination diaconale et sacerdotale des mais de Monseigneur Mathieu (le 24 Décembre 1944) à Dax, pays d'origine de Saint Vincent de Paul. Sa vie pastorale va être consacrée à la formation des jeunes à Cuvry, École Apostolique à côté de Metz.

Après ses premières armes de 1945 à 1950, il va rejoindre le LIBAN, d'abord à ANTOURA, de 1952 à 1956. Il est à Damas; de 1956 à 1963. Il se retrouve à FANAR, ensuite il revient jusqu'en 1978 à DAMAS comme supérieur et consulteur du Provincial.

En 1978, il est en Algérie où il va travailler à l'animation du Centre d'Études Diocésain des Glycines. Sa vie fut très active. Monseigneur TEISSIER m'écrit ces mots : «Il a apporté aussi une contribution précieuse à l'animation pastorale du diocèse, par son engagement à la cathédrale, par ses visites dans les paroisses à l'intérieur du pays, là où travaillaient les Filles de la Charité, et très particulièrement à travers son rôle d'animateur liturgique de nos célébrations en arabe et comme aumônier des chrétiens du Moyen-Orient dans les diocèses d'Alger et d'Oran. Tous ses amis gardent un très bon souvenir du dynamisme avec lequel il animait nos fêtes et nos rencontres, y apportant ses chants, ses réparties pleines d'esprit en arabe ou en français, et même ses danses.»

En 1994, il revient en France et est envoyé dans cette communauté de Sainte Anne. Il va participer à la vie communautaire et paroissiale, en portant son effort sur les relations avec les croyants de l'Islam. Vous connaissez bien cette période.

Alors que depuis trois ou quatre mois, sa santé donnait quelques soucis, il va poursuivre jusqu'au bout son travail, malgré des passages de plus en plus fréquents à l'hôpital. Le 1er Avril, le Seigneur est venu le chercher, après une vie bien remplie à son service. Sachons le prier pour que nous aussi nous sachions poursuivre la mission que le Seigneur nous confie. Je ne doute pas que le Père Antoine va nous aider.

Père Pierre CORNÉE, cm.
Visiteur de Paris

 

Homélie du Père François HISS, Amiens, le 5 Avril 2003

Déjà qu'il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens... alors pour nous, bien sûr, qui avons connu Antoine là-bas et ici, il en coûte aussi beaucoup.

Il y a deux mois de cela, sachant que j'étais fatigué, il m'envoyait son dernier ouvrage : "Musulmans, juifs et chrétiens au feu de la foi" , en souvenir, écrivait-il, "d'une histoire vécue ensemble en des temps héroïques".
Ce titre à lui tout seul exprime ce que fut sa vie dans le dialogue des cultures.

Un dernier titre qui réunit sa passion : musulmans, juifs, chrétiens...
Un ensemble distinct. Un ensemble non confondu.
Un ensemble dans l'épreuve purifiante du feu.

Il avait très certainement pris au sérieux la prophétie d'Isaïe et s'appliquait à lui donner corps : les "hommes de toute langue, de toute race et de toute culture". Il s'y employait corps et âme, mais ne se contentait pas pour cela de la méthode Couè. Il ne suffit pas de se taper sur l'épaule en proclamant qu'on est tous frères.

Non, nous ne sommes pas tous frères. Il portait trop en lui la conscience d'être étranger pour se réfugier trop vite dans la fausse consolation d'être tous frères. Et quand bien même nous le serions, il n'était pas naïf, savait que les combats les plus meurtriers dont vécus précisément entre les frères. Ce n'est pas en supprimant le mot "ennemi" de notre vocabulaire que nous réglons par enchantement tous les problèmes.

Antoine savait qu'il avait des ennemis — il le disait — mais savait aussi que cette catégorie linguistique n'échappait pas au commandement de l'amour. Comment toujours aimer dans la complexité de nos conflits, dans l'étendue de nos divergences ?

Il fallait vivre en Algérie la logique de nos options : une chose était la théologie formulée à l'abri, une autre la théologie exposée au carrefour. Antoine avait manifestement choisi les carrefours.

Alors, il prenait des risques, passait au feu rouge, marchait en dehors des clous. Alors il dérangeait, il remuait, il cherchait toujours et encore, et donc il souffrait...

Antoine souffrait depuis toujours.
C'est peut-être le propre des hommes de passion.
Mais qu'on ne s'y trompe pas : ce n'était pas une souffrance pleurnicharde, ce n'était pas une souffrance romantique, ni une souffrance accusatrice, mais une souffrance stimulante et sans remède qui l'embrasait toujours, qui le portait à écrire, à clarifier sa pensée.

Car il avait le sentiment d'une confusion environnant,e confusion dans les esprits, confusion dans le monde, confusion dans l'Église. Une confusion qui le portait vers l'exigence pédagogique.

Ce n'est certainement pas pour rien que son effort intellectuel l'a conduit à collaborer à la rédaction de dictionnaire et la traduction de catéchisme. Les mots avaient un sens;

Il se battait pour eux et ne supportait pas que Jésus devienne "issa". Il polissait les mots, comparait les mots, critiquait les mots, purifiait les mots.

Il pardonnait d'autant moins la confusion qu'il estimait souvent qu'elle provenait des intellectuels eux-mêmes : des intellectuels légers, des intellectuels paresseux, des intellectuels officiels et abêtis à force de répéter les dogmes de la pensée inique.

Libre, il ne se croyait pas obligé d'être optimiste.
Il préférait les questions gênantes aux réponses entendues.
Il préférait appeler un shah un shah, quitte à se faire griffer par le shah.
Il n'aimait pas que le dialogue soit pollué par l'extrême onction. Si bien qu'il se plaisait à proclamer ce qu'on ne veut pas entendre.
Et pourtant !
Et pourtant que d'urbanité dans ses manières !
Que de délicatesse dans son approche !
L'amitié chez lui atténuait la souffrance.

L'amitié, et tout le reste s'effaçait. Le temps ne comptait plus.
On s'asseyait, un thé et trois biscuits, et c'était parti... Ses sept nuits avec un ami algérien illustrent sans doute le meilleur de ce qu'il a pu vivre.

Les nuits de tant de Nicodème, favorables au questionnement. Les nuits où l'on ose formuler les impensables remises en cause. Les nuits de tous les séismes intérieurs où l'amitié permettait d'avancer aux limites de la pensée.

On ne pouvait se perdre avec Antoine. Il était là.
Antoine ne dormait pas : c'était l'aventurier de ces rencontres aléatoires et décisives où se joue le destin d'un homme tandis que toute la ville dort.
Il veillait.

Je ne suis pas sûr qu'il trouve maintenant le repos.
Tant que cette prophétie d'Isaïe ne sera pas vécue, ni Antoine ni nous-mêmes ne pouvons nous reposer.

La mort d'Antoine nous donne du travail supplémentaire.

 

Lettre de Monseigneur Henri TESSIER, Archevêque d'Alger,
au Père Pierre CORNÉE, Visiteur

Mon Père,

Les Pères Hiss, Firmin et Landousies viennent de nous prévenir chacun de leur côté du rappel à Dieu du Père Antoine MOUSSALI.

Je voudrais dire ma participation et celle du diocèse d'Alger à la peine et à la prière de sa Province de Paris, de ses confrères du Liban et de Syrie et de sa famille.

Le Père MOUSSALI est arrivé dans le diocèse d'Alger en décembre 1978 et avait pris très vite une place remarquable dans l'animation du Centre d'Études Diocésain des Glycines et plus largement dans la vie culturelle d'Alger. Il donnait des cours d'arabe aux universitaires algériens francophones pour leur permettre de continuer d'enseigner en arabe dans leur discipline. Ces cours étaient assurés à notre Centre d'Études et à l'Université. Ses anciens étudiants disent que sa chaleur humaine transmettait le bonheur de vivre et suscitait la communication dans le groupe.

Il a eu l'occasion de donner une série d'enseignements à la Télévision algérienne. Il a apporté son concours à la traduction de plusieurs ouvrages d'écrivains algériens, assuré des cycles de conférences très appréciées sur la culture arabe, sur les mystiques musulmans et sur bien d'autres thèmes.

Il a apporté aussi une contribution précieuse à l'animation pastorale du diocèse, par son engagement à la cathédrale, par ses visites dans les paroisses à l'intérieur du pays, là où travaillaient les Filles de la Charité, et très particulièrement à travers son rôle d'animateur liturgique de nos célébrations en arabe et comme aumônier des chrétiens du Moyen-Orient dans les diocèses d'Alger et d'Oran. Tous ses amis gardent un très bon souvenir du dynamisme avec lequel il animait nos fêtes et nos rencontres, y apportant ses chants, ses réparties pleines d'esprit en arabe ou en français, et même ses danses.

Il a publié en Algérie la traduction de trois traités majeurs d'un théologien spirituel du Moyen-Âge, Ghazali, les traités de la foi, de l'espérance, et de l'amour de Dieu.

Nous lui gardons tous une très grande reconnaissance pour son engagement dynamique comme prêtre, comme enseignant et comme chercheur, et nous présentons ce travail au Père qu'il a servi à la suite de St Vincent de Paul.

En communion

Henri TESSIER
Archevêque d'Alger