Homélie pour les obsèques du
Frère Jean GUIROY, 

                                                       le 22 juillet 2006

            Les deux lectures de la fête de Sainte Marie Madeleine conviennent à merveille pour cette célébration.

            Dans le Cantique des Cantiques, il est question de chercher l’être aimé que ce soit étendue sur mon lit ou que ce soit dans la vie active. Autrement dit quoique nous fassions que ce soit toujours en conformité avec ce que le Seigneur attend de nous.

            Le frère Jean a recherché le Seigneur, son bien aimé, durant toute sa vie. Aujourd’hui il l’a trouvé et le voit avec les yeux de la foi. Il a mené sa vie de frère de la congrégation de la mission avec le souci de servir selon ses possibilités. Comme Vincent de Paul, le frère Jean est né dans les Landes à Léon, près de Dax comme Saint Vincent de Paul. St Vincent a peut-être connu la captivité en Barbarie et toi Jean celle d’Allemagne. Comme Vincent, mais par obéissance, tu es monté à Paris, comme on disait, pour être placé à la Maison-Mère afin de servir. Un missionnaire est disponible pour aller où on l’appelle..

           Jean n’a rien fait d’extraordinaire. Tout en poursuivant sa formation de Frère de la Mission, Jean GUIROY entreprenait une spécialité manuelle : celle de cordonnier. Ainsi, durant des années tu allais chausser les confrères prêtres et frères pour les aider au mieux à arpenter les routes des campagnes, les rues des villes, afin d’annoncer la Bonne Nouvelle à la suite de Jésus Christ évangélisateur des pauvres.

            Il avait rêvé d’aller à Madagascar et son territoire de mission s’est retrouvé, en dehors de la captivité, à Dax et depuis 1951 ici à Paris à notre Maison Mère. Tout en poursuivant ton service de cordonnier, tu rendais des services au réfectoire. Deux activités qui devaient permettre aux confrères de garder la santé par la nourriture et le zèle missionnaire.

            En 1987 des ennuis de santé  t’ont conduit à notre  Centre médicalisé. Lorsque les ennuis de santé te le permettaient, tu poursuivais ton aide au réfectoire de l’infirmerie mais aussi au jardin que tu aimais entretenir avec soin. Tu savais le fleurir

            Vie de travail mais aussi vie de prière régulière et fidèle. Souvent tu m’as dit lorsque j’allais te saluer dans ta chambre, que la «volonté du Seigneur soit faite». Tu aimais également faire une lecture à la messe dominicale. C’était ta manière de partager ta foi.

            Dans l’évangile que l’église nous propose, l’attitude de Marie Madeleine peut nous aider aussi à reconnaître le Christ dans les gestes de la vie quotidienne. Elle arrive au tombeau, se penche, aperçoit deux anges mais le corps du Christ n’est plus là.

            «Femme pourquoi, pleures-tu ? Qui cherches-tu ?» Marie ne le reconnaît pas alors qu’elle est en face Elle voit avec ses yeux humains. Jésus lui dit alors «Marie !»

            C’est Jésus qui prend l’initiative, sa reconnaissance n’est pas d’abord visuelle mais au son de sa voix, en reconnaît la voix de l’être aimé.  Tout vient du ressuscité.

            Une fois reconnu, Jésus se détache d’elle, comme pour annoncer qu’il ne faut plus regarder le Christ avec les yeux humains mais avec les yeux de la foi. Jésus lui confie une mission : «Va vers mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.»

            Dieu se manifeste par sa parole :

  • au Sinaï Dieu donne les 10 commandements,
  • dans l’Évangile, Dieu nous donne sa Bonne Nouvelle.

            Le ressuscité se manifeste dans les jardins de notre vie, comme il l’a fait dans le Frère Guiroy. Sa vocation de frère a été une vie de fidélité à Dieu, fidélité dans la prière, fidélité dans le service.

            Il ne faut pas rêver d’un Dieu que dans de grandes occasions, c’est jour après jour que Jésus se manifeste et nous invite à aller en mission. Notre prière quotidienne, le sacrifice eucharistique, c’est une de nos missions. Les attentions et les services que nous pouvons accomplir auprès des autres sont une manière d’évangéliser les pauvres.

            Que le Seigneur accueille celui qui a essayé de vivre en union avec Lui. 

Pierre Cornée
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