Alphonse, Célestin DROITCOURT

Homélie du Père Vincent CARME aux obsèques         

          Chers Frères et Sœurs,

Lorsque Monsieur le Visiteur m’a demandé de prononcer l’éloge funèbre de notre frère Alphonse Droitcourt, j’ai accepté

1° parce que nous sommes originaires du même village, un petit village, Elvange,
        qui a donné 11 prêtres à l’Église, dont 3 à la Congrégation de la Mission, les Jager et moi.

2° et aussi parce que c’est lui, le P. Alphonse, qui a discerné ma jeune vocation
        et m’a fait entrer à Cuvry.

          Voici donc le parcours terrestre de notre frère Alphonse que nous accompagnons jusqu’au seuil de la Maison du Père où tous, un jour, nous viendrons le rejoindre.

          Alphonse, Célestin Droitcourt est né le 26 décembre 1910 à Faulquemont (Moselle) de Nicolas et de Amélie Conseil.

          Puis ses supérieurs le voyant doué pour les études (au certificat d’études, il avait été reçu 1er de tout le Canton) l’envoyèrent au Collège épiscopal St Étienne de Strasbourg.

Entré dans la congrégation le 7 septembre 1929 à Beaucamps.
Il prononça ses vœux le 15 avril 1934 à Dax.
Il reçut le Diaconat le 19 décembre 1936,
et fut ordonné prêtre le 4 juillet 1937 également à Dax.
Puis ses supérieurs l’envoyèrent à Rome pour y continuer ses études.
Pendant la guerre, il fut à Dax.
En 1947, il fut nommé supérieur de l’École Apostolique de Cuvry. Je faisais partie alors du tout premier groupe d’élèves admis après la guerre.
En 1968, supérieur de la Maison-Mère à Paris.
En 1965, Visiteur de la Province d’Orient.
En 1977, il est envoyé à Thessalonique comme Directeur des Filles de la Charité.
En 1990 il est de retour à Paris à la Maison-Mère où il est chargé de la grande Bibliothèque.
En 1991, il est nommé assistant du Supérieur de la Maison-Mère.
Et en 1998, il entre au Centre Médicalisé de la Maison-Mère à l’âge de 90 ans. C’est là qu’il décède le mardi 8 février 2005.

          J’aurais voulu vous parler maintenant de ses qualités et de ses vertus et de ses travaux durant l’exercice de ses lourdes fonctions. Mais cela ne m’est pas possible à cause mon éloignement à Madagascar durant de longues années. D’autres le feront mieux que je ne l’aurais fait.

          J’ai cependant interrogé d’autres confrères sur ses qualités d’âme et tous m’ont parlé de sa grande sagesse et de sa non moins grande prudence.

          Ce sont peut-être ces qualités qui lui avaient donné cet air un peu froid et réservé. Mais ses collaborateurs et proches connaissaient bien sa chaleur d’âme et sa grande bonté qui le rendaient si agréable.

          Lors d’un de mes congés en Europe, j’ai demandé au P. Facélina, supérieur de St Lazare si une si grande maison n’était pas trop difficile à diriger ? Il me répondit : « Si ! mais grâce au père Droitcourt qu’on m’a donné comme Assistant, tout va bien. »

          Depuis mon admission au Centre Médicalisé, nos contacts furent quotidiens. Et pour moi, ces contacts furent autant de grâces. Et ce fut aussi pour moi, une grâce d’avoir pu le veiller durant ses derniers moments.

          Le lundi 7 février, dans la matinée, la maladie s’aggrava vite ! et nous dûmes avancer le moment de lui donner le sacrement des malades.

          J’ai demandé de pouvoir rester auprès de notre cher malade, même pendant la messe concélébrée : «Vous m’apporterez une hostie consacrée».

          Mais juste avant que le prêtre n’entre dans la chambre, je m’approchais du Père Alphonse et lui dis à l’oreille : « C’est Jésus qui vient ! » À ma grande surprise, il ouvrit un peu les yeux… puis les ouvrit tout grands !

          Après avoir consommé l’hostie, je m’approchais du malade et priais pour lui : «Merci ! Jésus, pour la vie de notre frère Alphonse. Maintenant abrège ses souffrances et prends-le dans ton amour».

          Il regardait droit devant lui, et, avait les larmes aux yeux. Puis, après des moments de silence, alternés avec de courtes prières et des dizaines de chapelet auxquelles il répondait, il s’endormit paisiblement et s’éteignit doucement vers 4 heures du matin, dans la paix.

          Réjouissons-nous donc, frères et sœurs car notre frère Alphonse est allé rejoindre le Christ qui a vaincu sa mort et en même temps celle de tous ceux qui l’ont suivi ici-bas : «Où est-elle, ô mort ta victoire ?» (1 Cor. 15, 55]

          Oui, réjouissons-nous, car ce que nous appelons encore tristement “jour de mort” est devenu le jour de naissance, le “dies natalis” comme disaient les premiers chrétiens : le jour de la naissance à la vie nouvelle pour notre frère Alphonse.

          Oui, réjouissons-nous encore, car à partir d’aujourd’hui, nous aurons dans le Père Alphonse un exemple, un modèle et un intercesseur dans le ciel.

Oui, réjouissons-nous

Alléluia !

Vincent CARME cm