LA FORMATION DES LAZARISTES AU CAMEROUN

Le Scolasticat Saint Vincent de Paul de Nkol-Afëmé.

Robert ONDOBO, cm
étudiant en théologie, 4e année

1. Présentation générale.


Nouveaux bâtiments du Scolasticat

Avec ses deux somptueux bâtiments quasi modernes, d’une capacité d’accueil d’environ 40 places, le Scolasticat Saint Vincent de Paul de Nkol-Afëmé est une grosse structure de formation religieuse, missionnaire et vincentienne. Située dans une banlieue de la capitale de ce pays d’Afrique centrale, cette structure correspond à l’étape que les Constitutions de la Congrégation de la Mission indiquent comme la période du Grand Séminaire. C’est un temps d’acquisition des enseignements pour le sacerdoce selon les exigences de l’Église et dans un esprit vincentien.

Toutefois, les candidats frères y séjournent aussi pour une bonne partie de leur formation. Bien que ce ne soit pas sa priorité, le Scolasticat a quelques fois accueilli des étudiants venant d’autres Congrégations religieuses et mêmes des diocèses, ce qui est une parfaite illustration de sa grande ouverture.

Depuis 1993, année de l’inauguration de son premier bâtiment (le second ayant été inauguré en l’an 2000), le Scolasticat entretient une charmante pépinière vincentienne qui y bourgeonne, signe de vitalité et d’espérance pour la Mission en Afrique en général et au Cameroun en particulier. A leur manière, et dans la limite de leurs possibilités, les formateurs déploient tous les moyens nécessaires pour la formation humaine intégrale des étudiants placés sous leur responsabilité. Ceux-ci doivent être formés, sur le modèle du Christ évangélisateur, à la prédication, à la célébration du culte divin, et à la responsabilité pastorale. Pour que ce travail exigeant soit fait de manière sérieuse et disciplinée, il faut qu’il y ait un minimum d’organisation.

2. Organisation générale.

Intégré à la Communauté canonique de Nkol-Afëmé à laquelle se rattache la Paroisse Saint Augustin de Nnom-Nnam (Oyom-Abang Plateau Sonel), le Scolasticat Saint Vincent de Paul de Nkol-Afëmé s’administre librement, selon une organisation interne collégialement conçue. D’après cette organisation, le gouvernement ordinaire, l’animation et la coordination pédagogique et communautaire sont assurés par un Supérieur de communauté et Directeur du Scolasticat, assisté des confrères responsables de l’un ou l’autre niveau d’étude à qui les étudiants peuvent directement se référer.

Pour l’année académique en cours, les responsables sont :
Supérieur de la Communauté canonique de Nkol-Afëmé et Directeur du Scolasticat : Père Elie DELPLACE, cm

Responsable des étudiants en théologie : Père Joseph EPOK, cm.
Responsable des étudiants en philosophie : Père Séraphin ZOGA, cm.
Responsable des étudiants en propédeutique : Diacre Irénée-Adolphe DAÏMBO.

Pour assurer le lien entre le conseil des formateurs et les étudiants, ceux-ci élisent parmi eux un Doyen chargé de les représenter. Traditionnellement, le Doyen est un étudiant en théologie tandis que son vice est un étudiant en philosophie. Ces deux niveaux correspondent à la grande structure des études au Scolasticat.

3. Structure des études.

Le cursus complet des études au Scolasticat comprend normalement deux grands cycles : le cycles de philosophie en deux ans et celui de théologie en quatre ans. Les deux cycles sont sanctionnés par un baccalauréat en philosophie décerné par l’Université salésienne de Rome et par un baccalauréat en théologie décerné par l’Université teresienne de Rome. Pour le moment, le cycle de philosophie comprend une année de discernement et de préparation appelée propédeutique qui, jadis, se faisait hors du Scolasticat à Otélé, mais qui, pour certaines raisons va pouvoir revenir à la maison. Ceci porte à trois le nombre d’années du premier cycle. Il importe de signaler en passant qu’entre les deux cycles, il y a une année de stage et une année de Séminaire Interne.

Signalons en outre que le régime des études est externe en raison du fait que les étudiants prennent les cours hors du Scolasticat ; pour la plupart, dans les instituts de formation pour religieux existant dans les environs, et pour quelques uns, à l’Institut Catholique de Yaoundé. En général, ceux du premier cycle se forment à l’Institut de philosophie Saint Joseph MUKASA dans l’ Archidiocèse de Yaoundé tandis que ceux du second cycle s’initient au ministère sacerdotal à l’École Théologique Saint Cyprien de Ngoya dans le diocèse d’Obala.

Chaque matin, les mini-bus mis à la disposition des étudiants pour leur transport et conduits par un des leurs prennent le départ vers huit heures moins vingt pour les différentes destinations et ne retournent à la maison que vers midi un quart. L’après-midi est habituellement consacré aux activités au sein même du Scolasticat, qu’elles soient manuelles, spirituelles, ou intellectuelles.

Au plan intellectuel, les étudiants disposent d’une bibliothèque communautaire d’une capacité d’environ deux mille titres, ouvrages et revues.

A Nkol-Afëmé, une journée type est encadrée par les offices divins du lever au coucher. Tout commence, dès six heures, par les laudes et s’achève à vingt heures trente par les complies, en passant par les vêpres et les temps d’oraison à chaque office. L’Eucharistie qui est notre nourriture quotidienne intervient à six heures trente. Pour les reprises spirituelles des étudiants, il est prévu un temps de récollection mensuelle selon un calendrier élaboré par niveau d’étude. Mais, la formation de futurs missionnaires étant multidimensionnelle, elle s’étend au-delà de ces quelques aspects intellectuels et spirituels.

4. Les activités au sein du Scolasticat.

Le prêtre est appelé aujourd’hui à être un homme debout, signe d’espérance au milieu de la communauté vers laquelle il est envoyé. Pour que cela soit possible, il lui faut acquérir une formation humaine et des compétences professionnelles en marge de ses tâches pastorales et liturgiques spécifiques. Un missionnaire moderne, et qui plus est vincentien, doit pouvoir aider les gens à se prendre en charge à travers un développement économique épanouissant. Voilà pourquoi les scolastiques de Nkol-Afëmé sont initiés aux activités d’auto production destinées pour le moment à l’auto consommation.

Dans ce cadre, plusieurs secteurs d’élevage entretenus par les étudiants ont été mis sur pied au scolasticat et fonctionnent à merveille. Les étudiants responsables ont été formés dans des structures agrées pendant les stages de vacances et forment à leur tour des collaborateurs. Ils reçoivent ponctuellement les sages conseils techniques d’un vétérinaire temporaire. Au nombre de ces différents élevages, mentionnons :

- La porcherie. Elle abrite une population d’environ dix porcs adultes et de nombreux petits en pleine croissance. Il faut environ huit mois pour qu’un porc soit suffisamment engraissé pour être consommé.

Trois étudiants responsables aidés par un jeune du quartier s’y emploient courageusement. Les porcs consomment prioritairement de la drèche ou déchets des brasseries. Celle-ci ainsi que la provende sont transportés par une camionnette de marque Renault offert au Scolasticat par la Communauté Emmaüs de France.

- La volaille. Elle comprend principalement deux poulaillers : un pour les poulets de chair, l’autre pour les pondeuses. Les poulets de chair sont produits à partir des poussins d’un jour achetés dans un centre de production en ville. Quand les poussins arrivent, ils sont accueillis dans une poussinière où ils passent pratiquement 21 jours avant d’être transférés dans un autre local où ils sont engraissés avec de la provende. Ordinairement, il faut environ 50 à 60 jours pour les consommer. Plusieurs bandes sont ainsi produites au cours de l’année académique par une équipe de trois étudiants qui en prennent délicatement soin. Il faut relever que le poulet de chair est particulièrement fragile. D’où cette délicatesse et une certaine rigueur dans le suivi des programmes de prophylaxie.

- Les pondeuses sont une espèce généralement un peu plus robuste qui demande cependant un traitement particulier jusqu’au sixième mois, âge du début de leur ponte. Pour une population d’un peu plus de cents sujets, on recueille en moyenne deux à trois alvéoles d’œufs par jour. Les œufs ainsi récoltés sont destinés à la consommation sous multiples formes.
Connexe à ce secteur de la volaille, il y a l’élevage des canards et des oies qui, après avoir battu de l’aile ces derniers temps, est en pleine réhabilitation.

- L’apiculture n’est pas un élevage très visible au Scolasticat, mais sa production n’est pas moins profitable. Avec nos trois ruches, nous récoltons environ 20 litres de miel par an.

- La bergerie est l’un des secteurs exigeant de nos élevages, car les chèvres ont besoin d’être constamment déplacées pour pouvoir trouver du pâturage. Mais notre domaine n’est pas assez vaste pour satisfaire à tous leurs besoins. Aussi faut-il aller chercher de l’herbe hors de la concession.

- Le clapier pour l’instant est vidé de sa population et attend de nouveaux sujets.

La population domestique est composée de trois chiens portant les noms des boissons. Il s’agit de Guinness le vieux mâle, de Vimto le petit mâle et de Malta la femelle. Proche d’eux, il y a un sujet comique venu de la Guinée Équatoriale, un petit singe apprivoisé qui a pris le nom d’Isidore. Toujours agité, il fait l’objet de toutes les curiosités par ses grimaces et ses réactions amusantes.

Élevage et agriculture vont généralement de pair. Le Scolasticat n’a pas dérogé à la règle. Un jardin potager florissant aux cultures vivrières diverses bourgeonne derrière ses bâtiments.

Il suffit d’y faire un tour pour admirer la beauté des plantes : ananas, bananiers, ignames, légumes et bien d’autres plantes rivalisent d’adresse les unes envers les autres. A leurs heures de travaux manuels, les scolastiques s’y investissent laborieusement.

Soulignons que cette abondante activité agricole n’entrave en rien nos engagements apostoliques et pastoraux.

5. Les activités apostoliques et pastorales.

Pour que se lèvent des lazaristes authentiques, il importe que nos jeunes soient initiés à la mission pastorale avec zèle et détermination, dans une originalité purement vincentienne. Or, comment apporter une touche vincentienne si on n’y a pas été formé ? C’est la raison d’être des différents apostolats confiés aux étudiants. Certains sont appelés à faire de la catéchèse, ou à encadrer les mouvements paroissiaux de jeunes et d’adultes. D’autres accompagnent plutôt le laïcat vincentien (A.I.C., Société de Saint Vincent, J.M.V.,etc…). Quelques uns par contre sont mis en contact direct avec les pauvres. C’est le cas de ceux qui travaillent avec les enfants de la rue, et de ceux qui vont à la prison de Mfou du reste confiée aux scolastiques lazaristes par Mgr Jean ZOA de son vivant. Chacun, où qu’il se trouve, est invité à imprimer sa marque vincentienne dans le service qu’il doit rendre.

6. Perspectives d’avenir.

Conscients que la Mission au Cameroun doit pouvoir se développer, les responsables pensent déjà sérieusement aux activités d’auto financement. Nous savons qu’une maison de formation comme la nôtre est potentiellement une structure de consommation. Il s’en faut.

Les études coûtent cher et il faut y mettre le paquet si on veut tendre vers l’excellence.

Par conséquent, les étudiants ne peuvent pas toujours avoir le temps matériel de s’investir sérieusement aux activités de production. D’ailleurs, ils sont au Scolasticat prioritairement pour leurs études et la Congrégation essaye d’y répondre infailliblement.

Mais personne ne peut consommer sereinement sans s’interroger franchement sur la provenance de ce qu’il consomme.

En plus, il y a plus de bonheur et de fierté à consommer ce que l’on a soi même produit. C’est dans ce sens qu’il existe au Scolasticat toutes ces structures de production auxquelles nous venons de faire allusion. D’autres en effet sont en projet. Il s’agit précisement de la pisciculture, d’une formation en menuiserie et en informatique. Pour le moment, le Scolasticat essaye de se donner les moyens adéquats.

Robert ONDOBO, cm