CAMEROUN

25 ans de présence de la Congrégation de la Mission
1980 - 2005

Le Père Claude LAUTISSIER, envoyé par le Visiteur de Paris, a participé à la célébration des 25 ans de présence de la CM au Cameroun et a accompagné la retraite des confrères de la Région.
Il nous livre ici ses impressions.

Deuxième partie : 24 - 26 novembre

Jeudi 24 novembre

Comme la veille, à 6 h 30, Laudes et Eucharistie.

Dans la matinée, Élie m’emmène visiter plusieurs sites intéressants.

D’abord l’école Saint Vincent de Paul, construite par ses soins, et encore en chantier pour une part. C’est, pour l’instant, une école primaire.

Ecole A
Ecole C

Ecole D
Ecole E

La directrice est une Fille de la Charité italienne. Les classes sont bien tenues et les enfants très mignons. Les instituteurs, me dit Élie, sont très attachés à leur tâche d’éducateurs et d’enseignants. Les classes comptent… autour de 50 élèves ! Un grand chantier est donc ouvert qui doublera la capacité de l’école.

Nous passons ensuite saluer les Filles de la Charité à la Maison provinciale. La Visitatrice est absente. De nouveaux locaux abritant les services provinciaux ont été construits depuis 1998, très fonctionnels et élégants, comme nos Sœurs savent le faire.

Nous visitons ensuite le Philosophat de Mukasa. C’est un lieu de formation inter-congrégations, nous dirions de 1er cycle, dont Élie est l’un des responsables, quelque 150 étudiants y suivent les cours. Les diplômes canoniques y sont délivrés.

Enfin, nous gagnons Ngoya, le Théologat inter-religieux St-Cyprien. Je l’avais visité autrefois quand nous cherchions des lieux d’études pour nos candidats. Les locaux ont été fort développés. C’est un studium important, bien équipé en salles de cours spacieuses, bibliothèque, moyens informatiques, abords fleuris, etc. Environ 200 étudiants de diverses congrégations missionnaires y suivent les cours de théologies et y acquièrent les diplômes canoniques.

Comme on l’a observé sur le programme des festivités du 25ème anniversaire, les après-midi du jeudi et du vendredi sont consacrés à une réflexion commune, entre Lazaristes, à la fois bilan et prospective, sur ce quart de siècle de la CM au Cameroun.

Vers 16 h 00, le Père LIGNÉE nous retrace nos 25 ans de présence au Cameroun. Son exposé est illustré par un diaporama «PowerPoint» réalisé magnifiquement le Frère Georges. Les appels, les visages, les lieux défilent sous les yeux et dans le cœur : 1980, Mgr ZOA, Limousin, Hahn, Dulucq, Thieffry… à Nsimalen, au temps de Lauwerier, Visiteur. C’est le temps des sombres débuts, des hésitations, des remises en cause, des récurrentes tentations d’abandon… Puis arrive la seconde vague de pionniers, Brillet, Lignée… Benoît Ndzana, l’éwondo, l’espoir africain. Les candidats sont peu nombreux ; où les mettre pour les études et la formation vincentienne ? Tout est essayé, Zaïre, Nkol Bisson et Ngoya, Paris, Madagascar. La mission coûte très cher. C’est la folie de la foi ! et on nous en dissuadait de tous côtés. En dépit de ces difficultés, la Province de Paris maintient le cap, poursuit la route. Le 25 juin 1991, la Congrégation est reconnue légalement par le Gouvernement camerounais. Des candidats se présentent qui viennent du Cameroun, de Centre Afrique, du Togo et du Burundi. Élie Delplace arrive, puis Claudio Ojeda Pérez, de la Province de Salamanque. Le scolasticat de Nkolafëmë est construit. À Nsimalen, le Séminaire Interne fonctionne régulièrement, avec trois ou quatre séminaristes par année. Une nouvelle paroisse de la banlieue de Yaoundé, au Plateau Sonel, est confiée aux confrères, puis une autre dans le Nord, à Mokolo-Mboua. Des tentatives de rapprochements avec les Provinces du Congo Démocratique et du Nigeria s’amorcent et se concrétisent par l’envoi de confrères dans ces provinces. Enfin, des appels se font entendre dans la partie ouest du Cameroun, restée anglophone, au diocèse de Buea. L’évêque confie une paroisse aux confrères et le Séminaire Interne y est établi comme on l’a dit. La capacité du scolasticat de Nkolafëmë est doublée par une nouvelle construction. Les candidats affluent, les ordinations se multiplient. Le 29 juin 2004, l’entité de la Congrégation au Cameroun devient Région, avec un supérieur régional, Emmanuel TYPAMM, un conseil de région et trois maisons canoniques, Nsimalen, Nkolafëmë et Buea. Une nouvelle implantation est créée à Bafoussam dans le Nord-Ouest où une paroisse est confiée aux confrères. La Mission, malgré bien des difficultés, est établie au Cameroun. Elle compte aujourd’hui 22 confrères prêtres ou frères et environ 30 jeunes en formation aux différentes étapes. (Voir le texte de l'Historique)

Pour celui qui a été un peu confronté à la Genèse de cette mission, pour ceux qui en ont été les premiers artisans, comment, à la manière de saint Vincent, ne pas voir dans cette croissance le doigt de la Providence qui conduit les événements. Cette rétrospective des 25 premières années du Cameroun nous conduit vers une incoercible espérance. Avec ses pauvres moyens, la Province de Paris, a engagé la fondation et l’a, sans doute bien mal, soutenu envers et contre tout. À ceux qui suivent et qui y sont résolus — je l’ai senti bien fort — de poursuivre et de développer la mission vincentienne auprès des pauvres, la tâche est dans leurs mains.

Forum A

Après cette rétrospective, la rencontre se poursuit par une table ronde avec trois communications : le Service des vocations par le Père Séraphin, le Séminaire Interne par le Père Emmanuel et le Scolasticat par le Père Élie. Ces trois interventions donnent lieu à débats et à questions.
Le Service des vocations fonctionne à peu près de la même manière qu’en France : rencontres individuelles, week-end, visites aux familles, participations à des rencontres diocésaines ou inter-congrégations.

Le Séminaire interne de Sassé est placé, comme en France après le 1er cycle ; il a pour nouveau Directeur le Père Philippe. Ils sont actuellement quatre séminaristes et participent à l’Internoviciat. Les autres novices, garçons et filles, sortent pour la plupart de terminale, alors que les nôtres sont déjà passés par la propédeutique et de 1er cycle, ce qui provoque un décalage parfois gênant. Les locaux du Séminaire à Sassé nous sont prêtés par l’Évêque, il faudra trouver un autre lieu dans la région.

La propédeutique, le 1er et le 2ème cycles sont donc réunis à Nkolafëmë sous la direction du Père Élie. Les étudiants suivent les cours à Mukasa et à Ngoya. Ils s’y rendent chaque matin en petit car. Beaucoup décrochent le Baccalauréat ou la Maîtrise en théologie. La plupart sont engagés dans des services et des activités pastorales ou caritatives. La cohabitation des trois étapes de formation pose quelques problèmes, peut-être faudra-t-il à l’avenir songer à les séparer.

Une question, entre autres, est posée : Pourquoi la politique quelque peu malthusienne d’acceptation des candidats, réduite à quatre ou cinq par an ? Les différentes étapes sont déjà assez étoffées pour viser à une formation solide et on ne trouve pas forcément une mission pour les nouveaux ordonnés. Certaines congrégations, établies depuis longtemps dans le pays, ont même décidé de surseoir, durant quelques années, au recrutement de nouveaux candidats.

Après ce tour de table, on perçoit que les instances de formation de la Région sont en place et répondent à leur mission.

Ce fut une rencontre très instructive — au moins pour moi — et très bien menée, avec son bon sourire et sa perspicacité, par le diacre Salomon.

Cadeaux

 

Il y eu enfin une petite cérémonie très émouvante : de ces 25 ans de mission au Cameroun, les Pères François BRILLET et Hubert LIGNÉE en ont vécu 23 et 22 ; ils ont été les pionniers, sans eux nous n'aurions pas été là.

Les Confrères ont voulu leur exprimer leur reconnaissance par un cadeau.

Vendredi 25 novembre

Le matin, Claudio me fait visiter le Centre de formation informatique qu’il a créé dans une salle de Nkolafëmë. Une quinzaine de jeunes, au chaumage pour beaucoup, viennent apprendre les techniques de l’informatique qui pourront leur permettre de trouver un emploi dans ce domaine. Les cours sont gratuits. Deux laïcs, ingénieurs bénévoles, assurent cet ensei-gnement. C’est un vrai service des pauvres. Hélas ! le haut-débit n’est pas au rendez-vous, ce qui limite fort l’accès à internet, courriel et web.
Informatiq

Le forum de l’après-midi a pour thème l’organisation de la Région et l’avenir de celle-ci.

Depuis 2004, la Congrégation au Cameroun est constituée en Région, entité non constitutionnelle, entre la Province et la Vice-Province. Cette Région, nous explique-t-on, est organisée à l’instar d’une province, avec un supérieur régional, un conseil et des maisons ; elle son budget, ses instances de recrutement de formation initiale et permanente, des commissions diverses (formation, pastorale, économie…) Tout cela en liens étroits avec la Province de Paris.

Ensuite l’économe régional, Claudio, informe sur les dossiers en cours, états du patrimoine de la Région, immeubles, terrains cultivés, etc. Sur le plan économique, la Région est totalement dépendante de la Province de Paris, malgré des efforts importants vers une future autonomie financière.

La mission de la Région est également abordée. Les choses étant ce qu’elles sont, il n’est pas si facile de trouver des activités pastorales pour les confrères ; des tentatives ont été faites dans des paroisses qui ont cessé ou ont échoué, au Plateau Sonel à Yaoundé, à Mokolo Nboua dans le Nord, à Ngaoundéré. À Bafousssam, une paroisse vient d’être confiée aux confrères.

Le débat est lancé sur le charisme de la Compagnie ; comment le vivre dans ce pays ? On évoque à bon droit l’idée, déjà soulevée dans les années 80, de la mission paroissiale dans ce pays évangélisé depuis plus de cent ans. Nos confrères du Congo démocratique la pratiquent depuis plusieurs années avec profit, en particulier pour lutter contre les sectes qui se développent très rapidement en Afrique. Il y a là, à mon sens, une recherche à poursuivre.

Un autre point où nous achoppons est le suivant : confier une paroisse à une congrégation, c’est pour l’Évêque se décharger des ressources à donner aux prêtres pour leur subsistance, c’est aussi leur laisser le soin de construire l’église, si ce n’est pas fait, voire le presbytère. Il est douteux que la Compagnie puisse assurer de tels investissements.

Ce second forum est très intéressant et conduit avec maestria par le Père Robert.

Samedi 26 novembre

Je profite de cette matinée pour mettre la main à la conférence du lendemain.

Salle manger


Le repas de midi à Nkolafëmë est très frugal : riz, bananes plantin, un peu de sauce, une tranche de papaye ou une banane et de l’eau fraîche. Le soir il y a de la soupe, du poisson frit ou de la viande en sauce ou une omelette, patates douces, riz… Les repas pour tout ce monde sont préparés par une cuisinière et son adjointe, aidées par des jeunes des premières années.

Salle à manger des Théologiens

Hélas ! la mission lazariste du Cameroun a toujours été habitée par un démon, celui de l’eau. À Nsimalen ce furent les pannes de pompes — François Brillet le sait — à Nkolafëmë ce sont certains tuyaux que bouche ce démon. Alors pas d’eau… pas de douche… Diable ! dans ce pays chaud !

L’après-midi Élie a la gentillesse de m’emmener à Nsimalen ; ce pèlerinage au lieu de la première implantation était nécessaire en cet anniversaire des 25 ans. Nous emmenons avec nous le Père François.

Nous faisons un crochet par le sanctuaire marial de Mvolyé. C’est un immense et splendide vaisseau moderne dû à la dévotion à Marie et à l’opiniâtre de Mgr ZOA.

Mvolye A Mvolye

Un jour ne m’avait-il pas demandé si nous avions des confrères aux États-Unis et, sur ma réponse affirmative, il me dit : «N’y aurait-il pas un Lazariste qui pourrait réunir des fonds pour construire le sanctuaire de Mvolyé ?» Nouvelle réponse affirmative de ma part ; il ne faut jamais contredire les évêques. Au demeurant c’est une magnifique réalisation. Devant le bâtiment s’étend une vaste esplanade sur laquelle s’ouvrent de grandes portes, permettant à la foule de participer à l’office à l'extérieur.

Nous gagnons Nsimalen. La piste de la grand-route à la mission est toujours la même ; grâce à Dieu, c’est la saison sèche, nous ne rencontrons donc pas de fondrières. Nous saluons le curé, Dieudonné, qui nous accompagne à l’église.

Exterieur Intérieur

Merveille ! la toiture percée naguère à plusieurs endroits a été totalement refaite, la nef, le chœur, ont été repeints de blanc et couleur terre, c’est un vaisseau magnifique. Un groupe de JMV y célébrer l'Eucharisitie.

Nous allons ensuite visiter le «Foyer», maison de retraite, que les Filles de la Charité viennent de construire à proximité du vieux dispensaire. Elles y accueillent des personnes âges ou handicapées. Elles songent également à recevoir des malades du SIDA. Les chambres donnent sur un patio fleuri. C’est une magnifique réalisation comme savent le faire nos Sœurs.

Nous allons les saluer dans leur petite maison. Toujours le même accueil fraternel.

Foyer

Le retour à Yaoundé se fait la nuit tombante. Élie nous fait passer par le centre-ville. Depuis 1998, la ville a fait peau neuve, plus propre, plus entretenue, toujours bruyante et trépignante. Les chaussées sont en bon état, les feux rouges fonctionnent ; sont-ils respectés, c’est une autre affaire…

Troisième partie : 27 novembre