Massarini

Bernard MASSARINI
a participé à une rencontre
du SAMU social de Marseille.

Voici le bref compte rendu qu'il nous en donne.

FAMVIN l'en remercie.

            La journée de lutte contre la misère du SAMU social de Marseille où j'étais invité au titre du collectif pour la mort des errants (avec les Conférences et les Equipes-Saint-Vincent) que nous avons fondé l'an dernier et qui vise à rendre plus humaines les funérailles de ceux qui meurent à le rue. Nous avons déjà célébré deux temps de mémoire cette année.  B.M.

3ème journée du SAMU SOCIAL

Marseille le 15 ocotbre 2004

            Invités au titre de l’association «Accompagner la mort des errants» (créée l’an dernier à l’initiative de la Famille Vincentienne pour offrir un "au-revoir" digne à ceux qui meurent à la rue à Marseille) nous avons participé à cette journée qui regroupait les acteurs institutionnels (Caisse d’assurance maladie, mairie, service d’urgence des hôpitaux et des pompiers), les administrateurs (caisse d’assurance maladie, service d’habilitation des dossiers des hôpitaux, la DASS) et les partenaires sociaux (foyers d’hébergements, associations de présence aux errants (Médecins du monde, Travailleurs sociaux) et Professionnels de la santé : médecins et psychiatres.

            La journée s’est répartie en deux temps : la matinée avec deux ateliers traitant de la prise en charge administrative, économique, sociale et psychologique des populations vivant l’errance sur notre ville ; l’autre traitait des pathologies qui affectent ces populations, de leur traitement et leur suivi.

            Il est noté que sur les 130 personnes mortes à la rue à Marseille, dont les noms ont été recueillis de 1997 à nos jours, la moyenne d’âge est de 40 ans : cela révèle que ces personnes sont plus vulnérables. Des informations nous révèlerons que celles-ci sont plus fragiles aux maladies et sujettes aux morts violentes (par rixes ou suicides).

            L’atelier sur la prise en charge des pathologies a mis le doigt sur la nécessité de mettre en œuvre davantage de concertations entre les partenaires sociaux et les soignants, afin que lorsque ces personnes de la rue entrent en processus de soin, elles puissent être approchées le plus justement possible. Il est dit que face à l’instabilité qu’elles manifestent il est important tout d’abord de créer des espaces d’écoute pour permettre à ces personnes de pouvoir être entendues dans leur spécificité. Puis ensuite, cela exige de l’interlocuteur une grande rapidité dans l’évaluation, l’établissement du diagnostic et l'orientation de l’intéressé vers le lieu le plus adéquat. Aussi bien les services d’hébergement d’urgence que les services d’urgence des hôpitaux, déplorent le peu de moyens dont ils disposent pour répondre à des demandes d’écoute. Des S.D.F attendent jusqu’à une journée avant d’être reçus aux urgences, d'autres, dans des cas de force majeure, restent hébergés le jour dans des structures d’accueil de nuit.

            On mentionnera que les personnes errantes sont atteint de pathologies multiples, certaines relevant du secteur psychiatrique.

            Certains intervenants (Médecins du Monde et Travailleurs sociaux) ont tenu à rappeler que le lien à tisser avec les personnes est la chose la plus importante, que cela nécessite du temps (ce qui fait souvent défaut) et une confiance éprouvée pour redonner le goût de la parole à ces personnes qui l’ont perdue.

            Toutes ces questions ont conduit à se demander s’il ne serait pas opportun de créer des lits de suivi d’hospitalisation. Ces lits de suivi — intermédiaire entre l’hôpital et la rue — pourraient permettre de recevoir un traitement lorsque les pathologies demandent du temps et permettraient un service plus adapté de ces personnes qui sont souvent en difficulté de relation dans des services classiques.

            Au plan économique, il est rappelé que toutes les demandes de prises en charge depuis 2000 ont reçu des réponses. Même si en temps réel, les hôpitaux font l’avance sur des dossiers dont certains se voient refusés par la suite, tout le monde a accès au soin.

            Que ce soit par la C.M.U. pour tous les résidents sur le territoire et l’A.M.E. (Aide médicale d’État) qui s’est assortie de mesures «d’urgence vitale» ou «d’urgence humanitaire», toute personne peut être soignée. Même les caisses d’assurance maladie, pour faciliter le système, ont raccourci les délais d'analyse des dossiers pour accélérer les prises en charge.

            Pour ce qui est l’aspect des pathologies et de leur suivi on trouve : les maladies parasitaires (poux et les affections liées : fièvre des tranchées), virales (VIH et hépatite B ou C – sous sa forme contagieuse –), la réapparition de la tuberculose et les pathologies fonctionnelles : personnes à mobilité réduites. Si tous sont pris en charge, il est manifeste que, dans de nombreux cas, les personnes à leur sortie de la structure hospitalière, sont à nouveau abandonnées à la rue ; plus vulnérables par conséquent, car certaines affections nécessitent des traitements longs.

            L’après-midi divers intervenants ont pris la parole :

            Un médecin parla des affections des populations errantes : affections respiratoires, infections respiratoires, infections parasitaires (poux et B quitane), infection virales HIV, HB, HC, MST, maladies cutanées. Les études faites sur les personnes de centre d’hébergement révèlent que les "sans-toit" sont plus vulnérables que les hospitalisés. Le docteur, qui accepte les dossiers de prise en charge, insiste sur l’efficacité et la rapidité du fonctionnement retenu.

            Le SMUR, qui partage à moitié avec les marins pompiers les interventions d’urgence, enregistre 800.000 appels par an et note une augmentation de situations de personnes en difficultés. Les marins pompiers disent l’inadaptation de leur personnel dans l’approche des personnes de la rue qui sont une grande partie de leurs sorties.

            Reviendra la proposition de créer des lits médicalisés d’urgence pour ces populations.

            Les psychiatres, dans leurs interventions, insistent  sur notre réaction devant les S.D.F. : le risque de vouloir à tout prix soigner les errants. On rappelle les risques de l’attitude d’enfermement des prises de toxiques. Ils nous rappellent que nous ne devons pas faire de l’errance une pathologie. Pour cela, il ne faut  pas perdre de vue que la question de l’errance doit être pensée en aval : l’errance ou le sans domicile trouve sa réponse dans le logement.

            Les médecins insistent aussi sur la difficulté rencontrée entre l’autonomie de décision de l'errant pour sa santé et la nécessité de porter secours. Savoir quand et dans quelles conditions les traitements doivent être enclenchés est délicat, car les jurisprudences s’entendent pour dire qu’il faut tenir compte de l’assentiment du malade et pour se mettre d’accord sur un protocole, dans les décisions de justice. Les psychiatres rappellent qu’il ne s’agit pas de penser aux décisions de justice mais d’assumer ses responsabilité devant la vie en danger, la comparution en justice ne doit pas être crainte lorsque l’on remplit sa fonction. Certains soignants disent qu’il est difficile de respecter les clauses du consensus car de nombreux errants ne sont plus en capacité de choisir.

            La journée s'est terminée en rappelant qu’il faut continuer à porter le soucis du travail en lien avec les divers partenaires et trouver pour les errants de notre ville un lieu où ils pourront améliorer leur santé : cela se traduira certainement par l’ouverture de lits médicalisés pour un service plus spécifique des personnes de la rue.

Bernard MASSARINI cm