Bernard MASSARINI cm. nous livre son expérience sur l'accompagnement chrétien des "personnes homosexuelles".
D'autres confrères sont également impliqués dans cette pastorale.
Cette expérience, les questions qu'elle pose, les précisions qu'elle apporte sont l'occasion pour chacun d'ajuster son regard et son jugement sur ces situations trop souvent tranchées et jugées en tout noir ou tout blanc.
Que ces personnes puissent «retrouver la pleine confiance dans leur vocation humaine et chrétienne !.» c'est le souhait exprimé par Bernard.

Cl. L.

Depuis la parution de cet article de Bernard, la Documentation Catholique a publié la Note du Cardinal RATZINGER, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, intitulée «Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles» du 3 juin 2003. Cette Note est suivie d'un commentaire du Père Tony ANATRELLA. (Doc.Cath. 2003 pp.798-803 et 804-811)

UNE PASTORALE DES PERSONNES HOMOSEXUELLES

Depuis maintenant 3 ans, je travaille dans le cadre de la pastorale des personnes ayant une attirance homosexuelle. Je le fais dans le cadre d’une association DUEC (Devenir Un En Christ) qui l’an dernier avait 18 ans d’existence et changeait de président (président n’étant plus le fondateur). L’association a pour objectif d’aider les chrétiens concernés par l’homosexualité, à partager sur leur vie de foi et à tenter de retrouver leur juste place dans la communauté chrétienne, à travers l’accompagnement spirituel et l’exercice de leurs responsabilités de vie chrétienne, dans les divers secteurs de leur vie.

Nous nous retrouvons sur Marseille, chaque mois : une quinzaine de personnes sur les 40 inscrits sur la liste.
Il m’a été demandé de participer à la rencontre de coordination bimensuelle qui se tient à Paris avec les responsables de groupes locaux (14).

En plus des rencontres mensuelles sur le plan local, les membres de l’association se voient proposer des rencontres au plan national avec des intervenants. Théologiens (note1), moralistes et psychologues viennent délivrer des enseignements pour aider à clarifier cet aspect de leur existence pour lequel les personnes viennent, qu’ils soient directement concernés par les attirances homosexuelles, ou qu’ils soient parents de personnes homosexuelles ou conjoints. Il faudra offrir un panorama aidant à poser les questions de façon sereine, afin de vivre en chrétien son existence, jusque dans les contradictions qui traversent l’expérience personnelle : c’est à ce prix qu’est la fidélité au Christ.

Vous n’êtes pas sans savoir que la pastorale des personnes homosexuelle dans l’…glise est une question délicate. Le catéchisme balise la pensée catholique sur la réalité (C.E.C.n°2357-2359) : il décrit l’homosexualité comme une orientation "objectivement désordonné" [2358] et les actes homosexuels comme "intrinsèquement désordonnés" [2357]. Un document du magistère (la Congrégation pour la doctrine de la foi intitulée "la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles" est aussi à prendre en compte (note 2).

On notera que depuis quelques années, les associations catholiques qui travaillaient avec ces personnes ont vu leur mandat retiré par les instances romaines : que ce soit DIGNITY et NEW WAY MINISTRY aux États-Unis (pour leur trop grande liberté dans la transmission de l’enseignement officiel de l’Église ou l’absence de clarté dans les propositions faites pour vivre l’accompagnement de ces personnes dans les mouvements concernés).

Enfin en France seul DAVID ET JONATHAN est connu pour travailler en lien avec les personnes homosexuelles. L’association ne s’est pas fait remarquer pour ses actions, mais elle a été très engagée dans la lutte sociale pour la reconnaissance de l’homosexualité. Ce qui l’a mise en position délicate face à l’Église, comme association chrétienne exprimant son désaccord avec la pensée de l’Église (dissentiment exprimé).

Depuis quelques années, sous l’influence des courants pentecôtistes nord-américains sont apparues les seules présences reconnues de l’Église catholique des États-Unis auprès de ces personnes. Elles se regroupent autour des associations : COURAGE. Elles sont présentes en France ainsi que d’autres mouvements et personnes qui travaillent autour du renouveau (spécialement Daniel Ange, TORRENTS DE VIE). Elles offrent des programmes basés sur les nouvelles écoles psychologiques américaines qui identifient l’homosexualité à une maladie ou un défaut de structuration psychologique et au plan religieux une immaturité spirituelle. La personne homosexuelle, suit un programme à l’issue duquel elle doit réintégrer l’exercice d’une sexualité dans la norme.

Or, jamais l’Église dans ses documents de références — cités en note — ne disent que l’homosexualité est une maladie, (le Catéchisme rappelle que sa genèse reste largement inexpliquée). Elle pose cependant dans le catéchisme : la tendance homosexuelle comme objectivement désordonnée (CEC 2358) et la pratique de l’homosexualité intrinsèquement désordonnée (CEC 2357) invite à l’accueil respectueux, charitable et délicat. Elle invite les personnes concernées par l’homosexualité à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie et offrir les souffrances dues à leur état au sacrifice du Christ. Elle termine ces deux paragraphes, sur le sixième commandement, en invitant les personnes homosexuelles à la chasteté.
L’association tente d’ouvrir un espace aux personnes touchés directement par l’homosexualité ou leurs proches, en évitant d’avoir une parole définitive au sujet des théories psychologiques sur l’homosexualité. Grâce à cela, elle souhaite que chacune soit ainsi renvoyé à sa vie quotidienne, pour déployer sa vocation baptismale. Elle va tenter d’aider par les approches bibliques, spirituelles et une lecture adéquate des données de la psychologie, à ce que la vocation de chacun intègre tous les éléments qui constitue sa vie d’individu.

A la suite de Saint Vincent, les pauvres nous sont donnés comme "nos Seigneurs et nos Maîtres" : aussi ces personnes homosexuelles que j’accompagne (hommes ou femmes) sont sur ma route comme mes Seigneurs ; en ce sens qu’il m’appartient de les servir comme je dois servir le Seigneur, et mes Maîtres ; en ce sens qu’il me faut marcher pas à pas à leur rythme pour les accompagner.

Quelques méditations
Durant ces trois ans passées à accompagner le groupe de Marseille et à participer au groupe de coordination sur Paris chaque mois et demi, j’ai rencontré des personnes : hommes et femmes célibataires, vivant à deux ou des familles dont l’un des conjoints vit la tension entre sa vie conjugale et son homosexualité, ainsi que des parents d’homosexuels.

Beaucoup de ceux qui viennent à l’association sont en souffrance, et attendent un lieu pour confier ce qu’ils ou elles portent, depuis bien des années, comme une souffrance. Il savent ce que dit l’Église sur la façon dont elle reçoit une caractéristique de leur personnalité qu’ils éprouvent et vivent comme durable.

Il y a ceux qui viennent en ayant refusé de mettre leur foi "au placard". Devant la grande rigueur du discours que l’Église continue à transmettre, ils continuent à prier, à vivre des retraites spirituelles, ils rencontrent un prêtre de temps à autre. Certains sont engagés dans des projets de développement au sein d’associations chrétiennes…

Il y a aussi des personnes mariées qui vivent des tensions dans leur vocation en étant traversés par des attirances envers des personnes du même sexe. Ils tentent de vivre la réponse dans la fidélité à leur appel (fidélité au mariage), en vivant des forts moments de tension qui les mets souvent en dur combat intérieur.

Cette question de l’attirance homosexuelle est aussi présente chez des prêtres qui demandent un accompagnement pour vivre leur engagement au célibat en ayant des espaces pour parler de ce qui les traverse et les mets aussi souvent au cœur du même combat.

Des questions
Que faire avec ceux qui, continuant leur vie d’engagement dans l’Église (action caritative et sociale), ont choisi de vivre avec une personne de même sexe ?

Que faire avec ceux qui attendent dans la communion le soutien spirituel pour avoir la force de vivre leur vocation unique (parfois pesante) ?

Certains souhaitent guérir de ce qu’ils ressentent comme un fardeau. Quel accompagnement leur offrir pour que la grâce qu’ils attendent les accompagne ?

Que proposer à ceux qui, tout en partageant la vie avec une personne du même sexe, tentent tant bien que mal de répondre à ce qu’ils entendent comme un appel, tout en continuant de ne pas lâcher la vie de prière personnelle. Il arrive qu’ils désertent la prière communautaire ( la messe) qui serait vécue par eux comme un non respect de l’Église, ou serait difficile à porter par les chrétiens qui appartiennent aux communautés dont ils sont membres ?

Comment aider ceux qui cherchent et attendent de rencontrer un partenaire (qui sont nombreux) et souffrent à l’idée de se sentir encore plus rejetés par l’Égliseà laquelle ils sont attachés ?
Que faire devant ceux qui, vivant ensemble, souhaitent que la bénédiction de Dieu leur soit accordée pour qu’ils puissent, au cœur de la situation qui les "constitue", bénéficier de la tendresse de l’Église exprimée par ses ministres ?

En guise de conclusion
Devant le soucis de suivre le Christ présents dans ceux qui viennent à l’association, je me sens souvent comme Jésus devant la femme syro-phénicienne ou devant le centurion romain : «Je n’ai jamais rencontré foi pareille dans les enfants d’Israël». Alors il faut marcher pas à pas pour avancer sur le chemin de la suite du Christ.

Surgissent quelques pistes sous le mode de préoccupations, pour accompagner ces personnes homosexuelles, afin qu’elles apportent leur modeste pierre à la construction de l’Église

Bien souvent le difficile travail personnel qu’elles ont dû produire a aiguisé une qualité de regard sur elles même ou sur les autres dont elles font bénéficier les membres du mouvement. Elles viennent aussi puiser un nouveau dynamisme pour vivre leur vie chrétienne avec toutes ses exigences.

Je souhaiterai livrer aussi des attentions que nous devrions porter comme prêtre :

1) être prudent dans l’usage de nos termes : veiller à ne pas parler "d’homosexuels", cette dernière façon de parler identifie la personne à l’orientation sexuelle dominante qui la caractérise, on pourrait lui préférer la dénomination de "personne homosexuelle".

2) éviter de parler de l’homosexualité comme sexualité anormale (ce terme peut-être entendu s’il est utilisé, comme "hors norme" [pas dans la norme] et non "sans norme"). Après ce cheminement nous inclinons davantage vers la reconnaissance des attirances homosexuelles comme une variante dans le structuration personnelle de l’individu, et non la conséquence d’une structuration défaillante de sa psychologie.

3) Passer d’une éthique du moindre mal à une éthique du plus petit bien. Autrement dit au lieu de faire des concessions face à l’enseignement de l’Église parce que la réalité nous empêche de refaire autrement ou différemment. Partir de la personne, là où elle en est aujourd’hui. Prendre la réalité qu’elle apporte, et du lieu où elle est cheminer pour que se dise encore et toujours l’Évangile du Christ : cet appel qu’elle entend et ne veut pas voir s’éteindre en elle.
Pour beaucoup, cette caractéristique est une marque très forte qui l’accompagnerait au long de l’existence et nécessiterait de trouver les moyens adaptés pour vivre cet aspect particulier de sa vie en Église

En conséquence il nous faut aider les personnes qui viennent nous rencontrer. Si elles nous choisissent à nous prêtres, ou l’Église, c’est avant tout pour notre lien avec Jésus et la capacité que nous aurons d’entendre avec justesse ce qui nous sera dit. Soyons des témoins courageux.

L’association «Devenir Un En Christ» avec laquelle je travaille se caractérise par le choix de son titre DEVENIR UN EN CHRIST: issu d’une lettre de Saint Paul qui invite à chercher l’unité de l’être non dans nos caractéristiques contextuelles (sociales, philosophiques, sexuelles) mais dans notre relation au Christ.

Le travail consiste à aider les personnes ayant des attirances homosexuelles (cette dénomination ne préjuge pas du fait que ce soit une structuration irréversible ou non et ne pose pas la vie sexuelle dans l’amour d’une personne du même sexe comme voie obligée de vie ordinaire) à
- mettre en place une parole issue d’un regard de foi (invitation à l’accompagnement spirituel, la vie de prière régulière, réflexion biblique, théologique et spirituelle).
- à mettre en place une vie spirituelle, aidé d’un accompagnateur ou d’une accompagnatrice,
- à inviter à choisir un engagement au service des autres dans des actions de promotion sociale, humaine ou culturelle.

Trois pôles : Dieu, soi et les autres que Saint Vincent certainement serait agile à mettre en œuvre pour un meilleur service de ceux qui souffrent pour la plupart dans leur conscience, pour retrouver la pleine confiance dans leur vocation humaine et chrétienne.

Bernard MASSARINI cm.
34, Av. de la Viste, Bât. B.7 - App. 182
13015 MARSEILLE
Courriel : @

1) Cette année avec Lytta BASSET : "Guérir de la culpabilité", accompagne le mouvement la moraliste : Véronique MARGRON.
2) Documentation Catholique décembre 1986 n°1930, p.1160-1163. Mai aussi : " Ils sont toujours nos enfants " le message pastoral des évêques des États-Unis aux parents d’enfants d’homosexuels D.C. novembre 1997, n°2170, p.985-991.