En France, 86 000 personnes,
dont 16 000 enfants, vivent sans domicile !
À l'occasion de Noël, les Évêques dénoncent
le «cancer social» du «mal logement»
Déclaration
de la Commission sociale des Évêques catholiques de France
et du Secours catholique français.
«Il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.» (Luc 2,7)
Deux mille ans après, 86 000 personnes,
dont 16 000 enfants, vivent en France, sans domicile! La rue, les abris
de fortune restent des conditions de vie infra-humaines, déplore
la déclaration qui ajoute: Au nom même du droit des plus
pauvres à vivre dignement, nous dénonçons de tels égoïsmes
collectifs. Car, disent-ils: Le droit au logement, inscrit dans
la loi de notre pays, nest pas appliqué.
Les évêques ne se contentent pas de dénoncer, ils invitent
les personnes de bonne volonté à poser des actes pour contribuer
à remédier à cette situation.
Rappelons que la commission sociale des évêques de France a publié en 1995 le document :
«Un logement pour tou», co-édition Bayard-Centurion.
HABITER LHUMANITÉ
RÉPONDRE À LURGENCE DU LOGEMENT
«Marie mit au monde son fils premier né elle le coucha dans une mangeoire car il ny avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Luc 2,7)
Plus de place pour eux ?
Cette situation vécue, il y a 2000 ans, est encore trop tristement dactualité
en France aujourdhui. Selon une enquête récente, 86 000 personnes,
dont 16 000 enfants, vivent sans domicile : la rue, les abris de fortune restent
des conditions de vie infra-humaines. Des familles vivent trop souvent dans
des immeubles vétustes et insalubres.
Le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées
estime, dans son dernier rapport publié en décembre, à
plus de 3 millions de personnes le nombre de mal logés. Plus de 2 millions
vivent dans des logements ne disposant pas du minimum de confort. 610 000 ménages
vivent en état de surpeuplement accentué. 708 000 ménages
habitent en situation de précarité.
Cette situation sest aggravée depuis quelques années du
fait de lencombrement des centres dhébergement et de la prise
en compte très insuffisante des personnes demandeurs dasile alors
que 70 000 personnes sont en attente de statut et que lEtat ne prévoit
datteindre la capacité dhébergement pour 17 000 places
quen 2005 !
La résurgence de bidonvilles, disparus à la fin des années
soixante est le signe tangible quil est urgent de stopper lengrenage
de lexclusion. Le « Non Logement » et le « Mal Logement
» sont des maladies profondes et particulièrement graves de notre
société : cest un cancer social quil faut éradiquer
au nom même du respect et de la dignité de la personne humaine.
Il y a urgence. Linsuffisance ou lincertitude des ressources.
Pour accéder à un logement décent, les personnes doivent
franchir des obstacles quasi insurmontables, parmi lesquels linsuffisance
ou lincertitude des ressources sont les plus graves.
En effet, comment accéder à un logement quand la personne travaille
en emploi précaire ? Quand elle ne dispose que dun contrat à
durée déterminée ou intérimaire ? Quand elle ne
bénéficie que de prestations sociales ou du R M I, ou que son
très faible salaire est proche du seuil de pauvreté ? Comment
un jeune ayant un emploi stable peut-il trouver un logement sans la caution
dun adulte ou dun parent ?
Comment accéder à un logement lorsque le loyer est au-delà
du supportable, quand les garanties exigées sont déraisonnables
?
Se loger devient un luxe.
Les plus pauvres et les plus modestes sont écartés de toute solution
digne et humaine. Des appartements par centaines de milliers sont libres de
toute occupation. Il y a urgence à changer de logique. Ces pratiques
doivent cesser. Chacun et chacune doit pouvoir se loger correctement. Comment
des personnes migrantes peuvent-elles se loger lorsque le refus dissimule un
racisme profondément ancré chez certains bailleurs ou propriétaires
?
La question du logement est révélatrice de la difficulté
de notre société à vivre la solidarité et la fraternité.
Lexclusion par le logement montre la grande fragilité de notre
société et met en péril la cohésion sociale.
Des territoires entiers sont sinistrés, des populations reléguées.
Le droit au logement, inscrit dans la loi de notre pays, nest pas appliqué.
Certes lEtat, des bailleurs sociaux, des collectivités, des financeurs
publics et privés, depuis plusieurs années, recherchent des solutions
adaptées et nouvelles. Des programmes et des plans nationaux et départementaux
sont élaborés. Des tentatives de mise en uvre sont développées,
souvent avec difficulté. Nous ne pouvons que les encourager. La construction
de logements sociaux, leur intégration diffuse au sein même des
centres-villes et la capacité dy accéder avec des très
modestes revenus sont les seules solutions à une sortie durable de lexclusion.
Il faut donc apporter des solutions courageuses, en y mettant les moyens appropriés
et audacieux, en particulier sur le plan budgétaire.
Oser vivre ensemble
La concentration des populations fragiles, souvent oubliées à
la périphérie des villes, a développé un sentiment
de rejet, de mépris des uns, et de peur, de repli sur soi des autres.
Pourtant, dans ces quartiers, les liens sociaux sont parfois de grande qualité
humaine et manifestent des solidarités exemplaires.
Le protectionnisme communal qui rejette la construction de logements sociaux,
louverture de centres dhébergement ou de centres daccueil
pour demandeurs dasile, et la création daires de stationnement
pour gens du voyage, nest souvent que le reflet dégoïsmes
locaux ou dinquiétude profondément ancrés dans la
population. On voit des municipalités contraintes de renoncer à
des projets locatifs sociaux, sous la pression de leurs concitoyens, alors que
rien ne justifie un tel refus. Au nom même du droit des plus pauvres à
vivre dignement, nous dénonçons de tels égoïsmes collectifs.
Agir dans lespérance
Les responsables politiques ont à prendre des décisions urgentes
et courageuses, pour rendre effectif le droit au logement.
Pour ce faire, ils doivent impliquer tous les acteurs concernés : lEtat,
les collectivités locales, les financeurs, les bailleurs sociaux, et
les associations. De plus, chaque personne dans son engagement politique, social
ou associatif, a sa part de responsabilité propre.
Aussi invitons-nous chaque chrétien et chaque personne de Bonne Volonté
:
à dépasser ses peurs, ses préjugés, pour rencontrer en vérité les personnes sans logement ou mal logées ;
à combattre toute forme de discrimination, tant dans son esprit que dans ses actes ;
à accueillir les personnes et populations les plus fragiles dans sa rue, son quartier, son immeuble, sa ville, son village.
Seule une conversion du regard et du cur,
une évolution des attitudes et des comportements de chacun conduiront
à cet engagement collectif en faveur du logement pour tous.
Cette conversion est soutenue par la conviction de la valeur de chaque personne
humaine. Cette personne est rencontrée par Dieu. Cest le sens de
Noël : « Dieu avec nous ». Nous pouvons donc espérer
contre toute espérance.
Le 19 décembre 2002
Mgr Olivier de BERRANGER
Président de la Commission sociale
M. Joël THORAVAL
Président du Secours Catholique