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"La Croix" du 18-12-2003, page 10
Les
Caritas d'Europe s'unissent
Cest dans le petit village viticole de Schengen, sur les bords de la Moselle là où fut signé en 1985 laccord de libre circulation des biens et des personnes en Europe , que la Société interrégionale Caritas, SIC, a organisé, les 13 et 14 novembre dernier, son second colloque transfrontalier sur le thème «famille et pauvreté». Ce colloque bilingue (allemand, français) se voulait plate-forme de travail et de contacts entre une cinquantaine de responsables et acteurs des divers services sociaux de la Grande Région que forment la Lorraine française, la Belgique francophone et germanophone, le Luxembourg et la région de Sarrebrück en Allemagne. Il a permis, de fait, déchanger expériences et pratiques, et de mettre en lumière les points communs mais aussi les différences entre les quatre pays, du fait de contextes socio-économiques, culturels et législatifs spécifiques. Ainsi, à propos de définitions de la pauvreté monétaire, certains, en constatant que le Grand Duché place le seuil de pauvreté à 2 016 € net par mois (avec un taux de pauvreté de 12 %), se sont exclamés avec humour qu«il vaut mieux être pauvre au Luxembourg que riche en Lorraine !» Chiffre aussitôt pondéré par celui de 650 € correspondant au loyer dun studio luxembourgeois de 20 m2. Au-delà de ces disparités de définitions et de seuils, les intervenants se sont unanimement inquiétés de la progression du nombre de ménages surendettés. Lexemple des Français et des Allemands, qui ont introduit la faillite personnelle dans leur législation, a dailleurs vivement intéressé les Belges et les Luxembourgeois. Autre facteur daugmentation du risque de pauvreté monétaire : la fragilisation et léclatement des familles. Un tiers des familles pauvres en moyenne (31 % en Belgique, 16 % au Luxembourg) sont des familles monoparentales, majori-tairement des mères élevant seules leurs enfants et se débattant dans dinextricables difficultés. Elles qui ne peuvent ni travailler à cause de leurs enfants, ni bénéficier dun système de garde denfants (du fait de leur chômage), ne survivent que grâce aux prestations et allocations qui ne cessent daugmenter mais ne suffisent jamais. «Sagit-il daccompagner une mutation des modèles familiaux, ou de faire face à une crise profonde et durable de la famille ?» interrogeait Brigitte Weinandy, conseillère à la direction du Service national daction sociale du Luxembourg. La pauvreté culturelle, relationnelle, sociale et affective, notamment celle des jeunes, a également été soulignée par les directeurs de foyers daccueil pour sans-abri ou pour toxicomanes. Le riche Luxembourg compte ainsi plus de 2.500 héroïnomanes (sur une population de 444 000 habitants) et 23 décès liés à la toxicomanie en 2001, ce qui le place en tête des Quinze. Là encore, les responsables dorganisations sociales ont évoqué les limites auxquelles ils se heurtent pour les aides gouvernementales. Ces aides dÉtat ne feront que décroître dans les prochaines années, du fait des restrictions budgétaires, a expliqué Amindo Silva, chef de lunité «Politiques de protection sociale et dinclusion» de la Commission européenne. Après avoir dévoilé les 10 points retenus par la Commission européenne pour lutter contre la pauvreté, qui seront rendus publics en décembre prochain, le fonctionnaire européen a invité les Caritas de la Grande Région à encore mieux identifier «les groupes les plus vulnérables» et à davantage compter sur leurs fonds propres. Dautant que, du fait de lélargissement de lUnion européenne, une partie des aides européennes sera bientôt attribuée aux 10 nouveaux États confrontés à d«énormes problèmes de pauvreté absolue, dabsence de revenu minimum, de non prise en charge des personnes handicapées, de discrimination ethnique ou dexclusion des milieux ruraux». La région «Sar-Lor-Lux», qui a fait figure de «laboratoire de lEurope économique», sest ainsi vu décerner par le représentant européen un rôle pionnier dans lélaboration de critères pour mesurer la pauvreté et doutils pour construire une Europe sociale. Outils qui, bien évidemment, «ne peuvent être les mêmes que ceux de la construction de lEurope des télécommunications», résumait le P. Bernard Clément, vicaire général et chancelier du diocèse de Metz. Une motivation de plus, pour ces acteurs sociaux généralement engagés au nom de leur foi chrétienne, de travailler davantage en synergie et «en amont», au niveau des structures politiques, nationales et européennes. Il sagit désormais, selon Robert Urbé, chargé de direction à la Caritas du Luxembourg, de «faire disparaître les causes du problème, et non plus seulement de trouver dans lurgence des solutions à des problèmes créés par dautres». Un souhait entériné par le P. Franz-Joseph Gebert, responsable de la Caritas de Trêves et président de la SIC, puisquil a envisagé quun troisième colloque transfrontalier, dici à quatre ans, permette justement de valider de nouveaux outils de construction de lEurope sociale. Claire LESEGRETAIN, à Schengen |