RATIO
MISSIONUM
Congrégation de la Mission
(Vincentiana 46 (2002) Janvier-Février)
Table des matières
Lettre
du Supérieur Général
Introduction
Chapitre I.
La Situation PrÉsente: un Monde nouveau et différent
1 La réalité
de la pauvreté et laspiration à la justice
2 Réaffirmation
de la diversité culturelle
3 Renouveau religieux
4 Des réalités
régionales différentes
4.1 LHémisphère
Sud (Afrique et Amérique Latine)
4.2 Asie et Océanie
4.3 LHémisphère
Nord (Europe et Amérique du Nord)
Chapitre II.
Un Nouveau Paradigme Missionnaire
1 Évangélisation
2 Linculturation
3 Une Église
polycentrique
4 Le respect des
autres religions et lcumenisme
Chapitre III.
Notre réponse présente en tant que fils de Saint Vincent
1 La collaboration
des missions déjà établies par des Provinces avec
lÉglise Locale
2 Nouvelles missions
internationales
3 Organisation
de nos missions
3.1. Critères pour accepter
et évaluer une mission
3.2. Le caractère d'une Mission
Vincentienne
3.3. Les candidats à la Mission
3.3.1. Leur sélection
3.3.2. Préparation à la Mission
et arrivée sur place
3.4. Plan financier
3.5. La Communauté pour la
Mission
3.6. Promotion vocationnelle
4 La collaboration
entre Provinces
5 La collaboration
avec la Famille Vincentienne
Chapitre IV.
Formation à la Mission
1 Son urgence
et son importance
2 Formation missionnaire
générale
3 Formation missionnaire
spécifique
4 Formation vincentienne
5 Éducation
permanente
6 Le retour des
Missionnaires
Appendice I.
Paroles de saint Vincent au sujet des missions
Appendice II.
Modèles de contrats
Appendice III.
Bibliographie sélectionnée
_________________________________________________________________________________________
Lettre du Supérieur Général
Rome, le 1er mai 2002
À tous les membres de la Congrégation de
la Mission
Chers
Confrères,
Que
la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ soit toujours avec
vous!
Quelques
années avant sa mort, Saint Vincent disait à ceux qui
étaient rassemblés à saint Lazar e:
Sommes-nous disposés
d'aller en Pologne, en Barbarie, aux Indes, lui sacrifier nos satisfactions
et nos vies ? Si cela est, bénissons Dieu
«Donnons-nous
à Dieu, Messieurs, pour aller par toute la terre porter son saint
évangile; et en quelque part qu'il nous conduise, gardons-y notre
poste et nos pratiques, jusqu'à ce que son bon plaisir nous en
retire. Que les difficultés ne nous ébranlent pas
N'importe
que nous mourions plus tôt, pourvu que nous mourions les armes
à la main, nous en serons plus heureux, et la Compagnie n'en
sera pas plus pauvre; parce que sanguis martyrum semen est Christianorum
(le sang des martyrs est la semence des chrétiens)
Pour un Missionnaire qui aura donné sa vie par charité,
la bonté de Dieu en suscitera plusieurs qui feront le bien qu'il
aura laissé à faire.» (Abelly, Livre II, chapitre
I, 193-195).
En
introduisant ainsi cette Ratio Missionum, je remercie le Seigneur pour
le nombre incalculable de généreux missionnaires quil
a engendrés au sein de la Congrégation. Beaucoup ont vécu
et sont morts au service des pauvres en terre étrangère.
Quand je visite les Provinces, je suis sans cesse frappé par
la fidélité et la créativité de nos missionnaires
dans la prédication de lÉvangile «par paroles
et uvres».
LAssemblée
Générale de 1998, voyant une forte poussée de renouveau
missionnaire parmi les membres de la Congrégation, demanda au
Supérieur Général de nommer une commission spéciale
pour rédiger une Ratio Missionum. Aussitôt après,
avec le consentement des membres du Conseil Général, jai
demandé aux Pères Antonius Sad Budianto (Indonésie),
Dominique Iyolo Iyombe (Congo), Ángel Santamaría (Madagascar),
Homero Elías (El Alto, Bolivie), Hugh ODonnell (Chine),
et Victor Bieler (Curie Générale) dêtre les
membres de cette commission. La Commission sest réunie
trois fois entre janvier 1999 et lautomne 2000. Après sa
première réunion, elle a consulté tous les membres
de la Congrégation de la Mission au sujet du contenu dune
Ratio. De plus, avant de passer à la rédaction définitive
de son brouillon, elle a consulté tous les Visiteurs de la Congrégation.
Elle sest aussi réunie par deux fois avec le Conseil Général
et a demandé notre contribution à chaque étape.
Quand la Commission a fini son travail et quelle me la consigné,
jai donc demandé au Père John Prager, travaillant
à Panama, le service de faire la rédaction finale et dunifier
le style du document car les chapitres avaient été écrits
dans différentes langues. Quand le Père Prager a terminé
sa tâche de rédaction, jai revu, une nouvelle fois,
ce document avec les membres de la Curie Générale, en
faisant quelques dernières modifications. Puis nous lavons
approuvé à lunanimité.
Aujourdhui,
avec une grande reconnaissance envers tous ceux qui ont travaillé
si laborieusement dans la préparation de cette Ratio Missionum,
je vous la présente pour que vous létudiiez. Jencourage
tous les membres de la Congrégation de la Mission à lire
ce document, à le méditer et à rechercher les manières
dont il peut façonner la vie et les ministères de chacun
de nous. Je demande aussi quil soit étudié soigneusement
dans toutes nos maisons de formation. Il devrait être un des documents
fondamentaux pour ceux qui se préparent à adhérer
pleinement à la Congrégation de la Mission, car il répond
à quelques questions de base concernant notre ministère:
Comment doit-être une mission étrangère vincentienne?
Quelles sont ses caractéristiques? Quels sont les critères
dacceptation et dévaluation des missions? Comment
doivent être préparés les candidats pour ces missions?
En
présentant cette Ratio aujourdhui, je demande aussi aux
Visiteurs dorganiser des sessions détudes ou des
retraites dans lesquelles les confrères et nos candidats réfléchissent
et digèrent le contenu de ce document. Il doit être précieux
pour nous tous, que nous soyons plus jeunes ou plus vieux, que nous
soyons engagés directement dans les missions étrangères
ou dans dautres uvres.
Puisque
nous commençons à utiliser ce document dans la Congrégation
de la Mission, je pense à tous les missionnaires du monde entier.
Avec vous et pour eux, je fais mienne cette prière que saint
Vincent écrivit spontanément le 27 septembre 1647, à
la fin dune lettre à Etienne Blatiron, qui fut le premier
de nos missionnaires à aller à Gênes.
O Dieu, mon Seigneur, soyez, s'il vous plaît, le lien de leurs
curs ; faites éclore les effets de tant de saintes affections
que vous leur faites concevoir et donnez croissance aux fruits de leurs
travaux pour le salut des âmes; arrosez de vos bénédictions
éternelles cet établissement, comme un nouvel arbre planté
de votre main; fortifiez ces pauvres missionnaires dans leurs fatigues;
enfin, mon Dieu, soyez vous-même leur récompense, et par
leurs prières étendez sur moi votre immense miséricorde
(SV III, 239-240).
Votre frère en Saint Vincent
Robert
P. Maloney, C.M.
Supérieur Général.
RATIO
MISSIONUM
CONGRÉGATION DE LA MISSION
Introduction
Or sus, demandons à Dieu qu'il donne à la Compagnie
cet esprit, ce cur, ce cur qui nous fasse aller partout,
ce cur du Fils de Dieu, cur de Notre-Seigneur, cur
de Notre-Seigneur, qui nous dispose à aller comme il irait et
comme il serait allé, si sa sagesse éternelle eût
jugé à propos de travailler pour la conversion des nations
pauvres. (SV XI, 291).
Se mettre à la suite du Christ,
Évangélisateur des Pauvres (C. 1), cest le moteur
même dissimulé derrière notre vocation missionnaire
vincentienne. Ce fut la rencontre inattendue des plus délaissés,
dans des endroits comme Folleville et Châtillon qui forcèrent
saint Vincent à modifier sa compréhension des Évangiles
et lamenèrent à une relation de plus en plus profonde
avec le Christ, le Missionnaire du Père. Aidé par des
personnages comme Pierre de Bérulle, François de Sales
et André Duval, il devina peu à peu dans quelle direction
lEsprit entendait le voir mener sa vie et parvint graduellement
à reconnaître quil était appelé à
participer à la Mission de Jésus pour évangéliser
et servir les pauvres.
Les premiers membres de la Congrégation partagèrent le
regard porté par Vincent sur lÉvangile. Inspirés
par son exemple et sensibles à la résonance dans leur
propre vie de son charisme, ils sassemblèrent autour de
notre Fondateur en vue de réaliser leur vocation de se mettre
à la suite de Jésus comme évangélisateurs
des pauvres. Vincent leur dit: Nous sommes en cette vocation fort conformes
à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, ce semble, avait fait
son principal, en venant au monde, d'assister les pauvres et den
prendre le soin. (SV XI, 108).
Alors que le charisme de base de la Congrégation de la Mission
était parfaitement clair dès les premiers jours de sa
fondation, les structures et les ministères qui découlèrent
de linspiration originale de Vincent ne se développèrent
que lentement. Les événements, les besoins urgents et
les sollicitations pressantes mirent constamment les premiers Vincentiens
au défi délargir leur manière de comprendre
comment il leur faudrait vivre leur vocation. Le groupe des missionnaires
qui furent les pionniers en cette matière exprimèrent
leur charisme sous la forme de missions populaires prêchées
dans la campagne. Au bout de très peu dannées ils
eurent à assumer le travail de formation du clergé. Puis
graduellement, les missionnaires débordèrent les frontières
de la France pour aller au secours des Églises locales de lItalie,
de lIrlande, de lEcosse et de la Pologne, et jusquaux
petits groupes desclaves chrétiens dAfrique du Nord.
En 1648 Vincent, reconnaissant que les missions ad gentes [1] représentaient
une autre façon très importante de vivre notre vocation
missionnaire, envoya le premier de six groupes à Madagascar.
Vincent a fréquemment réfléchi sur ces développements,
dans ses conférences et dans ses lettres dans lesquelles on peut
noter un progrès dans son appréciation de la place des
missions étrangères dans la vie de la Compagnie. Quheureuse,
ô quheureuse, leur disait-il, est la condition du missionnaire
qui na point dautres bornes de ses missions et de ses travaux
pour Jésus-Christ que toute la terre habitable! Pourquoi donc
restreindre à un point et nous prescrire des limites, puisque
Dieu nous a donné une telle étendue pour exercer notre
zèle?[2] Dans une autre occasion il fait la remarque suivante:
Que veut dire missionnaire? Cest à dire envoyé.
Oui, mes frères, missionnaire veut dire envoyé de Dieu,
et cest à vous que Notre-Seigneur a dit: Allez dans le
monde entier et prêchez lÉvangile à toute
créature (SV XII, 27). À un groupe de missionnaires envoyés
à Madagascar, il affirme: Selon les règles de notre Institut,
nous sommes obligés de travailler au salut des âmes là
où Dieu nous appellera, et par-dessus tout, dans les endroits
où le besoin est plus grand et où les ouvriers de l'Évangile
font défaut et, sachant qu'aux Indes, spécialement dans
les îles de Madagascar... on manque beaucoup d'ouvriers alors
que la moisson est abondante... nous vous destinons et envoyons à
ces gens sur lesdites îles et autres endroits des Indes pour que,
selon la fonction de notre Institut, vous puissiez vous dévouer
au salut des âmes de toutes vos forces et avec l'aide de la grâce
de Dieu (SV XIII, 314).
Dans
un moment denthousiasme, Vincent exprima à Charles Nacquart
sa grande estime pour les missions à létranger:
il ny a condition que je souhaitasse plus sur la terre, sil
métait loisible, que celle de vous aller servir de compagnon
à la place de M. Gondrée (SV III, 285). Vers la fin de
sa vie, en décembre 1658, il lança un appel passionné
en faveur dun maintien des ministères qui sétaient
développés dans la Congrégation, spécialement
en faveur des missions à létranger. Ses arguments
pour les défendre consistaient à souligner quelles
répondaient à notre vocation fondamentale, celle dévangéliser
les pauvres. Il mit ses confrères en garde contre la tentation
de ceux qui chercheraient à négliger ou à abandonner
les missions difficiles à cause de la distance, du manque de
personnel, dune perte de lesprit missionnaire. Il y aura,
disait-il, des gens mitonnés, des gens qui nont quune
petite périphérie, qui bornent leur vue et leurs desseins
à certaine circonférence où ils senferment
comme en un point ; ils ne veulent sortir de là. (SV XII, 92).
Au cours des siècles la Congrégation de la Mission sest
efforcée de rester fidèle à l'héritage que
St. Vincent nous a laissé sur les missions étrangères.
En vue de répondre aux demandes des Églises locales et
de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, des missionnaires
sont partis pour lAsie, lOcéanie, lAfrique
et les Amériques. Sous linspiration du charisme Vincentien,
des confrères célèbres, tels Sts Justin de Jacobis,
Jean Gabriel Perboyre et François Régis Clet, et bien
dautres missionnaires moins connus ont consacré leur vie
à prêcher lÉvangile dans des pays de cultures
nouvelles.
Le même charisme missionnaire Vincentien
est encore vivant dans le cur des membres de la Congrégation
de la Mission en ce début du XXIe siècle. Cette Ratio
Missionum a pour but doffrir des conseils destinés
à aider ceux qui sont appelés à servir dans les
missions à létranger. Ils ont été
rédigés à la lumière des nombreux changements
survenus dans lÉglise et dans le Monde au cours des années
récentes.
Chapitre I.
La Situation Présente: un Monde nouveau et différent
Un nouveau monde est en train de naître. Il na pas encore
revêtu sa forme définitive car il est en train de lutter
pour émerger de la masse des restes dun âge précédent.
Comme cela se passe pour toutes les sociétés humaines,
ce nouveau monde comporte des éléments positifs et des
éléments négatifs, des valeurs et des contre-valeurs.
Cest dans ce milieu que les missionnaires daujourdhui
sont appelés à porter la Bonne Nouvelle. Voici quelques-uns
des aspects de ce futur en train de naître:
1.1 La réalité de la pauvreté
et laspiration à la justice
Une nouvelle situation économique se développe sous nos
yeux, Elle est due aux avancées technologiques, à des
communications rapides, à la mise en uvre de nouveaux moyens
de production, à des accords commerciaux, et à bien dautres
facteurs. La mondialisation de léconomie affecte toutes
les sociétés et continuera à le faire dans le futur
prévisible. Ces changements ont créé, en faveur
de quelques pays et de petits groupes dhabitants dans beaucoup
de nations, une richesse sans précédents.
Mais,
pour de larges secteurs du monde, cette nouvelle situation économique
ne sest pas concrétisée en gains positifs. Plus
dune économie nationale sest tellement endettée
quelle est devenue insolvable. Des pays entiers sont restés
en arrière dans la course à la mondialisation parce quils
manquent soit des matières premières soit des produits
agricoles et industriels recherchés dans les marchés internationaux.
Pratiquement, ce quon appelle léconomie libre de
marché est dominée par les pays riches qui contrôlent
laccès au marché, ainsi que le capital et la technologie
nécessaires pour y participer.
Les deux tiers du monde vivent encore dans la pauvreté. Chaque
jour vingt-huit mille personnes meurent de faim, sans mentionner les
millions de gens chroniquement dénutris. Des pourcentages incroyables
de la population de certains pays sont infectés par le virus
du Sida, de la malaria, et dautres maladies mortelles. La plus
grande partie du monde est encore dans lincapacité de bénéficier
de soins médicaux, dune éducation, deau potable
ou bien se trouve privée des moyens de satisfaire ces besoins
et tant dautres besoins humains de base. Cette description nécessairement
très générale recouvre des personnes réelles
et des familles qui souffrent.
Au milieu de ce tableau plutôt décourageant on découvre
quelques signes despoir. On a pris une plus grande conscience,
au moins en théorie, de la valeur de la personne humaine. Cest
dans cet effort pour favoriser le respect de la valeur de la personne
humaine que sest incarné un des combats les plus importants
de notre époque. Dans presque tous les pays, il sest formé
des groupes en vue de promouvoir et de protéger les droits humains,
les libertés civiles et la participation de tous en matière
de politique. Des individus, de petits groupes et des peuples entiers
sefforcent de créer les structures économiques et
politiques justes qui permettront le développement de la personne
humaine. Tous ces détails sont des signes annonçant un
nouveau monde en train démerger.
1.2 Réaffirmation de la diversité
culturelle
Lanthropologie et la sociologie ont souligné limportance
de la culture dans la vie des individus et des communautés. La
culture fournit le contexte au sein duquel les êtres humains comprennent
le monde et sy insèrent. Cest un système de
modèles hérités du passé et fournissant
des significations et des comportements capables dorienter un
groupe ou une société. Cela implique des symboles, des
mythes, des croyances, des règles de conduite qui se transmettent
formellement ou informellement dans une société. Cest
la culture qui définit la façon dapprendre, de vivre
et dagir en relation avec les autres.
Un
des résultats valables de la disparition du vieux système
colonial cest que les peuples récemment libérés
ont exigé le respect de leurs cultures. Une des conséquences
de cet événement a été une prise de conscience
de la diversité des cultures et de la signification de cette
diversité. Le droit de tout peuple à développer
sa propre culture nest venu à la conscience de la majorité
des hommes que récemment. Cette prise de conscience a été
à lorigine de nouvelles possibilités de relations
respectueuses et sensitives entre peuples de cultures différentes.
Ce nest pas sans difficultés et sans échecs que
laffirmation de la diversité culturelle a réussi
à émerger. Toutes les cultures entrent en interaction
dès que des populations venues de sociétés différentes
se rencontrent. Les visions différentes de la réalité,
et encore plus des intérêts, sont la cause
de nombreuses incompréhensions et de fréquents conflits,
tant entre personnes individuelles quentre peuples. Ce nest
pas tout le monde qui accepte de reconnaître aux autres le droit
de développer leur propre culture. Un tel refus a abouti à
la marginalisation de certaines cultures et à la domination de
certaines autres.
1.3 Renouveau religieux
Dans plusieurs parties du monde, une culture postmoderne est en train
de naître ou même existe déjà, souvent en
réaction contre les promesses actuelles non tenues dun
progrès, dune égalité, dune insertion.
Cette nouvelle culture met en question les prétentions de la
société contemporaine et la confiance que celle-ci met
en la rationalité humaine. Elle prêche lindividualisme.
Elle se sent mal à laise dans les structures établies.
Elle se méfie des promesses des gens au pouvoir, que ce soit
dans le civil ou dans le religieux. Elle provoque un désintérêt
pour les processus traditionnels aux niveaux social, politique et religieux.
Toutefois,
bien que le post-modernisme, le sécularisme et lindividualisme
aient eu une influence sur la religiosité de nombreuses populations
à travers le monde, il est parallèlement évident
que dans beaucoup de pays on assiste à un regain religieux. Les
riches liturgies africaines, la focalisation de lattention sur
le dialogue inter-religieux et la prière contemplative en Asie,
la naissance des Communautés Ecclésiales de Base et des
mouvements en vue de promouvoir la libération des pauvres dAmérique
Latine, la naissance de nouvelles communautés religieuses en
Europe, et la croissance du rôle ministériel actif des
laïcs en Amérique du Nord témoignent de cette tendance
au sein de lÉglise Catholique. La croissance rapide du
nombre de Chrétiens Evangéliques est, elle aussi, le signe
dune soif dexpression religieuse. La résurgence de
lIslam, lexpansion du Bouddhisme et un intérêt
renouvelé pour lHindouisme sont, également, des
manifestations dun nouvel intérêt religieux. Très
fréquemment, ce renouveau religieux a revêtu la forme du
fondamentalisme, mais cependant, cet événement attire
lattention sur une recherche du sens et un désir dune
union plus profonde avec le Divin.
Ce renouveau religieux a eu une profonde influence sur les missionnaires.
Dans certains cas, il a provoqué des tensions et des divisions.
Mais il a été aussi une occasion de réflexion et
de maturation. Il a rendu possible une réflexion approfondie
sur les valeurs présentes dans les autres religions, et il a
rappelé le besoin croissant dun dialogue inter-religieux.
Cela a évidemment soulevé des questions sur la nature
de lévangélisation et sur le rôle des missionnaires.
1.4 Des Réalités régionales
différentes
1.4.1 LHémisphère Sud (Afrique et Amérique
Latine)
Les pays de lHémisphère Sud en Afrique et en Amérique
Latine ont en commun un certain nombre de caractéristiques et
ont fréquemment été classés dans le Tiers
Monde. Tout le monde sait que ces deux continents ont eu un passé
colonial. Ils ont aussi en commun de souffrir dune grande pauvreté
dans de larges secteurs de la population à cause de facteurs
sociaux, économiques et politiques qui sont souvent le fruit
de structures injustes. Dans ces deux continents les gouvernements ont
fréquemment été instables et corrompus.
LAmérique
Latine est un continent dont la culture a été fortement
influencée par lÉglise Catholique, bien que, au
cours des décennies récentes, les "Chrétiens
Evangéliques" y aient fortement fait sentir leur présence.
LÉglise Catholique a consenti de grands efforts, non sans
conflits, pour éliminer la disparité entre les riches
et les pauvres. Elle a lutté pour incarner et concrétiser
son option fondamentale en faveur des pauvres.
En Afrique lÉglise est dynamique et forte, mais en même
temps elle se voit mise au défi par des sectes fondamentalistes
et par la croissance de lIslam. Dans certains pays, de larges
portions de la population appartiennent aux religions traditionnelles.
De violents conflits, internationaux et régionaux, la progression
du SIDA et de la malaria et de monstrueux niveaux de pauvreté
continuent à affliger le continent.
1.4.2 Asie et Océanie
Il
arrive que lon classe lAsie parmi les pays du Sud parce
que certaines nations ont le même niveau économique et
les mêmes difficultés politiques que lAfrique et
lAmérique Latine. Toutefois, de bien des manières,
la situation de lAsie et de lOcéanie est unique.
Les anciennes grandes religions de lAsie dominent lhorizon
social et culturel. Les Catholiques sont une petite minorité,
sauf dans quelques rares endroits comme les Philippines, le Liban, le
Kerala, Timor, et les Tamils. Se trouvant en situation minoritaire dans
un monde de cultures et de religions variées dune part,
un monde où la pauvreté revêt dinnombrables
aspects dautre part, lÉglise est mise au défi
de travailler à la promotion de la dignité de la personne
humaine en tant que condition de base pour fonder cette notion de bien-être
commun des populations. LÉglise dAsie sefforce
de bâtir une communauté humaine accueillante aux personnes
de toutes les religions, de tous les groupes ethniques et socio-économiques.
En certains endroits, comme le Vietnam et la Chine, une Église
vivante survit, en dépit des nombreuses restrictions en matière
de liberté.
1.4.3 LHémisphère Nord (Europe et Amérique
du Nord)
Les pays de lAtlantique Nord, souvent nommés le Premier
Monde, dominent léconomie mondiale par leur richesse, leurs
avancées technologiques et leurs ressources militaires. En dépit
dune prospérité croissante, labîme entre
riches et pauvres ne cesse de sy creuser parallèlement.
Tandis que la liberté et la dignité humaine y sont grandement
estimées, lindividualisme, la dépersonnalisation,
le consumérisme et la sécularisation y sont tous aussi
présents.
LEurope
est une vaste région, sétendant de lAtlantique
à lOural. Côte à côte avec les pays
très développés de lOuest, elle inclut aussi
les pays membres de lex bloc Soviétique de lEurope
de lEst. Ces derniers pays ont leurs propres difficultés
sociales, politiques et économiques, partiellement héritées
de leur passé Communiste et partiellement créées
par la récente interaction avec une économie de libre
marché.
Pendant
des siècles, lEurope a envoyé des missionnaires
à travers le monde. Aujourdhui les missionnaires de ce
type se font rares et le continent qui a été séculairement
le cur de la Chrétienté est maintenant considéré
comme ayant bien besoin dune nouvelle évangélisation.
Au cours du dernier siècle, lAmérique du Nord a,
elle aussi, envoyé de nombreux missionnaires à létranger.
Mais de nos jours lÉglise dAmérique du Nord
se trouve à un stage différent de développement
et, bien que la pratique religieuse y demeure forte, lÉglise
là-bas commence à ressentir des difficultés semblables
à celles de lEurope.
Les
Églises de lHémisphère Nord sont confrontées
au défi que représente la prédication de lÉvangile
au milieu du poids de la richesse et dune influence globale. Une
partie du défi consiste à trouver des moyens de mettre
largent, le pouvoir et la technologie au service dune société
juste.
Chapitre II.
Un Nouveau Paradigme Missionnaire
Le Concile Vatican II a eu une profonde influence sur la façon
dont lÉglise perçoit aujourdhui sa mission
dans le monde. Les Pères du Concile, tout particulièrement
dans les documents Lumen Gentium, Gaudium et Spes et Ad Gentes, ont
ouvert à lÉglise de nouvelles directions et poussé
à développer un nouveau modèle pour la mission.
Le nouveau paradigme de la mission, encore en voie de mise au point
et de développement, envisage lÉglise comme une
communion dÉglises locales unies à Rome, chacune
préoccupée de rendre service aux autres. Vu dans cette
perspective, leffort missionnaire devient multidirectionnel. Plutôt
que denvisager des Églises établies préoccupées
denvoyer du personnel à ce quon nomme aujourdhui
les jeunes Églises, le nouveau paradigme considère les
multiples contextes pour lévangélisation. Lévangélisation
est désormais vue comme commençant dès quun
missionnaire quitte sa propre culture et entreprend de traverser une
frontière humaine (que celle-ci soit géographique ou sociale)
en vue dannoncer lÉvangile au sein dune nouvelle
culture. Le missionnaire non seulement proclame le mystère du
Christ mais est lui-même évangélisé par le
fait même quil accompagne dautres personnes dans leur
processus de découverte de lEsprit du Seigneur agissant
déjà dans une Église ou une culture locale.
Parmi les éléments présents dans le nouveau paradigme
missionnaire, quatre méritent dêtre soulignés:
2.1 Évangélisation
LEncyclique Evangelii Nuntiandi (EN 27) décrit le contenu
de lévangélisation de la manière suivante:
LEvangélisation contiendra aussi toujours - base,
centre et sommet à la fois de son dynamisme - une claire proclamation
que, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité,
le salut est offert à tout homme, comme don de grâce et
miséricorde de Dieu... un salut qui a certes son commencement
en cette vie mais qui saccomplit dans léternité.
Redemptoris Missio (RM 11) ajoute: « Nous savons que Jésus
est venu apporter le salut intégral qui saisit tout lhomme
et tous les hommes, en les ouvrant à la perspective merveilleuse
de la filiation divine. Le même document, sarrêtant
sur lactivité missionnaire de lÉglise, affirme
(RM 44): Lannonce a, en permanence, la priorité de
la mission
Toutes les formes de lactivité missionnaire
tendent à cette proclamation qui révèle le mystère
caché depuis les siècles et dévoilé dans
le Christ (cf. Eph 3, 3-9; Col 1, 25-29), mystère qui est au
cur de la mission et de la vie de lÉglise, qui forme
le pivot de toute lévangélisation ».
Jésus a annoncé la venue du royaume de Dieu. L'Esprit
du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction
pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. II m'a envoyé proclamer
aux captifs la libération et aux aveugles le retour à
la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une
année d'accueil par le Seigneur. (Lc 4:18-19). La Bonne
Nouvelle quil a prêchée, cétait la présence
de ce Royaume en sa personne et en son ministère, et elle sadressait
à la personne humaine à tous ses niveaux pour que nous
devenions une nouvelle création. Paul VI a écrit dans
Evangelii Nuntiandi (EN 9): Comme noyau et centre de sa Bonne Nouvelle,
le Christ annonce le salut, ce grand don de Dieu qui est libération
de tout ce qui opprime lhomme, mais qui est surtout libération
du péché et du Malin
Ce Royaume, le règne
de Dieu dans nos vies, transforme le monde par la vérité,
la liberté, lamour, la justice et le pardon, et il dirige
nos regards vers un futur qui nest pas encore là.
LÉglise, la communauté des disciples de Jésus,
poursuit sa mission évangélisatrice. LÉglise
ne se confond pas avec le Royaume, mais ne peut pas en être séparée.
LÉglise est... au service du Royaume (RM 20). Elle proclame
la Bonne Nouvelle du Royaume en paroles et en actes, exactement comme
fit Jésus. Le but de cette proclamation cest que les gens
puissent rencontrer le Christ. Et grâce à cette rencontre
arriver à la plénitude de la vie.
La proclamation du Royaume implique la communication. La Bonne Nouvelle
peut être communiquée de bien des façons, comme
Paul VI la souligné dans Evangelii Nuntiandi. Un moyen
fréquent, cest la communication verbale - la prédication,
la catéchèse, les uvres éducatives, le partage
de lÉcriture Sainte, la réflexion théologique.
Les médias modernes nous fournissent une grande variété
dinstruments - la radio, la télévision, Internet,
les livres, les journaux, les magazines.
Mais la proclamation se fait aussi par des voies non-verbales. Sacrements
et sacramentaux jouent un rôle essentiel. Les arts (peinture,
sculpture, musique, danse, films, théâtre, et architecture)
sont dautres voies par lesquelles peut passer la communication
du message de Jésus.
Lhomme contemporain croit plus les témoins que les maîtres,
lexpérience que la doctrine, la vie et les faits que les
théories (RM 42). LÉvangélisation, un processus
qui commence par la proclamation, inaugure un genre de vie dans lequel
les valeurs de lÉvangile sont mises en pratique. Le message
prêché devient un message vécu, un mode de vie témoignant
en faveur de la Bonne Nouvelle. Les méthodes pour transformer
lÉvangile en action Chrétienne sont illimitées.
uvres de charité, lutte pour la justice, promotion des
droits de lhomme, fondation de communautés, projets en
faveur du développement humain sont quelques-unes de ces possibilités.
Redemptoris Missio envisage trois situations possibles pour réaliser
la mission évangélisatrice de lÉglise. La
première, cest ce que lon a appelé les missions
ad gentes. À parler strictement, les missions ad gentes sont
celles dans lesquelles lÉvangile est prêché
à des gens qui nen ont jamais entendu parler. Cest
ce quon appelle parfois la première évangélisation.
La deuxième situation est celle des régions où
la communauté chrétienne est déjà établie,
mais a besoin dêtre fortifiée. Le dernier cas est
celui des populations qui jouissent dune longue tradition chrétienne,
mais au milieu desquelles vivent des groupes qui nont jamais encore
été efficacement confrontés à la Bonne Nouvelle.
Dans ce troisième contexte, le Pape Jean Paul II mentionne le
besoin dune nouvelle évangélisation: nouvelle dans
son ardeur, dans ses méthodes et dans son expression. LEncyclique
Redemptoris Missio, dans sa description de ces trois situations différentes,
souligne aussi que, pratiquement, il est souvent difficile de maintenir
ces distinctions claires.
2.2 LInculturation
Lintérêt porté à la culture et à
linculturation de lÉvangile est une priorité
importante aux yeux de lÉglise. Le Pape Paul VI affirme
dans Evangelii Nuntiandi (EN 20): La rupture entre Évangile et
culture est sans doute le drame de notre époque, comme ce fut
aussi celui dautres époques. La culture est le contexte
à travers lequel les gens comprennent le monde. Cela inclut tout
un spectre didées, de croyances, de symboles et de valeurs
partagées par les gens. Tout ce que lon a appris, y compris
le message de lÉvangile, est affecté par cette culture.
Il est impossible quun peuple soit vraiment évangélisé
à moins que ce ne soit dans le contexte de sa culture.
Le monde moderne a pris conscience de la diversité culturelle.
Les cultures ne sont pas des entités statiques, isolées.
Elles changent et se développent. Toutes les cultures possèdent
des valeurs et des contre-valeurs. Les cultures sont constamment en
contact les unes avec les autres. Ces rencontres peuvent être
mutuellement enrichissantes, mais elles peuvent aussi prendre des formes
conflictuelles.
La réalité du pluralisme culturel a influencé le
nouveau paradigme missionnaire. Vatican II a affirmé que:
L'Église, envoyée à tous les peuples de tous les
temps et de tous les lieux, n'est liée d'une manière exclusive
et indissoluble à aucune race ou nation, à aucun genre
de vie particulier, à aucune coutume ancienne ou récente.
Constamment fidèle à sa propre tradition et tout à
la fois consciente de l'universalité de sa mission, elle peut
entrer en communion avec les diverses civilisations: d'où l'enrichissement
qui en résulte pour elle-même et pour les différentes
cultures (Gaudium et Spes, 58).
La difficulté pour les missionnaires, cest que, bien que
lÉvangile ne soit identifié à aucune culture
particulière, il est toujours communiqué par le truchement
de la culture. Lévangélisation missionnaire, par
conséquent, implique toujours une rencontre de cultures. Il est
arrivé que des missionnaires aient confondu la Bonne Nouvelle
de Jésus avec la manière dont leur propre culture avait
incarné le message de Jésus. Ils ont imposé leur
propre culture en même temps que lÉvangile.
Le
paradigme missionnaire daujourdhui souligne limportance
dune communication de lÉvangile passant par le langage
de la culture locale. Le Pape Paul VI lexprimait comme suit: Il
importe d'évangéliser - non pas de façon décorative,
comme à travers un vernis superficiel, mais de façon vitale,
en profondeur et jusque dans leurs racines - la culture et les cultures
de l'homme, dans le sens riche et large que ces termes ont dans Gaudium
et Spes, partant toujours de la personne et revenant toujours aux rapports
des personnes entre elles et avec Dieu. (EN 20). De cette façon
lÉvangile imprègne la culture et sincarne
en elle. Cela crée un dynamisme qui permet à la parole
de Dieu de transformer la culture en promouvant des valeurs déjà
présentes en elle, tout en mettant en question ce qui nest
pas de Dieu dans cette culture et ce qui viole la personne humaine.
Le missionnaire ne franchit pas que des frontières géographiques;
il franchit aussi des frontières culturelles pour annoncer lÉvangile
de Jésus Christ. Linculturation de lÉvangile
ne consiste pas uniquement en une traduction de propositions théologiques
dans une langue différente, comme si la Bonne Nouvelle nétait
rien de plus quun ramassis didées à apprendre
par cur. Cest une communication du message du Royaume en
paroles et en actions, faite de telle sorte que les gens puissent rencontrer
la personne du Christ et devenir ses disciples.
Les missionnaires, tout en demeurant fidèles au message de lÉvangile,
doivent aussi sefforcer de découvrir les germes du Verbe
dans la culture locale. Linculturation est un processus long et
difficile. Elle exige étude et réflexion. Elle demande
le dialogue, le respect et lhumilité. Elle implique que
lon ait pris conscience lucidement des valeurs de sa propre culture,
des réponses données et des préjugés acquis,
avec - en plus - une bonne compréhension du contexte local. La
rencontre entre cultures qui accompagne toute évangélisation
peut être mutuellement enrichissante, mais cela, uniquement si
le dialogue est entrepris dans une atmosphère de respect, douverture
et de délicatesse.
2.3 Une Église polycentrique
Une conséquence logique dune inculturation de lÉvangile
est la reconnaissance quil existe plusieurs manières de
vivre sa foi en Jésus. LEncyclique Evangelii Nuntiandi
le souligne:
LÉglise universelle s'incarne de fait dans les Églises
particulières constituées, elles, de telle ou telle portion
d'humanité concrète, parlant telle langue, tributaire
d'un héritage culturel, d'une vision du monde, d'un passé
historique, d'un substrat humain déterminé. L'ouverture
aux richesses de l'Église particulière répond à
une sensibilité spéciale de l'homme contemporain (EN 62).
Lalternative, nous voulons dire: une approche centrée sur
la culture occidentale ou sur toute autre culture particulière,
rendra impossible laccomplissement de la mission évangélisatrice
de lÉglise.
Le nouveau paradigme missionnaire met sur les épaules des Églises
locales une grande responsabilité en matière dévangélisation.
La plus grande part de linitiative et de la créativité,
lorsquil sagit de trouver les meilleures façons dinculturer
lÉvangile et la pratique de la foi doivent venir des communautés
chrétiennes locales. Le paradigme envisage une communion dÉglises
locales se soutenant lune lautre, comme égales, grâce
à un partage des préoccupations et une réponse
à leurs besoins mutuels. Le flux des missionnaires ne se dirige
donc pas du Nord au Sud: il est multidirectionnel.
LÉglise polycentrique vit au sein dune communion
grâce à sa foi en la personne de Jésus, aux liens
de charité qui unit ses membres entre eux, et grâce enfin
à une structure ecclésiale unifiante le collège
des évêques, en union avec Pierre, qui continue le ministère
enseignant, gouvernant et sanctifiant de Jésus. LÉglise
Catholique est à la fois une et universelle. Elle est un signe
dunité dans la diversité. Le Pape Paul VI affirmait
dans Evangelii Nuntiandi:
Gardons-nous bien de concevoir l'Église universelle comme la
somme, ou, si l'on peut dire, la fédération plus ou moins
hétéroclite d'Églises particulières essentiellement
diverses. Dans la pensée du Seigneur c'est l'Église, universelle
par vocation et par mission, qui, jetant ses racines dans la variété
des terrains culturels, sociaux, humains, prend dans chaque portion
du monde des visages, des expressions extérieures diverses. (EN
62).
Le rôle du Collège des évêques, en union avec
lévêque de Rome, est de promouvoir lunité
de lÉglise, mais une unité dans la diversité.
La concrétisation de la manière dont cette diversité
prend forme dans la liturgie, dans la loi et la pratique, exige beaucoup
de dialogue entre les Églises locales et le Saint Siège.
Cest un défi perpétuel pour lÉglise
Catholique en tant quÉglise missionnaire.
2.4 Le Respect des autres religions et
lcuménisme
Dans chaque pays, lÉglise Catholique rencontre des gens
qui sont membres de communions ecclésiales ou de religions différentes.
Or le dialogue Inter-religieux fait partie de la mission évangélisatrice
de lÉglise (RM 55). Du fait que lÉglise elle-même
est invitée à une conversion continuelle, elle accepte
de bon gré le dialogue avec les hommes et les femmes appartenant
à des fois différentes. Le dialogue nest pas la
conséquence dune stratégie ou dun intérêt
(RM 56). Il est une conséquence du respect de lÉglise
pour la liberté humaine. Le partage avec des personnes qui se
réclament dune foi différente de la nôtre
peut être source denrichissement mutuel. Il peut être
loccasion, pour les deux parties, dune meilleure saisie
de lactivité de Dieu dans le monde et créer ainsi
une nouvelle sensibilité aux diverses expériences de la
vie.
Cet enrichissement mutuel est le fruit du respect, de leffort
de compréhension et dune recherche commune de la vérité.
Les missionnaires doivent se rappeler que la vérité réside
aussi au-delà des frontières de lÉglise Catholique.
Les autres religions enracinées plus profondément dans
un pays ont souvent une meilleure saisie que nous des cultures locales.
À partir de la sagesse des religions différentes nous
pouvons beaucoup apprendre et par-là fortifier notre foi Chrétienne
en nous rendant compte de ce que la présence de Dieu peut revêtir
des formes auxquelles nous navions jamais pensé.
Le dialogue inter-religieux nimplique pas que nous abandonnions
la mission évangélisatrice de lÉglise. La
fidélité à sa propre identité est un facteur
essentiel de tout dialogue sincère. Tout en engageant au dialogue,
le Saint Père met en garde contre une relativisation de la Personne
du Christ et de son message. Les Chrétiens ne peuvent pas parler
de laction de Dieu dans lhistoire et dans le monde sans
faire référence au Christ. Le dialogue permettra de découvrir
des domaines où il est possible de saccorder et de partager
mutuellement nos préoccupations. Il nous ouvrira aussi à
des points de divergence et de désaccord.
Les missionnaires dans cette démarche de dialogue, doivent toujours
se appeler que lÉglise propose, quelle nimpose
rien (RM 39). La fidélité au Christ et à lÉvangile
ne comporte aucune sorte dintransigeance à légard
des autres types de foi. Bien au contraire, le témoignage du
Chrétien implique lamour, le respect et la liberté.
Chapitre III.
Notre réponse présente en tant que fils
de Saint Vincent
3.1 La collaboration des missions déjà
établies par des Provinces avec lÉglise Locale
Le nouveau contexte de lévangélisation et le nouveau
paradigme missionnaire décrit plus haut exigent une réponse
renouvelée de notre part en tant que membres de la Congrégation
de la Mission.
Au cours de notre histoire, de nombreuses provinces de la Congrégation
ont répondu à lappel de lÉglise demandant
denvoyer des missionnaires dans les régions où lÉvangile
navait pas encore été prêché. En collaboration
avec des membres dautres congrégations missionnaires, nos
confrères ont aidé à fonder lÉglise
locale dans plusieurs parties du monde. Certaines provinces ont une
longue histoire relatant laide apportée à des Églises
locales déjà constituées par lenvoi de missionnaires
et par une assistance matérielle.
Bien quil existe aujourdhui des Églises locales dans
presque toutes les parties du globe, beaucoup dentre elles ont
encore un grand besoin de personnel, de finances et du soutien professionnel
dexperts étrangers. Le dialogue entre les provinces soutenant
des missions et les Églises locales en matière de besoins
à satisfaire et de notre capacité de leur répondre
est permanent.
Les Supérieurs Généraux ont eu plus dune
fois recours à nos provinces et à nos confrères
pour leur demander de répondre aux appels missionnaires. Beaucoup
dentre nous ont su répondre avec générosité.
A.
Nouvelles Missions Internationales
Pour répondre aux sollicitations de diverses hiérarchies
locales, au cours des années récentes, le Supérieur
Général a établi des équipes missionnaires
internationales en Albanie, au Rwanda, au Burundi, en Ukraine, en Russie,
en Bolivie, aux Iles Salomon et en Tanzanie. Des volontaires ont été
aussi envoyés aux provinces missionnaires établies en
Chine, en Ethiopie, au Mozambique et à Cuba. Du fait que, à
ce moment de notre histoire, les provinces individuelles étaient
incapables de répondre à ces appels, l'organisation d'équipes
missionnaires internationales a été providentielle. Non
seulement elles ont aidé les Églises locales, mais encore
elles ont été une source de bénédictions
pour la Congrégation elle-même. Ces nouvelles missions
internationales nous ont permis de nous sentir partie prenante d'une
communauté mondiale d'une manière plus profonde et nouvelle.
Dans de nombreuses provinces les missions internationales ont allumé
un nouvel intérêt pour les missions à l'étranger.
Les membres des équipes internationales ont donné un témoignage
éloquent de l'universalité de l'Église et de la
possibilité de bâtir des communautés fraternelles
débordant les frontières culturelles.
Certains parmi les confrères engagés dans les équipes
missionnaires internationales sont devenus membres de plein droit dans
des provinces établies. Certains autres appartiennent à
des équipes dépendant directement de la Curie Générale
ou d'une province particulière. Les missions en Ukraine, en Russie
et en Biélorussie sont devenues une vice-province. La mission
d'Albanie est maintenant sous la responsabilité de la Province
de Naples, avec l'aide des autres provinces d'Italie. La mission en
Tanzanie est maintenant sous la responsabilité de la Province
de l'Inde du Sud. Le but poursuivi est de faire en sorte que les missions
internationales s'enracinent et deviennent partie d'une province particulière.
Ce qui n'élimine pas, toutefois, le besoin de structures internationales
qui capitaliseront la nouvelle énergie déclenchée
par les nouvelles missions internationales.
3.3 Organisation de nos Missions
Une saine organisation est indispensable pour que nos missions deviennent
efficaces. Cela exige un dur labeur et la formulation de critères
spécifiques. De tels critères ne sont pas seulement nécessaires
aux nouvelles missions, ils peuvent être utiles aussi à
des missions plus anciennes, déjà établies:
3.3.1 Critères pour accepter et évaluer une
Mission
Les Églises locales ont beaucoup de besoins, et des besoins variés.
En tant que membres de la Congrégation de la Mission, nous cherchons
à répondre à ces besoins dans un esprit de fidélité
au charisme Vincentien d'évangélisation des pauvres. C'est
là le premier critère pour accepter ou refuser les missions
qui nous sont proposées par les évêques. L'article
12 de nos Constitutions exprime très clairement quelques autres
critères dont il nous faudra tenir aussi compte:
I.
une préférence clairement exprimée pour lapostolat
parmi les pauvres,
II.
une attention aux réalités sociales,
III. une
participation à la condition des pauvres,
IV. un vrai
sens communautaire dans luvre apostolique,
V.
une disponibilité à aller partout dans le monde,
VI. une
conversion permanente.
Lorsqu'il s'agit de l'acceptation d'une mission, le dialogue avec l'ordinaire
local est indispensable, puisqu'il est le chef de l'Église locale.
Dès le point de départ des discussions, il convient de
se mettre d'accord sur un contrat qui sera signé. Ce contrat
devra exprimer clairement les souhaits, les droits et les responsabilités
de toutes les parties aussi concrètement et spécifiquement
que possible. Cette façon de faire aidera à éviter
les malentendus et fournira aussi des directives claires concernant
la vie et le ministère de la mission.
3.3.2 Le caractère d'une Mission Vincentienne
Nos Constitutions, tout en présentant des critères généraux
bien clairs de ce que devrait être une mission Vincentienne, laissent
suffisamment de place à la créativité en ce qui
concerne le développement des ministères spécifiques
au service des pauvres de la mission. Une mission typiquement Vincentienne
devrait se caractériser par:
I.
Une Évangélisation par Paroles et par actions
(SV XII, 88):
o par paroles: catéchèse, prédication,
éducation, formation de Communautés Chrétiennes
de Base, organisation de Missions Populaires;
o par uvres: en proposant des programmes de
promotion humaine, en se tenant à côté des pauvres
dans leur lutte pour les Droits de l'homme, en organisant des projets
de lutte contre la faim, en formant les jeunes aux capacités
humaines de base, en établissant des centres de santé,
en démarrant des programmes en vue de la promotion de la dignité
des femmes et du soin des enfants.
II.
Une Formation:
Puisque la fin de la Congrégation de la Mission se réalise
non seulement par l'évangélisation des pauvres, mais encore
par l'assistance apportée au clergé et au laïcat
dans leur formation, pour qu'ils puissent, eux aussi, évangéliser
les pauvres à leur tour, nos missions devraient se préoccuper
tout spécialement de la formation de "leaders" pour
l'Église locale: clergé, surs, laïques.
Nos missionnaires devraient exhorter la population à s'impliquer
elle-même dans le ministère, à la fois de la parole
et de l'action, de sorte que chacun devienne un agent actif de sa propre
promotion humaine et chrétienne.
3.3.3 Les candidats à la Mission
3.3.3.1
Leur sélection
Certaines provinces, prises individuellement, ont leurs propres missions
et peuvent inviter des confrères d'autres provinces à
participer à leur activité missionnaire, selon les procédures
décrites dans les Constitutions et les Statuts. Le Supérieur
Général a aussi le droit et la responsabilité d'inviter
et d'envoyer, après dialogue avec les provinciaux, des confrères
volontaires pour des missions internationales (cf. Statut 3 approuvé
par la 38ème Assemblée Générale, 1992) [3].
Les candidats aux missions devraient posséder un certain nombre
de qualités humaines, chrétiennes et vincentiennes: la
maturité psychologique et relationnelle, une bonne santé
physique, une grande flexibilité et la capacité de respecter
les autres cultures. L'habileté en matière de langues
est, elle aussi, essentielle. L'esprit de sacrifice, la serviabilité,
l'humilité et la simplicité sont nécessaires, en
même temps que le sens de la communauté et celui de l'Église.
3.3.3.2
Préparation à la Mission et arrivée sur place
Il est difficile d'entrer dans une nouvelle culture. Les confrères
envoyés en mission ont besoin d'une préparation adaptée.
En plus d'une formation théologique de base et d'une formation
Vincentienne, leur préparation devrait inclure des études
anthropologiques et sociologiques. Sont essentiels une compréhension
de ce que signifie l'inculturation en général et une étude
particulière de la culture spécifique et de la langue
quils auront à appliquer.
Même le missionnaire le mieux préparé ne peut s'empêcher
de considérer comme une entreprise difficile la transition vers
une nouvelle culture. Les nouveaux missionnaires ont besoin d'être
accompagnés. Un programme de "guidage" ou d'apprentissage
devrait être conçu pour les assister au moment de leur
arrivée dans la mission. Des missionnaires expérimentés
devraient prévoir des moments de temps libre pour se consacrer
à l'écoute des craintes, des difficultés, des doutes
et autres sentiments qui assailliront inévitablement le missionnaire
novice pénétrant dans une culture nouvelle qui lui est
étrangère. La direction spirituelle est une ressource
très valable mais, malheureusement, souvent inutilisée.
Après une période convenable d'apprentissage, pendant
laquelle on insistera sur l'étude de la langue locale et l'apprivoisement
à la culture, le jeune missionnaire prendra en mains son nouveau
poste. Un dialogue avec le nouveau missionnaire lui-même et avec
les autres confrères, permettra au Supérieur de la Mission
de décider du meilleur placement.
Les relations entre le missionnaire, la nouvelle mission vers laquelle
il est envoyé et sa province d'origine devraient être clairement
définies par un contrat ou une lettre d'acceptation. Ce contrat
devrait spécifier, entre autres choses: son affectation apostolique
à la mission, la durée de cette affectation, le lieu où
il jouira de la voix active et passive, qui porte la responsabilité
économique de sa vie et de son travail, les assurances santé,
la sécurité sociale et le rythme de ses périodes
de vacances.
3.3.4 Plan Financier
Chaque mission doit avoir des ressources économiques suffisantes
pour supporter ses travaux d'évangélisation et de formation
et pour subvenir au bien-être des confrères. Elle doit
faire en sorte de s'efforcer de sortir du stage de dépendance
économique et d'évoluer en direction de l'indépendance
financière et de l'autosuffisance. C'est pourquoi il est important
de trouver les moyens d'un développement des capitaux nécessaires
à chaque mission.
En fin de compte, la lutte contre la pauvreté et la recherche
de la justice économique, aux niveaux national et international,
sont essentielles pour dépasser le stage de dépendance
économique en pays de mission. En attendant, il nous faut faire
un effort de créativité lorsqu'il s'agit de développer
des moyens de promouvoir une autonomie économique relative pour
nos missions, tout en visant un futur progressivement plus stable.
Au plan local, chaque mission devrait avoir un budget tenant compte
des uvres, de la formation initiale et permanente, du soin des
missionnaires vieillissants, des besoins de tous les confrères,
et du style de vie des pauvres de l'endroit. La transparence financière
parmi les confrères à la mission est essentielle. Il conviendrait
de planifier la création de sources de capital et des projets
d'investissements pour le futur. LÉconome Général,
les Économes provinciaux et des conseillers laïcs peuvent
être d'un grand secours par leurs conseils en la matière.
Au niveau mondial de la Congrégation, on encourage de plus en
plus une collaboration financière, en se basant sur la nature
communautaire de notre vu de pauvreté, lequel envisage
la solidarité des uns avec les autres et avec les pauvres. Nos
Constitutions affirment explicitement ceci: les Provinces et les maisons
doivent sassister matériellement, les mieux pourvues venant
en aide à celles qui sont dans le besoin (C. 152, § 1).
Cela se réalise déjà de bien des façons.
Nous espérons pouvoir faire encore mieux. Une de ces façons,
c'est à travers le Fonds International des Missions, lequel est
mis en uvre pour fournir de l'argent en vue de projets spécifiques
dans nos missions et nos provinces plus pauvres. Les Provinces disposant
de plus grandes ressources économiques sont encouragées
à prévoir dans leur budget annuel certaines sommes destinées
à renflouer ce fonds. Un autre moyen de collaboration financière,
c'est la réponse directe des provinces à des projets et
des demandes présentées par les missions et les provinces
nécessiteuses. Cela non seulement a pour effet de promouvoir
la solidarité, mais encore souligne le caractère international
de la Congrégation.
Signalons une autre méthode de collaboration et de promotion
de l'indépendance économique des missions et des provinces
nécessiteuses: c'est l'établissement de fonds patrimoniaux.
Il s'agit de fonds établis par une ou plusieurs provinces donatrices
en vue d'aider une province missionnaire dans ses besoins en matière
de formation, de service des pauvres et du soin des confères
âgés et infirmes. La province donatrice collabore avec
la province bénéficiaire en l'aidant à se préparer,
à prendre en mains la responsabilité de l'administration
du fonds. Après un certain temps, le fonds passe directement
dans les mains de la province bénéficiaire.
3.3.5 La Communauté pour la Mission
Depuis ses origines, la vie communautaire est une marque distinctive
de la Congrégation et son mode habituel de vie... (C. 21, §
1). Les confrères appelés aux missions devraient avoir
conscience que notre mission est réalisée en communauté.
En fait, notre communauté est une communauté pour la mission.
Une vie ensemble caractérisée par l'amour fraternel, la
cordialité, le respect des différences et la réconciliation
crée un contexte où l'évangélisation des
pauvres sera réalisée plus effectivement. Nos uvres
devraient, autant que possible, être des uvres communautaires.
Il n'est pas dans l'esprit de notre vocation d'entreprendre des uvres
purement personnelles, en s'isolant des autres confrères.
Notre communauté n'est pas seulement une communauté pour
la mission, mais aussi une communauté de prière dans laquelle
nous recherchons, les uns avec les autres, dans la foi, le Seigneur,
spécialement dans la célébration quotidienne de
l'Eucharistie et dans loraison journalière.
Nos maisons devraient être des endroits où le partage de
la foi et les échanges mutuels sur nos expériences humaines,
pastorales et spirituelles favorisent la croissance des membres. Cela
dépendra pour une grande part du climat de confiance de tous
nos membres entre eux.
Nos Constitutions ne nous imposent pas un type unique de structure communautaire.
Il existe de nombreux styles possibles. En certains endroits, tous les
confrères d'une maison vivent sous le même toit, sont impliqués
dans le même ministère, et suivent le même ordre
du jour. À d'autres endroits, les confrères vivent ensemble,
mais travaillent dans différentes zones ou villages. Ailleurs
encore, ils vivent dans des localités différentes à
cause des besoins de la mission, mais ils appartiennent à la
même maison canonique, s'efforçant de créer la communauté
par des réunions régulières pour la prière,
pour une réflexion pastorale commune, pour la détente.
Chacune de ces situations exige que l'on prenne intérêt
au bien-être des autres confrères et que l'on fasse effort
pour maintenir des partages mutuels de vie et de ministère. La
rédaction d'un projet communautaire est un moyen important de
promouvoir des liens communs dans ces différents milieux.
Il est important pour la communauté de tenir de fréquentes
réunions en vue d'une évaluation des divers aspects de
notre vie et de notre ministère. Nos évaluations ne doivent
pas devenir de pures formalités. Elles devraient être faites
dans un esprit de vérité et de charité, de sorte
que, les uns avec les autres, nous puissions découvrir les hauts
et les bas, les parts de clarté et d'ombre de notre vie et de
notre ministère au sein de la mission. Le rythme de fréquence
des réunions sera établi dans le projet communautaire
local. Il peut être souhaitable que, parfois, certains de nos
coopérateurs, spécialement ceux qui servent avec nous
dans nos ministères pastoraux, soient invités à
participer à nos réunions.
3.3.6 Promotion vocationnelle
Si le charisme Vincentien doit être inculturé et la mission
de la Congrégation poursuivie, nous aurons besoin de favoriser
les vocations locales. L'exemple de joyeux service des pauvres en communauté
est à lui seul attirant pour les jeunes. Mais il nous faudrait
aussi établir des programmes pour la promotion vocationnelle.
Il faut inviter les jeunes dans nos maisons pour leur permettre d'expérimenter
notre vie et notre prière communautaires au cours de nos ministères.
Il faut savoir les rendre participants de nos ministères pour
qu'ils puissent faire personnellement l'expérience de la joie
qu'il y a à servir les pauvres. Des maisons et des groupes de
discernement peuvent aussi être un moyen efficace de promouvoir
les vocations.
Bien sûr, quelques jeunes seulement sont appelés à
entrer dans la Congrégation. Le discernement vocationel doit
aussi tenir compte des autres types d'appel: aux ministères laïcs,
au sacerdoce diocésain, à la vie religieuse proprement
dite. Travailler à la promotion de toutes ces vocations est un
grand service rendu à l'Église locale.
3.4 La Collaboration entre Provinces
Les nouvelles missions internationales, ainsi que nos missions anciennes
établies autrefois, offrent des exemples très positifs
de collaboration entre les provinces de la Congrégation. Il faudrait
encourager le développement des liens entre la mission et la
province qui lui fournit son personnel et toute autre ressource. L'expérience
des missionnaires, leurs succès et leurs échecs, leurs
victoires et leurs intuitions sont des choses qui devraient être
partagées avec les confrères de leur pays d'origine, pour
que l'étincelle des missions mette le feu au cur de tous.
Tous les membres de la Congrégation de la Mission devraient sentir
que les missions représentent une manière particulière
de vivre notre charisme.
Le fait d'appartenir à l'Église universelle et à
une Congrégation véritablement internationale exige une
réelle solidarité parmi les membres et les communautés
de la Congrégation de la Mission. Une manière d'exprimer
cette solidarité pourrait consister à entreprendre une
réflexion commune sur les présupposés théologiques
et les perspectives pastorales découlant du fait que nous sommes
une communauté pour la mission. Un dialogue entre les provinces
peut être mutuellement enrichissant. Les démarches simples,
pratiques en vue de promouvoir ce partage inter provincial pourraient
être les suivantes: créer des occasions offertes aux membres
de provinces variées de se rencontrer les uns les autres, s'informer
des besoins et des préoccupations d'autrui, échanger ses
expériences du travail pour les pauvres, étudier la possibilité
de développer des plans pastoraux communs et de prier ensemble.
Il est possible également de se communiquer des informations
en échangeant des bulletins provinciaux et en s'envoyant des
nouvelles en utilisant le site web de la Famille Vincentienne (www.famvin.org).
La solidarité doit aller au-delà du niveau de la réflexion
et se concrétiser en collaboration active. La mise en commun
des ressources humaines est un pas important en matière de collaboration
entre provinces. Une vision internationale de la Congrégation
et un sens de la solidarité avec les autres provinces prépare
la voie pour des initiatives créatrices en vue de mobiliser le
personnel. On a encore besoin de missionnaires dans l'Hémisphère
Sud et en Asie. Mais il faudrait aussi songer à envoyer des missionnaires
de ces contrées lointaines vers le Nord pour y participer à
la Nouvelle Evangélisation.
Une assistance financière mutuelle entre les provinces est indispensable.
Notre vu de pauvreté nous appelle à entrer en solidarité.
Les provinces ne devraient pas se contenter de donner de leur surplus,
mais elles devraient aussi parfois sentir un aiguillon les poussant
à partager ce qui est le plus précieux à leurs
yeux, cela en vue de répartir entre tous le fardeau de la mission.
3.5 La Collaboration avec la Famille Vincentienne
La collaboration au sein de la Famille Vincentienne pour le bien du
service des pauvres s'est développée de façon spectaculaire
au cours des dernières années. Chaque branche de la Famille
Vincentienne, avec sa propre identité et sa propre autonomie,
doit toujours être respectée par les autres. Mais nous
possédons aussi beaucoup de choses en commun. Notre coopération
mutuelle sera d'autant plus effective que nous entretiendrons des contacts
réguliers les uns avec les autres aux niveaux local, national
et international. Cela facilitera la canalisation de nos énergies
et de nos ressources vers le but que nous poursuivons tous ensemble:
le service des pauvres.
La possibilité de nouvelles manières d'inclure les Laïques
Vincentiens et les jeunes volontaires dans nos équipes missionnaires
devrait être explorée. Mais les Laïques missionnaires,
comme tous les missionnaires, ont besoin d'une préparation. L'intégration
de missionnaires laïques dans nos missions étrangères
exigera des adaptations et des sacrifices de notre part et de la leur.
Mais les avantages gagnés, pour les pauvres, pour le Laïcat
Vincentien et pour nous dépasseront de loin les difficultés
affrontées.
Chapitre IV.
Formation à la Mission
4.1 Son urgence et son importance
La nouvelle situation des missions aujourd'hui exige de nous que nous
réexaminions la formation de nos missionnaires. La vocation aux
missions étrangères est un appel très spécial,
qui demande une sérieuse préparation et une compétence
bien spécifique. La bonne volonté ne suffit pas. De même
qu'il ne suffit pas simplement d'avoir été ordonné
prêtre ou d'avoir fait les vux en tant que frère.
Nos Statuts signalent l'importance d'une solide formation missionnaire:
Les Missionnaires envoyés à l'extérieur se prépareront
soigneusement, par l'étude des réalités du pays
où ils devront travailler, aux fonctions spéciales qu'ils
auront à y remplir, afin que l'action pastorale qu'ils assumeront
réponde efficacement aux besoins locaux. (Statut 6).
4.2 Formation Missionnaire Générale
Au cours du processus de la formation initiale, des cours généraux
de missiologie devraient être proposés. A ce propos le
Pape Jean Paul II écrit :
La formation théologique ne peut ni ne doit ignorer la mission
universelle de l'Église, lcuménisme, l'étude
des grandes religions et de la missiologie. Je recommande que, surtout
dans les séminaires et dans les maisons de formation pour religieux
et religieuses on se livre à une telle étude, en veillant
aussi à ce que quelques prêtres ou quelques étudiants
et étudiantes se spécialisent dans les divers secteurs
des sciences missiologiques. (RM 83 § 3).
Il est particulièrement important que des cours de ce genre fassent
partie de la formation des membres dune Société
de Vie Apostolique ayant beaucoup de ses gens au travail dans les missions
ad gentes (Ratio Formationis pour la Théologie, 38)[4].
Les cours proposés durant la formation initiale devraient également
traiter de l'inculturation et réfléchir sur les adaptations
nécessitées par l'entrée de cultures étrangères.
C'est important non seulement pour ceux qui travaillent dans les missions
ad gentes, mais aussi pour ceux qui travaillent au milieu des pauvres
dans ce contexte. Ces cours devraient aussi explorer les manières
d'aborder la théologie dans les cultures différentes.
Une connaissance des sciences sociales (sociologie, économie
et politique) sera aussi utile pour accompagner les pauvres, et pour
analyser les causes cachées de la pauvreté, ainsi que
les moyens de les éradiquer.
Toutefois, l'étude n'est pas l'unique préparation nécessaire.
Il convient de développer également des attitudes de flexibilité
et d'ouverture, ainsi qu'une mobilité qui ne soit pas seulement
géographique, mais aussi culturelle et sociale. Les Constitutions
en parlent de la façon suivante:
L'uvre d'évangélisation que la Congrégation
se propose d'accomplir doit se caractériser par [...] une
disponibilité pour aller partout dans le monde, à l'exemple
des premiers missionnaires de la Congrégation
(C.12 §
5).
La solidarité avec les pauvres, exprimée dans un style
de vie simple, est un élément essentiel de l'Évangile
à cultiver de préférence dès les débuts.
Un réel danger qui menace les missionnaires, c'est la possibilité
qu'ils soient amenés par les circonstances à vivre un
style de vie très éloigné de la pauvreté
des gens qu'ils évangélisent. Cela devient alors un obstacle
à l'inculturation et à l'évangélisation
parce que cela nous isole des pauvres.
4.3 Formation Missionnaire Spécifique
Si la formation générale à la mission est importante,
il est toutefois nécessaire que le futur missionnaire reçoive
une préparation spécifique qui le disposera à s'adapter
aux réalités de la région où il vivra sa
vocation missionnaire. Les confrères déjà au travail
dans la région, qui ont acquis une expérience directe,
peuvent être particulièrement utiles en dressant un plan
pour cette formation spécifique.
L'étude de la langue est indispensable pour transmettre l'Évangile
et établir des relations dans un nouveau pays. Mais la langue
n'est qu'un des moyens pour les gens de communiquer entre eux au sein
d'une culture. Les missionnaires ont besoin de connaître et de
comprendre les coutumes, les symboles, les valeurs et la vision du monde
propres aux gens qu'ils entendent servir. Cela implique bien plus qu'une
simple appréciation du folklore et des arts; c'est plutôt
une pénétration qui permet de saisir les attitudes choisies
par les autochtones pour exprimer leurs préoccupations profondes,
leurs aspirations et, à partir de cela, structurer leurs vies.
Il est à conseiller que les nouveaux missionnaires assistent
à des programmes missiologiques, fréquentent des instituts
pastoraux et des centres d'études culturelles spécialisés
qui les aideront directement à se préparer à vivre
et à travailler dans cette région spécifique. De
tels programmes existent dans presque tous les pays, souvent même
ils sont sponsorisés par l'Église locale.
L'étude formelle d'une nouvelle culture est une préparation
essentielle, mais insuffisante pour pénétrer dans cette
culture. Du fait que les étrangers ne saisiront jamais complètement
l'essence d'une culture autre, le processus d'inculturation est sans
fin. Les missionnaires ont souvent besoin de suspendre leur jugement
au sujet des expressions culturelles et d'approcher les nouvelles situations
avec humilité et ouverture d'esprit. Il y a toujours beaucoup
à apprendre de la fréquentation de la population locale,
et cette initiation ne peut être fructueuse que là où
existe un esprit de dialogue respectueux. Les missionnaires apportent
avec eux leurs propres expériences culturelles. La culture dans
laquelle on a été formé influence toujours nos
façons de penser et d'agir. Le but du missionnaire n'est pas
d'abandonner complètement sa culture originaire. Il est plutôt
de comprendre comment sa propre culture influence, facilite ou gêne
sa rencontre avec les gens d'une culture différente. Une part
cruciale du processus d'apprentissage missionnaire consiste à
comprendre comment on réagit dans un nouveau milieu culturel.
Les missionnaires cherchent à devenir des "facilitateurs"
dans un processus au cours duquel la population pourra entendre le message
de l'Évangile, rencontrer Jésus Christ, et devenir ses
disciples. Cela n'est possible que lorsque l'Évangile a été
inculturé par ceux qui reçoivent le message et l'assimilent
dans leurs vies comme une Bonne Nouvelle. Les missionnaires ont besoin
d'apprendre comment discerner la présence des germes du Verbe
et l'action de l'Esprit Saint dans la culture locale, tout en respectant
l'intégrité du message évangélique. En un
sens, ils vivent avec une oreille tournée vers le peuple et l'autre
tournée vers l'Évangile. Ils ont besoin de développer
en eux-mêmes le savoir-faire qui les rendra capables d'accompagner
la population locale lorsqu'elle décidera quels sont les éléments
de leur culture qui s'accordent - et ceux qui ne s'accordent pas - avec
l'Évangile.
4.4 Formation Vincentienne
Les confrères qui partent pour la mission le font en tant que
fils de saint. Vincent. Toute leur vie doit donc rayonner du charisme
Vincentien. Une solide formation Vincentienne les aidera à le
faire. Cette éducation à une vie selon saint Vincent commence
dès le Séminaire Interne (cf. Ratio Formationis pour le
Séminaire Interne) [5]. Mais les membres de la Congrégation
de la Mission ont besoin d'étudier le charisme de saint Vincent
et d'y réfléchir continuellement.
La tradition Vincentienne contient un trésor de ressources pour
les missionnaires. Il est certainement essentiel de connaître
la vie et l'esprit de notre fondateur. L'histoire des missions étrangères
de la Congrégation est un mélange d'éléments
positifs et négatifs sur lesquels il vaut la peine de réfléchir
aujourd'hui. Il y a beaucoup à apprendre à partir de la
vie de nos meilleurs prédécesseurs dans la mission (cf.
Ratio Formationis pour le Séminaire Interne, III, A)[6].
C'est peut-être dans le domaine de la spiritualité missionnaire
que l'on trouve la plus grande contribution de la tradition Vincentienne.
La spiritualité Vincentienne est une spiritualité pour
la mission. Vincent de Paul était convaincu que le Christ est
présent dans les pauvres (SV IX, 252; X, 332). Il s'efforça
de préparer ses missionnaires à découvrir le Christ
parmi les pauvres et à marcher dans les pas du Christ dans la
mission. Une grande partie de sa correspondance et la plupart de ses
conférences étaient adressées à des hommes
et à des femmes engagés dans une vocation missionnaire
ou se préparant à la vivre. Il leur offrit une possibilité,
une manière de vivre l'Évangile dans la mission. Le fait
d'appartenir à une Société de Vie Apostolique,
comme c'est le cas dans la Congrégation de la Mission, implique
que l'on apprenne à rejoindre la sainteté à travers
des relations de charité et de service.
C'est dans ce contexte que lInstruction sur la Stabilité,
la Chasteté, la Pauvreté et l'Obéissance dans la
Congrégation de la Mission[7] nous propose de regarder les conseils
évangéliques comme des moyens de nous libérer en
vue de la mission. On pourrait dire la même chose des cinq vertus
caractéristiques. Saint Vincent en a fréquemment parlé
en les présentant comme des vertus pour la mission, qui nous
aident à devenir de meilleurs évangélisateurs des
pauvres. Les missionnaires devraient réfléchir constamment
sur les façons dont une croissance en simplicité, en humilité,
en douceur, en mortification et en zèle évangélique
peut nous rendre plus capables de mieux servir dans la mission.
Une spiritualité missionnaire implique qu'on se laisse soi-même
évangéliser par les pauvres. Appelé et envoyé
à partager la vie d'un peuple nouveau à partager
donc leurs joies et leurs souffrances, leurs peines et leurs victoires
un missionnaire reçoit aussi en don leur culture. Or tout
nouveau contexte culturel nous met au défi de vivre l'Évangile
d'une nouvelle manière à travers de nouvelles relations.
Le missionnaire est lui-même évangélisé dans
la mesure où il répond à cet appel à la
conversion que représente laccompagnement des pauvres.
4.5 Education Permanente
Éducation et apprentissage sont des entreprises qui durent toute
la vie. Il est particulièrement important que les confrères
dans les missions étrangères réservent du temps
pour la formation permanente. Individuellement et en tant que communautés,
les confrères ont besoin de reconnaître les domaines de
la vie - domaine personnel, domaine spirituel, domaine pastoral et domaine
théologique - où l'étude et la réflexion
sont les plus nécessaires. Quelques missions et beaucoup de provinces
organisent des sessions régulières d'études et
des cours pour les confrères. D'autres tirent profit de cours
donnés dans des centres locaux ou encore envoient leurs gens
étudier à l'étranger. Il serait prudent que les
missions et les provinces prévoient du temps et de l'argent pour
favoriser l'éducation permanente.
4.6 Le Retour des Missionnaires
Parfois, il arrive que beaucoup de missionnaires décident de
retourner dans leur province d'origine (cf. Statuts 29, 30, 32). Le
retour à la patrie ou à la province d'origine n'est pas
seulement un acte administratif ou juridique. Les missionnaires qui
ont vécu au-delà des mers, spécialement pendant
de longues périodes de temps, ont besoin de se réadapter
à leur culture d'origine et de rétablir des relations
avec les membres de leur province originaire. Ils sont revenus dans
un monde différent. On a pris beaucoup de peine pour préparer
les missionnaires à partir, mais on s'est moins préoccupé
de comment recevoir ceux qui revenaient au pays. Les provinces devraient
envisager des manières de faciliter la transition aux missionnaires
rapatriés. Dans certains pays on a prévu des programmes
spéciaux pour pallier ce problème. Mais même là
où existent de tels programmes, les provinces elles-mêmes
devraient chercher des moyens d'aider les missionnaires de retour au
pays à rétablir les relations avec les confrères
et la patrie. Ce serait certainement un premier pas positif que d'interroger
les missionnaires de retour, de les écouter, et de dialoguer
avec eux, à propos de cette expérience du retour au pays.
APPENDICE I
Paroles de saint
Vincent au sujet des missions
1. À propos de ce que l'on vient de dire
du don des langues je pense que nous ferons bien aujourd'hui de demander
à Dieu la grâce de bien apprendre les langues étrangères,
pour ceux qui seront envoyés aux pays éloignés;
car, puisqu'il a plu à sa divine Majesté se susciter cette
petite Compagnie pour faire parmi le monde quelque petite chose de ce
que les apôtres y ont fait, nous avons besoin de participer avec
eux à ce don des langues tant nécessaire pour enseigner
au peuple la doctrine de la foi; car, si la foi entre par l'ouïe,
comme dit saint Paul, fides ex auditu, il faut que ceux qui l'annoncent
se fassent entendre à ceux en qui ils veulent répandre
cette divine lumière. Or, la diversité des langues est
très grande, non seulement en l'Europe, l'Afrique et, l'Asie,
mais même en Canada; car nous voyons dans les relations des Pères
jésuites qu'il y a autant de sortes de langues que de pays. Les
Hurons ne parlent pas comme les Iroquois ni ceux-ci comme leurs voisins;
et qui entend les uns n'entend pas les autres.
Comment donc les missionnaires pourraient-ils dans ces différences
de parler, aller par tout le monde annoncer l'Évangile, s'ils
ne savent que leur propre langue? Et comment en sauront-ils d'autres
s'ils ne les demandent à Dieu et ne s'y appliquent? Que veut
dire missionnaire? C'est à dire envoyé. Oui, mes frères,
missionnaire veut dire envoyé de Dieu, et c'est à vous
que Notre-Seigneur a dit: Euntes in mundum universum, prædicate
Evangelium omni creaturæ. Et pour cela, il veut que vous entendiez
les langues nécessaires. Jamais Dieu n'appelle un homme à
une condition, qu'il ne voie en lui les qualités qu'il faut,
ou qu'il n'ait dessein de les lui donner. Selon cela, mes frères
espérons que, s'il lui plaît vous appeler aux pays éloignés
il vous fera la grâce d'en apprendre la langue. Confiez-vous en
lui, il ne veut pas la fin sans les moyens; et s'il vous demande l'un,
il vous donnera l'autre.
(SV XII, 26-27, N° 183 du 09/06/1658)
2. Ah! Messieurs et mes frères, quelle
joie aura Dieu, si, dans le débris de son Église, dans
ces bouleversements qu'ont faits les hérésies, dans les
embrasements que la concupiscence met de tous côtés, si,
dans cette ruine, il se trouve quelques personnes qui s'offrent à
lui pour transporter ailleurs, s'il faut ainsi parler, les restes de
son Église, et d'autres pour défendre et pour garder ici
ce peu qui reste! Ô Sauveur, quelle joie recevez-vous de voir
de tels serviteurs et une telle ferveur pour tenir bon et pour défendre
ce qui vous reste ici, pendant que les autres vont pour vous acquérir
de nouvelles terres! Ô Messieurs, quel sujet de joie! Vous voyez
que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour
garder ce qu'ils possèdent, et envoient l'autre pour acquérir
de nouvelles places et étendre leur empire. C'est ainsi que nous
devons faire: maintenir ici courageusement les possessions de l'Église
et les intérêts de Jésus-Christ, et avec cela travailler
sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à
le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés.
(SV XI, 354-355, N° 154 de septembre 1656)
3. En sommes-nous là, Messieurs
et mes frères? Sommes-nous prêts d'endurer les peines que
Dieu nous enverra, et d'étouffer les mouvements de la nature
pour ne vivre plus que la vie de Jésus-Christ? Sommes-nous disposés
d'aller en Pologne, en Barbarie, aux Indes lui sacrifier nos satisfactions
et nos vies? Si cela est, bénissons Dieu. Mais si, au contraire,
il y en a qui craignent de quitter leurs commodités, qui soient
si tendres que de se plaindre pour la moindre chose qui leur manque,
et si délicats que de vouloir changer de maison et d'emploi,
parce que l'air n'y est pas bon, que la nourriture y est pauvre, et
qu'ils n'ont pas assez de liberté pour aller et venir; en un
mot, Messieurs, Si quelques-uns d'entre nous sont encore esclaves de
la nature, adonnés aux plaisirs de leurs sens, ainsi que l'est
ce misérable pécheur qui vous parle, qui, en l'âge
de
soixante et dix [sept] ans, est encore tout profane, qu'ils se réputent
indignes de la condition apostolique où Dieu les a appelés,
et qu'ils entrent en confusion de voir leurs frères qui l'exercent
si dignement, et qu'ils sont si éloignés de leur esprit
et de leur courage.
Mais qu'ont-ils souffert en ce pays-là? La famine? Elle y est.
La peste? Ils l'ont eue tous deux, et l'un par deux fois. La guerre?
Ils sont au milieu des armées et ont passé par les mains
des soldats ennemis. Enfin Dieu les a éprouvés par tous
les fléaux. Et nous serons ici comme des casaniers sans cur
et sans zèle! Nous verrons les autres s'exposer aux périls
pour le service de Dieu, et nous serons aussi timides comme des poules
mouillées! Ô misère! Ô chétiveté!
Voilà vingt mille soldats qui s'en vont à la guerre pour
y souffrir toutes sortes de maux, où l'un perdra un bras, l'autre
une jambe, et plusieurs la vie, pour un peu de vent et pour des espérances
fort incertaines; et cependant ils n'ont aucune peur et ne laissent
pas d'y courir comme après un trésor. Mais pour gagner
le ciel, Messieurs, il n'y a presque personne qui se remue; souvent
ceux qui ont entrepris de le conquérir mènent une vie
si lâche et si sensuelle, qu'elle est indigne non seulement d'un
prêtre et d'un chrétien, mais d'un homme raisonnable; et
s'il y en avait parmi nous de semblables, ce ne seraient que des cadavres
de missionnaires. Or sus, mon Dieu, soyez à jamais béni
et glorifié des grâces que vous faites à ceux qui
s'abandonnent à vous; soyez vous-même votre louange d'avoir
donné à cette petite Compagnie ces deux hommes de grâce.
(SV XI, 411-412, N° 170)
4. Savez-vous la pensée
qui me vient quand on parle des besoins éloignés des Missions
étrangères? Nous entendons cela; il nous vient quelque
affection; nous estimons bienheureux M. Nacquart, M. Gondrée
et tous ces autres missionnaires qui sont morts en hommes apostoliques
pour l'établissement d'une nouvelle Église. Ils sont bienheureux,
en effet, car ils ont sauvé leurs âmes en les donnant pour
la foi et pour la charité chrétienne. Cela est beau; voilà
qui est saint; chacun loue leur zèle et leur courage; et puis
c'est tout. Mais si nous avions cette indifférence, si nous ne
tenions à une telle bagatelle que nous aimons et à certaine
réserve que nous avons, qui est-ce qui ne s'offrirait pour Madagascar,
pour la Barbarie, pour la Pologne et pour ailleurs où Dieu se
plaît d'être servi par la Compagnie?
(SV XII, 241, N° 205 du 16/05/1659)
5.
Demandons à Dieu qu'il donne à la Compagnie cet esprit,
ce cur, ce cur qui nous fasse aller partout, ce cur
du Fils de Dieu, cur de Notre-Seigneur, cur de Notre-Seigneur,
cur de Notre-Seigneur, qui nous dispose à aller comme il
irait et comme il serait allé, si sa sagesse éternelle
eût jugé à propos de travailler pour la conversion
des nations pauvres. Il a envoyé pour cela les apôtres;
il nous envoie comme eux pour porter partout le feu, partout. Ignem
veni mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur; partout ce
feu divin, ce feu d'amour, de crainte de Dieu, par tout le monde: en
Barbarie, aux Indes, au Japon.
(SV XI, 291, N° 135 du 22/08/1655)
6.
Ah! Messieurs, demandons bien tous à Dieu cet esprit pour toute
la Compagnie, qui nous porte partout, de sorte que, quand on verra un
ou deux missionnaires, on puisse dire: «Voilà des personnes
apostoliques sur le point d'aller aux quatre coins du monde porter la
parole de Dieu». Prions Dieu de nous accorder ce cur il
y en a, par la grâce de Dieu qui l'ont, et tous sont serviteurs
de Dieu. Mais aller là! Ô Sauveur! Nêtre point
arrêté, ah! Cest quelque chose! Il faut que nous
ayons ce cur, tous un même cur, détaché
de tout, que nous ayons une parfaite confiance en la miséricorde
de Dieu, sans sonner, s'inquiéter, perdre courage. «Aurai-je
ceci en ce pays-là? Quel moyen?» O Sauveur! Dieu ne nous
manquera jamais! Ah! Messieurs, quand nous entendrons parler de la mort
glorieuse de ceux qui y sont, ô Dieu! Qui ne désirera être
en leur place? Ah! Qui ne souhaite de mourir comme eux, d'être
assuré de la récompense éternelle! Ô Sauveur!
y a-t-il rien de plus souhaitable! Ne soyons donc pas liés à
ceci ou à cela; courage! Allons o&ug