La MISSION PAROISSIALE : nouvelle formule

Le Père Thomas LUNOT nous donne la manière dont il assure actuellement la mission vincentienne.

Il s'y consacre à plein temps, aidé par des confrères engagés dans d'autres missions.

                La première Mission paroissiale de 9 jours (www.mission-9jours.com) a commencé le 25 janvier 2009 dans le diocèse de Lyon. Avec les encouragements du Cardinal Barbarin, nous avons eu la joie de prêcher 12 Missions jusqu’à ce jour. Parmi les diocèses missionné, figure le diocèse de Moulins. Avec son conseil épiscopal, Monseigneur Pascal Rolland avait vivement souhaité la venue des lazaristes pour prêcher des missions. De 2009 à 2010, nous avons réalisé trois missions paroissiales dans son diocèse. Au mois de mars dernier, avec les trois curés concernés, nous avons pris le temps de faire une relecture commune. En voici un compte-rendu :

                Nous avons commencé par écouter la Parole de Dieu : (Lc 10,1–11.17-20)
Après cela, le Seigneur désigna encore soixante-douze autres disciples, et Il les envoya devant Lui, deux à deux, dans toutes les villes et tous les lieux où Il devait aller Lui-même. Et Il leur disait : La moisson est grande, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans Sa moisson. Allez ; voici que Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni chaussures, et ne saluez personne en chemin. Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord : Paix à cette maison. Et s'il s'y trouve un enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle reviendra à vous. Demeurez dans la même maison, mangeant et buvant de ce qu'il y aura chez eux ; car l'ouvrier est digne de son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans quelque ville que vous entriez, et où l'on vous recevra, mangez ce qui vous sera présenté. Guérissez les malades qui s'y trouvent, et dites-leur : Le royaume de Dieu s'est approché de vous. Et dans quelque ville que vous entriez, et où l'on ne vous recevra pas, sortez sur les places publiques, et dites : La poussière même de votre ville, qui s'est attachée à nous, nous la secouons contre vous; sachez cependant ceci, que le royaume de Dieu est proche.
Or les soixante-douze revinrent avec joie, disant : Seigneur, les démons même nous sont soumis en ton nom. Et Il leur dit : Je voyais Satan tomber du Ciel comme la foudre. Voici que Je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents, et les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi ; et rien ne pourra vous nuire. Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les Cieux.

                A partir de ce passage de l’Évangile, nous avons témoigné de la présence du Christ au cours de ces missions paroissiales. «Le Christ était au centre». Cependant, les curés ont pu se sentir éprouver dans leur foi au cours de la préparation et de la réalisation. Il s’agissait de vivre le jour le jour, dans un esprit d’abandon, en se désappropriant la Mission pour la recevoir de Dieu. «C’est épuisant, mais ça m’a fait beaucoup de bien».
En effet, faire venir deux missionnaires aux moyens modestes, cela supposait de faire confiance au Seigneur qui déploie sa puissance dans la pauvreté. «Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort» 1Co12,7-10. La mobilisation des laïcs s’imposait pour mener à bien un projet d’évangélisation de 9 jours. Le curé s’en remettait à d’autres tout en gardant sa position de pasteur. Les missionnaires ont été vraiment perçus comme étant au service d’une réalité locale. En ce sens il s’agissait véritablement d’une mission paroissiale.

  

                La mission s'est préparée plusieurs mois en amont dans la prière et la concertation. La préparer c'était déjà vivre la mission. Intéresser et fédérer une équipe pilote de laïcs supposait de la part du curé une grande motivation. L’un des curés a dû renouveler son conseil pastoral qui ne remplissait plus son rôle depuis un certain temps. Il y a vu un premier fruit de la mission. Les curés qui avaient déjà vécu une mission se déplaçaient volontiers pour témoigner et soutenir les paroisses qui se préparaient à en vivre une. Il y eut une véritable solidarité diocésaine. De plus, ont été soulignés l’intérêt et le suivi dont a su faire preuve l’évêque aux cours de ses trois missions prêchées dans son diocèse.
La structure de l’équipe pilote proposée par les missionnaires a plu. «Les gens avait de réelles responsabilités». «Ils se sont appropriés la Mission». «Ce fut la première fois que les laïcs prenaient autant en main un projet pastoral et parmi eux des jeunes ménages se sont révélés». Certains proposaient de s’inspirer de l’organigramme de l’équipe pilote pour renouveler l’EAP.

  

                L’une des principales motivations qui a poussé les curés à demander une mission était de consolider l’unité paroissiale. L’objectif fut atteint pour deux d’entre eux. «La Messe de clôture a rassemblé pour la première fois des gens de toute la paroisse». «Au cours de la plantation de la croix de Mission, la paroisse s’est créée». Pour un autre curé, la mission n’a pas réussi à dénouer les tensions qui existaient entre les trois pôles de la paroisse. Ces deux confrères prêtres se sont peu investis sur leur secteur au cours de la mission. Même s’il y a eu de beaux moments vécus ensemble, la mission a surtout révélé le disfonctionnement existant sur cette paroisse. Le curé espère que la mission aidera l’évêque et son conseil à en tirer des conséquences pratiques pour l’avenir de la paroisse.

  

                La participation dans l’ensemble fut bonne. Plusieurs centaines de personnes ont été rejoints au cours de chaque mission.
                Beaucoup de malades ont été visités et parmi eux des malades non connus du curé. Dans deux paroisses, il est question de renouveler le service évangélique des malades à la suite de la mission.
Les enfants et les jeunes ont particulièrement bien répondu. Le principe de la mise en scène de la Parole de Dieu est un moyen très attractif. De plus, les enfants ont fait venir, le plus souvent, leurs parents qui bien des fois n’ont pas l’habitude de pratiquer. Dans une paroisse, quelques pensionnaires d’une école catholique sont venus tous les soirs. Ils ont fait un réel cheminement de foi. Cependant, le peu d’intérêt de la direction pour cet évènement pose de sérieuses questions au curé.

                Les temps conviviaux à la fin des soirées mission furent l’occasion d’accueillir de nouveaux venus. De plus, des paroissiens ont fait l’effort de sortir de leur cercle habituel pour partager avec d’autres paroissiens qui parfois étaient de milieu sociaux assez différents. À noter, qu’au cours d’une mission, des enfants de couleur d’un quartier populaire de la paroisse se sont montrés très fidèles aux rendez-vous du soir. Ils se sont peu à peu intégrés dans la communauté. Maintenant, le curé remarque qu’il y a des africains présents à la Messe dominicale.

                Au cours des missions, le tout-venant a été rejoint au cours des dîners mission, du porte à porte, de rencontres sur le marché. Dans le respect des convictions de chacun, il s’agissait d’inviter au spectacle du premier soir tout en partageant sur la question de la foi. Même si les résultats sont très modestes, l’important était de donner une visibilité à l’Église et de montrer un visage accueillant de la communauté chrétienne. À noter que la procession aux flambeaux du dernier soir est un moment marquant pour la communauté chrétienne qui témoigne de sa foi à l’extérieur et aussi marquant pour les habitants qui parfois n’avaient pas vu de telle procession depuis plus de cinquante ans. Les réactions sont souvent positives.

                À la fin de notre échange, s’est posée la question de l’après mission. Il y a un souci commun de donner suite à cet élan missionnaire. Mais comment ? Il s’agirait tout d’abord de pouvoir honorer l’esprit de la mission : la beauté, la profondeur, la simplicité et le vivre ensemble. Quelques idées ont été émises : 48h de mission, monter un spectacle biblique avec les jeunes, être plus près des pauvres en développant le service évangélique des malades et en formant de nouveaux visiteurs de prison, célébrer une Messe unique de temps en temps pour resserrer les liens de la communauté…

                Pour finir, il est bon de rappeler que cette collaboration entre le diocèse de Moulins et les lazaristes n’est pas nouvelle. En effet, dans les trois paroisses où ont été prêchées les missions, soit les Filles de la Charité soit les Lazaristes avaient déjà été présents au cours des siècles passés ! Espérons que ce renouveau puisse s’enraciner dans le temps...

Thomas LUNOT cm