chine
P É K I N

 

Favier

Mgr Alphonse FAVIER

 

 

 

Une cérémonie célébrera
le centenaire de la mort de Monseigneur FAVIER
à Marsannay-la-Côte,
son village natal,
le dimanche 5 avril 2005

 

 

 

 

 

 

Stèle

Slèle funéraire de Mgr FAVIER
au Pétang

Mgr Alpbonse FAVIER

Le 4 avril 2005, sera célébré le centenaire de la mort de Monseigneur Alphonse FAVIER cm, Vicaire Apostolique de Pékin.

Pierre-Marie-Alpbonse FAVIER naquit à Marsannay- la-Côte, au diocèse de Dijon, le 22 septembre 1837. Il fit ses études littéraires au séminaire de Plombière, sa philosophie et un an de théologie au grand séminaire de Dijon. Entré chez les Laza ristes à Paris le 5 octobre 1858, i1 fut ordonné prêtre le 10 octobre 1861, dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, par Mgr Mouly, et quitta la France avec ce dernier, le 23 février 1862, pour arriver à Pékin le 14 juillet suivant.

Il était directeur du district de Suanhouafou au moment des massacres de Tientsin (21 juin 1870). En l'absence du Vicaire apostolique, il fut chargé de traiter avec les autorités les grosses difficultés qui en résultèrent et, en qualité de Procureur intérimaire, il répara les ruines des établissements de Tientsin. Depuis, il fut le bras droit des trois évêques de Pékin, pour toutes les affaires importantes concernant la Mission ; ainsi ce fut lui qui négocia l'introduction des Trappistes et des Frères Maristes en Chine, puis le transfert du Pétang, et qui fut l'architecte  du nouvel évêché.

Nommé le 12 novembre l897 évêque de Pentacomie et coadjuteur avec future succession de Mgr Sarthou, il fut sacré au Pétang, le 20 février 1898, par Mgr Bruguière. C’est lui qui négocia le décret imprial du 15 mars 1899, sur les relations de évêques avec les autorités civiles.  A la mort de Mgr Sarthou (13 avril 1899) il lui succéda en qualité de Vicaire apostolique de Pékin. Il montra tout son courage au siège mémorable du Pétang par les Boxeurs (13 juin-16 août 1900) c'est son journal du siège que nous publions ci-après.

Homme aux vues élevées, et en même temps homme de décision et d'action, Mgr Favier a vraiment rempli en Chine un grand rôle. Par son expérience, par sa vive intelligence, par sa large bienveillance  à l'égard de tous. Il s’était acquis une place à part dans la colonie européenne et le gouvernement chinois de son côté lui témoignait confiance et égards — il reçut de l’Empereur le bouton rouge de corail des premiers mandarins. Quand il mourut le 4 avril 1905, il laissait les œuvres qui avaient  été détruites en l900, recons-tituées et placées sur un meilleur pied qu'auparavant. Il a été inhumé selon son désir, dans la cathédrale du Pétang qu'il avait lui-même construite.

On lui doit, sous la forme d'un livre de grand luxe,un précieux résumé de l'histoire politique et religieuse de la capitale de 1'empire chinois : Pékin — Histoire et description,  orné de 660 gravures anciennes et nouvelles, reproduites ou exécutées par des artistes indigènes; 124 phototypies, 24 collographies hors texte ; cet ouvrage s été couronné par l'académie française en 1897.

 

La révolution des Boxers et les luttes et persécutions qu'elle a provoquées sont à replacer dans le contexte politique de cet Empire chinois qui va disparaître deux décennies plus tard.  En cette fin de XIXe siècle, l'Église en Chine s'était mise sous le protectorat des puissances euro-péennes, la France et l'Angleterre en particulier, on en verra l'illustration dans le siège du Pé-Tang. Cette collusion ne facilitait pas la naissance d'une Église vraiement chinoise. Bientôt quelques missionnaires vont réagir pour permettre à l'Eglise de prendre ses distances vis-à-vis des nations européennes ; le Père Vincent LEBBE fut l'un d'entre eux, comme l'avait tenté, cinquante ans auparavant, Joseph GABET dans ses “Considérations sur la mission en Chine“, 1847.

SIÈGE DE LA MISSION CATHOLIQUE DU PÉ-TANG

ANNALES CM  : Tome LXVI (66) – 1901, pp. 55 à 124.
Les chiffres entre crochets renvoient aux pages des Annales

VUE D'ENSEMBLE

Plutarque, traduit par Amyot, parle des «dicts et faicts mémorables» de nous ne savons plus quels antiques héros. Quelle gerbe nous pourrions faire, à notre tour, des «dicts et faicts mémorables» de ces héros récents : missionnaires, soldats, chrétiens, qui, en 1900, ont soutenu, pendant près de deux mois, sous une pluie incessante de feu, et malgré les tourments de la faim, le siège de la principale résidence catholique, à Pékin ?

Ces événements sont caractérisés par le mot du ministre de France à Pékin, M. Pichon : «De toutes les défenses organisées pendant le siège, celle de l'évêché de Pékin est peut-être la plus étonnante et la plus remarquable.»

Mgr Favier, dans les éloges qu'il décerne, – on les lira plus loin, – a fait la part qui convient à chacun... excepté à lui-même. Nous ne doutons certes pas qu'il ait consacré comme il le dit, une partie de son temps à la prière, et que les angoisses l'aient étreint. Mais, d'abord, le chef qui, du haut d'un tertre, pendant la bataille, préside à l'action et soutient le moral de ses troupes, fait autant et mieux son devoir, que si, cédant à son désir, il allait lui-même manœuvrer dans les rangs. Et puis, à qui le connaît personnellement, Mgr Favier apparaîtra plus reconnaissable encore en divers traits de décision et de vaillance. Si nous ne craignions de paraître faire un jeu de mots, – on verra tout à [56] l'heure que cela se doit aussi prendre à la lettre, – nous dirions, nous servant d'une expression maintenant usitée, qu'il y eut dans cet évêque quelque chose de plus «claironnant» que ce que, par modestie, il laisse ça et là entendre.

Les détails touchants se mêlent aux coups de héros dans ces récits. Quoi de plus tendre que ces lignes de l'évêque : «Deux ou trois cents enfants – entassés avec la foule dans la cathédrale – criaient la faim ; et la chaleur intense m'empêchant de dormir, je croyais ouïr les bêlements d'une troupe d'agnelets destinés au sacrifice. Ces cris, du reste, diminuaient chaque jour, car nous avons enterré cent soixante-dix de ces innocents»

Quoi de saisissant comme ce récit de l'horrible famine, quand la foule était réduite à dévorer les feuilles des arbres et les racines, et où l'on voit les angoisses d'une pauvre mère ? «Un matin, écrit Mgr Favier, une de ces vaillantes chrétiennes, accouchée de la nuit, se jette à mes pieds et me dit : «Évêque, évêque, faites-moi donner un bol de petit millet pour que j'aie un peu de lait. Et l'évêque ajoute : «Je dus le lui refuser en pleurant ; il n'y en avait plus.»

La vaillance éclate à côté de la tendresse  ; et c'est tout un tableau que ce trait du Journal de la sœur Jaurias : «Nos marins accompagnés de Mgr Jarlin ont fait un coup de bravoure admirable : ils ont pris un canon aux Chinois.» C'était au 22 juin, une des plus meurtrières journées ; le soir, un canon braqué à trois cents mètre de la Grand'Porte, la bat en brèche, et va l'enfoncer. Après une salve bien nourrie, l'évêque coadjuteur, Mgr Jarlin, plusieurs marins français entraînant une trentaine de chrétiens chinois, s'élancent ; ils s'emparent de la pièce et la ramènent malgré une intense fusillade. [57]

Les joies de famille et de gens qui s'aiment ne perdent pas tous leurs droits : on en retrouve au milieu de ces angoisses, çà et là, la fugitive mais douce lueur. Par exemple, on se souhaite la fête : c'est le 29 juin, pour la fête de saint Pierre et de saint Paul : «Nous offrons ce jour-là nos souhaits, dit le journal, à notre brave commandant Paul Henry»

Et ce jeune chef, si vaillant, était en même temps si plein de grâce et d'affabilité ! – Chéri de tous, il tombe quelques jours après sur la brèche, frappé à mort de deux balles, et l'évêque a pu écrire cette belle et digne parole : «Nous n'avons pleuré qu'une fois pendant le siège : ce fut ce jour-là !»

Les légendaires récits de feu et de sang de l'histoire sont égalés par les épouvantables spectacles de ces jours-là ; par exemple, par ceux du 13 au 15 juin : «Le 13, incendies et cris de mort un peu partout. Le soir, à neuf heures et demie, nous voyons flamber notre belle église de Saint-Joseph, au Toung-tang. On veille jusqu'au matin, car les trompes des Boxeurs sonnent de tous côtés. A huit heures du matin, nous voyons, du haut de l'église, le Toung-tang qui flambe toujours, et plusieurs autres incendies. A onze heures et demie, l'ancienne cathédrale de l'Immaculée Conception, au Nan-tang, la résidence, le collège, l'hôpital, l'orphelinat, tout prend feu ; c'est un horrible spectacle.»

Et plus tard, au loin, «on aperçoit la tour de l'église de Notre-Dame des Sept-Douleurs, au Si-tang, dont les briques sont rougies par le feu». Dans ces fournaises, mouraient, brûlés, les deux missionnaires lazaristes chargés des postes, MM. Garrigues, du diocèse d'Albi, et Doré, de Paris.

Au milieu de cette scène de feu, et des éclats de la fusillade et du bombardement, un autre spectacle, celui d'un courage viril, est donné par des femmes. Les Sœurs de Saint Vincent de Paul conduisent la foule des femmes et des enfants [58] qui se porte d'un côté ou de l'autre des bâtiments pour s'abriter suivant la direction d'où viennent les projectiles : «Quand nous devons, écrit la sœur Jaurias, nous transporter d'un endroit à l'autre pour éviter les boulets et les couteaux, c'est douze cents personnes qu'il faut maintenir, ou entraîner, et une quantité de bébés à transporter.» Lorsque la cornette de la religieuse européenne, de la Sœur de Saint Vincent de Paul, donne le signal, c'est alors un flot, comme une immense vague qui lui obéit, qui s'avance ou qui recule ; cette population la suit, l'écoute, et a confiance parce que la Sœur est là.

Et, touchante attention de la Providence : les vivres si attentivement ménagés, étaient épuisés ; la veille de la délivrance, il ne restait plus que quatre cents livres de nourriture pour trois mille personnes. Mgr Favier écrit ces touchantes paroles : «La Providence semble avoir compté les grains de riz ; qui aurait pu compter plus juste ?»

Il faut s'arrêter dans cette série de tableaux. Le dernier est celui de l'évêque, Mgr Favier, en qui il y avait du soldat.

Il l’a laissé entrevoir, lorsqu'il raconte les derniers jours du siège. On savait que les troupes libératrices approchaient. Les assiégés mouraient de faim et d'abattement. Si c'était la délivrance ! «Je sonnai, dit-il, par trois fois sur le clairon la “Casquette du Père Bugeaud“ (1)». On se la représente debout sur le rempart, jetant ces notes populaires par-dessus la foule des assiégeants, sûr que si elles sont entendues au delà, par quelque petit soldat de son pays, celui-là certainement lui en renverra l'écho. Hélas, du lointain «aucune sonnerie, aucun hourrah n'y répondit».[59]

Il fallait attendre encore. L'attente ne fut pourtant que de quelques heures. Et l'un des soldats de la troupe française qui apportait la délivrance a laissé le souvenir – on le lira plus loin – de cette vision qui électrisa ceux qui en furent les spectateurs. On aperçut, debout sur la muraille assiégée, l'évêque, ce vieillard à la chevelure et la barbe blanches, la croix d'or sur la poitrine, un drapeau français à la main, appelant et indiquant par où il fallait monter. Les échelles se dressèrent, on tomba dans les bras les uns des autres. C'était fini : on était sauvé.

Alors, ce furent les récits, et les anxieuses questions sur l'œuvre religieuse. Que sont devenues les chrétientés du district de Pékin ? — Presque toujours il fallait répondre  : Tout est détruit.

Et les chrétiens ? Nous nous rappelons avoir demandé à Mgr Favier, lors de son voyage en Europe, l'an passé, où en était le nombre des catéchumènes. Il nous répondit : «Nous pourrions grossir nos statistiques par de plus nombreuses admissions : mais nous nous imposons un examen sérieux, sévère même ; nous préférons faire une œuvre de christianisation très sûre.»

De fait, l'épreuve est venue. Des supplices égaux à ceux des persécutions de l'ancienne Église ont été imposés aux chrétiens qui rie consentaient pas à renier leur foi. Tels ceux des chrétiens de Pao-ting-fou qu'on couvrait de paille et de bois enduits de pétrole, et qu'on brûlait ainsi ; tels ceux des chrétiens de Pékin, que l'on coupait en morceaux. Il y en eut dix mille, quinze mille peut-être, ainsi immolés. «Quinze mille victimes, écrit l'évêque, mortes brûlées, coupées en morceaux, jetées dans les fleuves sans vouloir faire une simple prostration idolâtrique qui les aurait sauvées. Je ne pense pas que deux pour cent aient racheté leur [60] vie par un acte superstitieux où le cour n'était certainement pour rien.»

L'église de Pékin vient d'écrire une des plus émouvantes et des plus glorieuses pages de son histoire, et c'était pour nous un devoir de saluer ces héros.

A. M. (Alfred MILON)

1) Disons, pour nos lecteurs étrangers, que Bugeaud fut un des généraux les plus populaires lors de la conquête française de l'Algérie. Les soldats, qui l'aimaient beaucoup, avaient, avec jovialité, chansonné sa coiffure sur un air enlevant et très connu en France.

Suite la semaine prochaine :
Le Pé-Tang