Thevenet

Lettres
de deux Prêtres de la Mission,
Joseph GABET
et
Évariste HUC
écrites
de France, de Chine, de Mongolie, du Tibet, de Rome et du Brésil
entre 1835 et 1860.

Édition établie
par

Jacqueline
THEVENET

à partir de nombreuses archives en grande partie inédites.

            Cet ouvrage que THEVENET préparait depuis près de cinq ans sort enfin. Il nous livre la correspondance de nos deux confrères missionnaires en Chine que nous connaissons surtout par leur voyage en Tartarie et au Tibet. Que contiennent ces lettres écrites entre 1835 et 1860 ?

            Une grande partie des lettres de Gabet et de Huc, précise Jacqueline Thevenet, principalement celles du début, s'apparente au genre littéraire des récits de voyage. Comme tous les jeunes missionnaires de l'époque, ils se faisaient un devoir et un plaisir de raconter à leur famille, leurs amis, leurs confrères, ces aventures extraordinaires que représentaient alors la traversée Le Havre-Macao (quatre à cinq mois de navigation), celle de la Chine, depuis Macao jusqu'à la Mongolie méridionale (six à sept mois par voie terrestre ou navigable) et, bien évidemment, l'aventureux voyage de la Mongolie au Tibet (cinq mois à dos de cheval, de mulet ou de chameau) suivi du retour (sept mois, principalement en bateau), de Lhasa à Macao.

            Mais là ne se borne pas l'intérêt des lettres. Dès leur arrivée en Asie, les missionnaires font part de leurs découvertes : les paysages certes, mais surtout les hommes, leurs us et coutumes, leurs religions — qu'ils qualifient tout d'abord d'idolâtrie — ainsi que l'organisation de la société ou les destinées de l'empire chinois. Sans être ni historiens, ni géographes, ni ethnologues, ils fournissent, par petites touches, quantité d'informations ponctuelles dont les scientifiques peuvent tirer profit. La description des mœurs des Mongols et des Tibétains, peuples encore si peu connus en Europe au XlX siècle, ne peut qu'étonner et ravir les destinataires de leurs missives. Ce qui les ravit moins, à coup sûr, ce sont les controverses entre Congrégation de la Mission et société des Missions étrangères de Paris pour la «possession» de la Mongolie, de la Mandchourie et du Tibet, dont Gabet surtout se fait l'écho. Mais on apprécie l'évolution très positive de la mentalité des deux missionnaires à l'égard du bouddhisme (tibétain), dont ils reconnaissent la forte influence sur les Mongols.

            Une dernière caractéristique de la correspondance de Gabet et de Huc, écrit encore Jacqueline Thevenet, nous paraît être le lien très fort qu'ils gardent, où qu'ils soient, avec leur pays d'origine, leur famille, leur congrégation, la politique de la France. Ces missionnaires étaient au plus haut point des hommes de communication et de relations, plongés dans l'Asie, mais jamais coupés de leur Europe natale.

            Enfin, l'auteur nous livre un document d'une grande importance, resté jusqu'alors inédit dans son intégralité, les Considérations sur nos missions de Chine, 1847 (Annexe 04) de Joseph Gabet. Celui-ci y dresse un tableau précis et concret des missions catholique en Chine en 1847.
Voici la présentation qu’en fait Jacqueline Thevenet  (p. 410)  :

       «Ce quatrième document, rédigé par Joseph Gabet dans le courant du premier semestre 1847, avant son départ pour Rome, constitue, pour l'époque, une œuvre novatrice dans le domaine de la missiologie. Fort de ses douze années d'expérience en Chine, l'auteur y analyse sans complaisance, à l'usage de sa congrégation, les causes de ce qu'il nomme la «stérilité des missions» et leur «fâcheux état», déplorant la somme des efforts déployés pour aboutir à de si maigres résultats. Après quoi il suggère les «moyens de faire prospérer nos missions» : harmonie entre les différents ordres ou congrégations missionnaires, apprentissage intensif de la langue du pays, formation du clergé indigène, bref, tout ce qui peut tendre à «naturaliser véritablement la religion».
       Resté enseveli jusqu'à ce jour dans les archives de la Maison-Mère de Paris, ce document a néanmoins dû servir de base au Coup dœil sur l'état des missions en Chine, du même auteur, dans lequel figurent une adresse au pape Pie IX, datée du 12 octobre 1847, et une lettre d'approbation de Mgr Forcade, datée du 12 mai 1848. L'opuscule, un in-8° de 84 pages, publié à Poissy en 1848, valut à Gabet la «désapprobation» du Saint-Siège quant à son retour en Chine et fut même, par la circulaire du 12 juillet 1850, interdit de lecture et de diffusion dans ce pays.

       Cinquante ans plus tard, les mentalités auront évolué. Et il n'est pas exclu que le père Vincent LEBBE (1877-1940), entré au séminaire des Lazaristes à Paris en 1895, ait eu connaissance des deux textes du père Gabet — les Considérations de 1847 et le Coup d'œil de 1848 — et s'en soit inspiré pour son apostolat en Chine.»

            Ce livre est un ouvrage qui fera date. En effet, il fait revivre, à travers ces lettres écrites du bout du monde et il y a 170 ans pour les premières, l’aventure missionnaire de deux Lazaristes au moment où la Congrégation amorçait en France son réveil après la longue nuit de la révolution. Aventure c’est bien ce qu’ont vécu Gabet et Huc dans cet Empire de Chine. Ce qui frappe dans ces relations de leur projet et de leur action, c’est leur zèle missionnaire. Car, même si leurs expéditions étaient grisantes pour ces aventuriers, comme pour bien d’autres au XIXe siècle, ils les ont entreprises et vécues dans le seul but d’annoncer l'Évangile, et un Évangile recevable par la culture du pays. C’est pourquoi ces lettres sont riches d’enseignements pour nous et nous appellent au zèle évangélique et vincentien. De plus, nous l’avons dit, ces lettres proposent une recherche et une réflexion sur l’agir missionnaire d’européens prêchant la foi chrétienne dans d’autres cultures. Effort à refaire depuis 2000 ans et toujours à nouveaux frais.

            L'introduction de Martine RAIBAUD situe ces deux missionnaires dans le pays et le temps. Elle donne le climat politique, culturel et religieux de l'Extrême-Orient des XVIIIe et XIXe siècles dans lequel ces lettres furent écrites.

            Pour l’avoir vu travailler, je peux assurer que Mme THEVENET a recueilli ces documents, les a vérifiés, confrontés avec le professionnalisme et l’acribie que nous lui connaissons. Elle a corrigé les épreuves avec une longue patience. Les “Lettres de Chine et d’ailleurs” rejoignent la masse immense des écrits missionnaires dont le XIXe siècle est si riche ; elles nous sont données dans une présentation critique et sûre.

            Ce livre est un beau livre, un livre de prestige, comme beaucoup aux Indes Savantes. Le papier glacé, la police du texte, les notes dans la marge, les photos, en font un ouvrage très élégant. Toutefois, le poids est lourd, le format (24,5 x 27,5) est peu courant  ; les bibliothécaires feront la grimace comme ceux qui voudraient le lire au lit ! Mais surtout il y a un point noir… le prix, 75 € (492 Fr).

Donc vient de paraître (mars 2005)

Joseph Gabet, Évariste Huc,
Lettres de Chine et d'ailleurs : 1835-1860

Édition critique établie par Jacqueline Thevenet,
Introduction de Martine Raibaud.

Un ouvrage broché sous couverture illustrée, 24,5 x 27,5 cm, 461 pages (comprenant  76 lettres du père Gabet, 98 du père Huc et 4 rapports) et un cahier hors-texte de 12 pages  (comprenant 2 cartes et 17 illustrations), tableau des familles Gabet et Huc, chronologie comparée, index des noms de personnes et de lieux, bibliographie.

PARIS, Les Indes savantes, 38 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris
Tél : 01 40 41 01 53 — Fax : 01 40 41 01 56
E-Mail : indes.savantes@free.fr

ISBN 2-84654-084-5.
Prix : 75 € TTC

En vente notamment à la Librairie de l'Asie culturelle et religieuse,
128 rue du Bac, 75431 Paris Cedex 07.
Tél. 0144 39 58 33. Fax 01 44 39 58 34.
E-mail :  librairie@mepasie 

Cl. LAUTISSIER cm

12 mars, 2005