Professeur des universités à Madagascar, Nivoelisoa Galibert est chercheur associé à l'Université de La Réunion, membre du Groupe de Recherches Interdisciplinaires sur les Écritures Missionnaires (Institut Catholique de Paris) et du Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (Université ParisSorbonne). Elle est l'auteur d'une thèse d'État intitulée Madagascar dans la littérature française de 1558 à 1990. Contribution à l'étude de l'exotisme (Septentrion, 1997) et d'une Chronobibliographie analytique de la littérature des voyages imprimée en français sur l'océan Indien des origines à 1896 Madagascar Réunion Maurice (HonoréChampion, 2000).

 

PUPS
Éditions
Université-Paris-Sorbonne

À l'angle de la grande Maison
  Les Lazaristes de Madagascar :
  correspondance avec Vincent de Paul (1648-1661)

Textes établis, introduits et annotés par
Nivoelisoa Galibert

           Au même titre que les écritures arabico-malgaches (Sorabe), la Grande Maison (Tranobe) est emblématique de la religion pratiquée dans l'Anosy au Sud-Est de Madagascar. Entre Islam revisité et pratiques ancestrales, le microcosme lazariste en mission depuis 1648 au Fort-Dauphin achoppe au caractère en apparence essen-tiellement anthropocentriste de cette religion. Le cadre de cette évangélisation difficile est la première tentative d'établissement français à Madagascar sous l'égide de la Compagnie des Indes Orientales (1642-1674), principalement durant le mandat du gouverneur tienne de Flacourt, auteur de l'Histoire de la Grande Isle Madagascar (1658 et 1661).

           La correspondance adressée au futur saint Vincent de Paul (1581-1660) demeure un texte encodé dans l'esprit de l'éveil missionnaire antérieur à la révolution idéologique des Lumières. En tant que témoignage des acteurs, le présent recueil introduit directement dans 'ailleurs spatio-temporel au XVIIe siècle de la Congrégation de la Mission [lazariste], ordre destiné à l'origine à la seule assistance des pauvres de France. De fait, écrites à l'Âge classique, les lettres posent déjà les jalons de la problématique moderne du contact des cultures, d'où jaillit la mise en lumière comme la mise à l'ombre de l'identité des évangélisateurs et de l'altérité des autochtones. La réflexion sur l'échec de la mission chrétienne dans ses premières tentatives dans l'océan Indien s'organise ainsi autour de trois axes générique, qui met au jour le texte encodé par les spécificités de la lettre missionnaire au XVIIe siècle ; poétique, qui met la rhétorique au service d'un discours d'enveloppement avant les Lumières ; enfin anthropologique, qui actualise ce que les ethnologues actuels nomment le principe de coupure.

           Le corpus annoté de la correspondance est, d'une part, assorti d'une présentation générale, qui contextualise les copies multipliées par les archivistes de la Congrégation de la Mission, et d'autre part, d'annexes diverses index, glossaire, chronologie, notices biogra-phiques et autres documents lazaristes.