Les Lazaristes et le vin

«Dès le matin nous irons aux vignobles,
Nous verrons si la vigne bourgeonne,
si ses pampres fleurissent.»

Cantique 7, 13

Prêtres séculiers, également, les Lazaristes furent fondés au XVIIe siècle par saint Vincent de Paul, pour évangéliser les pauvres dans les campagnes isolées, ainsi que dans les taudis urbains.

Dans les Graves, le souvenir des Lazaristes est évoqué par un cru illustre, le Château la Mission-Haut-Brion.

D’après Cocks et Féret, qui ont écrit le principal ouvrage de référence en ce qui concerne les vins de Bordeaux, ces prêtres possédaient une intuition très sûre et une grande compétence dans le choix et le soin des vignobles, et «la connaissance parfaite de cette science leur permit de sélectionner les meilleurs cépages».

Cet excellent bordeaux, destiné à l’origine à la délectation des princes de l’Église, devint le vin préféré d’un des hommes les plus dissolus du XVIIIe siècle : le duc de Richelieu.

Les Pères furent chassés à la Révolution, et leur vignoble vendu en novembre 1792, mais la petite chapelle, à côté du château, est magnifiquement conservée.

Une légende locale raconte que saint Vincent (non pas saint Vincent de Paul, mais un saint Vincent espagnol du IVe siècle, patron de tous les vignerons) a été si affecté par le manque de vin au ciel que le Bon Dieu l’autorisa à faire une petite visite en Bourgogne et en Bordelais. Vincent n’étant pas rentré au jour dit, les anges envoyés à sa recherche le trouvèrent dans les caves de la Mission Haut-Brion, complètement ivre. Le Bon Dieu en fut si fâché qu’il changea le pauvre Vincent en pierre. On peut encore voir le saint pétrifié à la Mission, sous la forme, nous dit Morton Shand, «d'une curieuse statuette primitive représentant un personnage barbu, portant la mitre, le visage inexpressif, hébété, les mains crispées sur une grappe de raisin».

Il semble que les lazaristes aient possédé un autre vignoble en Gascogne, mais de moindre qualité : Château la Croix David, à Bourgeais (Lansac), sur la rive droite de la Dordogne.

Desmond SEWARD
«Les moines et le vin»
Édit."Pygmalion" * Paris 1982 p. 130