BEAUMARCHAIS À SAINT-LAZARE


Beaumarchais devait être victime du Père fouettard de Saint-Lazare .


Fils d’un horloger, horloger lui-même et inventeur, Caron de Beaumarchais, cumula avec succès les fonctions les plus diverses. Tour à tour musicien, professeur, spéculateur, chansonnier, éditeur, papetier, écrivain, il fut surtout, le plus grand intrigant de son siècle. Son théâtre et ses mémoires politiques l’avaient rendu célèbre. Sa plume satirique lui avait suscité d’innombrables ennemis et allait bientôt lui attirer de désagréables représailles. Mais Beaumarchais se savait enfant chéri des Parisiens que ses pièces amusaient ; fort de cette faveur populaire, il se croyait «Tabou». Pourtant à plusieurs reprises, le bruit avait couru de son arrestation. Aussi la nouvelle toujours démentie ne trouva-t-elle plus créance, quand l’ordre d’internement, bien réel cette fois, fut rendu public. Cet ordre avait été crayonné à la hâte par Louis XVI sur le dos d’un sept de pique, pendant une partie de cartes dans la nuit du 7 au 8 mars 1785. Beaumarchais, quand il fut arrêté à son domicile, ne prit point l’affaire au tragique ; Déjà il se voyait enfermé à la Bastille, persuadé d’ailleurs que son élargissement serait bientôt prononcé. Grande fut sa déconvenue, quand il se vit dirigé sur Saint-Lazare, dont il connaissait l’humiliante et inflexible règle.
Celui, qui, si souvent avait dans ses écrits, flagellé les mœurs de ses contemporains, allait subir lui-même la douloureuse épreuve des verges :


Un Lazariste inflexible
ennemi de tout repos
Prend un instrument terrible
Et l’exerce sur son dos.
Par ce châtiment horrible
Caron est anéanti.
Caveant male nati (bis)…


Beaumarchais prétendit avoir échappé à cette honteuse obligation, mais sa défense est trop intéressée pour ne pas être suspecte.

Fessée

 

Dr Léon BIZARD et Jane CHAPON :
“Histoire de la prison de Saint-Lazare du Moyen-Âge à nos jours”,
PARIS, 1925, pp. 94-95