Je suis un ressuscité ! «Je suis un ressuscité» tel était le thème du témoignage que j'avais à donner devant des classes de lycées de Chalons-en-Champagne durant une semaine. Nous étions plusieurs intervenants pour cette semaine particulière de témoignages. Expérience missionnaire fort intéressante, car c'est tout un défi de parler de la vie éternelle, de la foi à un monde qui ne connaît presque rien de cette réalité. Il était très intéressant de voir les regards interloqués de ces jeunes lorsque je leur annonçais ce thème ! Un rapide sondage donnait à voir que la grande majorité était baptisée, par contre il n'y avait que quelques timides mains à se lever lorsque je demandais «qui croit en Dieu ! ». Faire l'état des lieux à gros traits de ce qui nous habite dans ce domaine de l'invisible permet de délier les langues. Les plus hardis osent des paroles à tout le groupes, ainsi apparaissent les différences de convictions des uns et des autres. Il est à noter que s'expriment beaucoup plus facilement les «non croyants» car plus dans l'incompréhension de ce monde. Les croyants ont moins de facilité à exprimer leur foi car elle n'est pas basée sur une preuve mais sur une conviction forte. De plus s'affirmer croyant reste encore bien des fois être considéré de ringard même si les attitudes d'étonnement et de respect de l'autre se ressentent davantage qu'il y quelques années. Définition de l'originalité de l'humain et particulièrement celle de la liberté via la décision de choisir (et non pas en rester à la capacité du choix). Dire avec force que la liberté n'est pas tant un droit qu'une responsabilité à assumer et à faire grandir en soi. Il est passionnant après quelques va et vient d'arguments peu porteurs sur «suis je libre si je ne fais ce que je veux ?» de leur faire toucher du doigt le bien être qu'ils expérimentent lorsqu'ils relisent une responsabilité assumée. L'expérience la plus parlante à leur âge est celle de la garde d'enfants. Tout à la fois peur et appréhensions de ne pas être à la hauteur mais aussi joie et fierté qu'on leur ai fait confiance. De là découle la maturité et une autre compréhension de ce que peut être la Vie. Bien l'autre domaine abordé est celui de l'amour. Il est parfois affolant de voir leur soif et leur avidité dans ce domaine. A la suite d'un enseignement Québécois, je les invite à vivre les « B » attitudes, c'est-à-dire de s'investir dans le Beau, le Bon et le Bien. Ça ne loupe jamais, c'est toujours les amener à se connecter à cette belle fierté que nous offre le bien être, il donne du poids à la notion de liberté. Ayant défini le paradis comme lieu d'amour, de paix et de bonheur, reste à orienter la discussion sur comment vivre toutes ces notions déjà aujourd'hui. De là découle l'importance de la confiance. Ils considèrent souvent n'être d'aucune valeur, inintéressant et leur vie sans aucun sens. Comme l'exprimait clairement l'un d'entre eux : «Je ne me regarde jamais car j'ai trop peur d'y trouver que de la merde !». Ce qui est parfois rude à recevoir ce sont leurs regards sans espérance qu'ils portent sur eux-même. Là intervient à nouveau toute la dimension de la confiance et celle qu'ils peuvent se faire à eux mêmes, en s'interrogeant sur ce que produit l'amour en eux, on voit petit à petit se réveiller une espérance, une autre manière de s'approcher. Oser un regard bienveillant et respectueux sur soi. Préalable indispensable pour avancer vers un avenir plus prometteur. Ce ne sont pas de vains mots lorsque le Christ nous révèlent qu'il est venu offrir la libération aux captifs, la vue aux aveugles et une années de grâce offert par le Seigneur. Comme me l'écrivit l'une des participantes juste après l'intervention «vous m'avez fait entrevoir une lueur d'espoir qui s'est éteinte en moi depuis bien longtemps déjà, je ne donne pas grande valeur à ma vie et mon passé est sombre... le vent d'air frais qui vous accompagne me suivra». Le Seigneur nous invite à être des ouvriers de sa moisson. Ils nous dit que la tâche n'est pas facile, mais que nous pouvons déjà aujourd'hui nous réjouir d'être dans le coeur de Dieu. Il est bon de voir des jeunes s'éveiller à l'espérance, premier fruit de la foi et de se dire qu'il est possible de devenir un ressuscité c'est-à-dire avoir la vie en abondance. Bien des professeurs exprimaient la joie d'un tel échange, le trouvant riche pour eux même. Ils ont un rôle si important dans le processus de réussite de ces jeunes. Il est capital qu'ils aient cette espérance chevillée au corps pour eux même et pour les jeunes. L'une des grandes pauvretés de notre jeunesse est d'être blasé de tout. L'espérance n'est guère au rendez vous de cet âge qui devrait être celui des grands rêves pour leur avenir. Peur de ce devenir, ils restent dans un présent sans lendemain. Ils se perdent dans les moyens techniques de tout genre pour éviter le défi de se découvrir eux-même. On leur fait croire que la technique permet tout, mais on oublie de leur dire que le défi est d'apprendre à se connaître pour savoir donner le meilleur de soi-même pour grandir en liberté. OEuvrer dans ce genre de lieu pourrait faire croire que l'on crie dans le désert, mais n'est-ce pas ainsi que Jean Baptiste préparait les chemins du Seigneur ? Vincent GOGUEY cm |