| Les jeunes religieuses réfléchissent à l’avenir de la vie consacrée
«Nous, nous devons concilier vie communautaire et vie professionnelle.» À l’initiative de la Conférence des supérieures majeures, près de 300 jeunes professes se sont rassemblées à Paris ce week-end : «Une place dans l’Église mal reconnue. Peut être une souffrance.» «Souci des jeunes sœurs isolées. Jeunisme : elles ont toujours raison. On leur demande trop.» Sur de grandes feuilles punaisées au mur, quelques «post-it» collés par des religieuses résument leurs inquiétudes. Et leurs raisons d’espérer : «La vie est dans l’ouverture !» «Vivent les réseaux, les familles spirituelles.» Ce week-end à Paris, les religieuses ayant prononcé leurs vœux depuis moins de quinze ans étaient invitées par la Conférence des supérieures majeures (CSM, qui regroupe les instituts de vie apostolique en France) à un grand rassemblement, destiné à leur permettre de «croiser leurs regards sur l’aujourd’hui et l’avenir de la vie religieuse en France» . Pendant deux jours, près de 300 jeunes professes – françaises ou étrangères, de 25 à 55 ans, en habit religieux ou en civil – ont alterné témoignages, travail en ateliers et temps de prière ; 81 supérieures majeures et une cinquantaine de formatrices et accompagnatrices étaiet égalemen présentes. Seules avaient été invitées les 71 congrégations ayant enregistré des vocations ces dernières années. Certaines, qui en accueillent beaucoup, avaient désigné des «déléguées». D’autres n’étaient représentées que par «leur seule et unique jeune professe… «Ce qui ressort, c’est surtout la fragmentation, l’éclatement de la vie religieuse apostolique», souli gne le P. Jean-Claude Lavigne, dominicain, chargé par la CSM d’une enquête sur les «préoccupations des instituts concernant l’accueil, la formation, l’accompagnement et l’envoi en communauté» de ces jeunes religieuses. «Il n’y a plus “une” forme de vie religieuse, mais une grande variété : elles se distinguent par leur rapport au monde.» À partir des 472 questionnaires recueillis, il dresse un portrait des nouvelles professes, éloigné des clichés. Ces jeunes sœurs d’aujourd’hui sont désireuses de garder le contact avec leur famille, leurs amis – la plupart conservent leur téléphone portable – ou leur groupe spirituel d’origine. Elles veulent aussi garder du temps pour elles et préfèrent des L’enquête fait ressortir leur forte demande de formation, intel lectuelle, parfois technique, à la prise de responsabilité notam ment. «C’est un vaste chantier, car certaines congrégations ne proposent pas grand-chose après les périodes initiales», note le P. Lavigne. Une chose est sûre : les «jeunes» sœurs s’épanouissent dans l’apostolat, « leur bonheur », Autant de préoccupations parta gées par nombre de participantes… mais pas toutes. Si elle se retrouve bien dans le désir de radicalité mis en évidence par le P. Lavigne, Sœur Marie-Amélie, de la congrégation des Maternités catholiques, elle, ne se sent pas isolée. «Nous avons la chance d’avoir une spiritualité forte et d’être suffisamment nom breuses à la vivre , explique cette toute jeune religieuse, en habit blanc. Nous avons notre travail, nous passons aussi trois heures et demie à la chapelle chaque jour. J’ai l’impression d’avoir tout ! » Comme elle, l’une des six jeunes religieuses apostoliques de Saint Jean, venues représenter une communauté dont les deux tiers des membres ont moins de quinze ans de profession, se réjouissait de ces journées d’échange, occasion de «découvrir un autre visage» de la vie religieuse. Même si elle s’interroge : «Il y a certaines choses que je ne comprends pas dans l’expérience de Rennes : pourquoi Christelle s’engage-t-elle dans une congrégation pour ensuite s’installer avec d’autres ? Quelle est sa commu nauté ? » Elle ajoute : «En revanche, la gestion du temps, le problème de la vie commune, cela concerne tout le monde.» En conclusion le P. Jean-Claude Lavigne affirme : «On entend dire que la vie religieuse, c’est mort. Moi, je ne suis pas d’accord. Il y a des défis à relever. Mais regardez, elles ont de l’allant, elles sont vives, très libres. Elles ne font pas que survivre !» ANNE-BÉNÉDICTE HOFFNER |