Elle serait par conséquent, plus ancienne encore que Notre-Dame de Paris, avec laquelle elle s'apparente d'une manière frappante.Remontons donc six siècles en arrière... C'est le temps heureux où les coeurs sont si croyants que la foi et l'amour jaillissent spontanément jusque sur les facades des maisons, dans les niches creusées en ogives pour recevoir Ies statues de Messires les saints ou de Madame Marie...Avant le couvre-feu, les artisans occupent leurs mains à quelque pieux chef-d'oeuvre ou leur coeur à la prière. C'est ainsi, fort probablement, que notre statue sortit des mains anonymes d'un artisan sculpteur qui avait dû contempler la Vierge sur un vitrail d'église ou converser avec elle dans son oraison naïve... Elle était si belle celle-là, qu'elle mérita le singulier honneur de surmonter la Porte fameuse de l'enceinte de Philippe-Auguste. L'emplacement n'était pas quelconque. Au cours des âges, Notre-Dame vit passer à ses pieds les rois et les reines faisant leur solennelle entrée dans la capitale ou portés à leur dernière demeure dans la royale abbaye de Saint-Denis. Elle fut ainsi mêlée à notre épopée nationale. Destinée, elle le savait, à vivre chez les Filles de Monsieur Vincent, elle les attendrait patiemment... rue Saint-Denis... trois siècles puisqu'il le fallait ! Or, voici que pour agrandir la cité, la pioche des démolisseurs s'attaque un jour à la Porte historique. Si l'on confiait la statue aux «soeurs qui portent le pot aux malades» , ces nouvelles soeurs sans cloître ni voile, qui demeurent tout près ?... La petite Communauté naissante ouvre ses portes toutes grandes. O joie ! La Sainte Vierge vient elle-même demander l'hospitalité à ses Filles de la Charité ! La cour assez vaste devient son domaine, sa "cour d'honneur". N'est-elle pas cette «unique Mère» à laquelle Louise de Marillac, mourante, confiait ses premières filles ? Si nous ignorons le jour exact de la remise du dépôt sacré, nous savons du moins l'année. On est en 1681. Depuis vingt-et-un ans, Louise de Marillac repose sous les dalles de l'église Saint-Laurent et Monsieur Vincent dans la chapelle de Saint-Lazare. Sans nul doute, Notre-Dame a vu passer à ses pieds le pauvre prêtre à minable soutane qui parcourait si souvent le Faubourg Saint-Denis... 1681 ! Depuis cette date -- 323 ans -- la statue n'a pas quitté les Filles de la Charité, les suivant successivement dans leurs trois Maisons-Mères *, fidèle et vigilante Gardienne. Et sur ses pas, dans le rayonnement de son mystérieux sourire, sous le geste câlin de son Tout-Petit, elle va multiplier les protections et les grâces, les largesses et les miracles, les délicatesses et les prodiges... La Révolution dispersa les soeurs ; avant de quitter le Faubourg Saint-Denis, elles eurent soin de mettre à l'abri la miraculeuse statue qu'une pieuse famille du quartier accepta de cacher. Dès que la tourmente fut passée et la Maison-Mère installée rue du Vieux-Colombier -- le 21 janvier 1801 -- les soeurs reprirent la chère statue restée intacte dans sa cachette. En grand honneur elle fut installée dans la cour et instaurée "gardienne". Voici 1815. La Maison-Mère des Filles de la Charité opère son transfert la rue du Bac dans l'ancien Hôtel de Châtillon. Bien entendu, Notre-Dame déménage avec ses Filles Comme son sourire dut se faire plus doux et plus mystérieux encore, en franchissant ce seuil béni 1815... Quinze ans encore avant la grande Visite de 1830. La statue est installée dans la salle des retraites, au-dessus de la chapelle qui n'a, à cette époque, qu'un étage de tribunes. La nouvelle Maison-Mère va sentir bientôt les effets de la vigilance maternelle... Il faudrait de longues lignes encore pour relater toutes les grâces intimes et les guérisons miraculeuses dont le souvenir reste attaché à la statue bénie, tant aimée des Filles de la Charité. * * * Lorsque la chapelle fut restaurée en 1930, on transporta la statue miraculeuse dans la tribune du premier étage, à gauche, au-dessus de la châsse Sainte Louise de Marillac. Elle n'est pas en pleine lumière. Une demie-clarté convient mieux à la petite Vierge drapée dans la grisaille de ses six siècles d'histoire... On la voit très bien du bas de la chapelle, mais ce n'est pas sur elle que les regards s'attardent... Lorsqu'on vient â la rue du Bac, c'est pour chercher la Vierge lumineuse couronnée d'étoiles, c'est pour implorer les grâces de ses mains rayonnantes et réclamer sa petite médaille... Le récit des Apparitions de 1830, nulle Enfant de Marie Immaculée ne l'ignore ; mais puisque, de loin ou de près, elles sont toujours présentes, toujours "chez elles" dans la chapelle de la rue du Bac, ne fallait-il pas qu'elles connaissent aussi la belle, véridique et délicieuse histoire de Notre-Dame de Chez-nous ? «Les Rayons», avril 1941, pp. 273-275 On ignore, pour l'instant, ce qui a fait donner ce nom de "Notre-Dame de la Mission" à cette statue de la Vierge Marie. (CL) Effleurons au cours des siècles, quelques-uns de ses gestes... 1755 : Un malfaiteur insigne est condamné à mort ; il n'exprime qu'un désir : parler à la Supérieure générale des Filles de la Charité. Elle refuse d'abord, le pauvre homme insiste. Les chefs de la police interviennent... On ne peut pas refuser quelques instants à un homme qui va être roué vif I La Supérieure se rend à la prison. 1793 : Quatre révolutionnaires pénètrent dans la cour, insultent Notre-Dame et se disposent à l'abattre. Une Soeur les supplie de renoncer à leur projet sacrilège. Peine perdue ! Les malheureux veulent emporter la statue pour la mieux mutiler. O miracle la pierre est devenue plus lourde que du plomb. Les quatre hommes réunis ne peuvent même pas la remuer sur son socle. La soeur est là qui sanglote, impuissante... Rue du Vieux-Colombier, Marie continue a protèger les Soeurs :... À la Maison-Mère, rue du Bac, Notre-Dame est toujours "Gardienne" : Vers 1930 : * Sur la paroisse St-Laurent, rue du Vieux-Colombier, puis rue du Bac depuis 1815. |
|---|