Fête de saint Vincent — 27 septembre 2006 RÉVISION – CÉLÉBRATION «L’amour est inventif jusqu’à l’infini» Introduction : Rappelons-nous les paroles de Saint Vincent au chevet d’un frère gravement malade : «De plus, comme l’amour est inventif jusqu’à l’infini, après s’être attaché au poteau infâme de la croix pour gagner les âmes et les cœurs de ceux dont il veut être aimé…prévoyant que son absence pouvait occasionner quelque oubli ou refroidissement dans nos cœurs, il a voulu obvier à cet inconvénient en instituant le très auguste sacrement, où il se trouve réellement et substantiellement comme il est là-haut au ciel. Mais de plus, voyant que, s’il voulait s’abaisser et anéantir encore plus qu’il n’avait fait en son incarnation…il a fait que ce vénérable sacrement nous servît de nourriture et de breuvage…Parce que l’amour peut et veut tout, il le voulut ainsi… (1)» Dans son Encyclique «Deus Caritas est», Benoît XVI nous rappelle la même réalité quand il nous dit : «Dieu est amour (1 Jn 4, 8). C’est làque cette vérité peut être contemplée. Et, partant de là, on doit maintenant définir ce qu’est l’amour. A partir de ce regard, le chrétien trouve la route pour vivre et pour aimer » (2) . «À cet acte d’offrande, Jésus a donné une présence durable par l’institution de l’Eucharistie au cours de la dernière Cène. Il anticipe sa mort et sa résurrection en se donnant déjà lui-même, en cette heure là, à ses disciples, dans le pain et dans le vin, son corps et son sang comme nouvelle manne (3) ». Le point de départ de notre Célébration – Révision, pourrait être, la réflexion et la prière sur cette « inventivité » du Fils de Dieu qui l’a conduit à réaliser quelque chose d’impensable à notre esprit humain. Mais en même temps, cela nous presse à mettre en oeuvre toutes nos capacités, les dons qu’il a donnés à chacun de nous afin de rendre effectif le commandement de l’amour. «Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à lui de m’aimer (4) ». Objectif : Comme vous pouvez le voir dans la lettre, nous allons «Réviser» et «Célébrer» notre créativité en tant que vincentiens, au service des plus vulnérables. Méthode : Pour les groupes qui ont l’habitude de le faire, la méthode «Voir, Juger, Agir» peut être très utile. Comme vous le savez bien, cette méthode a été utilisée par la Jeunesse Ouvrière Catholique (JOC) depuis sa fondation en Belgique, en 1925. Ce fut en 1961 que le Pape Jean XXIII confirma sa validité en l’explicitant dans son Encyclique «Mater et Magistra». Pour ceux qui ne connaissent pas cette méthode, il serait utile de s’initier, en suivant les étapes telles qu’elles sont bien décrites dans ladite encyclique aux numéros 236 à 238. Pour passer de la «révision» à la «célébration», il est indispensable qu’entre les membres du groupe, nous arrivions à avoir le sentiment que nous sommes des artisans de quelque action en faveur de nos frères, fruit de nos efforts et de notre créativité ; que nous croyions que l’effort en vaut la peine et c’est cette satisfaction qui nous conduira à la célébration. Ceci est valable soit pour la révision d’un projet que nous envisageons, soit pour la révision d’un service concret. Dans ce dernier cas, l’idéal serait que nous puissions le faire avec ces frères qui vont bénéficier ou qui ont déjà bénéficié de ce que nous avons «créé» ensemble. Des textes qui peuvent aider à la réflexion : Le contexte dans lequel nous sommes en train de «célébrer» notre «révision», une première étape serait de nous interroger sur la manière dont nous vivons les sacrements, en particulier l’eucharistie. L’encyclique « Deus caritas est » peut nous aider : «Dans la liturgie de l’Église, dans sa prière, dans la communauté vivante des croyants, nous faisons l’expérience de l’amour de Dieu, nous percevons sa présence et nous apprenons aussi de cette façon à la reconnaître dans notre vie quotidienne (5)». «Dans le culte lui-même, dans la communion eucharistique, sont contenus le fait d’être aimé et celui d’aimer les autres à son tour. Une eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est en elle-même tronquée (6) ». « Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain. Le concept de prochain est universalisé et reste cependant concret. Bien qu’il soit étendu à tous les hommes, il ne se réduit pas à l’expression d’un amour générique et abstrait, qui en lui-même engage peu, mais il requiert mon engagement concret ici et maintenant (7) ». Tant de fois nous avons dit, et nous en sommes convaincus, que notre monde est en train de changer de façon accélérée, les changements sont de plus en plus rapides et nombreux. Devant cette constatation nous avons deux manières d’agir possibles : la voie de la routine, c'est-à-dire continuer à faire la même chose parce qu’«elle a toujours été faite ainsi», ou la voie de la créativité, c'est-à-dire affronter de nouvelles situations avec des réponses nouvelles. Les grandes idées surgissent du désir de faire quelque chose de nouveau et de différent. Voyons l’invitation lancée par Jean Paul II dans son encyclique Centesimus Annus : «J’invite enfin à porter le regard «vers l’avenir», alors qu’on entrevoit déjà le troisième millénaire de l’ère chrétienne, lourd d’inconnu mais aussi de promesses. Inconnu et promesses qui font appel à notre imagination et à notre créativité, qui nous stimulent aussi, en tant que disciples du Christ, le « Maître unique » (Mt 23,8), dans notre responsabilité de montrer la voie, de proclamer la vérité et de communiquer la vie qu’il est lui-même (Jn 14,6) (8) ». En effet, il est passionnant de penser que la créativité est définie comme la «faculté ou la capacité de créer» et qu’avec cela nous pouvons participer à l’œuvre du Créateur. Jean Paul II nous rappelait aussi cette vérité dans l’encyclique Laborem Exercens : «Dans les paroles de la Révélation divine, on trouve très profondément inscrite cette vérité fondamentale que l’homme, créé à l’image de Dieu, participe par son travail à l’œuvre du créateur, et continue en un certain sens, à la mesure de ses possibilités, à la développer et à la compléter, en progressant toujours davantage dans la découverte des ressources et des valeurs incluses dans l’ensemble du monde créé (9) ». Nous pouvons nous heurter à deux obstacles dans l’exercice de notre créativité :
Le principe de subsidiarité est étroitement lié à l’initiative, car ne pas respecter ce lien… «… détruit en fait, l’esprit d’initiative, c'est-à-dire la personnalité créative du citoyen… À la place de l’initiative créatrice prévalent la passivité, la dépendance et la soumission à l’appareil bureaucratique, comme unique organe d'«organisation» et de «décision…» (10) Même si, dans le paragraphe cité, Jean Paul II parle dans le contexte du monde de l’économie, cela s’applique à nos projets, car il faut tenir compte de ce que pensent les personnes auxquelles s’adresse le projet. Un groupe humain sait mieux sur lui-même que tous les livres qui pourraient parler à son sujet, et il est de notre devoir d’éveiller et de mettre en action ses propres ressources. Nous avons cité, comme deuxième obstacle, la peur du risque et de l’échec qui se reflète dans nos indécisions, dans le renvoi des choses à plus tard... Il y a des risques que nous pouvons prendre seulement « en communauté » ou « en groupe ». Benoît XVI fait référence à cela quand il dit : Son invitation s’étend aussi à la collaboration avec d’autres organismes, ce que nous appelons aujourd’hui «travailler en réseau». À ce propos il dit : «Les institutions ecclésiales, grâce à la transparence de leurs moyens d’action et à la fidélité à leur devoir de témoigner de l’amour, pourront aussi animer chrétiennement les institutions civiles, favorisant une coordination réciproque, dont ne manquera pas de bénéficier l’efficacité du service caritatif (12).» Pour nous, fils et filles de Saint Vincent, le «travail en réseau» n’est pas une nouveauté. Saint Vincent fut précisément le pionnier dans l’organisation des charités. Les nombreuses situations qu’il expérimenta en témoignent. Pour la réflexion en groupe, l’étude de la charité mixte de Mâcon, fondée par St Vincent en 1621, peut être utile. Les documents peuvent être trouvés dans Saint Vincent de Paul : Correspondances, Conférences, Documents, Volume 13b, p.73 et suivantes. Nous laissons à votre créativité la possibilité de compléter les textes mentionnés ci-dessus avec d’autres qui, suivant la situation du groupe, peuvent être plus appropriés pour sa réflexion. Dans cette belle tâche de chercher le meilleur pour nos frères les plus pauvres, laissons-nous de nouveau éclairer par notre cher Pape Jean Paul II qui, dans sa lettre Apostolique «Novo Milennio Ineunte», nous dit : «Allons de l’avant dans espérance ! Un nouveau millénaire s’ouvre devant l’Église comme un vaste océan dans lequel s’aventurer, comptant sur le soutien du Christ. Le Fils de Dieu, qui s’est incarné il y a deux mille ans par amour pour les hommes, accomplit son œuvre encore aujourd’hui : nous devons avoir un regard pénétrant pour la voir, et surtout nous devons avoir le cœur large pour devenir nous-mêmes les artisans. (13) » Suggestion de quelques prières pour conclure : - Collecte de la fête de Saint Vincent :
- Prière de la famille Vincentienne :
- De la liturgie des Heures :
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