ÉPHÉMÉRIDES de la Congrégation de la Mission

  17 novembre

En 1658, Sainte Louise écrit à saint Vincent au sujet d’une Sœur désignée comme Sœur Servante : “Je crois, mon Très Honoré Père, qu’il est bien nécessaire que votre Charité parle à notre Sœur Etiennette qui doit aller à Angers pour lui faire connaître les dispositions qu’elle doit avoir pour l’emploi qu’elle y aura : à ce qu’elle donne accès facile aux Sœurs qui désireront lui parler ; qu’elle soit secrète pour tout ce qui lui sera communiqué ; qu’elle détourne tant qu’elle pourra les tendresses d’esprit et de corps qui ne vont qu’à la recherche des satisfactions ; qu’elle tienne la main à l’exactitude des règles, sans faire tort au service des pauvres, et qu’elle soit gaie à l’extérieur ; qu’elle donne créance à ces messieurs, et tout le reste que vous savez tout autrement que moi qui ne fais rien qui vaille.”

En 1793, à Nantes où il est arrivé le 13 octobre, le sinistre Carrier fait procéder à l’exécution d’environ quatre-vingt-dix prêtres qui sont enfermés depuis trois semaines dans la galiote La Gloire. Dépouillés de tout et attachés par le pied quatre à quatre, les victimes sont jetées, au cours de la nuit, dans une gabare, — sorte de péniche — où des ouvertures ont été préparées. Vers une heure du matin, la noyade commence. Ceux qui tentent de s’échapper à la nage sont abattus à coups de fusil. Parmi ces quatre-vingt-dix prêtres se trouve notre confrère Alexis-Julien Lucas. Né à Redon, qui appartenait alors au diocèse de Vannes, il est entré dans la petite Compagnie en 1785. Placé à Rochefort, puis revenu dans sa Bretagne natale lors de la suppression des Ordres religieux, il s’abrite derrière la profession d’ouvrier-imprimeur. Dénoncé, il a vingt-neuf ans, quand au Christ de ses vœux et de son ordination, il donne la suprême preuve de fidélité (1).

En 1950, à Paris, M. Maurice Collard est trouvé mort dans son lit ; ses mains déjà glacées tiennent un exemplaire de la vie de saint Vincent. Ses cinquante années de vie religieuse n’ont été qu’un effort continu pour faire rayonner partout et l’un par l’autre les deux êtres qui possédèrent son coeur : Jésus et Vincent… La Colombie pendant trois ans, le Berceau pendant quatre ans, Bordeaux pendant la première guerre mondiale, l’Afrique du Nord et spécialement les Annexes de l’archidiocèse d’Alger pendant cinq ans, et Liège à partir de 1923, ont tour à tour bénéficié de son dévouement toujours aimable. Placé en 1928 à la Maison-Mère, M. Collard y cumule les tâches. A ses titres officiels : directeur de l’Œuvre du Bienheureux Perboyre, sous-directeur de l’Archiconfrérie de la Sainte-Agonie, sous-directeur de l’Œuvre de la Sainte-Trinité, il laisse s’ajouter toutes sortes de travaux, car sa charité ne sait pas dire non. “Soyez un enfant de lumière”, lui a recommandé, à Dax, avant de mourir, le saint M. Vernière, qu’il vénérait tant. Et Maurice Collard a donné la lumière de sa foi aux âmes qu’il a approchées, la lumière de sa parole chaudement apostolique, la lumière de ses écrits qui tombaient sans arrêt de sa plume talentueuse, comme il a donné la lumière de ses vers aux mélodies de Joseph Praneuf et de Fernand de la Tombelle. Et joyeux comme la lumière, M. Collard l’a été aussi bien dans la vie commune que dans ses fonctions ou activités sacerdotales… Qui l’a vu ne peut oublier son gai regard dans lequel, derrière les lunettes dont les gros verres cerclés d’écaille semblaient occuper la moitié de son visage émacié, passait un pétillement de Champagne, — et n’était-il pas né à Reims ? — mais où se reflétait aussi toute la joie de son âme sacerdotale et l’inlassable et universelle bonté de son cœur (2).

 

l) Annales. t. 45, pp, 488-495, t. 51. p. 179
2) Annales t. 116 pp. 16-24, et Le Vincentien 1952, pp. 33-38.