ÉPHÉMÉRIDES de la Congrégation de la Mission

4  novembre

En 1658, saint Vincent donne ses instructions à Sœur Adrienne Plouvier et Louise Boucher qui vont servir les orphelins à Cahors. C’est à l’autre bout de la France et il faudra deux semaines de voyage pour arriver dans cette ville : “Il faut se dépayser pour être tout à Dieu” fait remarquer le Saint Fondateur. qui recommande “Il faut quitter votre esprit et demander à Dieu celui de Notre Seigneur”. Par-dessus tout, il désire entre elles la charité fondée sur l’humilité : “Ne supportez pas de pensées contre l’amour que vous vous portez… ne pas laisser entrer de pensées en votre esprit qui puisse fâcher votre Sœur si elle le savait”. “Allez mes filles, dit-il en terminant, allez en cette confiance que l’esprit de Notre-Seigneur sera avec vous”. (R)

En 1768, à Versailles, Louis XV signe les Lettres patentes par lesquelles il approuve cinq décrets de l’évêque de Béziers portant union des revenus de plusieurs bénéfices au séminaire de sa ville épiscopale. À cette époque, nos confrères dirigent cet établissement depuis quatre-vingt-dix ans et le garderont jusqu’à la Révolution (1).

En 1844, quatre Sœurs partent d’Espagne pour le Mexique. En 1861 on supprima les couvents, sauf ceux de nos Sœurs. Celles-ci sont 350 en 1870 dont 300 mexicaines, mais le 8 décembre 1874 une loi d’expulsion est de nouveau votée contre toutes les Congrégations y compris la nôtre. Les Sœurs s’expatrient et vont en Amérique Latine et dans les Missions. (R)

En 1885, à Sydney, la rade tout entière est en fête. Bateaux pavoisés chargés de passagers enthousiastes, quais ornés de drapeaux et de bannières, et noirs de monde, éclats cuivrés des orphéons, rien ne manque, pas même les ardeurs du soleil, pour accueillir le navire anglais, la Liguria, qui amène à l’Australie son premier cardinal, Mgr Moran. Son Éminence a réussi à se faire accompagner, depuis Londres, de deux Lazaristes irlandais — MM. O’Callaghan et Boyle — qui vont installer la petite Compagnie sur cette terre aujourd’hui en fête… Après l’accueil chaleureux que leur ont réservé les six évêques venus recevoir le cardinal, nos confrères vont tout de suite se lancer dans l’oeuvre des missions. Ils en prêcheront une quinzaine dès leurs deux premières années de séjour en Australie. De tous côtés leur viendra la sympathie et aussi l’aide matérielle : le cardinal Moran, non content de donner un hectare de terrain aux fils de saint Vincent, réunit un jour dans sa cathédrale une assemblée pour étudier les moyens de procurer un domicile aux fils de saint Vincent ; le doyen de Balmain leur donne une maison… MM. Callaghan et Boyle auront été d’heureux pionniers, puisque, en 1926, a pu être érigée la province lazariste d’Australie (2).

En 1946, à Ivohibé, M. Joseph Coudroy, sauvagement frappé de cinq coups de hache à la tête, succombe après seize heures d’agonie, sans avoir repris connaissance. L’enquête immédiatement ouverte par les autorités civiles, montre que cet assassinat n’a aucun caractère politique ou religieux. Le meurtrier est arrêté : c’est un Bara qui semble n’avoir tué que pour voler la somme d’argent que le Père Coudroy a recueillie en cette journée de dimanche, afin de subvenir aux frais de couverture de son église. Mais le vol n’est qu’un mobile apparent : l’assassin a été soudoyé par un colon auquel notre confrère, courageusement, reprochait sa mauvaise conduite. Il y a à peine neuf années que Joseph Coudroy, malgré une santé délabrée, se dévoue au service des Malgaches. Et sans nul doute, en partant vers Madagascar, lui, jeune prêtre, tout fraîchement ordonné, avait envisagé que le Seigneur pourrait lui demander le sacrifice de sa vie. Il n’avait certes pas prévu ce genre de mort. Elle a son mérite, qui s’additionne à tous les sacrifices de nos vaillants confrères de la Grande Ile (3).

1) Actes du Gouvernement, p. 53 ; Notices III, pp. 684-686.
2) Annales, t. 51, pp. 213-214 ; t. 52, pp. 371-374.
3) Bulletin des Missions des Lazaristes, année 1947, p. 7.