|
La
"UNE" du numéro spécial de l'OSSERVATORE ROMANO
Les
pages 14, 15 et 16 du numéro sont consacrées
Sur Rosalie Rendu (1786-1856) Sur Rosalie Rendu, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul, a été au début du XIXème siècle une haute et grande figure de Paris, aimée et vénérée par tous les habitants du très pauvre quartier Mouffetard. Jeanne Marie Rendu est née au hameau de Confort (Jura) le 9 septembre 1786. Les parents mènent la vie simple de petits propriétaires montagnards et jouissent d'une honorable réputation. Elle sera l'aînée de quatre filles. Le père meurt jeune, quelques mois avant la dernière fille. Durant les troubles de la Révolution Française, la maison familiale accueille et cache des prêtres pourchassés, dont l'Evêque d'Annecy. C'est dans ce climat religieux difficile que grandit Jeanne Marie. La piété et la charité de sa mère influencent beaucoup la fillette. Envoyée à Gex pour parfaire son éducation, Jeanne Marie découvre, à l'hôpital, le service des Filles de la Charité. Le 25 mai 1802, elle entre au Séminaire (noviciat) des Filles de la Charité à Paris. Rapidement, elle est envoyée dans une maison du faubourg Saint Marceau pour être au service des pauvres. Elle restera dans ce quartier, le plus misérable de Paris, pendant 54 ans jusqu'à sa mort. Les Surs de la communauté assurent la visite à domicile des malades et des familles démunies, et accueillent les enfants pauvres dans une école gratuite. Jeanne Marie reçoit le nom de Sur Rosalie. Malgré ses connaissances assez limitées, elle enseigne aux enfants la lecture et l'écriture et leur explique le catéchisme. Pendant les vacances, elles visite les pauvres, leur portant des bons de pain et de viande et des vêtements. Sa ferveur, son courage, son enthousiasme sont communicatifs. Au mois de mai 1807, elle se consacre par vux au service de Dieu et des pauvres. C'est une grande joie qu'elle partage par lettre à sa mère. En 1815, Sur Rosalie est nommée Supérieure de la communauté. Elle cesse de faire la classe, déléguant ce service à d'autres Surs ; elle se consacre aux visites à domicile et distribue les secours accordés au Bureau de Bienfaisance de la municipalité. Très vite, elle acquiert une grande renommée dans le quartier. Sur Rosalie sait s'entourer de collaborateurs dévoués, efficaces et de plus en plus nombreux. Les dons affluent vite, car les puissants et les riches ne savent pas résister à cette femme de Dieu si persuasive. Même les souverains qui se sont succédé à la tête du pays ne l'ont pas oubliée dans leurs libéralités. Son action créatrice est immense et ne cessera qu'à sa mort. Elle développe l'école, suit de près le travail des élèves et l'enseignement donné par les Surs institutrices. Elle crée un "ouvroir" où est dispensé un enseignement professionnel pour les filles. Elle reçoit quelques étudiants catholiques de la Sorbonne qui désirent prolonger leurs théories intellectuelles par un engagement sur le terrain. En choisissant avec attention les familles à visiter, elle les plonge au cur des réalités de son quartier et les aide à découvrir les conditions misérables de la classe ouvrière. C'est ainsi que prendra naissance la Société de Saint Vincent de Paul, fondée par le bienheureux Frédéric Ozanam , Le Prévost, Taillandier, Bailly En 1844, elle ouvre une crèche pour les enfants de moins de deux ans. Cette initiative, qui permet aux mères de trouver un travail rémunéré, n'est pas bien vue. Pour la société d'alors, la mère doit rester au foyer. Pour les apprenties ou jeunes professionnelles, elle ouvre le premier patronage de filles. Et vers la fin de sa vie, émue par la détresse des vieilles personnes abandonnées, elle ouvre un Asile pour vieillards. Sa charité va au-delà de son quartier. Pendant de longues années, Sur Rosalie est en relation très active avec le Bon Sauveur de Caen, hôpital psychiatrique fondé par le bienheureux Père Jamet. Elle y fait admettre des prêtres et des religieuses en difficulté et beaucoup d'autres malades. Elle aide des Congrégations ou Société charitables à s'établir à Paris : la Société de Saint François Régis, la communauté des Filles de Notre Dame de Lorette, les Dames Augustines du Sacré Cur de Marie, la Communauté des Pauvres Prêtres, etc Durant les trois journées d'émeute de juillet 1830, Sur Rosalie n'hésite pas à monter sur les barricades pour secourir les blessés de quelque camp qu'ils soient. Elle tiendra tête au préfet de police qui l'accuse d'avoir secouru des émeutiers. Son courage et son esprit de liberté forcent l'admiration. Les épidémies de choléra frappent fort et souvent surtout en 1832 et 1849. Le manque d'hygiène, la misère favorisent leur virulence dans le quartier Mouffetard. Le dévouement, les risques pris par Sur Rosalie et ses compagnes ont frappé l'imagination. N'ont-elles pas ramassé elles-mêmes les cadavres dans les rues ? En 1848, après un temps d'euphorie qui réconcilie l'Eglise et le peuple, éclatent des luttes sanglantes opposant un pouvoir rallié à l'ordre bourgeois à une classe ouvrière déchaînée. Les ouvriers n'ont plus rien à perdre tant leur sort est misérable. Mgr Affre, archevêque de Paris, meurt en voulant s'interposer entre les belligérants. Sur Rosalie risque aussi sa vie dans ces affrontements. Lorsque l'ordre est rétabli, elle essaie de sauver nombre de ces hommes qu'elle connaît et qui sont victimes d'une féroce répression. Elle est beaucoup aidée par le docteur Ulysse Trélat, maire de l'arrondissement, républicain convaincu, lui aussi très populaire. L'âge, une grande sensibilité nerveuse, l'accumulation des tâches finissent par vaincre une résistance et une volonté hors du commun. Au cours des deux dernières années, elle devient aveugle du fait d'une cataracte. Sa mort survient le 7 février 1856. L'émotion est considérable dans tous les milieux, et bien au-delà de son quartier. Une foule immense et très émue suit sa dépouille jusqu'au cimetière Montparnasse. Elle est venue témoigner son admiration pour l'uvre accomplie et pour cette Fille de la Charité que déjà elle canonise. Claude Dinnat Spiritualité de Sur Rosalie Vivre en Fille de la Charité Très jeune, Jeanne-Marie Rendu a entendu le "viens et vois" de Jésus. Elle a désiré répondre à cet appel en s'engageant à suivre le Christ, à conformer sa vie à la sienne. Au contact des Surs de l'hôpital de Gex, elle comprend que Dieu l'appelle à devenir Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul. Etre vraie Fille de la Charité, c'est vivre de l'Esprit de Jésus Christ reçu au Baptême, disait Saint Vincent de Paul. Etre chrétien implique la foi au Dieu qui se révèle par sa Parole faite chair, et implique l'adhésion à la Vérité de Dieu. Cette vie nouvelle ne consiste pas en une simple connaissance intellectuelle, (elle est nécessaire) ou en une morale. Elle exige la rencontre personnelle avec Jésus, permettant de dire "Il m'a regardé d'un regard d'amour et je l'ai aimé". Sur Rosalie expérimente cet amour du Christ. Elle aime ce temps d'oraison, au petit matin, avant de partir dans les rues à la rencontre des pauvres malades. Et lorsqu'un appel urgent arrive, elle part vite, marchant avec son Dieu "Jamais je ne fais si bien l'oraison que dans la rue" dit-elle. Le pauvre lui parle du Christ souffrant, le Christ l'invite à rejoindre son humanité dans le pauvre démuni. Toute vie chrétienne est comme une plongée en la mort et la résurrection du Christ : elle comporte une mort continuelle à soi-même pour devenir, comme le dit Saint Paul "un homme nouveau". Sur Rosalie apprend, au travers des multiples réalités de la vie quotidienne, à se décentrer d'elle-même, à ne pas réfléchir ou agir en fonction d'elle-même, elle tourne son regard vers Dieu et les autres. A l'école du Christ, elle développe en elle la véritable liberté. Un officier, poursuivi par des émeutiers, s'est réfugié dans la maison de Sur Rosalie. Ses poursuivants, ivres de sang, braquent leurs fusils sur lui. Sur Rosalie les arrête : "Au nom de tout ce que j'ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme." L'officier est sauvé. Il interroge : "mais qui êtes-vous, ma Sur ?" "Rien, Monsieur, une simple Fille de la Charité", répond -elle, en partant discrètement vers ceux qui l'attendent. Envoyée dans le quartier Mouffetard, Sur Rosalie rejoint la communauté des Filles de la Charité, habitant une petite maison proche de l'église Saint Médard. La mission des Servantes des Pauvres est immense. Elle est, dit Saint Vincent de Paul, pour honorer Jésus Christ. "La fin principale pour laquelle Dieu a appelé et assemblé les filles de la Charité est pour honorer Notre Seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité, le servant corporellement et spirituellement en la personne des pauvresI." La communauté est pour les Filles de la Charité le lieu où, ensemble, elles servent les pauvres, mais aussi un lieu où, ensemble, elles ont à révéler l'Amour immense de Celui qui s'est fait homme. Témoigner de l'Amour de Dieu demande une expérience commune de la présence du Seigneur, avec le double mouvement : présence dans le pauvre et présence au sein de la communauté. Etre ensemble pour la mission demande de vivre une réelle fraternité. Auprès de ses compagnes, durant les premières années, Sur Rosalie approfondit sa vocation de Servante des pauvres. Plus tard, c'est elle qui entraînera ses compagnes dans le don total à Dieu. Humble dans son autorité, elle sait reprendre avec délicatesse. Ses conseils, dictés par la justice et donnés avec affection, pénètrent le cur de chacune. Sa sévérité est grande lorsqu'il s'agit de l'accueil des pauvres. "Les pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent Notre Seigneur." Avec ses compagnes, Sur Rosalie se met humblement et simplement au service des pauvres. Elle voit leur misère, leur détresse. La "hantise du pauvre" la poursuit. Elle va vers celui qui souffre, celui qui n'a plus rien pour vivre du fait du chômage et de la maladie, de celui qui vit exclu, abandonné des siens. Elle entend la parole de Jésus :"J'ai pitié de cette foule". Sans considérer sa fatigue, le danger de contagion, la saleté de certains taudis, elle va, apportant secours, remèdes, et surtout écoutant. Elle voudrait pouvoir rendre espoir à chacun, leur permettre de vivre dignement. Elle fait siennes les paroles de Saint Vincent de Paul : "Mes chères surs, vous vous êtes données principalement à Dieu pour vivre en bonnes chrétiennes, pour être bonnes Filles de la Charité, pour travailler aux vertus propres à votre fin, pour assister les pauvres malades, partout, comme faisait Notre Seigneur : il assistait tous ceux qui avaient recours à lui." Pour répondre aux multiples besoins de tous ceux qu'elle côtoie, elle entrevoit la nécessité de mettre en place des lieux où les enfants pourront être éduqués, où les jeunes filles pourront apprendre un métier, où les mères de famille pourront confier leurs nourrissons afin de gagner leur vie en travaillant. L'entreprise est difficile ! Puisqu'il s'agit du bien des enfants et de tous les démunis du quartier, Sur Rosalie ne recule pas devant l'âpreté de la tâche immense qui l'attend. Elle sait faire appel à des collaborateurs compétents, judicieux. Elle sait intervenir auprès des personnes pouvant l'aider par leurs dons. Nul ne peut résister à cette femme persuasive : elle sait ouvrir les yeux de ses interlocuteurs sur la souffrance qu'elle rencontre chaque jour. Et peu
à peu, forte de sa foi en Dieu et en l'homme, elle développe
l'école et s'assure de la compétence des Surs institutrices.
Elle ouvre un patronage pour les filles, une crèche et bientôt
une maison pour les vieillards sans famille. Le rôle joué par Sr Rosalie en une période troublée de notre histoire rappelle laction de M. Vincent en son temps. Comme lui, avec réalisme, intelligence et audace, à travers émeutes et révolutions, elle a mis tout en oeuvre pour la défense des faibles et le rappochement des catégories sociales. Grâce à son Charisme personnel et à sa Foi, la communauté du quartier Mouffetard a tracé un chemin vers la justice et vers la paix. Saint
Vincent disait aux premières surs : Cest bien cette identité que Sr Rosalie a incarnée merveilleusement pendant 54 ans au quartier Mouffetard. Sr Marie-Geneviève Roux, Message pour aujourd'hui Actualité du message de Sur Rosalie Rendu La béatification de Sur Rosalie est une grande joie pour nous, Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul, mais aussi pour l'Eglise et pour le monde. Je veux voir dans cet événement un appel que le Seigneur adresse à chacun, Surs, laïcs vincentiens, chrétiens ou non chrétiens. Je voudrais souligner quelques points d'ancrage qui me paraissent parlants pour aujourd'hui. Son
attitude envers les pauvres, les déshérités Son
souci de formation Son
travail en collaboration Son
humilité Son
amour sans limite Sur Rosalie a été de son temps un symbole de l'amour miséricordieux du Seigneur pour les pauvres. L'Eglise, en la proclamant aujourd'hui Bienheureuse, nous invite à marcher inlassablement sur ses traces. Sur Evelyne Franc Histoire et actualité des Filles de la Charité La Compagnie des Filles de la Charité La Compagnie des Filles de la Charité a été fondée par Vincent de Paul et Louise de Marillac le 29 novembre 1633. Cette communauté de laïques consacrées a pour objectif d'apporter à tous ceux qui sont dans le besoin, les déshérités, les exclus de la société, tous les marginaux, une aide efficace, concrète, leur permettant de ne pas mourir de faim, de retrouver la santé.. Ce service humanitaire est sous-tendu par une solide vie spirituelle qui puise sa force dans la contemplation de Jésus Christ. Le service
des pauvres est et demeure l'objectif premier de la Compagnie des Filles
de la Charité. Monsieur Vincent le redit fréquemment : Les Filles de la Charité savent que le service des pauvres nest plus leur apanage ni même celui de lEglise, beaucoup dassociations sont engagées aujourd'hui dans ce service des démunis pour la promotion de lhomme. Mais elles ont choisi de signifier, par leur engagement total au service des exclus, des démunis, lAmour que le Christ est venu transmettre au monde. Elles
contemplent le Christ en l'anéantissement de son Incarnation Rédemptrice...
Elles apprennent du Fils de lHomme à révéler
à leurs frères l'Amour de Dieu pour le monde.
(Constitutions ) Au XVIIIème siècle, des Filles de la Charité partent en Italie, en Espagne et jusqu'en Russie. Le XIXème siècle et le début du XXème sont marqués par une très forte expansion missionnaire en Europe, mais surtout en Amérique Latine et en Asie (Chine, Iran) et à Madagascar.. Aujourd'hui, les 22 730 Surs sont présentes en 93 pays. Les formes de service sont multiples et diverses, comme sont multiples et diverses les situations de pauvreté dans les nombreux pays où les Surs sont insérées. Les situations d'urgence les trouvent à l'uvre : en Colombie, en Turquie lors des violents tremblements de terre - en Thaïlande, au Mexique, dans les camps de réfugiés en Erythrée, en Somalie partageant la souffrance des populations confrontées à la famine . D'autres Surs rejoignent les communautés menacées de génocide tels les Indiens dans les Andes ou les Aborigènes en Australie, les Pygmées en Afrique. En Europe, l'accompagnement des mourants requiert une présence discrète et forte. Les nouvelles formes d'exclusion liées à la drogue, au Sida, au chômage, les interpellent : des petits centres sont mis en place en de nombreux pays. Ces dernières années, de nouvelles missions ont été ouvertes au Cambodge, au Kazakhstan, et au Laos, en Asie ; en Alaska aux Etats-Unis ; en Libye, au Tchad, au Kenya en Afrique ; et lexpansion, commencée après la chute du communisme, continue vers lUkraine, la Biélorussie, la Sibérie. Côtoyant,
partageant l'immense souffrance répandue dans le monde, les Surs
s'efforcent de faire découvrir à tous la grandeur de tout
être humain et de les conduire vers une vie digne. Elles savent
que ce chemin, difficile et parfois plein dembûches, est celui
vécu par le Christ à travers sa mort et sa Résurrection. Sr Elisabeth Charpy, (Biographie brève) La
bienheureuse Sur Rosalie Rendu Sur Rosalie Rendu, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul, a été au début du XIXème siècle une haute et grande figure de Paris, aimée et vénérée par tous les habitants du très pauvre quartier Mouffetard. Jeanne-Marie Rendu est née au hameau de Confort ( Jura ) le 9 septembre 1786. Les parents mènent la vie simple de petits propriétaires montagnards et jouissent dune honorable réputation. Elle sera laînée de quatre filles. Le père meurt jeune, quelques mois avant la dernière fille. Durant les troubles de la Révolution Française, la maison familiale accueille et cache des prêtres pourchassés dont lEvêque dAnnecy. Cest dans ce climat religieux difficile que grandit Jeanne-Marie. La piété et la charité de sa mère influencent beaucoup la fillette. Envoyée à Gex pour parfaire son éducation, Jeanne-Marie découvre, à lhôpital, le service des Filles de la Charité. Jeanne-Marie
entend très jeune lappel du Seigneur. Le 25 mai 1802, elle
entre au Séminaire (noviciat) des Filles de la Charité à
Paris et sera ensuite envoyée dans la communauté de lun
des plus pauvres quartiers de la capitale. Soeur Rosalie se met humblement et simplement au service de tous ceux qui souffrent. Elle voit leur misère, leur détresse. Sans considérer sa fatigue, le danger de contagion, la saleté de certains taudis, elle va, apportant secours, remèdes, et surtout écoutant. Nommée Supérieure de sa communauté en 1815, elle encourage ses Soeurs : "Les pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent Notre-Seigneur." Devant limmense tâche à accomplir pour répondre aux multiples besoins des pauvres : enfants sans instruction, mères de familles surchargées, ouvriers écrasés par un rude travail, vieillards abandonnés, Soeur Rosalie sait faire appel à des collaborateurs compétents. Elle sait ouvrir les yeux de ses interlocuteurs sur la souffrance de ceux quelle rencontre chaque jour. Ses initiatives sont nombreuses : école, ouvroir, patronage de filles, dispensaire, asile pour les personnes âgées. Elle initiera les jeunes étudiants de la Sorbonne à la visite des pauvres et conseillera le bienheureux Frédéric Ozanam lors de la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul. Durant les trois journées démeute de juillet 1830 et de février 1848, Soeur Rosalie nhésite pas à monter sur les barricades pour secourir les blessés de quelque camp quils soient. Elle tiendra tête au préfet de police qui laccuse davoir secouru des émeutiers. Son courage et son esprit de liberté forcent ladmiration. Les épidémies de choléra frappent fort et souvent surtout en 1832 et 1849. Le manque dhygiène, la misère favorisent leur virulence dans le quartier Mouffetard. Le dévouement, les risques pris par Soeur Rosalie et ses compagnes ont frappé limagination. Nont-elles pas ramassé elles-mêmes les cadavres dans les rues ? Les pauvres, les jeunes étudiants, les Dames de la Charité, ont apprécié et admiré la manière dont Soeur Rosalie entrait en relation avec chacun. Elle a toujours respecté celui qui venait à elle, sefforçant de découvrir toutes ses possibilités et de lui en laisser le libre usage. Sa profonde humilité lui a permis détablir des relations saines et équilibrées. Quel accueil, quelle ouverture à lautre na-t-elle pas manifesté tout au long de sa vie ! En 1852, Napoléon III lui fait remettre la Croix de la Légion dHonneur, hommage du gouvernement pour toute loeuvre accomplie dans ce quartier si misérable de la capitale. Sa mort le 7 février 1856 provoque une émotion considérable dans tous les milieux sociaux de Paris. Ses obsèques sont un véritable triomphe pour cette humble Fille de la Charité. Son secret "Si lamour est un feu le zèle en est la flamme" ( Saint Vincent de Paul ). Au XVIIème siècle, Vincent de Paul fut reconnu comme "le Père des pauvres". Les contemporains de Soeur Rosalie Rendu lappelaient "la mère de toutes misères". Lun comme lautre ont fondé sur leur Foi en lIncarnation de Jésus-Christ leur service des pauvres et leur engagement en faveur des droits humains fondamentaux. Sr Elisabeth Charpy, Récit
de la guérison de Sur Thérèse Béquet Sur Thérèse, à lHaÿ les Roses, a écrit elle-même le 20 février 1996, le récit de sa guérison. Depuis 1937, soeur Thérèse est à la Communauté de la rue des Meuniers à Paris. En 1942, elle est institutrice à la classe enfantine puis au Cours Moyen. En 1950, elle commence à sentir des troubles moteurs avec une paralysie qui se développe et rend la marche parfois impossible. Fortement encouragés par la sur Supérieure, sur Laugier, la Communauté et les élèves, ainsi que bien dautres personnes, prient et sollicitent la guérison de la malade par lintercession de soeur Rosalie Rendu. «Ma paralysie augmente et lannée scolaire 50-51 se termine par un séjour à lhôpital Saint-Joseph ... Le professeur Thomas diagnostique : "Syringomyélite". Il prescrit des applications de radium sur la colonne vertébrale deux fois par semaine ... La paralysie augmente : on me traîne à ma classe sur un fauteuil roulant. Je suis toute courbée et ne vois pas mes élèves, impressionnés par mon état et qui nont jamais été aussi disciplinées ... En 1952 "je ne fais plus la classe". Les prières redoublent avec les recommandations à sur Rosalie. Seur Laugier promet même de me conduire à sa tombe le 2 février. Le 31 janvier, la sur Laugier lui demande de ne se lever quà 9h." Jai répondu à 9 h.15, sil vous plaît ma Sur. "Nuit affreuse ! A 9 h.15, je saute du lit ... Mais quoi ? Je mhabille comme avant ... rhabillée, je me rends compte que je suis guérie. Je fais deux ou trois fois le tour de la chambre en gambadant. Puis je massieds, anxieuse, que vont dire nos Surs ? Seur Madeleine vient me voir, je danse devant elle, ébahie ! "Vous êtes folle !" "Non, je suis guérie"... Soeur Laugier arrive du marché. "Il faut remercier soeur Rosalie ! Allons à la chapelle"... et cest un vibrant "Magnificat". Quant à mes élèves, que je vais voir ensuite, après mavoir caressée pour voir si cétait bien moi, elles courent comme des folles dans tout le quartier jusquà la Porte Dorée en criant à tout venant : "Sur Thérèse est guérie !" Laprès-midi, la cour est remplie des parents qui nen croient pas leurs yeux ... Avec la Sur de la Crèche, je commence mes pèlerinages par le Sacré-Coeur de Montmartre. Nous grimpons jusquà la basilique, à pied sûr ... Ma compagne est fatiguée, pas moi ! Je reste à genoux avant de redescendre à pied et en métro. .... Cimetière Montparnasse, le 2 février ... depuis ... je marche toujours. Cétait le 1er février 1952 ... Il y a 44 ans ! "
|