La "UNE" du numéro spécial de l'OSSERVATORE ROMANO
du dimanche 9 novembre.

Les pages 14, 15 et 16 du numéro sont consacrées
à Sœur Rosalie dont voici l'édition française


Profil biographique

Sœur Rosalie Rendu (1786-1856)

Sœur Rosalie Rendu, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul, a été au début du XIXème siècle une haute et grande figure de Paris, aimée et vénérée par tous les habitants du très pauvre quartier Mouffetard.

Jeanne Marie Rendu est née au hameau de Confort (Jura) le 9 septembre 1786. Les parents mènent la vie simple de petits propriétaires montagnards et jouissent d'une honorable réputation. Elle sera l'aînée de quatre filles. Le père meurt jeune, quelques mois avant la dernière fille.

Durant les troubles de la Révolution Française, la maison familiale accueille et cache des prêtres pourchassés, dont l'Evêque d'Annecy. C'est dans ce climat religieux difficile que grandit Jeanne Marie. La piété et la charité de sa mère influencent beaucoup la fillette. Envoyée à Gex pour parfaire son éducation, Jeanne Marie découvre, à l'hôpital, le service des Filles de la Charité.

Le 25 mai 1802, elle entre au Séminaire (noviciat) des Filles de la Charité à Paris. Rapidement, elle est envoyée dans une maison du faubourg Saint Marceau pour être au service des pauvres. Elle restera dans ce quartier, le plus misérable de Paris, pendant 54 ans jusqu'à sa mort. Les Sœurs de la communauté assurent la visite à domicile des malades et des familles démunies, et accueillent les enfants pauvres dans une école gratuite. Jeanne Marie reçoit le nom de Sœur Rosalie. Malgré ses connaissances assez limitées, elle enseigne aux enfants la lecture et l'écriture et leur explique le catéchisme. Pendant les vacances, elles visite les pauvres, leur portant des bons de pain et de viande et des vêtements. Sa ferveur, son courage, son enthousiasme sont communicatifs. Au mois de mai 1807, elle se consacre par vœux au service de Dieu et des pauvres. C'est une grande joie qu'elle partage par lettre à sa mère.

En 1815, Sœur Rosalie est nommée Supérieure de la communauté. Elle cesse de faire la classe, déléguant ce service à d'autres Sœurs ; elle se consacre aux visites à domicile et distribue les secours accordés au Bureau de Bienfaisance de la municipalité. Très vite, elle acquiert une grande renommée dans le quartier.

Sœur Rosalie sait s'entourer de collaborateurs dévoués, efficaces et de plus en plus nombreux. Les dons affluent vite, car les puissants et les riches ne savent pas résister à cette femme de Dieu si persuasive. Même les souverains qui se sont succédé à la tête du pays ne l'ont pas oubliée dans leurs libéralités. Son action créatrice est immense et ne cessera qu'à sa mort.

Elle développe l'école, suit de près le travail des élèves et l'enseignement donné par les Sœurs institutrices. Elle crée un "ouvroir" où est dispensé un enseignement professionnel pour les filles.

Elle reçoit quelques étudiants catholiques de la Sorbonne qui désirent prolonger leurs théories intellectuelles par un engagement sur le terrain. En choisissant avec attention les familles à visiter, elle les plonge au cœur des réalités de son quartier et les aide à découvrir les conditions misérables de la classe ouvrière. C'est ainsi que prendra naissance la Société de Saint Vincent de Paul, fondée par le bienheureux Frédéric Ozanam , Le Prévost, Taillandier, Bailly…

En 1844, elle ouvre une crèche pour les enfants de moins de deux ans. Cette initiative, qui permet aux mères de trouver un travail rémunéré, n'est pas bien vue. Pour la société d'alors, la mère doit rester au foyer.

Pour les apprenties ou jeunes professionnelles, elle ouvre le premier patronage de filles. Et vers la fin de sa vie, émue par la détresse des vieilles personnes abandonnées, elle ouvre un Asile pour vieillards.

Sa charité va au-delà de son quartier. Pendant de longues années, Sœur Rosalie est en relation très active avec le Bon Sauveur de Caen, hôpital psychiatrique fondé par le bienheureux Père Jamet. Elle y fait admettre des prêtres et des religieuses en difficulté et beaucoup d'autres malades. Elle aide des Congrégations ou Société charitables à s'établir à Paris : la Société de Saint François Régis, la communauté des Filles de Notre Dame de Lorette, les Dames Augustines du Sacré Cœur de Marie, la Communauté des Pauvres Prêtres, etc…

Durant les trois journées d'émeute de juillet 1830, Sœur Rosalie n'hésite pas à monter sur les barricades pour secourir les blessés de quelque camp qu'ils soient. Elle tiendra tête au préfet de police qui l'accuse d'avoir secouru des émeutiers. Son courage et son esprit de liberté forcent l'admiration.

Les épidémies de choléra frappent fort et souvent surtout en 1832 et 1849. Le manque d'hygiène, la misère favorisent leur virulence dans le quartier Mouffetard. Le dévouement, les risques pris par Sœur Rosalie et ses compagnes ont frappé l'imagination. N'ont-elles pas ramassé elles-mêmes les cadavres dans les rues ?

En 1848, après un temps d'euphorie qui réconcilie l'Eglise et le peuple, éclatent des luttes sanglantes opposant un pouvoir rallié à l'ordre bourgeois à une classe ouvrière déchaînée. Les ouvriers n'ont plus rien à perdre tant leur sort est misérable. Mgr Affre, archevêque de Paris, meurt en voulant s'interposer entre les belligérants. Sœur Rosalie risque aussi sa vie dans ces affrontements. Lorsque l'ordre est rétabli, elle essaie de sauver nombre de ces hommes qu'elle connaît et qui sont victimes d'une féroce répression. Elle est beaucoup aidée par le docteur Ulysse Trélat, maire de l'arrondissement, républicain convaincu, lui aussi très populaire.

L'âge, une grande sensibilité nerveuse, l'accumulation des tâches finissent par vaincre une résistance et une volonté hors du commun. Au cours des deux dernières années, elle devient aveugle du fait d'une cataracte. Sa mort survient le 7 février 1856.

L'émotion est considérable dans tous les milieux, et bien au-delà de son quartier. Une foule immense et très émue suit sa dépouille jusqu'au cimetière Montparnasse. Elle est venue témoigner son admiration pour l'œuvre accomplie et pour cette Fille de la Charité que déjà elle canonise.

Claude Dinnat
Auteur du Livre "Sœur Rosalie Rendu
ou l'Amour à l'œuvre dans le Paris du XIXème siècle"

Edition l'Harmattan - 2001

Spiritualité de Sœur Rosalie

Vivre en Fille de la Charité

Très jeune, Jeanne-Marie Rendu a entendu le "viens et vois" de Jésus. Elle a désiré répondre à cet appel en s'engageant à suivre le Christ, à conformer sa vie à la sienne. Au contact des Sœurs de l'hôpital de Gex, elle comprend que Dieu l'appelle à devenir Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul.

Etre vraie Fille de la Charité, c'est vivre de l'Esprit de Jésus Christ reçu au Baptême, disait Saint Vincent de Paul. Etre chrétien implique la foi au Dieu qui se révèle par sa Parole faite chair, et implique l'adhésion à la Vérité de Dieu. Cette vie nouvelle ne consiste pas en une simple connaissance intellectuelle, (elle est nécessaire) ou en une morale. Elle exige la rencontre personnelle avec Jésus, permettant de dire "Il m'a regardé d'un regard d'amour et je l'ai aimé".

Sœur Rosalie expérimente cet amour du Christ. Elle aime ce temps d'oraison, au petit matin, avant de partir dans les rues à la rencontre des pauvres malades. Et lorsqu'un appel urgent arrive, elle part vite, marchant avec son Dieu "Jamais je ne fais si bien l'oraison que dans la rue" dit-elle. Le pauvre lui parle du Christ souffrant, le Christ l'invite à rejoindre son humanité dans le pauvre démuni.

Toute vie chrétienne est comme une plongée en la mort et la résurrection du Christ : elle comporte une mort continuelle à soi-même pour devenir, comme le dit Saint Paul "un homme nouveau". Sœur Rosalie apprend, au travers des multiples réalités de la vie quotidienne, à se décentrer d'elle-même, à ne pas réfléchir ou agir en fonction d'elle-même, elle tourne son regard vers Dieu et les autres. A l'école du Christ, elle développe en elle la véritable liberté.

Un officier, poursuivi par des émeutiers, s'est réfugié dans la maison de Sœur Rosalie. Ses poursuivants, ivres de sang, braquent leurs fusils sur lui. Sœur Rosalie les arrête : "Au nom de tout ce que j'ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme." L'officier est sauvé. Il interroge : "mais qui êtes-vous, ma Sœur ?""Rien, Monsieur, une simple Fille de la Charité", répond -elle, en partant discrètement vers ceux qui l'attendent.

Envoyée dans le quartier Mouffetard, Sœur Rosalie rejoint la communauté des Filles de la Charité, habitant une petite maison proche de l'église Saint Médard. La mission des Servantes des Pauvres est immense. Elle est, dit Saint Vincent de Paul, pour honorer Jésus Christ. "La fin principale pour laquelle Dieu a appelé et assemblé les filles de la Charité est pour honorer Notre Seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité, le servant corporellement et spirituellement en la personne des pauvresI."

La communauté est pour les Filles de la Charité le lieu où, ensemble, elles servent les pauvres, mais aussi un lieu où, ensemble, elles ont à révéler l'Amour immense de Celui qui s'est fait homme. Témoigner de l'Amour de Dieu demande une expérience commune de la présence du Seigneur, avec le double mouvement : présence dans le pauvre et présence au sein de la communauté. Etre ensemble pour la mission demande de vivre une réelle fraternité.

Auprès de ses compagnes, durant les premières années, Sœur Rosalie approfondit sa vocation de Servante des pauvres. Plus tard, c'est elle qui entraînera ses compagnes dans le don total à Dieu. Humble dans son autorité, elle sait reprendre avec délicatesse. Ses conseils, dictés par la justice et donnés avec affection, pénètrent le cœur de chacune. Sa sévérité est grande lorsqu'il s'agit de l'accueil des pauvres. "Les pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent Notre Seigneur."

Avec ses compagnes, Sœur Rosalie se met humblement et simplement au service des pauvres. Elle voit leur misère, leur détresse. La "hantise du pauvre" la poursuit. Elle va vers celui qui souffre, celui qui n'a plus rien pour vivre du fait du chômage et de la maladie, de celui qui vit exclu, abandonné des siens. Elle entend la parole de Jésus :"J'ai pitié de cette foule". Sans considérer sa fatigue, le danger de contagion, la saleté de certains taudis, elle va, apportant secours, remèdes, et surtout écoutant. Elle voudrait pouvoir rendre espoir à chacun, leur permettre de vivre dignement. Elle fait siennes les paroles de Saint Vincent de Paul : "Mes chères sœurs, vous vous êtes données principalement à Dieu pour vivre en bonnes chrétiennes, pour être bonnes Filles de la Charité, pour travailler aux vertus propres à votre fin, pour assister les pauvres malades, … partout, comme faisait Notre Seigneur : il assistait tous ceux qui avaient recours à lui."

Pour répondre aux multiples besoins de tous ceux qu'elle côtoie, elle entrevoit la nécessité de mettre en place des lieux où les enfants pourront être éduqués, où les jeunes filles pourront apprendre un métier, où les mères de famille pourront confier leurs nourrissons afin de gagner leur vie en travaillant. L'entreprise est difficile ! Puisqu'il s'agit du bien des enfants et de tous les démunis du quartier, Sœur Rosalie ne recule pas devant l'âpreté de la tâche immense qui l'attend. Elle sait faire appel à des collaborateurs compétents, judicieux. Elle sait intervenir auprès des personnes pouvant l'aider par leurs dons. Nul ne peut résister à cette femme persuasive : elle sait ouvrir les yeux de ses interlocuteurs sur la souffrance qu'elle rencontre chaque jour.

Et peu à peu, forte de sa foi en Dieu et en l'homme, elle développe l'école et s'assure de la compétence des Sœurs institutrices. Elle ouvre un patronage pour les filles, une crèche et bientôt une maison pour les vieillards sans famille.
Les pauvres, les jeunes étudiants, les Dames de la Charité, ont apprécié et admiré la manière dont Sœur Rosalie entrait en relation avec chacun. Elle a toujours respecté celui qui venait à elle, s’efforçant de découvrir toutes ses possibilités et de lui en laisser le libre usage. Sa profonde humilité lui a permis d'établir des relations saines et équilibrées, sans écraser l'autre. Quel accueil, quelle ouverture à l'autre n'a-t-elle pas manifesté tout au long de sa vie !

Le rôle joué par Sr Rosalie en une période troublée de notre histoire rappelle l’action de M. Vincent en son temps. Comme lui, avec réalisme, intelligence et audace, à travers émeutes et révolutions, elle a mis tout en oeuvre pour la défense des faibles et le rappochement des catégories sociales.

Grâce à son Charisme personnel et à sa Foi, la communauté du quartier Mouffetard a tracé un chemin vers la justice et vers la paix.

Saint Vincent disait aux premières sœurs :
"Si l’on vous mène voir l’évêque ... dites-lui que vous êtes de pauvres Filles de la Charité qui vous êtes données à Dieu pour servir les pauvres."

C’est bien cette identité que Sr Rosalie a incarnée merveilleusement pendant 54 ans au quartier Mouffetard.

Sr Marie-Geneviève Roux,

Message pour aujourd'hui

Actualité du message de Sœur Rosalie Rendu

La béatification de Sœur Rosalie est une grande joie pour nous, Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul, mais aussi pour l'Eglise et pour le monde. Je veux voir dans cet événement un appel que le Seigneur adresse à chacun, Sœurs, laïcs vincentiens, chrétiens ou non chrétiens. Je voudrais souligner quelques points d'ancrage qui me paraissent parlants pour aujourd'hui.

Son attitude envers les pauvres, les déshérités
Sœur Rosalie a toujours voulu découvrir la dignité de l'homme en tous ceux qu'elle rencontrait quel que soit son aspect, sa déchéance ou sa violence. Elle a fait sienne, tout au long de sa vie, la parole très célèbre de Saint Vincent : " Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres … O Dieu ! qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l’estime que Jésus-Christ en a faite ! Mais, si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l’esprit mondain, ils paraîtront méprisables."
Son attachement à Jésus Serviteur, conforté chaque jour dans la prière et la contemplation, a coloré toute son action sociale.

Son souci de formation
Sœur Rosalie a eu le souci constant de former les jeunes Sœurs qui lui ont été confiées, mais aussi les jeunes étudiants de la Sorbonne désirant traduire leur foi chrétienne dans un engagement envers les plus pauvres. Son jugement, sa connaissance de chacun lui faisaient choisir avec précision les familles, les malades auxquels elle les envoyait. Elle savait d'expérience que "la Charité est lourde à porter."

Son travail en collaboration
Humblement, simplement, Sœur Rosalie a su créer des liens entre les riches et les pauvres, entre les puissants de ce monde et les plus déshérités de la société. Elle a permis à de jeunes catholiques de prendre conscience de l'extrême pauvreté dans laquelle vivaient certains de leurs contemporains alors qu'eux-mêmes jouissaient d'une grande aisance. Le catholicisme social qui va se développer au cours du XIXème siècle peut trouver là son origine.

Son humilité
L'humilité de Sœur Rosalie a permis son rayonnement non seulement dans son quartier, mais aussi dans tous les milieux sociaux. Son humilité lui permettait de dire simplement ce qu'elle avait à dire, de demander ce qui paraissait indispensable pour le bien-être de "ses pauvres". Elle ne s'est pas émue ou troublée devant les refus et même certaines mises à l'écart par sa propre communauté. Elle avait souvent lu l'Evangile : "Nul n'est prophète en son pays".

Son amour sans limite
L'amour de Sœur Rosalie pour tout homme, puisé dans son incessante méditation de l'Evangile, l'a amenée à être attentive à tous, sans exclusivité. Elle a secouru les pauvres du quartier Mouffetard, elle s'est fortement préoccupée du sort des prêtres en difficultés, elle a défendu tout homme poursuivi par des belligérants quel que fût son camp, elle a aussi accueilli dans sa maison l'archevêque de Paris, Monseigneur de Quélen, lors du sac de l'archevêché. Quel que soit celui qui souffre, Sœur Rosalie l'écoute, lui apporte réconfort et secours . Elle a fait sienne la devise de la Compagnie des Filles de la Charité ; "L'amour de Jésus Crucifié me presse".

Sœur Rosalie a été de son temps un symbole de l'amour miséricordieux du Seigneur pour les pauvres. L'Eglise, en la proclamant aujourd'hui Bienheureuse, nous invite à marcher inlassablement sur ses traces.

Sœur Evelyne Franc
Supérieure générale des Filles de la Charité.

Histoire et actualité des Filles de la Charité

La Compagnie des Filles de la Charité

La Compagnie des Filles de la Charité a été fondée par Vincent de Paul et Louise de Marillac le 29 novembre 1633. Cette communauté de laïques consacrées a pour objectif d'apporter à tous ceux qui sont dans le besoin, les déshérités, les exclus de la société, tous les marginaux, une aide efficace, concrète, leur permettant de ne pas mourir de faim, de retrouver la santé.. Ce service humanitaire est sous-tendu par une solide vie spirituelle qui puise sa force dans la contemplation de Jésus Christ.

Le service des pauvres est et demeure l'objectif premier de la Compagnie des Filles de la Charité. Monsieur Vincent le redit fréquemment :
"Vous devez souvent penser que votre principale affaire et ce que Dieu vous demande particulièrement est d'avoir un grand soin de servir les pauvres, qui sont nos seigneurs. Oh, oui, mes sœurs, ce sont nos maîtres. C'est pourquoi vous les devez traiter avec douceur et cordialité, pensant que c'est pour cela que Dieu vous a mises et associées ensemble, c'est pour cela que Dieu a fait votre Compagnie. Vous devez avoir soin que rien ne leur manque en ce que vous pourrez, tant pour la santé de leur corps, que pour le salut de leur âme. Que vous êtes heureuses, mes filles, que Dieu vous ait destinées à cela pour toute votre vie.”

Les Filles de la Charité savent que le service des pauvres n’est plus leur apanage ni même celui de l’Eglise, beaucoup d’associations sont engagées aujourd'hui dans ce service des démunis pour la promotion de l’homme. Mais elles ont choisi de signifier, par leur engagement total au service des exclus, des démunis, l’Amour que le Christ est venu transmettre au monde.

“Elles contemplent le Christ en l'anéantissement de son Incarnation Rédemptrice... Elles apprennent du Fils de l’Homme à révéler à leurs frères l'Amour de Dieu pour le monde.” (Constitutions )
Au XVIIème siècle, les Filles de la Charité sont allées en diverses régions de France, et dès 1652, en Pologne à l'appel de la reine Louise Marie de Gonzague

Au XVIIIème siècle, des Filles de la Charité partent en Italie, en Espagne et jusqu'en Russie.

Le XIXème siècle et le début du XXème sont marqués par une très forte expansion missionnaire en Europe, mais surtout en Amérique Latine et en Asie (Chine, Iran) et à Madagascar..

Aujourd'hui, les 22 730 Sœurs sont présentes en 93 pays. Les formes de service sont multiples et diverses, comme sont multiples et diverses les situations de pauvreté dans les nombreux pays où les Sœurs sont insérées.

Les situations d'urgence les trouvent à l'œuvre : en Colombie, en Turquie lors des violents tremblements de terre - en Thaïlande, au Mexique, dans les camps de réfugiés — en Erythrée, en Somalie partageant la souffrance des populations confrontées à la famine . D'autres Sœurs rejoignent les communautés menacées de génocide tels les Indiens dans les Andes ou les Aborigènes en Australie, les Pygmées en Afrique. En Europe, l'accompagnement des mourants requiert une présence discrète et forte. Les nouvelles formes d'exclusion liées à la drogue, au Sida, au chômage, les interpellent : des petits centres sont mis en place en de nombreux pays.

Ces dernières années, de nouvelles missions ont été ouvertes au Cambodge, au Kazakhstan, et au Laos, en Asie ; en Alaska aux Etats-Unis ; en Libye, au Tchad, au Kenya en Afrique ; et l’expansion, commencée après la chute du communisme, continue vers l’Ukraine, la Biélorussie, la Sibérie.

Côtoyant, partageant l'immense souffrance répandue dans le monde, les Sœurs s'efforcent de faire découvrir à tous la grandeur de tout être humain et de les conduire vers une vie digne. Elles savent que ce chemin, difficile et parfois plein d’embûches, est celui vécu par le Christ à travers sa mort et sa Résurrection.
“La règle des Filles de la Charité, c’est le Christ.”

Sr Elisabeth Charpy,
Fille de la Charité.

(Biographie brève)

La bienheureuse Sœur Rosalie Rendu
(1786 - 1856)

Sœur Rosalie Rendu, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul, a été au début du XIXème siècle une haute et grande figure de Paris, aimée et vénérée par tous les habitants du très pauvre quartier Mouffetard.

Jeanne-Marie Rendu est née au hameau de Confort ( Jura ) le 9 septembre 1786. Les parents mènent la vie simple de petits propriétaires montagnards et jouissent d’une honorable réputation. Elle sera l’aînée de quatre filles. Le père meurt jeune, quelques mois avant la dernière fille.

Durant les troubles de la Révolution Française, la maison familiale accueille et cache des prêtres pourchassés dont l’Evêque d’Annecy. C’est dans ce climat religieux difficile que grandit Jeanne-Marie. La piété et la charité de sa mère influencent beaucoup la fillette. Envoyée à Gex pour parfaire son éducation, Jeanne-Marie découvre, à l’hôpital, le service des Filles de la Charité.

Jeanne-Marie entend très jeune l’appel du Seigneur. Le 25 mai 1802, elle entre au Séminaire (noviciat) des Filles de la Charité à Paris et sera ensuite envoyée dans la communauté de l’un des plus pauvres quartiers de la capitale.
"La fin principale pour laquelle Dieu a appelé et assemblé les Filles de la Charité est pour honorer Notre Seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité, le servant corporellement et spirituellement en la personne des pauvres" expliquait Saint Vincent de Paul.

Soeur Rosalie se met humblement et simplement au service de tous ceux qui souffrent. Elle voit leur misère, leur détresse. Sans considérer sa fatigue, le danger de contagion, la saleté de certains taudis, elle va, apportant secours, remèdes, et surtout écoutant.

Nommée Supérieure de sa communauté en 1815, elle encourage ses Soeurs : "Les pauvres vous diront des injures. Plus ils sont grossiers, plus vous devez être dignes. Rappelez-vous que ces haillons vous cachent Notre-Seigneur."

Devant l’immense tâche à accomplir pour répondre aux multiples besoins des pauvres : enfants sans instruction, mères de familles surchargées, ouvriers écrasés par un rude travail, vieillards abandonnés, Soeur Rosalie sait faire appel à des collaborateurs compétents. Elle sait ouvrir les yeux de ses interlocuteurs sur la souffrance de ceux qu’elle rencontre chaque jour. Ses initiatives sont nombreuses : école, ouvroir, patronage de filles, dispensaire, asile pour les personnes âgées. Elle initiera les jeunes étudiants de la Sorbonne à la visite des pauvres et conseillera le bienheureux Frédéric Ozanam lors de la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul.

Durant les trois journées d’émeute de juillet 1830 et de février 1848, Soeur Rosalie n’hésite pas à monter sur les barricades pour secourir les blessés de quelque camp qu’ils soient. Elle tiendra tête au préfet de police qui l’accuse d’avoir secouru des émeutiers. Son courage et son esprit de liberté forcent l’admiration.

Les épidémies de choléra frappent fort et souvent surtout en 1832 et 1849. Le manque d’hygiène, la misère favorisent leur virulence dans le quartier Mouffetard. Le dévouement, les risques pris par Soeur Rosalie et ses compagnes ont frappé l’imagination. N’ont-elles pas ramassé elles-mêmes les cadavres dans les rues ?

Les pauvres, les jeunes étudiants, les Dames de la Charité, ont apprécié et admiré la manière dont Soeur Rosalie entrait en relation avec chacun. Elle a toujours respecté celui qui venait à elle, s’efforçant de découvrir toutes ses possibilités et de lui en laisser le libre usage. Sa profonde humilité lui a permis d’établir des relations saines et équilibrées. Quel accueil, quelle ouverture à l’autre n’a-t-elle pas manifesté tout au long de sa vie !

En 1852, Napoléon III lui fait remettre la Croix de la Légion d’Honneur, hommage du gouvernement pour toute l’oeuvre accomplie dans ce quartier si misérable de la capitale.

Sa mort le 7 février 1856 provoque une émotion considérable dans tous les milieux sociaux de Paris. Ses obsèques sont un véritable triomphe pour cette humble Fille de la Charité. Son secret "Si l’amour est un feu le zèle en est la flamme" ( Saint Vincent de Paul ).

Au XVIIème siècle, Vincent de Paul fut reconnu comme "le Père des pauvres". Les contemporains de Soeur Rosalie Rendu l’appelaient "la mère de toutes misères". L’un comme l’autre ont fondé sur leur Foi en l’Incarnation de Jésus-Christ leur service des pauvres et leur engagement en faveur des droits humains fondamentaux.

Sr Elisabeth Charpy,
Fille de la Charité.

Récit de la guérison de Sœur Thérèse Béquet
obtenue par l’intercession de Sœur Rosalie Rendu

Sœur Thérèse, à l’Haÿ les Roses, a écrit elle-même le 20 février 1996, le récit de sa guérison.

Depuis 1937, soeur Thérèse est à la Communauté de la rue des Meuniers à Paris. En 1942, elle est institutrice à la classe enfantine puis au Cours Moyen. En 1950, elle commence à sentir des troubles moteurs avec une paralysie qui se développe et rend la marche parfois impossible.

Fortement encouragés par la sœur Supérieure, sœur Laugier, la Communauté et les élèves, ainsi que bien d’autres personnes, prient et sollicitent la guérison de la malade par l’intercession de soeur Rosalie Rendu.

«Ma paralysie augmente et l’année scolaire 50-51 se termine par un séjour à l’hôpital Saint-Joseph ... Le professeur Thomas diagnostique : "Syringomyélite". Il prescrit des applications de radium sur la colonne vertébrale deux fois par semaine ... La paralysie augmente : on me traîne à ma classe sur un fauteuil roulant. Je suis toute courbée et ne vois pas mes élèves, impressionnés par mon état et qui n’ont jamais été aussi disciplinées ...

En 1952 "je ne fais plus la classe". Les prières redoublent avec les recommandations à sœur Rosalie. Sœeur Laugier promet même de me conduire à sa tombe le 2 février. Le 31 janvier, la sœur Laugier lui demande de ne se lever qu’à 9h." J’ai répondu à 9 h.15, s’il vous plaît ma Sœur. "Nuit affreuse ! A 9 h.15, je saute du lit ... Mais quoi ? Je m’habille comme avant ... rhabillée, je me rends compte que je suis guérie. Je fais deux ou trois fois le tour de la chambre en gambadant. Puis je m’assieds, anxieuse, que vont dire nos Sœurs ?

Sœeur Madeleine vient me voir, je danse devant elle, ébahie ! "Vous êtes folle !""Non, je suis guérie"... Soeur Laugier arrive du marché. "Il faut remercier soeur Rosalie ! Allons à la chapelle"... et c’est un vibrant "Magnificat".

Quant à mes élèves, que je vais voir ensuite, après m’avoir caressée pour voir si c’était bien moi, elles courent comme des folles dans tout le quartier jusqu’à la Porte Dorée en criant à tout venant : "Sœur Thérèse est guérie !"

L’après-midi, la cour est remplie des parents qui n’en croient pas leurs yeux ... Avec la Sœur de la Crèche, je commence mes pèlerinages par le Sacré-Coeur de Montmartre. Nous grimpons jusqu’à la basilique, à pied sûr ... Ma compagne est fatiguée, pas moi ! Je reste à genoux avant de redescendre à pied et en métro.

.... Cimetière Montparnasse, le 2 février ... depuis ... je marche toujours. C’était le 1er février 1952 ... Il y a 44 ans ! "

NDRL : Agée de 93 ans, elle est actuellement en résidence à la Maison Saint-Vincent de l’Haÿ les Roses (Val-de-Marne).