Elle protège ceux qui se réfugient dans sa maison, lors des révolutions de 1830 et 1848. «Ici, on ne tue pas», annonce-t-elle à qui veut l'entendre. Lors des journées de juillet 1830, elle risque sa vie sur les barricades pour soigner les blessés. Sa notoriété dépasse bientôt les frontières de la capitale. Napoléon III lui remet la Légion d'honneur en 1852, quatre ans avant sa sa mort qui provoquera une émotion considérable, bien au-delà de la paroisse Saint-Médard. Un immense cortège suit sa dépouille jusqu'au cimetière du Montparnasse, où elle repose toujours au milieu des Parisiens. Sa tombe, encore aujourd'hui, est fleurie par des mains anonymes. En choisissant de béatifier Rosalie, Jean-Paul Il a sans doute voulu donner au peuple de Dieu l'exemple d'une femme forte dont l'existence correspond à une réelle actualité sociale. La béatification de sur Rosalie lance un défi, un appel, à tous les chrétiens. Elle nous invite à actualiser notre mission de service des pauvres, à proclamer la doctrine sociale de l'Église et la vivre en charité, à rester des pionniers du service social. Pour nous, Filles de la charité, la béatification est un moment très fort. Comme Rosalie, nous avons prononcé des voeux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance et de service des pauvres. Comme Rosalie, nous voulons être les porte-parole de la doctrine sociale de l'Église en donnant la priorité aux plus démunis. Dans la banlieue nord de Paris, par exemple, des soeurs travaillent quotidiennement à cette mission en prenant part aux associations locales s'occupant de formation des jeunes, de création de crèches. Les nouvelles pauvretés, ces urgences d'aujourd'hui, ce sont les sanspapiers, les malades du sida, les chômeurs en fin de droit, les jeunes dans des quartiers défavorisés, en échec scolaire: tous ceux que la société a laissés de côté. Cela implique de s'engager dans une certaine forme de lobbying dans des pays où nous essayons d'ouvrir les yeux des pouvoirs publics afin que les pauvres ne soient pas oubliés. Notre projet de vie communautaire s'articule autour de notre service des pauvres. La béatification de Rosalie nous invite à raviver le sens de cette vie consacrée. Si nous vivons en communauté, c'est pour rendre aux plus démunis un meilleur service, et celui-ci alimente notre vie communautaire. Il y a entre nous un dialogue constant, la recherche permanente d'inventivité. Chaque jour, en dehors de l'eucharistie et de la prière, nous prévoyons des temps pour l'échange d'idées et le partage, que l'activisme actuel pourrait nous faire oublier. La béatification nous invite aussi à nous recentrer sur un autre aspect fondamental de notre engagement, qui dépasse la vie communautaire: la collabo-ration avec d'autres. Au temps de Rosalie, qui était amie des pauvres et des riches, les soeurs joignaient leurs efforts à ceux de bienfaiteurs et de bonnes volontés issues de la société civile... Sur Rosalie a mis en contact des gens qui voulaient agir, mais ne savaient pas toujours comment. Elle recevait les pauvres du quartier, mais aussi l'impératrice Eugénie ou l'ambassadeur d'Espagne, et des étudiants chrétiens du Quartier latin qu'elle envoyait distribuer des bons de chauffage. Frédéric Ozanam lui demandait des conseils pour ses conférences... c'était au début de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Travailler en réseau, c'est encore ce que nous essayons de faire dans le contexte associatif, en ce début de XXI e siècle. Béatifier sur Rosalie Rendu aujourd'hui est un choix de l'Église qui nous incite à nous demander s'il y a encore des Rosalie parmi nous. je l'interprète comme un appel à la responsabilité personnelle de chacun d'entre nous: qu'ai-je à faire concrètement pour être témoin de l'Évangile pour secourir les plus démunis et pour être un lien entre tous ceux qui veulent aider leur prochain ? Propos recuellis par Éléonore de Narbonne 6 novembre 2003 Le supplément de "La Vie" N° 3036 |