Sagesses

 les Essentiels

 

Sœur Évelyne FRANC
Supérieure générale
de la Compagnie des Filles de la charité
de Saint Vincent de Paul.

Sœur
Rosalie Rendu
béatifiée

Sœur Rosalie Rendu est une figure importante du XIXe siècle du quartier Mouffetard, à Paris. Originaire du jura, Jeanne-Marie Rendu est née en 1786 dans une famille de petits propriétaires montagnards. Son père décède au lendemain de la Révolution. Elle est alors envoyée par sa mère chez les Ursulines à Gex, la ville voisine. Elle y côtoie les Filles de la charité dont elle souhaite rejoindre les rangs. Sa mère l'y autorise, alors qu'elle va avoir seize ans, en 1802. Elle monte à Paris, pour y suivre sa formation. Elle reçoit alors le nom de soeur Rosalie et est envoyée à la maison des Filles de la charité du quartier Mouffetard, où elle restera 54 ans.

À l'époque, dans cet endroit de la capitale, les miséreux tentent de survivre, éprouvés par les épidémies et les troubles politiques. Le libéralisme naissant renforce les inégalités sociales, et la misère dans les rues populaires. Le peuple parisien vit dans des conditions infrahumaines: elle s'ingénie à lui porter secours. Rosalie visite à domicile les familles en difficulté et les malades, vient en aide aux démunis, enseigne le catéchisme et la lecture, encourage les laïcs à se mettre au service des autres.

Elle prononce ses vœux en 1807. Quelques années plus tard, devenue supérieure, elle a l'idée des premières crèches, ouvre un dispensaire, une pharmacie, une maison pour les vieillards. Elle s'entoure de collaborateurs aussi divers qu'efficaces, obtient des dons d'argent à force de charisme et de persuasion. Rosalie vit le service des pauvres à tous vents: elle est dehors tous les jours, par tous les temps, cornette sur la tête et panier sous le bras.

Paroles de Sœur Rosalie

Celle qui a été béatifiée le 9 novembre, par le pape a vécu le service des pauvres, en portant secours aux Parisiens dans la misère.

• Il faut toujours avoir une main ouverte pour donner afin de beaucoup recevoir.

• Quelque chose m'étouffe et m'enlève tout appétit, c'est l'idée que tant de familles manquent de pain.

• Il y a tant de manières de faire la charité. Le petit secours que nous donnons aux pauvres ne peut durer longtemps, il faut viser à un bien plus complet, plus durable : étudier leurs aptitudes, leur degré d'instruction et tâcher de leur procurer du travail afin de les aider à sortir d'embarras.

• Haïssez le péché, mais aimez les pauvres. Si nous avions passé les épreuves de ces pauvres gens, si notre enfance avait grand i comme la leur, loin de toute inspiration chrétienne, nous serions loin de les valoir.

 

Elle protège ceux qui se réfugient dans sa maison, lors des révolutions de 1830 et 1848. «Ici, on ne tue pas», annonce-t-elle à qui veut l'entendre. Lors des journées de juillet 1830, elle risque sa vie sur les barricades pour soigner les blessés. Sa notoriété dépasse bientôt les frontières de la capitale. Napoléon III lui remet la Légion d'honneur en 1852, quatre ans avant sa sa mort qui provoquera une émotion considérable, bien au-delà de la paroisse Saint-Médard. Un immense cortège suit sa dépouille jusqu'au cimetière du Montparnasse, où elle repose toujours au milieu des Parisiens. Sa tombe, encore aujourd'hui, est fleurie par des mains anonymes.

En choisissant de béatifier Rosalie, Jean-Paul Il a sans doute voulu donner au peuple de Dieu l'exemple d'une femme forte dont l'existence correspond à une réelle actualité sociale. La béatification de sœur Rosalie lance un défi, un appel, à tous les chrétiens. Elle nous invite à actualiser notre mission de service des pauvres, à proclamer la doctrine sociale de l'Église et la vivre en charité, à rester des pionniers du service social.

Pour nous, Filles de la charité, la béatification est un moment très fort. Comme Rosalie, nous avons prononcé des voeux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance et de service des pauvres. Comme Rosalie, nous voulons être les porte-parole de la doctrine sociale de l'Église en donnant la priorité aux plus démunis. Dans la banlieue nord de Paris, par exemple, des soeurs travaillent quotidiennement à cette mission en prenant part aux associations locales s'occupant de formation des jeunes, de création de crèches. Les nouvelles pauvretés, ces urgences d'aujourd'hui, ce sont les sanspapiers, les malades du sida, les chômeurs en fin de droit, les jeunes dans des quartiers défavorisés, en échec scolaire: tous ceux que la société a laissés de côté. Cela implique de s'engager dans une certaine forme de lobbying dans des pays où nous essayons d'ouvrir les yeux des pouvoirs publics afin que les pauvres ne soient pas oubliés.

Notre projet de vie communautaire s'articule autour de notre service des pauvres. La béatification de Rosalie nous invite à raviver le sens de cette vie consacrée. Si nous vivons en communauté, c'est pour rendre aux plus démunis un meilleur service, et celui-ci alimente notre vie communautaire. Il y a entre nous un dialogue constant, la recherche permanente d'inventivité. Chaque jour, en dehors de l'eucharistie et de la prière, nous prévoyons des temps pour l'échange d'idées et le partage, que l'activisme actuel pourrait nous faire oublier. La béatification nous invite aussi à nous recentrer sur un autre aspect fondamental de notre engagement, qui dépasse la vie communautaire: la collabo-ration avec d'autres. Au temps de Rosalie, qui était amie des pauvres et des riches, les soeurs joignaient leurs efforts à ceux de bienfaiteurs et de bonnes volontés issues de la société civile...

Sœur Rosalie a mis en contact des gens qui voulaient agir, mais ne savaient pas toujours comment. Elle recevait les pauvres du quartier, mais aussi l'impératrice Eugénie ou l'ambassadeur d'Espagne, et des étudiants chrétiens du Quartier latin qu'elle envoyait distribuer des bons de chauffage. Frédéric Ozanam lui demandait des conseils pour ses conférences... c'était au début de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Travailler en réseau, c'est encore ce que nous essayons de faire dans le contexte associatif, en ce début de XXI e siècle.

Béatifier sœur Rosalie Rendu aujourd'hui est un choix de l'Église qui nous incite à nous demander s'il y a encore des Rosalie parmi nous. je l'interprète comme un appel à la responsabilité personnelle de chacun d'entre nous: qu'ai-je à faire concrètement — pour être témoin de l'Évangile — pour secourir les plus démunis et pour être un lien entre tous ceux qui veulent aider leur prochain ?

Propos recuellis par Éléonore de Narbonne

6 novembre 2003    Le supplément de "La Vie" — N° 3036

Retour à la page Sœur Rosalie