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MARIE-ANDRE Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953 SUR ROSALIE XV APOTHÉOSE Après la mort de Sur Rosalie, son visage prit une expression de majesté. Lhumble religieuse, exposée dans une chambre ardente, vit défiler, pendant quarante-huit heures, une procession ininterrompue de visiteurs les plus disparates : ouvriers, petits enfants, femmes du peuple, soldats et officiers, grandes dames, jeunes de toutes les conditions sociales, prêtres, religieux et religieuses de toutes robes et même des évêques. Des infirmes se faisaient porter près delle pour la voir encore une fois. On lui baisait les pieds, on approchait des chapelets de ses vêtements ; le cardinal de Bonald fit toucher sa croix pectorale à celle quil vénérait comme une sainte. Certains sattardaient auprès delle ; il fallait doucement les prier de faire place aux arrivants. La douleur de tous était immense. Combien [109] parmi ceux qui étaient là, avaient été consolés, remis dans le bon chemin, secourus dune manière ou dune autre par cette amie universelle. Les plus malheureux disaient Nous avons perdu notre mère. Quallons-nous devenir ? La vie se faisait momentanément plus intense dans cette demeure que tant de célébrités et dhumbles visiteurs avaient franchie. Ladministration publique lui fit des funérailles royales. Etait-ce bien une humble femme que lon accompagnait à sa dernière demeure ou un illustre personnage ? Fallait-il chanter le De profundis ou le Te Deum ? Derrière ce corbillard de pauvre entouré dune multitude soixante mille personnes, peut-être, a-t-on pu dire de toutes les classes de la société (le travail fut suspendu pour permettre à tous daller à lenterrement) : les chiffonniers, les mendiants marchaient côte à côte avec les bourgeois huppés, les autorités religieuses, comme si, par sa mort, Sur Rosalie avait fait lunion sacrée, comme sil ny avait plus que des frères pleurant leur mère. Le convoi nalla pas directement à la paraisse de Saint-Médard ; il fit un détour dans les rues que Sur Rosalie avait parcourues tant de fois durant cinquante ans, pour consoler, soigner, réjouir ses pauvres amis. Les honneurs militaires furent rendus à la décoration de la vénérable supérieure, mais la croix [110] piquée sur le cercueil nétait pas la sienne ; les Surs, respectueuses du désir de leur Mère, sétaient refusées à la donner. Il fallut quun administrateur du Bureau de Bienfaisance se dépouillât de la sienne et laccrochât au cercueil. Le corps fut conduit au cimetière Montparnasse et inhumé dans le caveau des Filles de la Charité. La foule sécoula lentement ; le soir venu, quelques pauvres étaient encore là, ne pouvant quitter celle qui les avait tant aimés. Sur sa tombe (1), toujours fleurie par des mains inconnues à un siècle de distance, on peut lire : A la bonne mère Rosalie, ses amis reconnaissants, les pauvres et les riches. *** Sur Rosalie a magnifiquement réalisé la devise des Filles de la Charité LA CHARITÉ DU CHRIST 1) Près de l'entrée actuelle. |