MARIE-ANDRE

Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953

SŒUR ROSALIE

XIV

LA MORT


“C’est de Dieu que j’attends ma récompense”.

Maintenant, elle s’affaiblissait de plus en plus, allant et venant sans avouer ses souffrances croissantes. Sa vue s’éteignait, des palpitations qui toujours l’avaient fait souffrir, devenaient plus fréquentes, son corps se traînait, mais, consciente d’être encore utile aux pauvres, elle se redressait devant la souffrance et ne désirait pas mourir. Cependant, son temps de service s’achevait. Le Seigneur voulait maintenant récompenser celle qui, toute sa vie, l’avait visité, consolé, soigné dans ses membres. Défaillante, “elle faisait des efforts inouïs pour ne pas manquer la communion” et ses exercices de règle. Son rosaire glissait au long de la journée dans ses doigts décharnés : elle demandait à une [105] postulante de lui lire l'“Imitation de Jésus-Christ”, se faisait ensuite conduire au parloir et reconnaissait à leur voix ses visiteurs : “J’aimais tant voir mes pauvres !”, disait-elle tristement.

L’opération de la cataracte lui permit d’apercevoir quelques lueurs, mais momentanément seulement. Ce furent bientôt les ténèbres.

Au début de février 1856, une pleurésie la terrassa. Brûlante de fièvre, elle ne dormit pas de toute une nuit, mais se garda bien de réveiller la Sœur qui la veillait. Le matin venu, elle lui dit : “Ma Sœur, avant toute chose, veuillez porter des lainages à cette femme venue hier et qui n’a pas de quoi vêtir ses enfants. Ils ont dû souffrir cette nuit.”
Malgré ses douleurs, la malade refusait de prier pour son soulagement. Dans le quartier, l’émoi était général et les témoignages de sympathie touchants. Des notables, de grandes dames venaient anxieusement demander des nouvelles.

L’impératrice s’intéressait tout spécialement à celle qu’elle estimait tant. Riches et pauvres défilaient rue de l’Epée-de-Bois où la porte dut rester ouverte.

Le 3 février, apprenant par une religieuse le dénuement d’un pauvre diable, Sœur Rosalie lui fit porter un poêle et du bois.
Elle se montrait reconnaissante, mais s’affli- [106] geait presque des attentions de ses filles : “Pourquoi me donner un repas plus délicat ? Il fa ! lait porter cela à tel malade.” Sa patience était angélique. Pour la soigner, on devait la remuer, la faire souffrir. Comme en lui enlevant un vésicatoire, la peau s’arrachait sans qu’elle exprimât la moindre plainte.

L’infirmière lui dit : Vous ne le sentez pas ?

— Oh ! si, Mais comment m’impatienter lorsque vous me donnez toutes en me soignant d’admirables exemples de patience. Et puis, c’est un clou de Notre-Seigneur, et je le garde.

Elle priait continuellement. On l’entendait murmurer : “Mes chers enfants, mes pauvres… Quand je ne serais plus là, mon Dieu, ne les abandonnez pas.”

Et toujours cette réflexion que toute sa vie, elle fit si souvent : “Les pauvres ne sont pas aussi bien soignés que moi !”
L’après-midi du 6 février, après une courte amélioration, le mal empira, avec la fièvre et la paralysie. Le curé de SaintMédard donna l’Extrême-Onction à la mourante. Puis ce fut l’assoupissement et l’inconscience. La nuit s’écoula calme et apparemment sans souffrances.

Le lendemain, au moment où M. de Melun arrivait, l’agonie commença : “Je vis les Sœurs en pleurs et en prières. Je pleurai et priai avec elles. Quelques instants après, la Sœur Rosalie n’était plus. [107] Il était onze heures du matin. La servante des pauvres se reposait enfin.” Trois jours auparavant, sa mère était décédée à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Toutes deux se retrouvaient dans l’éternité. [108]


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