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MARIE-ANDRE Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953 SUR ROSALIE XII NAPOLEON III DÉCORE SUR ROSALIE Quon ne me parle plus jamais de cette croix. En 1852, Louis-Napoléon la décora de la Légion dhonneur en reconnaissance des services prodigués par elle aux pauvres pendant cinquante ans. Ce fut pour lhumble religieuse la plus douloureuse épreuve de sa vie. Pressentie, elle mit tout en uvre auprès des autorités pour que cette honte lui fût épargnée. Elle supplia M. Caffarelli, tout-puissant au Ministère, de donner cette croix à lun des administrateurs du Bureau de Charité. Il ny consentit pas. Elle en désigna un autre. Sans succès. Elle envoya une estafette à son supérieur, le Père Etienne, qui répondit : Vous nen ferez pas plus de cas que nous. Ne nous faites pas daffaires avec ces gens-là. Elle obéit. Entre temps, les dames de la Halle [94] envoyèrent rue de lEpée-de-Bois une magnifique gerbe de fleurs, de sorte que les Filles de la Charité eurent connaissance de lhonneur qui allait être fait à leur Mère et que celle-ci, espérant être épargnée, leur avait caché. Quand on lui apporta ce bouquet, le 28 février, elle révéla les sentiments les plus profonds de son cur en disant : Jai mérité cette honte par mes péchés, mais pour ma communauté, je le regrette. Tout Paris rira de nous. Loin de rire delle, Paris estima que jamais décoration ne fut plus méritée. Quant à ses amis du quartier Mouffetard, ils fêtèrent cet honneur rendu à leur bienfaitrice par de copieuses rasades. Deux heures plus tard, le comte de Persigny, ministre de lIntérieur, accompagné de plusieurs notabilités, se présenta au couvent de la part de lEmpereur. Malade, Sur Rosalie le reçut dans son fauteuil, mais à peine fut-il parti, quelle arracha de son collet cette décoration qui la brûlait et la jeta derrière un meuble : Ce nest pas avec ça quon nourrit les pauvres. Quon ne me parle plus jamais de cette croix. Telle était la sincérité de son mécontentement, quelle sen ressentit physiquement durant un mois. Or, à la suite de mauvais rapports, elle fut plus tard critiquée davoir accepté la Légion dhonneur, alors que lordre lui en avait été [95] donné. Sur Rosalie garda le silence sur cette affaire et nessaya pas de se justifier. Plus tard, Napoléon lui-même, accompagné de lImpératrice, la visita. Elle les reçut avec sa simplicité coutumière et, comme toujours, utilisa cette visite au profit des pauvres. Un nouvel asile allait souvrir, la direction en devait être laïque. Sur Rosalie pria lImpératrice de le confier aux Filles de la Charité, demande qui fut accordée avec bienveillance. [96] |