MARIE-ANDRE

Apostolat de la Presse, 46 rue Dufour, 75006 PARIS - 1953

SŒUR ROSALIE

X

LE “DIOCÈSE” DE SŒUR ROSALIE


Chargée d’autant d’affaires qu’un ministre, Sœur Rosalie ne se contentait pas de recevoir dans son parloir, mais, suivant le temps dont elle disposait, elle visitait son “diocèse”, comme elle disait. Quoiqu’elle eût un grand nombre d’auxiliaires, elle ne s’abstenait pas pour autant de montrer personnellement à ses pauvres l’intérêt qu’elle leur portait. Dans ces rues surchargées d’immeubles, eux-mêmes surchargés de locataires, il n’est aucun escalier où elle ne grimpât.

Lorsque l’épreuve, le chômage ou la mort entraient dans une mansarde, on était sûr de voir arriver Sœur Rosalie. Un membre de la famille était-il malade, elle lui apportait ou lui faisait porter par ses jeunes gens quelques remèdes appropriés, un repas spécialement [87] préparé pour lui, une couverture chaude, un bon fauteuil, du bois ou du charbon. Et si l’état empirait, elle courait chez le médecin :

— Docteur, ils n’ont pas le moyen de verser des honoraires. Je vous en supplie, soignez ce pauvre homme pour l’amour de Dieu. Sa santé est précieuse, il est seul pour faire vivre les siens.

Qui aurait résisté ? Le docteur Trélat prit l’habitude de donner gratuitement ses services aux indigents du quartier Mouffetard et se montrait le plus dévoué des amis de Sœur Rosalie.

Elle procurait un peu de travail à la femme du malade, intéressait à la situation de cette famille l’un ou l’autre de ses amis : “Voulez-vous en occuper ?))

De se voir aimé, le malade reprenait courage et souvent guérissait, et Sœur Rosalie obtenait de ces pauvres gens tout ce qu’elle voulait. Peu à peu, la moralité revenait, les enfants allaient à l’école, les parents régularisaient leur situation conjugale, d’autres consentaient à recevoir le baptême et à faire leur première communion. Mais si la maladie empirait, elle employait tout son crédit auprès de Dieu, pour le salut de l’infortuné.

Elle apprit qu’un chiffonnier, dont la vie avait été scandaleuse, se mourait. Il habitait un [88] taudis sombre et infect auquel on accédait en se cramponnant à une corde qui tenait lieu de rampe d’escalier. La religieuse connaissait ce malheureux qu’elle avait souvent soigné et dont elle avait la fillette dans son école. Le vieillard n’avait confiance qu’en la Sœur et voulait lui remettre, pour sa fille, la petite somme d’argent qu’il gardait précieusement sous sa couverture. Grande fut l’angoisse de Sœur Rosalie en voyant l’état du malheureux.

— Mon brave homme, je pense que le bon Dieu vous fait signe et qu’il va venir vous chercher, Mettez-vous en règle avec lui afin d’entrer dans le Paradis.

— Non, non, répondit le bonhomme. Je n’ai pas besoin du prêtre, je n’ai besoin que de vous. Vous me représentez le bon Dieu. Ça suffit. Je ne me confesserai qu’à vous.

La Sœur eut grand-peine à le convaincre que, n’étant pas prêtre, elle ne pouvait l’absoudre. Elle l’en persuada finalement et eut la joie de voir mourir son chiffonnier dans la paix du Seigneur.

Sa charité, son zèle, sa prière arrachaient à Dieu ces conversions “in extremis”. On a souvent cité l’exemple de ce révolutionnaire qui se vantait d’avoir vu, durant sa jeunesse, guillotiner tant de saintes victimes. Il les avait entendues chanter des cantiques à la Sainte Vierge en montant à l’échafaud et avait retenu l’un de ces cantiques qu’il fredonnait chaque jour. Peut-être, devant Dieu, cela lui compta-t-il comme prière. La Sœur le lui fit chanter dans ses derniers moment et soudain il comprit et se convertit. [90]


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