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CINQ VISAGES DE ROSALIE RENDU Robert P. Maloney, C.M.
LÉglise béatifie et canonise des hommes et des femmes précisément pour cette raison : quils brillent pour nous comme des étoiles, quau milieu de nos ténèbres nous puissions voir, à leur exemple, ce que signifie vraiment être saint. Les saints rendent la sainteté palpable et concrète. Aussi, aujourdhui, permettez-moi de vous présenter cinq visages de Rosalie Rendu. I. Travailleuse et organisatrice
remarquable Pour les jeunes filles et les mamans les plus nécessiteuses, Rosalie
organisa très vite des cours de couture et de broderie. Plus tard,
elle fonda une crèche et une [2] école maternelle où
les enfants des mamans qui travaillaient étaient pris en charge
durant la journée. Pour ces mêmes personnes, elle a fondé
les Enfants de Marie avec une branche pour les mamans chrétiennes,
branche dédiée à Notre Dame du Bon Conseil. De plus, elle et ses surs dirigeaient un centre daccueil pour la distribution de bons dalimentation et de bois, avec une pharmacie, un dispensaire de soins et un vestiaire de vêtements et de linge. Elle a aidé à létablissement des Conférences de Saint Vincent de Paul et conseillait ses membres. Elle a participé rétablissement des Dames de la Charité en 1840. Elle prenait soin des malades et des mourants lors des fréquentes épidémies de choléra, et, par-dessus tout, elle visita toute sa vie, chez eux, les pauvres et les malades. Pendant les épidémies entre 1849 et 1854, il mourait plus de 150 personnes par jour dans la paroisse où Rosalie et les surs travaillaient. Elles servaient les vivants, accompagnaient les mourants et ensevelissaient les morts. Le secret de la prodigieuse énergie de Rosalie et ses nombreuses uvres étaient précisément le secret que saint Vincent a légué à tous ses disciples : elle voyait le visage du Christ dans la personne des pauvres. Cétait aussi le jugement du théologien qui a étudié ses écrits en avril 1956 (4) . Une des surs qui vivaient avec elle rapporte comment Rosalie encourageait la communauté : «Aimons beaucoup le Bon Dieu, ne marchandons pas avec le devoir ; servons bien les pauvres, parlons leur toujours avec grande bonté. Si vous nagissez pas de la sorte, vous serez punies : les pauvres vous diront des injures, plus ils sont grossiers, plus vous devez être dignes. Rappelez-vous ces haillons qui vous cachent Notre Seigneur. (5)» II. Supérieure locale En tant que Supérieure comment était Rosalie ? Quand je lis les récits des premiers témoins de sa vie, trois faits me frappent : 1. Son cousin décrit les relations de Rosalie avec les surs
de la communauté par cette phrase : «tendresse infinie
(7)». Rosalie était très sensible à tout ce
qui lentourait. Cela est évident tant ses contacts avec les
pauvres que dans ses relations avec les surs. Une compagne citée
comme témoin écrit : Une sur lui paraissait-elle
fatiguée ? Elle montait à sa classe. Je vais garder
vos enfants, ma Sur, pendant que vous irez prendre telle chose que
je vous ai préparée ! (8). Quelques-uns ont jugé
que sa sensibilité était même une faute. En 1844,
à la mort de deux de ses compagnes quelle aimait profondément,
Rosalie a écrit : «Mon cur a eu quelques révoltes
envers la main qui nous frappait». Un des théologiens qui
a étudié ses écrits na pas apprécié
cela, mais en réalité Rosalie a ajouté : «mais
jai confiance que ces deux anges mobtiendront miséricorde.
Elles prieront tant que je ferai mes efforts pour les imiter ; jai
cette confiance (9)». 2. La maison où Rosalie était supérieure devint une «maison de formation», pour ainsi dire, où beaucoup de jeunes surs furent envoyées. Elles apprenaient delle, en tout premier lieu, comment servir les pauvres. Vingt deux postulantes (11) ont vécu avec elle au fil des ans. Dix-huit surs se sont préparées aux vux sous sa direction (12) à partir de 1832. Douze surs vivaient dans sa communauté au moment de sa mort (13) ; la moitié dentre elles avaient moins de quatre ans de vocation. [4] Son attitude vis à vis de la formation des jeunes surs est
évidente dans une lettre quelle écrivit en 1838 à
une jeune novice chez les Filles de la Charité : «Apprenez
à devenir une enfant de saint Vincent, cest-à-dire,
Fille de la Charité, héritière des promesses quil
fait, de donner tout à celui qui se donne sans réserve (14)». 3. Sous lanimation de Rosalie, cette maison extraordinairement active, était aussi de façon remarquable une maison de prière. La communauté quelle animait se levait chaque matin à quatre heures et priait fidèlement. Parmi les lectures considérées par sur Rosalie. comme source de prière il y avait Limitation de Jésus-Christ et les uvres de saint François de Sales, quelle appelait son cher ami et compatriote de Savoie. (16) Une de ses compagnes écrit : «Fallait-il quitter Dieu pour Dieu et laccompagner dans une visite charitable, elle nous disait : Ma Sur, commençons notre oraison ! Elle en indiquait le plan, la division, en peu de mots simples et clairs, et entrait dans un saint recueillement (17)». Le Vicomte de Melun rappelle quelle aurait dit à une sur : «Jamais je ne fais si bien loraison que dans la rue (18)». III. Femme intrépide Rosalie circulait parmi les malades et les mourants sans crainte pour
sa propre santé. Avec ses surs, elle a constamment porté
secours aux milliers de victimes du choléra. Elles accompagnaient
des membres de la toute nouvelle fondation des Conférences de Saint
Vincent de Paul qui travaillaient avec elles auprès des personnes
atteintes du choléra. Pendant la révolution de 1848 un violent combat a tout détruit dans la ville. LArchevêque de Paris, poussé par Frédéric Ozanam, monta sur les barricades pour tenter darrêter la tuerie. Il fut tué et le combat repris avec plus dintensité faisant des milliers de victimes. Le Général Cavaignac décida alors de bombarder impitoyablement le quartier Mouffetard, mais auparavant il offrit aux surs une escorte pour les conduire en lieu sûr. Rosalie répondit à son messager : «Monsieur, remerciez le Général et dites-lui que nous sommes les Servantes des pauvres et aussi leurs mères et que nous voulons mourir avec eux (20)». Rosalie et le Général, qui devint plus tard Président de la République, devinrent amis et avaient une profonde admiration lun pour lautre. Le Vicomte de Melun atteste que durant cette même Révolution de 1848, un officier de la Garde mobile chercha refuge dans la maison des surs. Il arriva à la porte poursuivi par des émeutiers. Rosalie les arrêta en criant : «On ne tue pas ici ! Au nom de mon dévouement de 50 années, de tout ce que jai fait pour vous, pour vos femmes, vos enfants, je vous demande le salut de cet homme (21)». Lofficier fut sauvé. IV. Amie des riches et des
pauvres À Sur Rosalie Comme saint Vincent, Rosalie savait être amie des uns et des autres. Les pauvres laimaient profondément, car ils percevaient quelle vivait vraiment ce quelle demandait aux surs qui laccompagnaient dans ses visites. Elle leur recommandait, selon le témoignage de lune dentre elles : «accueillir tout le monde, parler aux pauvres avec bonté et dignité tout ensemble, ne pas les faire attendre. Traitez-les, disait-elle, comme vous traiteriez votre père, vos frères, vos surs (22)». Mais les riches aussi étaient attirés par Rosalie. Elle
était une personne vraie. Ils trouvaient ses appels irrésistibles.
Rosalie savait comment mobiliser leurs énergies et leurs ressources
pour le service des pauvres. Elle avait pris Frédéric Ozanam et ses compagnons comme apprentis et ainsi elle participa à la naissance de la Société de Saint Vincent de Paul. De 1833 jusquà la mort de Rosalie, le Vicomte de Melun venait la voir au moins une fois par semaine pour recueillir ses conseils et son aide pour le service des pauvres. Parmi ceux qui aidaient matériellement Rosalie, on trouve le Roi et la Reine, le Général Cavaignac, celui que jai cité plus haut, des écrivains et des hommes politiques comme Lamartine et Caubert, et de nombreux hommes politiques et administrateurs locaux. LAmbassadeur dEspagne, Donoso Cortéz, venait chez Rosalie toutes les semaines pour prendre une liste de pauvres à visiter. Quand Lui-même tomba malade en 1853, Rosalie lassista jusquà sa mort. Le 27 février 1852, la Légion dHonneur est décernée à Rosalie. Le 18 mars 1854, lEmpereur Napoléon III et lImpératrice Eugénie sont venus la voir dans sa maison. Il semble que lextraordinaire popularité de Rosalie ait, parfois, provoqué des froncements de sourcils chez ses pairs et ses supérieurs. La file quotidienne de ceux qui voulaient entrer dans le parloir de la maison de Rosalie de la rue de lÉpée-de-Bois, était longue. Elle travaillait efficacement, écrivant des petits billets pour se souvenir de leurs requêtes. Elle cherchait toujours à trouver quelque solution, pas forcément complète dailleurs, pour tous les besoins quon lui présentait. Elle nhésitait pas à demander de laide à ceux là même quelle aidait. En plus de ses surs, elle a engagé les pauvres eux-mêmes, les jeunes étudiants, les prêtres, les religieux et aussi les riches au service des pauvres. [7] V. Fidèle, parfois
incomprise, Fille de la Charité Mais, vers la fin de sa vie, Rosalie a souffert de la désapprobation de ses supérieurs. Il semblerait que les problèmes soient survenus à la fin de 1830 et que le conflit soit né sous le mandat du Père Nozo comme Supérieur Général (24). À cause dun scandale financier et la perte dune somme dargent considérable pour la Congrégation de la Mission, une forte opposition séleva contre Nozo. Les Pères Etienne et Aladel étaient parmi ses adversaires les plus redoutables. La nouvelle de ce conflit se répandit dans les journaux si bien que tout Paris en parlait. Finalement lArchevêque de Paris se décida à intervenir et rédigea un document dinterdiction contre le Père Etienne, le Père Aladel et les autres. Rosalie qui souhaitait que cette affaire finisse paisiblement et qui avait de bonnes relations avec lArchevêque, est allée intercéder auprès de lui. Elle se jeta à ses genoux, y demeura longtemps et refusa de le quitter, le suppliant de brûler la sentence dinterdiction contre les Pères Etienne, Aladel, Legot et Grapain, alors que lui-même donnait gain de cause au Père Nozo (25). Après une longue résistance, lArchevêque céda. Un récit atteste quà la fin de lentrevue, il répondit à Rosalie : «Brûlez-la vous-même, et souvenez-vous que je vous rends responsable au tribunal de Dieu de laction que vous me faites faire» (26)». Avec du recul, il apparaît clairement que Rosalie, par son intervention, voulait servir de médiateur pour un règlement à lamiable dun différent sérieux, mais le Père Etienne, élu très peu de temps après Supérieur Général, demeura assez mécontent delle. Un seul Lazariste, Monsieur Marion, vint à ses funérailles : il a dit être venu sans le dire, mais ne pouvait pas y manquer car il devait beaucoup à Sur Rosalie. Il est intéressant de relever quen dépit de leurs rapports froids, Rosalie na toléré, en sa présence, aucune critique contre le Père Etienne. Un jour, pendant la [8] récréation, une jeune sur, avec un peu dhumour, avait fait une remarque sur la corpulence du Père Etienne. Rosalie la reprit plutôt sévèrement : «Je vous passe cette remarque à cause de votre jeunesse, mais vous nauriez pas parlé ainsi si vous aviez pensé que Dieu et saint Vincent se faisaient représenter par vos supérieurs (27)». Cela mit fin à la conversation !
Un auteur contemporain, Élizabeth Johnson, écrit : Les personnages paradigmatiques qui émergent au cours de lhistoire ressemblent à une Voie lactée jetée entre ciel et terre une rivière scintillante détoiles descendant en spirale du centre de la galaxie pour éclairer un chemin dans lobscurité. Ce sont des femmes et des hommes qui, en leur temps et lieu, brillent comme le soleil avec des reflets de divinité révélant le Visage du Christ à la communauté. Ils distillent, sous une forme concrète et accessible, les valeurs capitales de la Tradition vivante. La force directe de leur exemple agit comme un catalyseur dans la communauté, forçant à reconnaître que : oui cest ce que nous sommes appelés à être (28). Cest précisément ce que Rosalie nous dit aujourdhui Robert P. Maloney, C.M. N o t e s
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