Sœur Rosalie Rendu

Béatification
à Rome le 9 novembre 2003

Dossier de presse

Sommaire

1. Présentation
Lettre de la Supérieure générale des Filles de la Charité : Mère Evelyne FRANC

2. Sœur Rosalie Rendu
Biographies
Sa spiritualité et son action
Quelques-unes de ses paroles
Quelques témoignages de ses contemporains
Témoignages sur le miracle
Bibliographie

3. La Compagnie des Filles de la Charité
Historique et évolution au cours des siècles
Sa situation actuelle et son dynamisme

Préface

La béatification de Sœur Rosalie Rendu (1786-1856) est bien sûr, une grande joie pour nous toutes, Filles de la Charité, Sœurs de Saint Vincent de Paul. Ensemble, en Eglise, nous rendons grâce pour la vie de notre Sœur.

Mais, plus encore, je veux voie dans cet événement un appel personnel que le Seigneur adresse à chacune de nous dans la Compagnie aujourd'hui. C'est un appel à re-découvrir le secret de Sœur Rosalie, à trouver les points d'ancrage de cette simple fille de la campagne qui devint un symbole de l'amour miséricordieux du Seigneur pour les Pauvres, afin que nous en vivions toutes en ce début du XXIème siècle.

Je veux souligner particulièrement trois points d'ancrage :

Son enracinement en Dieu qui lui fit puiser dans la prière et contemplation de Jésus Serviteur la force et le courage nécessaires pour servir les déshérités. Cet attachement a coloré toute son action sociale. Elle a sezrvi Jésus Christ en venant en aide aux Pauvres du quartier Mouffetard.

Notre service d'aujourd'hui est authentique
quand il se nourrit de l'Amour de Dieu.

Sa joie de vivre en communauté, sa gentillesse pour les Sœurs âgées qui vivaient avec elle, son souci de former les jeunes Sœurs qu'on lui confiait, sa foi dans le témoignage donné par la vie de partage des Sœurs.
Notre service d'aujourd'hui est authentique
quand il est vécu à partir de communautés de foi.

Son rayonnement dans la société, son souci de relier pauvres et riches, son succès dans l'animation des laïcs, son aisance avec les puissants de son temps, sa proximité avec les plus démunis.

Notre service d'aujourd'hui est authentique
quand il nous fait agir sans exclusive et servir en collaboration.

Merci, Sœur Rosalie !

Sœur Evelyne FRANC
Supérieure Générale de la Compagnie
des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul


Documents relatifs à Sœur Rosalie Rendu

Biographie

Sœur Rosalie Rendu
(1786-1856

Sœur Rosalie est une haute et grande figure de Paris au XIXéme siècle, aimée et vénérée par tout le petit peuple du Quartier Mouffetard.

Son enfance
Jeanne Marie Rendu naît le 9 septembre 1786 à Confort, au canton de Gex, dans le Jura. Elle est l’aînée de quatre filles. Les parents, petits propriétaires montagnards à la vie simple, jouissent d’une certaine aisance et d’une réelle estime dans tout le pays. Jeanne Marie est baptisée le jour même de sa naissance dans l’église paroissiale de Lancrans. Son parrain par procuration est Jacques Emery, ami de la famille et futur supérieur général des Sulpiciens à Paris.

Jeanne Marie Rendu a trois ans lorsqu’éclate en France la Révolution. Dès 1790, l’adhésion par serment à la Constitution civile du clergé est imposée. De nombreux prêtres, fidèles à l’Eglise, refusent ce serment. Ils sont chassés de leurs paroisses, certains sont mis à mort, d’autres doivent se cacher pour se soustraire aux poursuites. La maison de la famille Rendu devient un refuge pour ces prêtres réfractaires. L’Evêque d’Annecy y trouve asile sous le nom de Pierre. Jeanne Marie est intriguée par ce domestique qui est mieux traité que les autres. Une nuit, elle découvre qu’il célèbre la messe. Elle s’offusque de ce qu’on ne lui ait pas dit la vérité. Quelque temps plus tard, dans une discussion avec sa mère, elle lui lance sous forme de menace : “Prenez garde, je dirai que Pierre n’est pas Pierre.” Madame Rendu pour éviter toute indiscrétion de la part de sa fille, la met au courant de la situation.

C’est dans cette atmosphère de foi solide, sans cesse exposée au danger de dénonciation, que Jeanne Marie est éduquée. Elle fera sa première communion une nuit, dans la cave de sa maison, à la lueur d’une bougie. Ce climat exceptionnel forge son caractère.

La mort du père, le 12 mai 1796, et celle de la dernière petite sœur âgée de quatre mois, le 19 juillet de la même année, bouleversent toute la famille. Jeanne Marie, consciente de sa responsabilité d’aînée, aide sa mère, spécialement dans la garde de ses petites sœurs.

Sa vocation
Au lendemain de la Terreur, les esprits s’apaisent et petit à petit, la vie reprend son cours normal. Madame Rendu, soucieuse de l’éducation de sa fille aînée, l’envoie chez les Sœurs Ursulines à Gex. Jeanne Marie demeure deux ans dans ce pensionnat. Au cours de ses promenades dans la ville, elle découvre l’hôpital où des Filles de la Charité assurent les soins aux malades. Elle n’a plus qu’un désir, aller les rejoindre. Sa mère consent à ce que Jeanne Marie, malgré son jeune âge, fasse un stage dans ce lieu de souffrance. L’appel de Dieu, qu’elle pressentait depuis plusieurs années, se précise : elle sera Fille de la Charité.

En 1802, Amande Jacquinot du village de Lancrans confie à son amie qu’elle se prépare à partir à Paris pour entrer dans la Compagnie des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul. Jeanne Marie saute sur l’occasion et elle supplie sa mère de la laisser partir. Ayant questionné Monsieur de Varicourt, curé-doyen à Gex, Madame Rendu, heureuse mais très émue de la vocation de sa fille, acquiesce à sa demande.

Chez les Filles de la Charité
Le 25 mai 1802, Jeanne Marie arrive à la Maison Mère des Filles de la Charité, rue du Vieux Colombier à Paris. Elle va avoir seize ans ! La réouverture du Séminaire, (noviciat supprimé par les Révolutionnaires), a eu lieu en décembre 1800. A leur arrivée, les voyageuses sont accueillies par 50 jeunes en formation.

Jeanne Marie est très soucieuse de bien correspondre aux exigences de sa nouvelle vie. Sa santé est ébranlée tant par la tension de son esprit, que par le manque d’exercice physique. Sur le conseil du médecin et de son parrain, Monsieur Emery, Jeanne Marie est envoyée à la maison des Filles de la Charité du quartier Mouffetard pour être au service des pauvres. Elle y restera 54 ans !

Au quartier Mouffetard
La soif d’action, de dévouement, de service qui brûlait Jeanne Marie ne pouvait trouver un terrain plus propice à son apaisement que ce quartier parisien. C’est, à l’époque, le quartier le plus misérable de la capitale en pleine expansion : pauvreté sous toutes ses formes, misère psychologique et spirituelle, maladies, taudis insalubres, dénuement sont le lot quotidien des habitants qui tendent de survivre.

Jeanne Marie, qui a reçu le nom de Sœur Rosalie, y fait “son apprentissage”, accompagnant les Sœurs dans la visite des malades et des pauvres. Entre temps, elle enseigne le catéchisme et la lecture aux petites filles accueillies à l’école gratuite.
En 1807, Sœur Rosalie, entourée des Sœurs de sa communauté, avec émotion et une profonde joie, s’engage par vœux au service de Dieu et des pauvres.

Supérieure de la Maison de Bienfaisance
En 1815, Sœur Rosalie devient la Supérieure de la communauté de la rue des Francs Bourgeois qui sera transférée deux ans plus tard, rue de l’Epée de Bois pour des raisons de place et de commodité.

Toutes ses qualités de dévouement, d’autorité naturelle, d’humilité, de compassion, ses capacités d’organisation vont pouvoir se révéler. “Ses pauvres” comme elle les appelle, sont de plus en plus nombreux en cette époque troublée. Les ravages d’un libéralisme économique triomphant accentuent la misère des laissés pour compte. Elle envoie ses Sœurs dans tous les recoins de la paroisse Saint Médard pour apporter des vivres, des vêtements, des soins, une parole réconfortante. Les Dames de la Charité aident dans les visites à domicile. La jeune Conférence de Saint Vincent de Paul vient chercher près de Sœur Rosalie soutien et conseils pour leur rencontre avec tous les démunis.

Pour venir en aide à tous ceux qui souffrent, Sœur Rosalie ouvre un dispensaire, une pharmacie, une école, un orphelinat, une crèche, un patronage pour les jeunes ouvrières, une maison pour les vieillards sans ressources.. Bientôt tout un réseau d’œuvres charitables va s’établir pour contrer la pauvreté.

Elle entre aussi en relation avec la Supérieure du Bon Sauveur de Caen et lui demande d’accueillir de nombreuses personnes. Elle est particulièrement attentive aux prêtres et religieuses atteintes de troubles psychiatriques. Sa correspondance est brève, mais émouvante de délicatesse, de patience et de respect pour ces malades.

Sa notoriété gagne vite tous les quartiers de la capitale, et au delà, les villes de province. Sœur Rosalie sait s’entourer de collaborateurs dévoués, efficaces et de plus en plus nombreux. Les dons affluent vite, car les riches ne savent pas résister à cette femme si persuasive. Même les souverains qui se sont succédé à la tête du pays ne l’ont pas oubliée dans leurs libéralités.

Les épreuves ne manquent pas dans ce quartier Mouffetard. Les épidémies de choléra se succèdent. Le manque d’hygiène, la misère favorisent leur virulence. Spécialement en 1832 et 1846, le dévouement, les risques pris par Sœur Rosalie et ses Filles ont frappé l’imagination. On l’a vu ramasser elle-même les corps abandonnés dans les rues !

Durant les journées d’émeutes de juillet 1830 et de février 1848, barricades et luttes sanglantes opposent le pouvoir à une classe ouvrière déchaînée. Monseigneur Affre, archevêque de Paris, est tué en voulant s’interposer entre les belligérants. Sœur Rosalie souffre : elle aussi monte sur les barricades pour secourir les combattants blessés de quelque camp qu’ils soient. Sans crainte aucune, elle risque sa vie dans les affrontements. Son courage et son esprit de liberté forcent l’admiration.

Lorsque l’ordre est rétabli, elle essaie de sauver nombre de ces hommes qu’elle connaît et qui sont victimes d’une répression féroce. Elle est beaucoup aidée par le maire de l’arrondissement, le docteur Ulysse Trélat, pur républicain, lui aussi très populaire.

En 1852, Napoléon III décide de lui remettre la Croix de la Légion d’honneur : elle est prête à refuser cet honneur personnel, mais Monsieur Etienne, supérieur des Prêtres de la Mission et des Filles de la Charité l’oblige à l’accepter.

Ses dernières années
De santé fragile, Sœur Rosalie n’a jamais pris aucun instant de repos, finissant toujours par surmonter fatigues et fièvres. L’âge, une grande sensibilité nerveuse, l’accumulation des tâches finissent par venir à bout de sa grande résistance et de sa forte volonté. Durant les deux dernières années de sa vie, elle devient progressivement aveugle.
Armand de Melun, son premier biographe, rapporte un rêve fait par Sœur Rosalie

“Je me vis en rêve devant le tribunal de Dieu. Il me recevait avec une grande sévérité et allait prononcer ma condamnation, lorsque tout à coup, je me trouvai entourée d’une foule de personnes portant de vieilles bottes, des chaussons, des bonnets, qui présentaient à Dieu toutes ces choses et lui disaient : “c’est elle qui nous a donné tout cela”. Alors Jésus Christ, se tournant vers moi, me dit : “En vue de toutes ces friperies données en mon nom, je vous ouvre le Ciel. Entrez-y pour l’éternité !” ”

Sœur Rosalie meurt le 7 février 1856, après une courte maladie. L ‘émotion est considérable dans le quartier, dans tous les milieux sociaux à Paris et en Province. Après la célébration des obsèques à l’église Saint Médard, sa paroisse, une foule immense et très émue suit sa dépouille jusqu’au cimetière Montparnasse. Elle vient manifester son admiration pour l’œuvre accomplie et son affection pour cette Sœur hors du commun.

Un hommage insolite
De nombreux articles de presse viennent témoigner de l’admiration, de la vénération même que Sœur Rosalie avait suscitées. Des journaux de toute tendance se font l’écho des sentiments du peuple.

L’Univers, principal journal catholique de l’époque, dirigé par Louis Veuillot écrit dès le 8 février. “Nos lecteurs comprendront l’importance du malheur qui vient de frapper la classe pauvre de Paris : ils joindront leurs suffrages aux larmes et aux prières des malheureux.”

Le Constitutionnel, journal de la gauche anticléricale, n’hésite pas à annoncer la mort de cette Fille de la Charité : “Les malheureux du 12éme arrondissement viennent de faire une perte bien regrettable : la sœur Rosalie, supérieur de la communauté de la rue de l’Epée de Bois, est décédée hier à la suite d’une longue maladie. Depuis de longues années, cette respectable religieuse était la providence des classes nécessiteuses et nombreuses dans ce quartier.”

Le journal officiel de l’Empire, le Moniteur, loue l’action bienfaisante de cette Sœur : “Les honneurs funèbres ont été rendus à la Sœur Rosalie avec un éclat inaccoutumé. La sainte femme était depuis cinquante deux ans hospitalière dans un quartier où il y a beaucoup de malheureux à soulager et tous les malheureux reconnaissants l’ont accompagnée à l’église et au cimetière. Un piquet d’honneur faisait partie du cortège.”

Des visiteurs affluent nombreux au cimetière Montparnasse. Ils viennent se recueillir sur la tombe de celle qui fut leur Providence. Mais comme il est difficile de trouver l’enclos réservé aux Filles de la Charité ! Le corps est alors transporté dans un lieu beaucoup plus accessible, plus près de l’entrée du cimetière. Sur la tombe toute simple, surmontée d’une grande Croix, sont gravés ces morts : “A Sœur Rosalie, ses amis reconnaissants, les riches et les pauvres.” Des mains anonymes ont fleuri et continuent de fleurir cette sépulture : hommage discret mais durable rendu à cette humble Fille de Saint Vincent de Paul.

Court flash sur sa vie

Sœur Rosalie Rendu ( 1786-1856 )

Jeanne Marie Rendu naît le 9 septembre 1786 à Confort, dans le Jura. Ses parents sont des petits propriétaires menant une vie simple. La Révolution de 1789, anticléricale, jette le trouble dans l’Eglise. La famille Rendu accueille, au péril de sa vie, quelques prêtres pourchassés, dont l’Evêque d’Annecy. L’éducation chrétienne de Jeanne Marie est marquée par ce temps de persécution. Sa première communion aura lieu, une nuit, dans la cave de la maison, à la lueur d’une bougie.
A 10 ans, Jeanne Marie est bouleversée par la mort, à quelques mois d’intervalle de son père et de sa dernière petite sœur. Consciente de sa responsabilité d’aînée, elle aide sa mère auprès de ses deux autres sœurs.

Lorsque la paix est revenue, Madame Rendu envoie sa fille chez les Sœurs Ursulines qui tiennent un pensionnat à Gex. Jeanne Marie se rend parfois à l’hôpital de la ville et y découvre le service des Filles de la Charité auprès des malades et des pauvres. Elle sent grandir en elle l’appel de Dieu à les rejoindre.

Le 25 mai 1802, elle entre chez les Filles de la Charité à Paris.

Quelques mois plus tard, elle est envoyée au quartier Mouffetard où elle reçoit le nom de Sœur Rosalie. Elle y demeurera 54 ans, soignant, secourant, consolant tous ceux qui souffrent.

Hommes, femmes, enfants travaillent de longues heures. Les salaires, peu élevés, ne sont pas versés si l’ouvrier est malade. Le libéralisme économique qui se développe accentue la misère de tous ces pauvres. Pour répondre aux multiples besoins qu’elle perçoit, Sœur Rosalie, avec les Sœurs de sa communauté, ouvre successivement un dispensaire, une pharmacie, une école, un orphelinat, une crèche, un patronage pour les jeunes ouvrières, une maison pour les vieillards sans ressources.

L’élan de charité qui anime cette Sœur est communicatif : plusieurs Dames, appartenant à la classe riche, apportent leur soutien financier. Des étudiants soucieux de mettre en œuvre leur vie chrétienne viennent chercher conseil prés de Sœur Rosalie : ce sera le début de la Société de Saint Vincent de Paul.

Les Révolutions de 1830 et 1848 la voient près de tous ceux qui souffrent, quel que soit le camp auquel ils appartiennent. Elle monte sur les barricades pour secourir les blessés. Elle protège tous ceux qui se réfugient dans sa maison. Au péril de sa vie, elle s’interpose entre les belligérants : “Ici on ne tue pas”.

En 1852, Napoléon III lui fait remettre la Croix de la légion d’honneur, hommage du gouvernement pour toute l’œuvre accomplie dans ce quartier si misérable de la capitale.

Sa mort le 7 février 1856 provoque une émotion considérable dans tous les milieux sociaux de Paris. Ses obsèques sont un véritable triomphe pour cette humble Fille de la Charité. Son secret

“Si l’amour est un feu le zèle en est la flamme.”
Saint Vincent de Paul


Sa spiritualité et son action

"Pour cloître, les rues de la ville, pour monastère, la maison des pauvres"

Chaque jour, par tous les temps, Sœur Rosalie arpente les rues et les ruelles qui escaladent jusqu’au Panthéon, le versant sud de la Montagne Ste Geneviève : rue Mouffetard, passage des Patriarches, rue de l’Epée de Bois, rue du Pot de Fer ... Son chapelet à la main, son lourd panier au bras, elle presse le pas car elle sait qu’on l’attend !

Comme la moniale dans le cloître, Sœur Rosalie marche avec son Dieu : elle lui parle de cette famille en détresse parce que le père n’a plus de travail, de ce vieillard qui risque de mourir seul dans une mansarde : “ Jamais je ne fais si bien l’oraison que dans la rue ” dit-elle.

Sa foi, ferme comme un roc et limpide comme une source, lui révèle Jésus-Christ en toute circonstance : elle expérimente au quotidien cette conviction de St Vincent : “Dix fois par jour, vous irez voir le pauvre, dix fois par jour vous y trouverez Dieu ... vous allez en de pauvres maisons, mais vous y trouvez Dieu”. Sa vie de prière est intense ; comme l’affirme une sœur, “elle vivait continuellement en la présence de Dieu : avait-elle une mission difficile à remplir, nous étions assurées de la voir monter à la chapelle ou de la trouver à genoux dans son bureau.”

“Si l’amour est un feu ...”

Responsable de sa communauté, Sœur Rosalie avait reçu la mission d’accompagner chacune de ses sœurs, de les soutenir, de former les plus jeunes, d’animer la vie fraternelle. Elle s’en acquittait avec le plus grand soin, leur communiquant son ardeur et sa joie de servir. Il suffit pour s’en convaincre de relever quelques-uns de leurs témoignages :
Elle avait l’art de discerner et d’entraîner. Sœur Angélique raconte : “Comme j’étais la plus jeune et la plus robuste, Sœur Rosalie me donna le quartier le plus éloigné et le plus populeux : vous aurez le meilleur lot, me dit-elle : c’est dans la Citée Dorée où se réfugie tout ce qu’il y a de médiocre dans Paris. Vous y rencontrerez beaucoup d’ivrognes. Marchez modestement, avec diligence, sans précipitation. Demandez à tous les enfants que vous rencontrerez s’ils vont à l’école. Il y a beaucoup de bien à faire ! C’est la vraie place d’une Fille de la Charité.”

“Humble dans son autorité, Sœur Rosalie nous reprenait avec une grande délicatesse ; sa formule ordinaire était celle-ci : “Notre Seigneur demandait cela de vous ... ne l’avez-vous pas compris ?” ...“Elle était sévère sur la manière dont nous recevions les pauvres : ils sont nos Seigneurs et nos Maîtres ! Y avez-vous pensé, ma sœur, lorsque vous avez expédié ce pauvre si rudement ? ” ... “Si, à la suite d’une démarche, nous rapportions une bonne réponse, elle nous envoyait la communiquer aux familles intéressées pour nous faire jouir de leur bonheur et nous encourager à nous fatiguer pour le bien des pauvres : nous n’en ferons jamais assez, mes sœurs ! ”

“Sœur Rosalie voyait Dieu dans ses compagnes qu’Il avait choisies pour épouses. Elle les aimait tendrement comme une mère”... “Lorsque le temps était mauvais ou qu’un orage survenait pendant que nous étions en courses, elle trouvait toujours un moment pour mettre nos chaussures dans l’âtre de la cheminée ... elle s’assurait elle-même si nous n’avions pas les pieds humides, si nos vêtements étaient chauds !! ...

"Si l’amour est un feu, le zèle en est la flamme ! ” disait St Vincent. La petite communauté de la rue de l’Epée de Bois soutenue par la prière et l’amour fraternel, était prête à affronter la grande misère de ce siècle tourmenté.“

"Pour rendre à l’homme sa dignité ...”

“Le pauvre peuple meurt de faim et se damne.” disait Saint Vincent de Paul. Telle était la situation des campagnes au XVIIe siècle en France.

C’est une situation semblable - pire peut-être ! - que constate la jeune sœur Rosalie arrivant au quartier St Médard à Paris. Mal logés, affamés, exploités, les pauvres sont livrés à la déchéance et à la révolte.

"Le plus pauvre quartier de Paris ; celui dans lequel les 2/3 de la population manquent de bois en hiver, celui qui jette le plus de marmots aux “Enfants Trouvés”, le plus de malades à l’Hôtel-Dieu, le plus de mendiants dans les rues ... le plus d’ouvriers sans travail sur les places, le plus de prévenus à la Police correctionnelle.” Honoré de Balzac.

“Traquer la misère pour rendre à l’homme sa dignité” tel sera l’objectif de Sœur Rosalie pendant 54 ans !

Avec sa communauté, elle soigne, nourrit, visite, console, apaise .. inlassablement ! Douée d’une vive sensibilité, elle compatit à toute souffrance :"Il y a quelque chose qui m’étouffe, dit-elle, et qui m’enlève tout appétit ... c’est l’idée que tant de familles manquent de pain” ... et son intuition féminine lui suggère le geste à faire, la solution à inventer. Pour le service des pauvres - quels qu’ils soient - elle ose tout entreprendre avec intelligence et audace : rien ne l’arrête quand il s’agit de mettre ou de remettre l’homme debout.

Sœur Rosalie a vécu à la lettre et au jour le jour ces recommandations des Fondateurs :
"Je ne dois pas considérer les pauvres selon leur extérieur ni ce qui paraît de leur esprit ... mais tournez la médaille et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu nous est représenté par ces pauvres ... Lui qui n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion ...” St Vincent de Paul

“Il faut les aimer tendrement et les respecter fortement.” Ste Louise de Marillac

Sœur Rosalie ne conteste pas l’ordre établi, n’entretient pas la révolte : ce n’est pas sa méthode. Pour lutter contre l’injustice et la misère, elle éveille la conscience de ceux qui ont le pouvoir ou l’argent, elle travaille à l’instruction des enfants et des jeunes des familles pauvres et, pour répondre à l’urgence, elle pousse au partage : elle “organise la charité“. Il y a tant de manières de faire la charité, dit-elle. Le petit secours en argent ou en nature que nous donnons aux pauvres ne peut durer longtemps, il faut viser à un bien plus complet, plus durable : étudier leurs aptitudes, leur degré d’instruction et tâcher de leur procurer du travail afin de les aider à sortir d’embarras ”. Sœur Rosalie fait preuve d’une grande lucidité. Avec joie, elle soutient et conseille ses amis engagés dans les réformes sociales, mais, par prédilection, la servante rejoint les pauvres, “ses maîtres” sur le terrain de la misère.

Comme pour Saint Vincent de Paul, on peut dire de Sœur Rosalie qu’elle a le “don d’humanité” : elle est proche des pauvres, elle les comprend, elle les aime avec son cœur, avec sa foi : c’est là son secret.

“Quand le feu se propage ...”

La correspondance de Sœur Rosalie et les témoignages de ses sœurs révèlent son souci de la jeunesse et son talent d’éducatrice. Il n’y a pas loin entre le quartier Mouffetard et le quartier latin ! Quelquefois, on voyait dans son bureau des jeunes gens appartenant à toutes les écoles et aspirant à toutes les carrières : étudiants en droit et en médecine, élèves de l’Ecole Normale et de l’Ecole Polytechnique, chacun venant chercher une “ bonne œuvre ” à accomplir ou rendre compte d’un service.

Avec tendresse et respect, Sœur Rosalie les accompagne personnellement, a le souci de leurs conditions de vie, les soutient, assure le lien avec leur famille, et, en bonne éducatrice, elle demande à chacun ce qu’il peut mettre au service des pauvres : à l’un sa plume, à l’autre son activité, à celui-là sa parole, à tous, quelques instants pour porter des secours. Elle leur recommande la patience, l’indulgence et la politesse.
“Aimez les pauvres, ne les accusez pas trop ... souvenez-vous que le pauvre est encore plus sensible aux bons procédés qu’aux secours.”

Les relations se poursuivaient lorsque ces jeunes gens repartaient en province : les nouvelles arrivaient alors à la rue de l’Epée de Bois et étaient communiquées aux intéressés grâce à la diligence et à la discrétion de Sœur Rosalie qui continuait à stimuler les vocations qu’elle avait suscitées.

Les archives conservent une quarantaine de lettres adressées à un jeune notaire, Cyprien Loppe, de Boulogne sur Mer, qui, du temps de ses études de Droit, à Paris, avait bénéficié de l’aide et des conseils de Sœur Rosalie. Le contenu de ces lettres nous permet de suivre la persistance de cette aide et nous révèle l’amitié claire et profonde qui existait entre Sœur Rosalie et ces jeunes étudiants. Elle soutient de ses conseils son “ gros ami ” dans ses débuts professionnels et continue de le maintenir dans l’exercice de l’activité charitable qu’il avait eue près d’elle lorsqu’il était étudiant.

Ainsi, Sœur Rosalie a éveillé et formé des vocations de laïcs et de prêtres pour la charité.

“Pour que grandisse un réseau de charité ...”

Au lendemain de la Révolution de 1830, l’effervescence des esprits était grande : inquiétude, soif d’un monde plus juste, désir d’un changement de société, engagement des catholiques ... Il y avait à ce moment-là à la Sorbonne, toute une jeunesse studieuse, désireuse d’insuffler une vie nouvelle à cette société malade.

Un petit groupe se réunissait dans une sorte de cercle d’études appelé “Conférence d’histoire”. Les réunions avaient lieu chez M. Emmanuel Bailly, professeur de Philosophie et Directeur du journal “La tribune catholique”. Parmi les habitués de ce cercle, se trouvaient Ozanam, Lamache, Letaillandier, Léon Le Prévost, Lallier ... et quelques autres. Un camarade leur lança un jour ce défi : “... Vous qui vous vantez d’être catholiques, que faites-vous ? ”

Cette interpellation fit réfléchir le groupe .. L’un d’eux proposa : “Fondons une Conférence de Charité”. Cette idée plût à tous ; mais ils avaient besoin d’un guide.M. et Mme Bailly connaissant bien Sœur Rosalie, les envoient à la rue de l’Epée de Bois. Sœur Rosalie leur enseigne à visiter l’indigence à domicile. Ils apprennent avec elle à voir Notre Seigneur dans les pauvres. Leur indiquant les familles à visiter, elle leur donne des avis sur la manière chrétienne de les aborder, de les respecter, de les considérer comme des frères, riches en humanité.

Fondée le 23 avril 1833, la Conférence de Charité devint, en février 1834, la Conférence de Saint Vincent de Paul, qui fut choisi comme maître et modèle. Le nombre des membres de la Conférence augmenta rapidement. En 1835, Monsieur Le Prévost proposa de la dédoubler pour en créer une à St Sulpice, et d’autres suivraient. Il y eut discussion : les avis étaient très partagés ! L’unanimité se fit lorsque celui qui l’avait proposée dit que l’idée venait de Sœur Rosalie. Les Conférences se multiplièrent rapidement à Paris et en province ...

Frédéric Ozanam rêvait “d’enserrer le monde dans un réseau de charité.”

“Un chemin de réconciliation... ”

Le petit parloir de la rue de l’Epée de Bois ne désemplit pas ! La communauté est au centre d’un vaste réseau d’entraide où chacun peut venir demander ou offrir. Riches ou pauvres, faibles ou puissants, Sœur Rosalie les connaît tous ; responsable de la communauté, elle est appelée “la Mère” et elle l’est vraiment, prête à porter secours, à chaque instant, à ceux qui souffrent.

Quelques faits relatés par les biographes permettent d’apprécier la droiture, le courage et l’extraordinaire liberté de cette femme hors du commun.

* 27-28-29 juillet 1830 “Les trois Glorieuses” : le peuple est en colère ! Paris est couvert de barricades. Pendant qu’à la rue du l’Epée de Bois on s’occupe des blessés — émeutiers ou soldats — Sœur Rosalie part à la recherche du général de Montmahaut, un bienfaiteur des pauvres, porté disparu. Risquant sa vie, elle franchit les barricades. Elle le découvre grièvement blessé place de l’Hôtel de Ville ... elle le ranime : il est sauvé !

* La justice des lendemains de révolution est souvent sévère !Des personnes qui s’étaient compromises pendant les émeutes sont venues chercher refuge chez Sœur Rosalie qui les a protégées et a facilité leur fuite. Ordre est donné au Préfet de Police, M. Gicquel, d’arrêter Sœur Rosalie. “Impossible !” dit le policier chargé de l’exécution. Tout le peuple prendrait les armes ! ”Qu’à cela ne tienne ! Le Préfet s’y rendra lui-même ! Traversant la foule, il demande à parler à Sœur Rosalie. Très aimablement, il est prié d’attendre son tour ; ensuite s’engage le dialogue :
— “Que puis-je faire pour vous rendre service", dit-elle ?
— Madame, je ne suis pas venu pour vous demander un service, mais pour vous en rendre ; je suis le Préfet de Police et je veux savoir comment vous avez osé vous mettre en rébellion contre la loi ?
— Monsieur le Préfet, je suis Fille de la Charité, je viens en aide aux malheureux partout ... Si vous étiez poursuivi, je vous porterais secours, je vous le promets !
— Ne recommencez pas ! répond le préfet surpris.
— Cela je ne peux pas vous le promettre ! Une Fille de Saint Vincent de Paul n’a jamais le droit de manquer à la charité.”

* Février 1931 : Sœur Rosalie remet un bon de pain à un vieil homme ; il le refuse. “Merci, ma Sœur , je n’en ai plus besoin : demain nous allons piller l’Archevêché.” Le lendemain, l’Archevêché est en flammes, mais Monseigneur de Quélen et un groupe de prêtres ont trouvé refuge à la rue de l’Epée de Bois.

* A plusieurs reprises, le choléra fait son apparition ! Partout règne la peur et la peur fait naître la suspicion : on se met à accuser les médecins et les pharmaciens de semer la contagion par haine du pauvre peuple et on veut les massacrer. Le Docteur Royer-Collard transportait un malade à l’hôpital. On l’arrête ! Il proteste ... mais la colère est aveugle !Alors, il crie à ces braves gens du quartier Mouffetard : “Mais je suis un ami de Sœur Rosalie!” La colère tombe : on le laisse passer !

* A l’école, une petite fille pleure parce que son père a été emmené en prison; Sœur Rosalie connaît la famille : cet homme, honnête ouvrier, s’est laissé entraîner par des meneurs. Le général Cavaignac qui estimait Sœur Rosalie, venait parfois à la rue de l’Epée de Bois ... Ce jour-là, elle lui propose une visite à l’école. Pendant que les regards émerveillés des enfants se tournent vers ce visiteur au beau costume orné de galons d’or, Sœur Rosalie s’adresse à la petite fille : “Mon enfant, voici un Monsieur qui peut, s’il le veut, délivrer votre papa” — “Ah! Monsieur, rendez-moi mon papa ! Nous avons grand besoin de lui à la maison ! ”— “Mais, il doit avoir fait quelque chose de mal?” — “Oh non ! Maman m’a dit que non ... et, s’il l’a fait, il ne le fera plus, je vous le promets ... Rendez-le moi ! Je vous aimerai bien ! ”

Lequel fut le plus ému ? Quelques jours plus tard - sans doute grâce à l’intervention de Sœur Rosalie - le prisonnier se retrouvait en famille.

* 1848 ! De nouveau l’horizon se charge de nuages ! La bourgeoisie veut régner et le peuple veut vivre autrement que misérable ! Et ce fut le même déroulement qu’en 1830 : batailles de rues dans tout Paris ! Une forte barricade avait été dressée à l’angle de la rue Mouffetard et de la rue de l’Epée de Bois. Elle était bien défendue ! Un officier de la Garde Mobile avait gravi la barricade avec ses troupes ... mais tous ses hommes étant tombés sous la rafale des manifestants, il reste seul au milieu des émeutiers en furie, il se précipite alors dans la petite cour de la maison des sœurs : les fusils des manifestants se braquent sur lui : Sœur Rosalie s’interpose en criant: “On ne tue pas ici ! ”— “Non ! mais dehors ! On l’emmène !! ” Sœur Rosalie refuse ... Les hommes, ivres de sang, vont faire feu par-dessus les épaules des sœurs qui entourent le condamné. Mais Sœur Rosalie s’est jetée à genoux : “Au nom de tout ce que j’ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme !” Les fusils s’abaissent ... quelques hommes pleurent ... l’officier est sauvé ! “Qui êtes-vous , ma Sœur ?” demande-t-il. “Rien, Monsieur, une simple Fille de la Charité.”

“Rien que cela ! ”

OUI ! Une simple Fille de la Charité ...
rien que cela ! Mais vraiment cela !

Le rôle joué par Sœur Rosalie en une période troublée de notre histoire rappelle l’action de Monsieur. Vincent en son temps. Comme lui, avec réalisme, intelligence et audace, à travers émeutes et révolutions, elle a mis tout en œuvre pour la défense des faibles et le rapprochement des catégories sociales.

Grâce à son Charisme personnel et à sa Foi, la communauté du quartier Mouffetard a tracé un chemin vers la justice et vers la paix.

St Vincent disait aux premières sœurs :“ Si l’on vous mène voir l’évêque ... dites-lui que vous êtes de pauvres Filles de la Charité qui vous êtes données à Dieu pour servir les pauvres. ”

C’est bien cette identité que Sœur Rosalie a incarnée merveilleusement pendant 54 ans au quartier Mouffetard.

Paroles de Sœur Rosalie Rendu

"Il y a quelque chose qui m'étouffe et qui m'enlève tout appétit, c'est l'idée que tant de familles manquent de pain"

"Il faut toujours avoir une main ouverte pour donner afin de beaucoup recevoir"

"Il y a tant de manières de faire la charité. Le petit secours en argent ou en nature que nous donnons aux pauvres, ne peut durer longtemps, il faut viser à un bien plus complet, plus durable, étudier leurs aptitudes, leur degré d'instruction et tâcher de leur procurer du travail afin de les aider à sortir d'embarras."“Haïssez le péché, mais aimez les pauvres. Si nous avions passé les épreuves de ces pauvres gens, si notre enfance avait grandi comme la leur, loin de toute inspiration chrétienne, nous serions loin de les valoir."

"Faites toujours ce que vous pourrez, le bon Dieu nous charge de défricher, de semer, de cultiver ; c'est Lui qui arrose et fait fructifier. Vos efforts ne seront pas perdus, la Grâce aura son temps. Priez bien…"

"C'est Jésus Christ lui-même que nous allons servir ; comme il faut avoir de respect et de dévotion envers ses membres souffrants."

"Un grain d'amour propre suffit pour altérer le mérite d'une bonne action. Quelle folie de nous attribuer le succès de quelques-unes de nos entreprises, lorsque nous le devons au souvenir d'un pauvre qui aura prié pour nous, ou à l'intervention d'une bonne âme que nous ne connaissons pas… Pour empêcher les chutes, il faut s'appuyer sur deux béquiller : la confiance en Dieu, la défiance de soi-même."

Au Préfet de Police
"Monsieur le Préfet, je suis Fille de la Charité : je n'ai pas de drapeau. Je viens en aide aux malheureux partout où je les rencontre; je cherche à leur faire du bien sans les juger et je vous promets, si jamais vous étiez poursuivi vous-même et que vous me demandiez secours, il ne vous serait pas refusé…Une Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul n'a jamais le droit, quelque qu'en soit la conséquence, de manquer à la charité."

A l'envoyé du Ministre Monsieur de Lamartine
"Monsieur, je vous remercie de ce que vous me dites, mais ce n'est point pour les remerciements que j'ai fait ce que j'ai cru mon devoir. Je sers Dieu. C'est de Lui que j'attends ma récompense.

Témoignages de ses contemporains
rapportés au cours du procès informatif

1. Ma grand-mère qui avait perdu son mari dix ans après son mariage, traversait une crise au sujet de sa foi et n’avait plus aucune confiance dans la Providence. Elle s’est ouverte de sa détresse morale à Soeur Rosalie qu’elle avait, je pense, rencontrée à l’église Saint Médard quand elle y conduisait ses enfants au catéchisme. Le remède proposé par Soeur Rosalie à ma grand-mère pour lui rendre la foi en la Providence fut très simple. Elle lui dit : “Mettez-vous au service des pauvres. Visitez les malades et les malheureux et l’espoir en Dieu vous reviendra nécessairement”. Ma grand-mère a suivi le conseil. Elle a retrouvé la foi, elle est morte comme une fervente chrétienne. J’avais à cette époque 17 ans et je puis en témoigner.

2. Mon grand-père et mon grand oncle avaient une grande vénération pour Soeur Rosalie. Ils m’ont toujours dit : “S’il est question un jour, de béatifier la Soeur Rosalie, nous te chargeons de répéter ce que nous savons qu’elle a dit et fait dans le quartier.” D’anciens ouvriers de la génération de mes parents en parlaient également volontiers : “Ils l’appelaient l’ange du quartier et la mère de toutes les misères.” Ils avaient comme un besoin de rappeler tous les bienfaits qu’elle avait semés autour d’elle. Un protestant qui faisait partie de ce groupe disait à qui voulait l’entendre : “Cette bonne Soeur fera courir les foules à son tombeau.”

La charité de Soeur Rosalie pour les pauvres n’avait pas de limite. Elle se dépensait sans compter pour eux et pour les enfants, jours et nuits. On peut dire qu’elle ne prenait aucun repos. Elle allait à domicile visiter les malades et les malheureux : elle faisait le ménage, elle leur donnait les soins qu’ils réclamaient. Habituellement, elle leur apportait dans son cabas quelques douceurs pour leur repas. Les vieux disaient : “Quand on la béatifiera, on veut la voir avec son panier au bras . Elle se faisait donner, dans ses relations, des vêtements et des chaussures qu’elle s’empressait ensuite de distribuer à ses clients. Elle ne faisait pas de différence entre les croyants et les incroyants. Elle disait : "Je vois le Bon Dieu en eux et c’est tout.”

Pendant la révolution, elle a fait des choses incroyables. Il n’y a que le Bon Dieu qui le sait. Elle allait partout, elle passait partout. Les fusils s’arrêtaient quand on la voyait arriver. On l’aidait même à franchir les barricades et les insurgés lui proposaient de l’accompagner. Elle est venue en aide aux blessés et aux mourants.

Pour les morts, elle a fait également des choses invraisemblables. Monsieur Louis, un vieux menuisier du quartier Mouffetard pourrait dire, s’il vivait encore, qu’elle lui demandait des planches, avec lesquelles elle fabriquait des cercueils pour ensevelir les corps qu’elle ramassait dans les rues. Elle a renouvelé ce geste à l’époque du choléra. Elle mettait les corps dans une voiture à bras; elle les portait à l’église et les conduisait ensuite au cimetière.

Le peuple la considérait comme une sainte. Ils lui parlaient avec considération et respect. Elle était la mère de tout le monde et de toutes les misères. Tous étaient persuadés que dans l’avenir l’Eglise la béatifierait et la prierait comme une sainte. Les vieux disaient : “Si j’étais là-haut, j’irai tirer les oreilles à Saint Vincent de Paul pour qu’il la fasse béatifier tout de suite”.

3. Mon grand père a pris soin de rassembler toutes les lettres qu’il avait de Soeur Rosalie. Il en avait fait un paquet ficelé avec une note explicative pour demander à ses descendants de les conserver précieusement dans l’espoir qu’un jour la question se poserait de béatifier la Servante de Dieu. Ce dépôt, préservé du pillage durant la guerre de 1940, m’a échu et j’en suis la fidèle gardienne. Je l’ai remis entre les mains du Vice-Postulateur.

Bibliographie

MULLOIS Isidore - La charité et la misère à Paris - Paris et Lyon, 1856, tome II, pages 175-189
BOUCLON (de) Adolphe - Vie de la Sœur Rosalie de la Congrégation de Saint Vincent de Paul - Paris, 1856
MELUN (de) Armand - Vie de la Sœur Rosalie, Fille de la Charité - Paris 14857 - 13éme édition en 1939
DUBOIS Rosalie - Vie de la Sœur Rosalie - ¨Paris, 1857
MASSON Louis - Sœur Rosalie - Lyon - Vitte, 1901
LAUDET Fernand - La Sœur Rosalie - Paris, Bloud et Cie - 1911
BAUSSAN Charles Louis - La Sœur Rosalie intime - Paris, Libraire des Saints Pères, 1913
BAUDOUIN Marie Jeanne - Sous la cornette de Saint Vincent de Paul - Päros, Spes, 1923`
APPERT Henriette - Sœur Rosalie, Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul - Niort, Nicolas, 1923
LHOTTE Celine et DUPEYRAT Elisabeth - Cornette et barricades - Collection la Grande aventure - Paris, Bloud et Gay, 1935
DANEMARIE Jeanne - A travers trois révolutions : Sœur Rosalie, Fille de la Charité - Paris, Plon, 1947
DESMET Henri, Prêtre de la Mission - Sœur Rosalie, une Fille de la Charité - Cinquante ans d’apostolat au quartier Mouffetard - Paris, Pierre Krémer, 1953
ANDRE Marie - Sœur Rosalie - Toulouse, Apostolat de la Prière - 1953
CHRISTOPHE Paul - Grandes figures sociales du XIXème siècle - Chapitre 2 : Soeur Rosalie, la Providence du quartier Mouffetard - Petite encyclopédie moderne du Christianisme - Desclée de Brouwer; 1997
DINNAT Claude - Sœur Rosalie Rendu ou l'amour à l'œuvre dans le Paris du XIXéme siècle - Edition L'Harmattan - 2001
CHARPY Elisabeth, ROUX Geneviève, DINNAT Claude - Sœur Rosalie Rendu, une Fille de la Charité au cœur de feu - Album - Edition du Signe - 2003.



Documents relatifs à
la Compagnie des Filles de la Charité

Historique

La Compagnie des Filles de la CharitéLa Compagnie des Filles de la Charité a été fondée par Vincent de Paul et Louise de Marillac le 29 novembre 1633.

Au départ, c'est un petit groupe de quelques paysannes, venant aider les Dames qui servent les malades dans les Confréries de la Charité, associations charitables fondées par Vincent de Paul en 1617 à Châtillon sur Chalaronne.
Vincent de Paul, dans son entretien avec les douze premières paysannes, présente ce service comme une “Suite du Christ”. :
“La Providence vous a toutes douze ici assemblées et, ce semble, avec dessein que vous honoriez sa vie humaine sur la terre ... C’est aller à Dieu que servir les pauvres”.

Pour Vincent de Paul, ces paysannes ont été choisies, appelées par Dieu. Il leur demande de reconnaître cet appel de Dieu et de demeurer, comme la Vierge Marie, dans une profonde humilité.
“Sachez, mes filles, que Dieu a commencé l'Eglise par des pauvres, et dites : "Pource que je ne suis rien, Dieu m'a choisie pour lui rendre un grand service. Dieu l'a voulu. Je ne l'oublierai jamais de ma bassesse et adorerai toujours sa grande miséricorde sur moi".

La vie quotidienne de ces filles, que le peuple appelle les filles des Charités, est réglée par les exigences du service : aller chercher chez la Dame de la Charité qui l'a préparée la lourde marmite de soupe, parcourir les rues et monter dans les taudis où vivent les pauvres malades, distribuer la nourriture aux affamés. Cette communauté de laïques consacrées a pour objectif d'apporter à tous ceux qui sont dans le besoin, les déshérités, les exclus de la société, tous les marginaux, une aide efficace, concrète, leur permettant de ne pas mourir de faim, de retrouver la santé..

Ce service humanitaire est sous tendu par une solide vie spirituelle qui puise sa force dans la contemplation de Jésus Christ.

Lentement, en suivant pas à pas les événements, ces "signes de Dieu", les Filles de la Charité partent hors de Paris et prennent en charge de nouvelles catégories de pauvres : les enfants trouvés, les galériens, les malades dans les hôpitaux.

Le service des pauvres reste l'objectif premier de la Compagnie des Filles de la Charité. Monsieur Vincent le redit fréquemment :
"Vous devez souvent penser que votre principale affaire et ce que Dieu vous demande particulièrement est d'avoir un grand soin de servir les pauvres, qui sont nos seigneurs. Oh, oui, mes sœurs, ce sont nos maîtres. C'est pourquoi vous les devez traiter avec douceur et cordialité, pensant que c'est pour cela que Dieu vous a mises et associées ensemble, c'est pour cela que Dieu a fait votre Compagnie. Vous devez avoir soin que rien ne leur manque en ce que vous pourrez, tant pour la santé de leur corps, que pour le salut de leur âme. Que vous êtes heureuses, mes filles, que Dieu vous ait destinées à cela pour toute votre vie. ”

Envoyées dans des établissements loin de Paris, les Sœurs sont interrogées par les Evêques, les Curés, les Administrateurs sur leur identité. Qui prétendent-elles être ? Sont-elles des laïques ou des religieuses ? Quelle est la signification de leurs vœux , de leur vie communautaire ?

Vincent de Paul et Louise de Marillac seront très attentifs à expliquer le sens de la vocation de la Filles de la Charité et à conserver à cette communauté nouvelle son objectif prioritaire: le service des pauvres.

Les Règles, approuvées par le Cardinal de Retz, archevêque de Paris, le 18 janvier 1655, comportent une page appelée "Charte des Filles de la Charité".

Pour expliquer aux Sœurs ce qu'elles sont, Vincent de Paul et Louise de Marillac partent du modèle connu : la vie religieuse vécue dans un monastère, marquée par l'engagement solennel de la profession religieuse où les Religieuses prononcent des vœux perpétuels. La comparaison est faite avec la vocation de la Fille de la Charité, cet appel entendu de Dieu, qui nécessite de pouvoir aller et venir pour servir les pauvres, vocation qui exige une solide vie personnelle.

“Elles considéreront qu'elles ne sont pas dans une religion, cet état n'étant pas convenable aux emplois de leur vocation.
Néanmoins, à raison qu'elles sont plus exposées aux occasions de péché que les religieuses obligées à la clôture,
n'ayant pour monastère que les maisons des malades et celle où réside la supérieure,
pour cellule une chambre de louage,
pour chapelle l'église paroissiale,
pour cloître les rues de la ville,
pour clôture l'obéissance, ne devant aller que chez les malades ou aux lieux nécessaires pour leur service,
pour grille la crainte de Dieu,
pour voile la sainte modestie,
et ne faisant point d'autre profession pour assurer leur vocation, et que, par cette confiance continuelle qu'elles ont en la divine Providence et par l'offrande qu'elles lui font de tout ce qu'elles sont et de leur service en la personne des pauvres,
pour toutes ces considérations elles doivent avoir autant ou plus de vertu que si elles étaient professes dans un Ordre religieux,
c'est pourquoi elles tâcheront de se comporter dans tous ces lieux-là du moins avec autant de retenue et de récollection et d'édification que font les vraies religieuses dans leur couvent.
Pour à quoi parvenir, il faut qu'elles s'étudient à l'acquisition de toutes les vertus que leur règlement leur recommande, mais particulièrement
d'une profonde humilité,
d'une parfaite obéissance et d'un grand détachement des créatures, et surtout user de toutes les précautions possibles pour conserver parfaitement la chasteté du corps et du cœur.”

Pour répondre à la vocation que Dieu lui propose, la Fille de la Charité s'engage donc à vivre sa consécration à Dieu en plein monde, là où les pauvres sont sans secours. L'humilité, cette vertu qui permet de reconnaître en toute vérité les dons reçus de Dieu, la maintient proche du pauvre qui, le plus souvent, ne peut vivre la richesse de son humanité.

En tout temps et en tous lieux, les Filles de la Charité s'efforcent de vivre les recommandations de Vincent de Paul :

“Pour être vraies Filles de la Charité, il faut faire ce que le Fils de Dieu a fait sur terre. Et qu'a-t-il fait principalement ? ... Il a continuellement travaillé pour le prochain, visitant et guérissant les malades, instruisant les ignorants pour leur salut. Que vous êtes heureuses, mes filles, d'être appelées à une condition si agréable à Dieu..”

Au XVIIème siècle, les Filles de la Charité sont allées en diverses régions de France, et dès 1652, en Pologne à l'appel de la reine Louise Marie de Gonzague Au XVIIIème siècle, des Filles de la Charité partent en Italie, en Espagne et jusqu'en Russie.

La Révolution française supprime toutes les Congrégations religieuses. Quelques Filles de la Charité meurent martyres de leur Foi, à Angers, à Arras, à Dax. D'autres, nombreuses, connaissent la prison. Dès la fin de 1800, Napoléon, ayant besoin d'infirmières dans les hôpitaux, rétablit la Compagnie des Filles de la Charité.

Le XIXème siècle et le début du XXème sont marqués par une très forte expansion missionnaire en Europe, mais surtout en Amérique Latine et en Asie (Chine, Iran) et à Madagascar..

La Compagnie des Filles de la Charité vit au rythme de l'Eglise, soucieuse de contrebalancer les dégâts provoqués par la Révolution. Une structure de “type monacal” apparaît alors nettement. Les Sœurs vivent le plus souvent dans de grandes institutions : écoles, hôpitaux, maisons de charité aux œuvres multiples.

Le Concile Vatican II invite toutes les communautés religieuses à faire leur "aggiornamento". Les Filles de la Charité, entraînées par leur Supérieure générale, Mère Guillemin qui fut auditrice au Concile, s'efforcent de retrouver leur caractère spécifique :: le service des plus pauvres. Des révisions très courageuses sont effectuées. Les Sœurs orientent particulièrement leur action auprès des isolés, des exploités, des laissés pour compte, et inventent de nouvelles formes de présence.

Les situations d'urgence les trouvent à l'œuvre - :ainsi - en Colombie, en Turquie lors des violents tremblements de terre - en Thaïlande, au Mexique, dans les camps de réfugiés - en Erythrée, en Somalie partageant la souffrance des populations confrontées à la famine . Les Sœurs partent vivre dans les favelas au Brésil, rejoignent les communautés menacées de génocide tels les Indiens dans les Andes ou les Aborigènes en Australie.

En Europe, l'accompagnement des mourants requièrent une présence discrète et forte. Les Sœurs se forment pour assurer avec compétence les soins palliatifs. Les nouvelles formes d'exclusion liées à la drogue, au Sida, au chômage, les interpellent : des petits centres sont mis en place en de nombreux pays.

Les formes de service sont multiples et diverses comme sont multiples et diverses les situations de pauvreté dans les nombreux pays où les Sœurs sont insérées. Les Filles de la Charité savent que le service des pauvres n’est plus leur apanage ni même celui de l’Eglise, beaucoup d’associations sont engagées aujourd'hui dans ce service des démunis et de la promotion de l’homme. Mais elles ont choisi de signifier, par leur engagement total au service des exclus, des démunis, l’Amour que le Christ est venu transmettre au monde.

“Elles contemplent le Christ en l'anéantissement de son Incarnation Rédemptrice... Elles apprennent du Fils de l’Homme à révéler à leurs frères l'Amour de Dieu pour le monde.” (Constitutions )

L'Incarnation du Christ les motive et les invite à aller en tout lieu. Parlant aux Sœurs qui vont partir à Calais pour le service des soldats blessés sur les champs de bataille, Vincent de Paul exprime toute la grandeur de leur vocation :
“Il est très nécessaire d'aller partout où il plaira à Dieu de vous appeler pour le service du prochain. Je ne vous puis dire d'autres raisons, mes sœurs, que celles que Notre Seigneur avait quand il vint s'incarner, qui n'est autre que l'accomplissement des desseins de Dieu son Père, qui avait vu de toute éternité que cela se ferait pour le salut des hommes...”

Côtoyant, partageant l'immense souffrance répandue dans le monde, les Sœurs s'efforcent de faire découvrir à tous la grandeur de tout être humain et de les conduire vers une vie digne. Elles savent que ce chemin, difficile et parfois plein d’embûches, est celui vécu par le Christ à travers sa mort et sa Résurrection.
“La règle des Filles de la Charité, c’est le Christ.”

La Compagnie des Filles de la Charité
situation en 2003

La Compagnie des Filles de la Charité est actuellement composée de 22 736 Sœurs
Les 2567 maisons sont réparties en 93 pays

En Afrique,
les Filles de la Charité ( 961 Sœurs en 124 insertions) sont présentes en 21 pays : Algérie, Angola, Burundi Cameroun, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Ghana, Guinée équatoriale, Kenya, Libye, Madagascar, Maroc, Mauritanie, Mozambique, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone, Tchad, Tunisie, Zaïre

En Amérique du Nord
les deux pays (USA et Canada) regroupent 948 Sœurs réparties en 124 maisons.

En Amérique du Sud,
les Filles de la Charité sont présentes 21 pays : Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, Equateur, Guatemala, Haïti, Honduras, Mexique, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, Porto Rico, Saint-Domingue, Salvador, Uruguay, Venezuela.
Le Brésil de langue portugaise réunit 1780 Sœurs en 243 maisons.
Les pays de langue espagnole regroupent 3 003 Sœurs en 398 maisons.

En Asie
les Filles de la Charité ont été envoyées en 18 pays : Cambodge, Chine, Corée, Inde, Indonésie, Iran, Israël, Japon, Jordanie, Kazahhstan Laos, Liban, Philippines, Russie orientale, Syrie, Taïwan, Thaïlande, Vietnam
1765 Filles de la Charité y sont présentes en 237 maisons.

En Europe,
les Filles de la Charité sont présentes en 28 pays : Albanie, Allemagne, Autriche, Belgique, Biélorussie, Croatie, Danemark, Espagne, France, Grande Bretagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Macédoine, Monaco, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suisse, Turquie, Ukraïne, Vatican, Yougoslavie.
Les 1460 maisons regroupent 14 205 Sœurs.

En Océanie,
3 pays ont accueilli les Filles de la Charité : l'Australie, la Nouvelle Zélande et les Iles Fidji.
Les 74 Sœurs sont réparties en 14 maisons.

La Compagnie des Filles de la Charité est divisée en 78 Provinces. Le gouvernement provincial comprend une Visitatrice, assistée d'un Conseil de 3 à 6 Sœurs, suivant l'importance de la Province. Cette entité provinciale est en lien avec la Supérieure Générale qui réside à Paris, elle-même assistée d'un Conseil de 10 Sœurs de nationalité et de langue différentes

La mobilité est nécessaire aux Filles de la Charité pour demeurer présentes près des plus pauvres Au cours des six dernières années, si 536 maisons ont été fermées, 242 ont pu être ouvertes.

Dans presque toutes les Provinces disposant d’une marge d’action pour répondre aux options, et grâce à une révision des œuvres continuelle, on est en train de remplacer les services où notre présence n’est pas tout à fait nécessaire par d’autres destinés à des personnes plus démunies, en tenant compte surtout des nouvelles pauvretés : la femme maltraitée et en difficulté de toutes sortes; les enfants abandonnés, privés du nécessaire vital; l’émigration, source de multiples pauvretés et de conséquences tragiques sur la vie; les malades du sida, tout particulièrement dans les continents où n’arrivent pas les remèdes existant déjà, etc, etc.

De nouvelles missions ont été ouvertes au Cambodge, au Kazakhstan, et au Laos, en Asie ; en Alaska aux Etats-Unis ; en Libye, au Tchad, au Kenya en Afrique ; et l’expansion, commencée après la chute du communisme, continue vers l’Ukraine, la Biélorussie, la Sibérie. De nouveaux appels frappent à nos portes constamment.

Dossier de presse établi par Sœurs Marie-Geneviève ROUX et Élisabeth CHARPY
Septembre 2003