Colloque Sœur Rosalie Rendu
«L'audace de la Charité»

Du 7 au 9 mai 2004, un Colloque, ayant pour titre «L'audace de la Charité» a réuni près de 160 personnes dans le Grand Ampli de l'Institut Catholique de Paris : Filles de la Charité, Prêtres de la Mission, Vincentiens, Paroissiens de Paris, Jeunes d'horizon divers.

Dans la suite logique de la Béatification de Sœur Rosalie, le 9 novembre 2003, le GRAV (Groupe de Recherche et d'Animation Vincentienne), avait évoqué la possibilité d'un Colloque pour célébrer cet événement. Mère Evelyne FRANC et le Conseil général des Filles de la Charité ont apprécié et encouragé cette initiative

Lors de l'ouverture de ce Colloque, le Père LAUTISSIER en montrait tout l'enjeu : «Nous ne prenons la vraie mesure de Soeur Rosalie que dans l'intérêt que nous portons à son message et à son exemple. Ceux-ci véhiculent des valeurs qui nous font vivre : la place centrale du Christ dans toute vie jusqu'à l'imitation, la passion du Royaume, une foi vive qui adhère à l'Évangile, une perception de l'esprit et du mystère de la charité, capables de transformer toute une vie, une prière d'oraison quotidienne et opérante, une attention soutenue à des vertus phares comme l'humilité ou la simplicité.»

La première partie du Colloque   abordait la vie et l'action de Soeur Rosalie en la resituant dans son environnement social, ecclésial, communautaire.

Le vendredi soir, devant un public déjà nombreux, Sœur Marie Geneviève ROUX, avec sa passion et son cœur, a redit les grands linéaments de la vie, de l'action et de l'esprit de Soeur Rosalie.

Cette Fille de la Charité a été immergée dans la société et l'Eglise de son temps. Elle a vraiment été de son temps, mais des traits de lumière prémonitoires lui confèrent cette actualité qui provoque aujourd'hui.

Le samedi matin, le professeur Gérard CHOLVY a présenté les institutions, l'économie, le social de cette première partie du XIX° siècle, tout en contraste : temps des Révolutions, des nombreux changements de gouvernement, début de l'industrialisation, prise de conscience de la misère des ouvriers par une partie des catholiques

Le Professeur Jacques-Olivier BOUDON fit découvrir la situation de l'Eglise de Paris, cette capitale du meilleur et du pire. A cette époque, certains dans l'Eglise essaient de reconquérir des positions de puissance ; d'autres s'interrogent sur le caractère d'Eglise-servante. En ce début du XIX° siècle, les classes défavorisées amorcent leur éloignement de l'Eglise ; «l'Eglise a perdu la classe ouvrière  » dira-t-on plus tard.   C'est dans ce contexte que Soeur Rosalie a approché les pauvres du quartier Mouffetard et leur a montré malgré tout «de quel amour Dieu les aime» .

Sœur Elisabeth CHARPY a relaté les difficultés qui ont surgi   dans la Compagnie des Filles de la Charité à propos de son   statut, de sa relation avec le Supérieur Général de la Mission, car Napoléon voulait placer la Compagnie sous l'autorité des Evêques. A travers les drames de conscience, les Sœurs ont mesuré leurs décisions à l'aune du service des pauvres. Le calme étant revenu au sein de la Compagnie, une extraordinaire expansion s'est fait jour, avec des Séminaires de 500 Sœurs et l'envoi de très nombreuses Sœurs en mission sur les terres lointaines de Chine et l'Amérique Latine.

Mademoiselle Mireille BEAUP nous a montré tout ce que devait à Sœur Rosalie le jeune universitaire Frédéric OZANAM. Rue de l'Epée-de-bois, celui-ci a trouvé non seulement des adresses de pauvres à visiter et des bons de pain à distribuer, mais un enseignement sur "la manière", manière d'approcher le démuni et le sans voix ; l'action caritative si elle veut être témoignante implique prise en compte de tout l'homme, respect de la personne du pauvre, politesse et humilité. Mademoiselle BEAUP, qui enseigne à l'Ecole Cathédrale, vient de publier «Frédéric Ozanam, la sainteté d'un laïc.»

Avec beaucoup d'émotion, et de rigueur historique, Monseigneur Xavier de TARRAGON parla de son arrière grand oncle, le Vicomte Armand de MELUN, premier biographe de Sœur Rosalie. Il entra dans ce grand réseau de charité tissé par elle, ce qui l'initia au catholicisme social.

La deuxième partie du Colloque souhaitait aborder «l'audace de la Charité aujourd'hui».

Trois Filles de la Charité et un Confrère de la Société de Saint Vincent de Paul ont apporté leur témoignage. Dans les conditions de vie d'aujourd'hui, et sur une aire bien vaste allant de la France, de la Belgique jusqu'aux Etats Unis, la charité de Jésus Christ vibre toujours

Sœur Danièle KOGEL, de Persan, a lu la lettre de Jean Claude qui se prépare à recevoir le sacrement de confirmation. Enfant du Quart-monde, il a présenté toute la souffrance endurée au long de sa vie, et clamé sa joie d'être reconnu dans sa dignité d'homme.

Sœur Catherine BEAUCARNE a relaté l'expérience vécue en Belgique lorsqu'une maman accompagnée de ses dix enfants, est venue trouver la communauté qui s'interrogeait sur l'orientation à donner à leur ancienne maison d'enfants.

Signe de la Providence, ce fut la mise en route de «homes» pour les familles en détresse.

Sœur Louise SULLIVAN , des Etats Unis, nous a fait comprendre que la charité vincentienne a mille facettes, qu'elle est différente et à une autre échelle dans d'autres continents, mais que c'est toujours et partout la charité de Jésus-Christ, celle qui pressait Sœur Rosalie rue Mouffetard et celle qui presse nos Sœurs dans les bouges de Brooklyn.

Monsieur Guillaume DUHERET nous a montré ce que devenait sur le terrain d'aujourd'hui la lancée d'Ozanam par Rosalie sur les chemins de la charité. Après les JMJ de 1997, il a entendu le "Viens et vois" des Confrères de Saint-Étienne-du-Mont. Pour approcher le pauvre, il faut se mettre au niveau de la personne, faire face à la diversité des besoins. Il nous a dit la joie du service et le besoin de la rencontre et de la vérification avec les Confrères de la Conférence.

En fin d'après-midi, deux cars emenèrent les participants du Colloque au bas de la rue Mouffetard en l'église Saint-Médard, la paroisse de Sœur Rosalie.
La messe dominicale, célébrée par le Cardinal Jean-Marie Lustiger, rassembla les partici-pants et les paroissiens. Ce devait être un temps fort de prière et d'actions de grâce.

Le dimanche matin, les principaux partenaires de la Famille vincentienne et de l'Eglise de France ont exposé leurs  Perspectives pour aujourd'hui dans leurs activités pour les plus démunis.

Madame Laurence de LA BROSSE, présidente nationale des Equipes Saint Vincent, a particulièrement insisté sur l'accompagnement de ceux qui vivent des situations de précarité, en les laissant  "acteurs de leur vie". Cet accompagnement   nécessite de prendre en compte toutes les dimensions de la personne : dimension sociale, culturelle, spirituelle Elle a souligné l'importance du  « beau » pour tous, ce beau qui ne doit pas être réservé à une élite.

Monsieur Michel ROUZE, vice président national de la Société de Saint Vincent de Paul, a expliqué que l'audace aujourd'hui requiert un double engagement. Premièrement changer son regard sur le pauvre : selon la parole de Saint Vincent : ils sont nos maîtres, et humilité, compassion, douceur, sont indispensables dans leur approche. Deuxièmement revisiter sa foi. La lutte contre la misère nécessite la conversion, il faut se dépouiller des  "pelures" qui encombrent pour "évangéliser en interne et en externe"

L'apport du Père Jacques TURCK, secrétaire de la Commission Sociale de l'Episcopat, a été d'abord d'ordre théologique. La "charité", vertu théologale, est configuration au Fils de Dieu, non tant en sa qualité divine... mais en sa qualité de Fils fait homme. L'exercice de la Charité de Dieu n'est pas seulement une entreprise humanitaire qui chercherait le meilleur des mondes. Il faut revitaliser la grandeur du don de Dieu et redonner au mot charité tout son mystère C'est alors qu'elle devient chemin catéchuménal, où pauvres et non pauvres s'appellent mutuellement... dans la réciprocité pour se tenir ensemble debout devant Dieu
La charité, aujourd'hui plus qu'hier, implique une redistribution des richesses selon les besoins de chacun, appelle des compétences quasi professionnelles portées par des outils complexes ; elle demande que se rejoignent les compétences professionnelles et la générosité des personnes. L'exercice de la charité a une dimension politique, elle est devenue une force politique.
"La charité et la justice sont aux prises avec les malheurs d'un monde en pleine réussite ". L'engagement du peuple de Dieu auprès des pauvres et au coeur des blessures du monde est d'une actualité extraordinaire.

Sœur Evelyne FRANC, Supérieure générale des Filles de la Charité, comme l'avait annoncé le Père Lautissier lors de l'ouverture, a lié la gerbe de ce Colloque avec le ruban de l'Espérance. Si les perspectives du Conseil général pour les Filles de la Charité sont nombreuses, Sœur Evelyne a particulièrement développé deux points : la présence au monde en ce début du XXI° siècle et l'approfondissement spirituel.

La présence au monde que la Compagnie des Filles de la Charité vit déjà se situe pour l'avenir dans le cadre de la mondialisation. Cette présence demande, de la part de toutes, une volonté politique de répondre aux nouvelles pauvretés, en tous lieux, incluant une formation adaptée. La présence au monde de l'Islam, que la Compagnie vit depuis de longues années, demande une proximité de coeur et de service, aussi bien en France, en Europe que dans les pays islamiques.

La vie consacrée a beaucoup évolué. N'étant plus reconnue par les services sociaux qu'elle rendait, elle apparaît peu nécessaire à la vitalité de la société, surtout en Europe. Ce changement est invitation à un approfondissement spirituel, car la vie religieuse ne prend sa mesure que lorsqu'elle témoigne de la promesse de la Résurrection. Reprenant les Lignes d'Action présentées par la dernière Assemblée générale des Filles de la Charité pour les six ans à venir, Soeur Evelyne insiste sur l'approfondissement spirituel. Plus fort sera le symbolisme prophétique de notre vie, plus forte sera notre efficacité évangélique.

En conclusion, elle souhaite que les Filles de la Charité relisent et approfondissent le texte de Jean Paul II «Ecclesia in Europa» et elle termine en citant une parole de Mère Guillemin :

"Notre vie, dans et pour le monde des pauvres, est appel à la sainteté,
témoignage de l'espérance chrétienne
et proclamation vivante que Dieu suffit à ceux qui l'aiment."

Soeur Elisabeth CHARPY FdlC

Les Actes de ce Colloque «L'Audace de la Charité» peuvent être commandés au prix de 17 euros. La demande est à envoyer à Soeur Elisabeth Charpy, Colloque Soeur Rosalie, 3 bis rue des Tournelles, 94230 CACHAN.