Bienheureux Nicolas COLIN
(1730-1792)

Prêtre de la Mission.

               Nicolas Colin naquit à Grenant (1), dans le Diocèse de Langres, le 12 décembre 1730. Il fut admis au séminaire de Saint-Lazare le 20 mai 1747 et reçut son obédience pour le poste de vicaire à la paroisse de Saint-Louis de Versailles. Il y travailla pendant seize ans, de 1754 à 1770.

Curé de Genevrières.

                À cette date, tenté par les flatteuses propositions du nouvel évêque de Langres, Mgr de la Luzerne, il se sépara de ses confrères et accepta, dans des conditions mal définies, la cure de Genevrières (2). Ce qui milite en sa faveur c'est de constater que depuis août 1774 jusqu’à sa mort, c'est-à-dire pendant vingt et un ans consécutifs, il signa invariablement les actes paroissiaux et autres "Prêtre de la Mission". Cette persistance fait légitimement supposer que peu après son départ de Versailles sa situation avec la Congrégation avait été régularisée par les supérieurs.

Refus du serment.

               Invité, comme tous les prêtres en fonctions, à prêter le serment à la Constitution civile du clergé, il le fit, mais "sous la réserve et l'exception formelle des articles de la Constitution qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle".

               À ceux qui lui reprochaient de renier ses enthousiastes admirations d'antan, il répondit fort justement : “Aurais-je pu imaginer que nos sages Législateurs eussent si tôt quitté cette belle carrière pour entrer dans un ordre de choses où les Pouvoirs et le vœu de leurs commettants ne les engageaient pas... D’une main hardie, ils ont dépouillé le sanctuaire du Seigneur de ses possessions les plus légitimes, du patrimoine que vos pères avaient légué pour la subsistance de vos pasteurs… Non, je ne jurerai pas sans exception une Constitution qui brise la pierre angulaire de l'édifice céleste..., qui dépouille notre Saint-Père de la primauté de juridiction que la foi nous enseigne lui avoir été accordée par Jésus-Christ..., qui vous enlève, par le plus indigne de tous les stratagèmes, vos pasteurs légitimes..., qui attribue à de simples laïcs le droit exclusif de supprimer et d'ériger des sièges épiscopaux...”

               La Révolution ne pouvait accepter ces réserves. M. Colin fut chassé de son presbytère et remplacé par un prêtre assermenté.

Protestations.

               Le curé de Genevrières ne voulut pas quitter sa paroisse sans protester contre l'injustice et la violence dent il était la victime, ni sans mettre ses paroissiens en garde contre la tentation de schisme. Pour cela il publia une brochure intitulée :"Dernières paroles et adieux de N.C...Prêtre de la Mission, curé de..., etc." Dans cet écrit anonyme, où le nom de l'auteur était transparent, M, Colin flétrissait ainsi l'œuvre accomplie sous l'égide de la Constitution : “Elle avance à grands pas, et elle se consomme, au milieu de sacrilèges applaudissements, cette œuvre d'iniquité que l'on nous annonce depuis dix mois, du ton le plus menaçant, le remplacement des fonctionnaires ecclésiastiques…  Est-ce donc là cette Église que nous préparaient, l'année dernière, ces motions dont on célébrait avec extase l'érudition et la sagesse, cette Église qu'on se flattait de faire sortir du sein de la Constitution plus belle et plus radieuse que ne le fut jamais l'Épouse de Jésus-Christ. Est-il permis de se jouer ainsi de la bonne foi et de la crédulité des mortels ?..."

               En terminant, le curé de Genevrières insinuait clairement les sacrifices consentis, les très graves dangers auxquels il s’exposait, ainsi que la grandeur de son héroïque détermination ; "Il serait souverainement absurde d'attribuer à d'autre impulsion qu'à l'empire irrésistible de ma conscience, une inflexibilité qui m'expose aux traitements les plus durs, qui ne me promet, pour prix de ma fidélité à la foi, que la faim, l'exil, les prisons, et peut-être la mort même”.

Exil, Prison, Faim et la Mort.

               Ce dernier acte accompli M. Colin pouvait plus séjourner dans son pays. Dès les premiers jours de novembre 1791, il quitta Genevrières et s'achemina vers Paris pour reprendre la vie commune avec les Missionnaires de Saint-Frmin, et s'y préparer au martyre pendant les dix mois de retraite qu'il y passa, en accomplissant point par point le programme prévu par ses "Dernières paroles".

               Le 3 septembre 1792, il partagea le sort de MM. François et Gruyer ; et comme eux, il a été béatifié le 17 octobre 1926.

Jean-Marie Planchet  c.m.
Martyrologe de la Congrégation de la Mission

1) Canton de Fayl-Billot, au sud du département de la Haute-Marne.
2) Ibid. à quelques kilomètres à l’est de Grenant.

Bienheureux Jean-Charles CARON  Notice

Inscription des VŒUX de Nicolas COLIN sur le Registre de Saint-Lazare, le 21 mai 1749.