Bienheureux Jean-Charles CARON
(1721-1792)
De Philippe-Albert et de Marie-Antoinette Duprez, Jean-Charles Caron naît le 30 décembre 1730, à Auchel (Pas-de-Calais), village de 93 feux, 338 habitants, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’Arras. Il y est baptisé le lendemain, à l’église Saint-Martin, par le vicaire Pierre-André Cossart.
Cette famille, fondée le 26 mai 1721, aura dix enfants. Les quatre filles ont six frères. L’un d’eux meurt dans la petite enfance. Quatre deviennent prêtres : Jacques-Joseph, Philippe-Albert, Jean-Charles c.m., et Mathieu c.m. Le dernier, Louis-Joseph, prend le relais de son père, comme fermier-propriétaire, laboureur.
La région vit principalement de la culture du blé, de l’avoine, du lin, du colza, du chanvre et du tabac. En hiver, les paysans se livrent à des travaux manuels de tissage, de poterie et de menuiserie.
Auchel est au diocèse de Boulogne-sur-Mer. Mgr Pierre de Langle, janséniste ardent, meurt le 12 avril 1724. La famille Caron bénéficie ensuite des soins pastoraux éclairés de ses successeurs, notamment de Jean-Marie Henriau (1724 –1738) et de François-Joseph de Partz de Pressy (1742 –1791), assistés d’un bon clergé, formé dans les séminaires.
Les Prêtres de la Mission sont au séminaire de Boulogne depuis 1682 et prêchent des missions à dater de 1697. Nous sommes peu renseignés sur leur activité mais leur influence se fait sentir. Le diocèse va donner à la Congrégation de la Mission trente-huit frères coadjuteurs et cent prêtres. Parmi eux, il y a Dominique Hanon et Pierre Dewailly. Quarante-deux entrent au Séminaire Interne avant Jean-Charles. L’un d’eux, dès 1736, est le cousin Martin-Joseph Caron, ensuite placé à la paroisse Notre-Dame, à Versailles.
Jean-Charles, à la maison du clerc, fréquente l’école du village, y apprend la lecture, le calcul, du catéchisme et probablement quelques notions de latin. Après avoir fait quelque part des études secondaires, il se présente à Saint-Lazare, le 9 octobre 1750. Il y prononce les vœux le 10 octobre 1752. Le 20 novembre 1752, son évêque, Mgr de Pressy, l’autorise à recevoir la tonsure.
Après l’ordination sacerdotale, Jean-Charles, vers la fin de 1759, est placé à la paroisse Saint-Louis, à Versailles, à un kilomètre à peu près de celle de Notre-Dame, toutes deux situées à quelques centaines de mètres de l’entrée du Château.
En fidélité aux contrats signés en 1727, la communauté de Saint-Louis compte douze prêtres, deux frères et quatre clercs. Leurs presbytère, achevé en 1760, comprend une vingtaine de chambres pour le personnel et des hôtes de passage, d’autres encore pour les domestiques, tous les locaux nécessaires à la vie de communauté et des dépendances pour le service. La bibliothèque est riche de quatre mille volumes.
La nouvelle église, construite par l’architecte Mansart de Sagonne, inaugurée en 1754, continue à recevoir des embellissements nombreux. En 1761, Noël Hallé y peint un Saint Vincent de Paul, prédicateur.
Dans ce cadre, riche en œuvres d’art, les fils de Saint Vincent exercent leur ministère sacerdotal en toute simplicité et vivent leur vie de communauté selon leurs Constitutions, les instructions reçues des successeurs du Saint Fondateur et des Assemblées Générales.
Jusqu’à la Révolution, l’église, la paroisse et la communauté de Saint-Louis ne font pas parler d’elles. Leur histoire est dénuée d’événements majeurs, la paroisse royale restant Notre-Dame. Les circulaires de nos supérieurs généraux n’ont rien à signaler.
La chronique retient un brin de conversation entre Louis XV et M.Joseph Baret, supérieur et curé, qui jouit du privilège d’assister au lever du roi :
Louis XV : - Avez-vous beaucoup de pauvres ?
- Trop, Sire !
- Le nombre des malheureux augmente donc ?
- Oui, Sire, et nous avons jusqu’à des valets du Palais qui demandent secours !
- Je pense bien, soupire le roi, nous les payons si mal !
Ce trait nous laisse entrevoir l’activité charitable constante des confrères, à intensifier à chaque année de disette. Un traitement fixe leur assure l’indispensable pour vivre. Ils desservent la paroisse gratuitement. De leurs paroissiens, ils n’exigent aucune rétribution ni casuel. Hélas ! l’entretien du presbytère est à leur charge : le contrat de 1727 a oublié de régler cette question. Un cimetière, don du roi, leur vaut plus de frais que de revenus. Il leur arrive d’emprunter pour payer des dettes.
En 1770 Jean-Charles quitte Saint-Louis et la Congrégation, pour une raison restée inconnue. Il est nommé vicaire à la paroisse Saint-Étienne, à Brie-Comte-Robert, où le dernier acte signé par lui est du 28 septembre 1781.
Il est alors nommé curé à Collégien, un village d’une cinquantaine d’habitants, de l’archidiocèse de Paris . Il y signe les actes paroissiaux à partir du 28 octobre 1781. Les actes signés par lui, ont été recopiés par le Maître d’école. La signature du curé reste lisible, mais elle est moins bien moulée que celle apposée sur les actes des premières années de ministère. Jean-Charles a-t-il des problèmes de santé ?
Le 13 février 1791, Jean-Charles, avec réserves, prête le serment exigé par les lois. Il signe une dernière fois un acte de catholicité, le 29 mars. Sa réserve fait de lui un réfractaire. Il doit quitter sa charge. Le 31 juillet, lui succède un prêtre assermenté. Jean-Charles se retire à la Ferté sous Jouarre, avant de demander l’hospitalité à M.Louis-Joseph François c.m., supérieur du Séminaire Saint-Firmin. Vu sa disparition depuis plus d’un an, au district de Meaux, il est inscrit sur la liste des Emigrés. Prisonnier, il ne peut se rendre à l’étranger. Comme la majorité des autres détenus, il est massacré au matin du 3 septembre 1792.
Peut-être aux mêmes heures, coupable des mêmes crimes de lèse-nation, mais pourvu de passeport par la mairie de Beauvais, la veille 2 septembre, son frère, Mathieu Caron c.m. se rend en Belgique, à Menin, près de Courtrai. La paix religieuse rétablie, Mathieu revient en France. Il décède, à Beauvais, le 18 janvier 1813.
Paul HENZMANN cm
Archiviste de la CM.
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