La systémique en question "L'engouement pour la systémique et la rupture avec les modèles linéaires fit naître quantité de gourous renversant des pyramides, aplatissant les triangles et dessinant force boîtes reliées par une multitude de flèches à double sens. L'intérêt pratique des gourous est dans leur capacité à traduire des réalités complexes dans des messages simples, mais où commencent les « redoutables simplifications » dénoncées par Watzlawick ?. Au nom de la destruction des anciens modèles rationalistes, on en venait à nier, dans la lignée de Feyerabend, le rôle même de la raison. Le rationalisme de l'ingénieur était centré sur les boîtes et leur agencement selon un ordre optimal. Il s'agissait maintenant d'intégrer les apports des sciences de la conception développées par Herbert Simon : dès lors qu'un système est ouvert il n'y a pas d'optimum et tout équilibre est en interaction avec son environnement. Or, au nom de la « post-modernité » se déclencha une offensive contre toute forme de rationalité au nom du relativisme cognitif le plus absolu. On prenait appui sur la mécanique quantique pour montrer que le réel n'était qu'illusion, bref, pour reprendre l'expression de Jacques Bouveresse, « le droit de dire n'importe quoi devenait mieux défendu que le droit de dire que l'on dit n'importe quoi ». Au nom d'analogies douteuses avec le théorème de Gödel, la relation d'incertitude d'Heisenberg, la théorie du chaos, la science devenait un alibi pour des démarches qui se prétendaient à l'abri de toute critique. Au scientisme positiviste succédait un nouveau scientisme relativiste. L'ouvrage ravageur et salutaire de Sokal et Bricmont contre cette invasion du relativisme cognitif remit les choses à leur place." * Claude Rochet "Le management public comme science morale" |