En mémoire d'Antoine PORTAIL Enrique RIVAS cm 1/ PORTAIL - L’HOMME Antoine PORTAIL est né dans le sud de la France dans un petit village près d’Arles, Beaucaire, le 22 Novembre 1590. Il était de 9 ans plus jeune que Vincent. Il semblerait qu’ils se soient connus à Clichy où Vincent, jeune curé de 31 ans, exerçait son ministère paroissial après 12 ans de sacerdoce. C’était une époque glorieuse qu’il évoquera de nombreuses années plus tard lorsqu’au cours d’un conférence il rappellera qu’il «avait un peuple si bon, si obéissant qu’il me semble que ni le Saint Père, ni son Éminence ne sont pas aussi heureux que moi.» Son action pastorale a suscité chez un groupe de jeunes qui se sont réunis autour de lui, le désir de répondre à l’appel divin. Antoine PORTAIL était de ceux-là. Il avait 22 ans à l’époque. De tous les disciples de Vincent il est le premier dont nous connaissons le nom.
Il reçut le sacrement de l’ordre en 1622. Il avait 32 ans. Antoine PORTAIL était un homme timide. Nous savons avec quelle ardeur il se donnait au contact personnel, surtout avec les pauvres, mais quand il s’agissait d’agir devant la foule, c’était différent. Jusqu’à 40 ans il ne se décida pas à monter en chair. Quand il le fait, en 1630, Vincente le félicite : «Vous avez commencé tard. Saint Charles en a fait autant. […] et je souhaite que Dieu vous accorde quelque nouvelle grâce à cette occasion. Je le prie de tout mon cœur pour que ce soit la grâce dont vous me parlez à la fin de votre lettre. Celle d’être exemplaire dans la compagnie.» Il vécut aux côtés de Vincent de Paul quelques cinquante ans, depuis les années de Clichy jusqu’à leur mort à tous les deux en 1660. Ce fut une consécration continuelle aux fins propres de la congrégation que Vincent allait découvrant et marquant ? La mort l’a surpris en Février 1660. 9 jours de maladie suffirent, comme Vincent l’a raconté dans une circulaire envoyée à toutes les maisons. «Dieu a voulu nous priver du bon P. PORTAIL. Il est mort le Samedi 14 de ce mois, le neuvième jour de sa maladie. Elle a commencé par une sorte de léthargie qui s’est transformée ensuite en fièvre et autres spasmes. Après il perdit la conscience et la parole. Il avait toujours eu peur de mourir, mais à l’approche de la mort il l’a regardée paisiblement et avec résignation et il me dit plusieurs fois à l’occasion de mes visites qu’il ne lui restait aucune trace de ses craintes antérieures. Il a terminé sa vie comme il a vécu : rendant bien fructueuses ses souffrances, pratiquant les vertus, désirant honorer Dieu et consumer ses jours comme Notre Seigneur dans l’accomplissement de sa volonté… Nous aurions beaucoup perdu en sa personne si Dieu n’ordonnait pas toutes choses au plus grand bien et s’il ne nous faisait pas trouver notre bénéfice là où nous croyons recevoir quelque dommage. Il y a de quoi espérer que ce serviteur nous sera plus utile au ciel qu’il ne l’aurait été sur la terre.» 2/ PORTAIL, LE DISCIPLE ET LE COLLABORATEUR C’est peut-être en 1622 que l’on peut situer la première occasion de voir PORTAIL comme collaborateur de Vincent. Vincent va à Marseille prendre possession de sa responsabilité de chapelain des galères et PORTAIL le remplace à la paroisse et dans les taches au service des pauvres qu’accomplissait Vincent, spécialement auprès des condamnés aux galères. Les galériens étaient l’objet de l’attention de PORTAIL. Ils avaient une place de premier ordre dans son ministère. À leurs côtés il connait la cruelle réalité de la pauvreté et la violence. On sait que fréquemment, il passait des périodes au milieu d’eux. Le 16 Mars 1624, PORTAIL prend possession du collège des «Bons enfants» au nom de Vincent, désigné pour cette charge le 1er Mars. En réalité, ils n’étaient pas plus qu’eux deux. Pour les taches relatives à la mission ils avaient recours à un troisième prêtre. Quand ils partaient prêcher des missions sur les terres des GONDI et dans d’autres paroisses, ils confiaient les clés de la maison à un voisin. Vincent a toujours été conscient du rôle tenu par PORTAIL à l’origine et dans le développement de la congrégation. Dans une conférence de 1658, quand il rappelle les humbles origines, il souligne l’action de Dieu, car, qui est celui qui a fondé la compagnie ? Qui nous a consacré aux missions, aux ordinands, etc… Est-ce moi ? En aucune manière. Est-ce le Père PORTAIL que Dieu m’a adjoint depuis le début ? Pas beaucoup moins; Nous n’y pensions pas ni n’avions aucun projet à cet égard. Qui alors a été l’auteur de tout cela ? Ce fut Dieu, sa Providence et sa pure bonté. Reconnaissant Dieu comme auteur, il ne manque pas pour autant de valoriser le rôle tenu par PORTAIL à l’origine de la congrégation. Comment quelqu’un pourrait-il avoir la prétention de se demander si cela ne serait pas son œuvre à lui. Pour cela Vincent se risque à aplanir le doute. Ni PORTAIL, ni Vincent. PORTAIL a toujours été le confident avec lequel ils ont partagé les inquiétudes, les soucis. Prenons un exemple entre tous ceux que nous pourrions citer. Il lui écrit en 1635 : «Le nombre de ceux qui sont entrés chez nous depuis le début est de six. Je crains tant, monsieur, la foule et la propagation ! » En réalité, il était beaucoup plus qu’un confident. Les années ayant passé, alors que Vincent était déjà âgé et malade, en quelque sorte il le considèrera comme son soigneur. Ainsi, dans un lettre de la duchesse d’Aiguillon, on lui reproche de permettre à Vincent des excès physiques en raison de son zèle apostolique. «Je ne peux pas m’étonner moins de ce que le P. PORTAIL et les autres bons pères de Saint Lazare permettent que monsieur Vincent aille travailler aux champs avec la chaleur qu’il fait, à l’âge qu’il a et qu’il reste tant de temps à l’air avec ce soleil. Il me semble que sa vie est trop précieuse et trop utile à l’Église pour qu’il lui soit permis de la gaspiller ainsi.» Le P. PORTAIL était un vrai disciple spirituel de Vincent. Il connaissait ses attitudes intérieures et d’où provenait ce grand zèle qu’il manifestait en tout. La source était Jésus-Christ. J’ai ici le témoignage que le supérieur d’une de ces maisons nous a laissé par écrit : «L’amour que monsieur Vincent éprouvait pour Notre Seigneur faisait qu’il ne le perdait quasiment jamais de vue, marchant toujours en sa présence et se conformant à lui en tous ses actes, paroles et pensées. C’est pourquoi je peux dire en vérité, et nous le savons tous, qu’il ne nous parlait presque jamais sans citer en même temps quelque maxime ou quelque haut fait du Fils de Dieu, tant il était plein de son esprit et tant il était en accord avec ses principes. J’ai souvent admiré comme il mettait bien en pratique et fort à propos les paroles et les exemples du Divin Sauveur. Et ceci en tout ce qu’il conseillait et recommandait. J’ai entendu un des plus anciens prêtres de notre congrégation dire à monsieur PORTAIL qui le connaissait et le fréquentait depuis quarante ou cinquante ans, que monsieur Vincent était une des figures (images) les plus parfaites de Jésus-Christ qu’il ait connues sur la terre ; et qu’il ne l’avait jamais entendu dire, ni vu faire quoi que ce soit qui ne fût en lien avec celui qui fut proposé aux hommes comme exemple et leur a dit : «Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis.» Ce témoignage donne une idée juste et fidèle de l’influence que le maître avait sur le disciple fidèle et proche. Et il ne fait pas de doute qu’il l’a marqué toute sa vie. 3/ PORTAIL, LE MISSIONNAIRE Quand le 4 septembre 1626 fut signé l’acte d’agrégation à la compagnie naissante, Antonio PORTAIL est l’un des quatre prêtres signataires. Les autres sont Vincent, logiquement, et deux prêtres du diocèse d’Amiens, François du COUDRAY et Jean de la SALLE qui avaient déjà vécu quelques mois avec eux. Le premier acte qu’ils posèrent fut de demander l’aide divine au cours d’un pèlerinage à Montmartre, bien que Vincent, étant indisposé, n’ait pu les accompagner. Vincent avait déjà quarante cinq ans, les autres formaient une petite poignée de prêtres relativement jeunes. PORTAIL, l’aîné des trois, n’avait pas plus de trente-six ans. Derrière il en vint d’autres : Jean BECU, Antoine LUCAS, Jean BRUNET, Jean d’Horgny… Entre tous PORTAIL se révèlera le plus parfait des disciples de Vincent de Paul. Il fut véritablement le bras droit de Vincent dans toutes ses œuvres. Dans cette confiance il lui a attr la tâche de visiter les maisons de la congrégation et d’y laisser le ordonnances ou les règles consécutives à la visite. Cela revenait à envoyer une règle vivante contrastant avec tout ce qui se vivait dans les communautés. La délicatesse de son exemple était une invitation discrète et humble. Il est certain qu’il ne fut pas le seul. Les Pères LAMBERT, ALMERAS, DEHORGNY et d’autres visitaient également les maisons. Mais il ne fait pas de doute que Vincent avait pleine confiance en lui. En 1630, PORTAIL lui avait écrit son souhait d’être exemplaire dans la Compagnie, et Vincent lui avait répondu qu’il le désirait également, lui. En mars 1646, PORTAIL commença une série de visites dans l’ouest de la France auxquelles il consacra plus de trois ans et demi. Le 20 Mars de cette même année, peu après son départ, Saint Vincent lui écrivit certaines choses qu’il avait oublié de lui communiquer. En réalité il avait rédigé un questionnaire complet sur les défauts qu’il pouvait trouver dans les maisons qu’il visitait; comme une liste de recommandations dont il fallait tenir. compte. PORTAIL était alors au Mans pour la première visite. Ensuite il partit pour Saint-Méen, Richelieu, Saintes, Notre-Dame de la Rose, Cahors. Là il reçut de Vincent une lettre de louange pour son travail au cours des visites lui disant : «Je n’ai de cesse de rendre grâce à Dieu pour le bon ordre qu’il a établi dans nos maisons». Il a également fait la visite à Rome, puis, finalement à Marseille pour regagner Paris à la fin Septembre 1649. À son retour il fut rempli de joie de retrouver son cher et vénérable Père et compagnon et par l’accueil que lui réservèrent ses compagnons. On conserve un long poème en vers latins composé par le grand latiniste qu’était le Père de la FOSSE pour célébrer son retour et qui est tout entier un chant à l’affection qui unissait entre eux les missionnaires. En 1655, il visitera les maisons du nord et de l’est de la France: Sedan, Brienne, Montmirail. Depuis le début il a participé aux missions populaires. Durant la campagne de 1635, il prêcha des missions avec le Père Antoine LUCAS, dans les Cévennes, région fortement contrôlée par les calvinistes. Un petit incident humilia les missionnaires et ceci provoqua Vincent, en en prenant connaissance, à écrire à PORTAIL une de ses lettres les plus importantes faisant l’éloge des missionnaires et exprimant ses plus fortes convictions : «Un prêtre devrait mourir de honte plutôt que de prétendre à la célébrité dans le service qu’il rend à Dieu et mourir dans son lit de mort, voyant Jésus-Christ récompensé pour ses œuvres dans l’opprobre et sur le gibet. Souvenez-vous, Père, que nous vivons en Jésus-Christ pour mourir en Jésus-Christ et que nous devons mourir en Jésus-Christ pour vivre de la vie de Jésus-Christ et que notre vie doit être cachée en Jésus-Christ et pleine de Jésus-Christ, et que, pour mourir comme Jésus-Christ il faut vivre comme Jésus-Christ.» Le souci de prêcher selon les recommandations de la «petite méthode» faisait que tous les missionnaires apportaient un soin particulier, dès leur formation, à la préparation de leurs prédications. Il avait introduit l’usage des réunions à Saint Lazare durant lesquelles on exposait un thème et tous prenaient des notes pour ensuite rédiger leur sermon sur le thème proposé. COSTE rappelle que PORTAIL, avec ces notes composa un gros volume, une méthode pour bien prêcher et dûment catéchiser. Au cours de la célèbre assemblée de 1642, où Vincent présenta sa démission comme supérieur général et finit par accepter de continuer lorsque l’Assemblée au complet se présenta dans l’église où il s’était réfugié pour le prier de continuer, par fidélité à la compagnie, ils lui choisirent deux assistants. L’un était PORTAIL et l’autre DEHORGNY. Ce fait peut donner une juste idée de la valeur que les membres de l’assemblée reconnaissaient à PORTAIL. Il est également élu à la commission des quatre qui se chargera de la rédaction définitive des règles de la congrégation. Et, avec les Pères DEHORGNY et ALMERAS, tous trois occasionnellement réunis à Rome ils se chargeront des démarches pour leur approbation auprès du Saint Siège. Vincent aura une déférence particulière à son égard au moment de se consacrer au livre des règles communes. Nous le savons grâce au récit pittoresque que fit de ladite conférence le bon Frère DUCORNEAU chargé par les assistants généraux de mettre par écrit toutes les conférences de Saint Vincent. Ce fut un grand jour pour la congrégation mais plus particulièrement pour son fondateur. C’était le 17 Mai 1658. Vincent, ému, à un moment précis prit dans ses mains le livre des règles et demanda au Seigneur la bénédiction pour que tous les observent. Quand arriva le moment de la distribution il n’hésita pas : «Venez, Père PORTAIL ; Venez, vous qui avez toujours supporté mes faiblesses! Que Dieu vous bénisse ! » Derrière lui, ils s’approchèrent tous, l’entourèrent, reçurent le livre des mains de Vincent, le baisèrent, baisèrent sa main puis le sol. Il ne fait pas de doute que nous pourrions affirmer que Portail incarnait parfaitement la figure du missionnaire tracée par Saint Vincent de Paul. 4. PORTAIL, LE PREMIER DIRECTEUR DES FILLES DE LA CHARITÉ. Quand Vincent de Paul parlait aux Filles de la Charité de ses origines il utilisait les mêmes arguments que lorsqu’il parlait aux pères. Non, non ce n’était pas lui, ni la dame, ni le Père PORTAIL qui avaient eu l’idée. C’était Dieu. Aussi ici il est significatif qu’il cite PORTAIL. Il était logique qu’il parle de lui-même et de la dame. Mais, PORTAIL, il ne fait pas de doute qu’il avait tenu et tenait encore un grand rôle en tout ce qui concernait la fondation et la consolidation de la compagnie des Filles de la Charité. «La dame n’y pensait pas, le P. PORTAIL et moi n’en avions pas la moindre idée ; cette pauvre jeune (Marguerite NASEAU) non plus…» PORTAIL fut le premier directeur des Filles de la Charité, service qu’il accomplit jusqu’à sa mort. Dans la correspondance échangée entre Vincent et Louise de MARILLAC apparait fréquemment le nom de PORTAIL. Il agit au nom de Vincent ou reçoit des informations de Louise à transmettre au supérieur de la Mission. Quelques événements importants dans l’histoire de la compagnie comme l’écroulement de la maison en 1642, et même les rapports concernant les décisions d’ordre matériel devant être prises en commun à la Maison Mère sont en premier lieu transmis à Vincent de Paul par PORTAIL. Quand certaines Sœurs ont des difficultés de vocation. Louise les recommande sans tarder au Père PORTAIL qui comme ministre des confessions les encourage et les oriente. C’est à lui que l’on confie la tâche de leur prêcher des retraites ou de leur expliquer les vœux. L’opinion de PORTAIL pèse dans les décisions. Ainsi il est fréquent de lire dans les lettres de Louise à Vincent. «Elles comptent sur le consentement de monsieur PORTAIL et ce sont de bonnes sœurs.». — «Je suppose que monsieur PORTAIL lui en aura parlé parce que les quatre se présentent avec son approbation». Et quand Louise s’adresse aux sœurs, elle leur fait cette recommandation particulière : «N’oubliez pas non plus notre très Honorable Père, monsieur PORTAIL». PORTAIL se préoccupe également de pourvoir la compagnie en vocations. Depuis Le Mans quand il fait la visite des maisons des Pères et de celles des Filles de la Charité, il envoie à Paris deux jeunes pour intégrer la compagnie. Depuis Angers, il en enverra quatre. Le nombre des sœurs le préoccupait mais il était plus soucieux de leur santé spirituelle à toutes. Depuis Le Mans, il écrit à Louise : «Je loue Dieu d’avoir fait descendre sa miséricorde sur votre communauté en la libérant de ce qui, pouvait lui nuire pour la rendre saine et sainte.» Il collabore à l’élaboration des petits règlements dont il suggère qu’ils soient lus et expliqués au cours des conférences et il révise le règlement qui doit être présenté à l’Archevêque de Paris pour son approbation. Louise lui écrit pour demander son avis sur la rédaction des articles du règlement et même pour lui demander comment doit être la reliure du cahier contenant les règles. Il y avait à peine quatre mois qu’il avait quitté Paris pour la visite des maisons quand Louise lui écrivit : «Je dois vous dire en vérité que toute la compagnie ressent très fort votre absence. Chaque jour nous la ressentons davantage.» Et elle ajoute dans la même lettre : «Nous attendons beaucoup de votre agrément ? auprès de Dieu. Toutes nos Sœurs, vos filles chéries, ressentent une grande joie quand elles entendent que vous vous souvenez d’elles. Toutes vous saluent affectueusement vous assurant qu’elles prient Dieu pour vous, et votre Sœur Servante serait bien ingrate si elle manquait de le faire.» Plus tard, quand il sera à Rome, elle insistera de nouveau sur le rôle que tient PORTAIL dans la compagnie. Je veux vous faire part du besoin qu’ont vos pauvres Filles de la Charité de votre retour, il serait invraisemblable que dans votre maladie vous confondiez le Paradis avec Paris. Et que ferions-nous alors ? Parce que je suis persuadée de ce que la perfection que Dieu demande à toute la compagnie requiert votre direction et vos conseils charitables.» Le 4 Juillet 1657 elle écrit à quelques Sœurs et les invite à mettre leur pleine confiance dans leur directeur. «Je vous prie, chères Sœurs de suivre ce que monsieur PORTAIL vous a ordonné pour vos confessions et à ne donner aucune importance aux conseils que d’autres pourraient vous donner.» Louise s’inquiétait autant de sa santé que de celle de Vincent. Elle y fait fréquemment référence dans ses lettres. Elle écrit à quelques Sœurs : «Monsieur PORTAIL, par la grâce de Dieu, est aussi en bonne santé, bien qu’il ait eu une forte toux. Il nous faut demander à Dieu qu’il nous les garde l’un comme l’autre pour sa plus grande gloire.» — «Nous avons de nombreuses raisons pour rendre grâce à Dieu pour la santé que sa bonté leur accorde bien qu’ils nous manquent beaucoup.» Elles sont nombreuses les requêtes que nous pourrions porter en ce sens. PORTAIL étant à Marseille, de retour de Rome, Louise de MARILLAC lui écrit le 16 Mai 1649 une lettre qui est tout entière une déclaration sur le rôle que PORTAIL remplissait dans la compagnie : «Je sais que votre cœur débordant de charité acceptera les plus humbles remerciements de nos Sœurs et les miens que je viens lui offrir pour les saintes recommandations et le témoignage de bienveillance que vous nous avez donné dans la lettre générale adressée à toutes et dans celle que vous m’avez adressée en particulier. Elles furent pour nous d’une grande joie et d’une grande consolation. Nous les avons lues tandis que nous attendions la conférence et Dieu sait très bien, monsieur, que ce ne fut pas sans verser de larmes bien que rassérénées par l’espérance de vous avoir bientôt ici. Mais cela fait déjà tant de temps que nous l’attendons ! Au nom de Dieu, monsieur, je vous prie de ne rien faire pour la retarder davantage pour que quand la Divine Providence sera grée de nous faire miséricorde nous puissions en jouir.». En faisant les visites des maisons, comme ce fut le cas à Angers en 1646, le Père PORTAIL leur a laissé par écrit une série de d’ordres et de recommandations «de la part de Monsieur Vincent». Ce sont 23 points quoi reflètent parfaitement ce qu’est la vocation des Filles de la Charité rassemblés en une sorte de condensé de ses éléments essentiels. Cela pourrait valoir à n’importe quel autre moment de l’histoire de la compagnie. Louise s’y réfère pour résoudre des situations de Sœurs concrètes. Si on relie ces communications à celles de Saint Vincent, on a l’impression que la compagnie est l’intérêt des trois. Ils sont complètement engagés dans son édification et sa consolidation. Louise le perçoit comme un frère avec qui elle peut partager. Elle le nomme ainsi dans les lettres, surtout celles d’adieux. Elle valorise son courage. Elle lui dit une fois : «Je vous prie humblement, monsieur, de rendre grâce à Dieu pour suppléer à nos ingratitudes. Quelle leçon votre humilité donne à mon orgueil. La confiance qu’elle met en lui la porte à lui demander que durant son voyage en Gascogne il s’informe sur une série de questions relatives à Vincent de Paul natif de ces terres et qu’ensuite il lui fasse part de ses recherches.» Etant donné que vous devez aller en Gascogne, n’oubliez pas de bien vous informer pour pouvoir me répondre à toutes les questions que je dois vous poser pour avoir une meilleure connaissance de «la personne qui nous est la plus chère en ce monde.» Une Sœur rendant témoignage après la mort de Louise le confirme : «Dieu a voulu nous montrer très clairement en la personne de notre chère Mère un exemple d’abnégation parce que, tout le temps desa maladie, pas une seule fois elle n’a vu notre bon Père ni monsieur PORTAIL, ces deux personnes qu’elle aimait si tendrement. Je vous laisse imaginer quelle grande douleur ce fut pour elle ! » 5/ PORTAIL, UN HOMME SPIRITUEL PORTAIL fut formé et préparé au Sacerdoce par les soins de Vincent. On peut dire qu’il; est le reflet des vertus sacerdotales de son maître. Il les assume et les vit au point de devenir une référence pour tous ceux qui arrivent à Saint-Lazare pour se préparer au Sacerdoce et avancer dans la grâce reçue. Olier lui-même, futur fondateur de Saint Sulpice se mit sous sa direction. La prière et la retraite spirituelle étaient des pratiques qu’il encourageait beaucoup. Fréquemment il se retirait dans la petite maison au fond de la ferme de Saint-Lazare où les missionnaires avaient coutume de faire leurs retraites et les exercices spirituels dans la solitude. Sainte Louise rappelle cela dans ses lettres à ses Filles. Comme homme de prière, il prépara, en 1644, l’adaptation du livre de méditations qui était toujours en usage dans la congrégation. C’est probablement lui qui le fit bien qu'il s’en trouva pour l’attribuer au Père ALMERAS. Jean BUSÉE, jésuite hollandais, avait publié son manuel de «pieuses méditations» en latin en 1624. Vincent avait toujours recommandé ce livre comme un grand guide pour l’oraison. En 1644 il a demandé que la traduction française qui existait déjà soit adaptée en tout aux séculiers qui faisaient des exercices spirituels à Saint-Lazare. Et en effet on y apporta des adaptations et vinrent s’ajouter 90 méditations nouvelles. PORTAIL sut surmonter très naturellement les difficultés normales de la vie communautaire, spécialement de ce «vivre ensemble» qu’implique toujours le ministère des missions. Ce ne fut pas toujours facile. Il y avait des personnes de fort tempérament qui ne facilitaient pas le dialogue. PORTAIL eut la chance que quelqu’un, Vincent de Paul, depuis Saint-Lazare l’aide à y parvenir. Ainsi cela arriva-t-il avec le Père Antonio LUCAS, un jeune impétueux et inexpérimenté avec qui il donnait des Missions. Vincent, en lui écrivant invoqua le fait que PORTAIL était plus âgé et de plus, plus ancien dans la compagnie. Vous devez donner l’exemple de sorte que «oubliant votre supériorité vous lui soyez uni par la charité.» Le souvenir de PORTAIL dans les écrits de la congrégation reste toujours lié à celui de sa profonde humilité. Il avait un bon maître à qui ressembler. COLLET lui dédie cet éloge : «Quand le serviteur de Dieu se retira au collège des Bons-Enfants, il fut suivi par monsieur Antoine PORTAIL, prêtre du diocèse d’Arles qui depuis presque quinze ans était son disciple déclaré. A peine ce premier compagnon de Vincent avait-il prouvé la pureté et l’élévation de ses maximes qu’il s’unit à lui et seule la mort fut capable de l’en séparer. Il avait une étroite et intime relation avec son père spirituel et il l’imitait principalement en son humilité. Il avait fait tant de progrès dans cette vertu que, bien qu’il ait eu beaucoup de mérites, fait de très bonnes études à la Sorbonne et qu’il écrivait parfaitement bien, il ne cherchait rien de plus qu’à être méconnu et méprisé.» Enrique RIVAS cm Cette courte de biographie d'Antoine PORTAIL a été publiée dans “Global”, le site de la Congrégation. Traduction du Frère Jacques ROVILLAIN, Auxiliaire du clergé. |