CONGREGAZIONE DELLA MISSIONE
CURIA GENERALIZIA

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GAY

Rome, le 11 septembre 2004
En la fête de Saint Jean-Gabriel Perboyre

À tous les membres de Congrégation de la Mission

                Chers Frères,

La Grâce et la Paix de notre Seigneur Jésus-Christ habitent votre cœur aujourd’hui et à jamais !

            Ceci est mon salut pour chacun d’entre vous. Tout d’abord, je veux saisir cette occasion au début de mon mandat pour vous remercier tous de l’offrande de vos prières et de votre soutien que vous m’avez exprimés dans vos lettres, e-mails et autres. Je regrette seulement de n’avoir pas pu répondre personnellement à chacun et à chaque message reçu. Depuis mes premiers jours, ici à la Curie, je passe un grand nombre d’heures à lire la correspondance qui m’arrive du monde entier. C’est vraiment une expérience qui me porte à l’humilité et, en même temps, une incitation à prendre à cœur encore plus profondément ma responsabilité d’animateur spirituel de la Congrégation.

            Je souhaite vous partager un peu ce que j’ai fait depuis le début de mon mandat. La première chose a été de prendre quelque repos. Je suis allé dans ma famille. Nous avons passé ensemble une semaine en bord de mer.

            La semaine suivante, je l’ai vécue d’une manière spéciale comme j’avais décidé de le faire après avoir été élu Supérieur Général. J’ai fait un voyage de trois jours avec mon père. Nous avons visité la Maison Provinciale de la Province Eastern de la Congrégation de la Mission, ma province d’origine, à Germantown, Philadelphie. J’ai eu l’honneur d’y célébrer l’Eucharistie avec nos Confrères de l’Infirmerie et puis ensuite de partager le déjeuner avec les Confrères de la Maison Provinciale et ceux de cette région qui ont en charge différents apostolats et paroisses. Ce fut vraiment une merveilleuse expérience de pouvoir revoir plusieurs Confrères avec qui j’avais vécu et partagé le ministère.

            Le jour suivant, je suis allé avec mon papa au cimetière de la Communauté de la Province Eastern à Plainsboro, New Jersey. J’y suis allé, avant tout, pour saluer les Confrères de la communauté locale qui nous ont accueillis chaleureusement et offert le déjeuner. Un de mes principaux objectifs était d’aller prier sur les tombes de Confrères qui ont eu une influence dans ma vie, le premier étant mon grand-oncle, Père Elbert Gay, directeur adjoint de formation des Filles de la Charité et aussi missionnaire à Panama. C’est par mon oncle, comme je l’ai déjà dit à d’autres occasions, qu’est né en moi le désir de devenir missionnaire dans la Congrégation de la Mission. J’ai aussi prié sur les tombes d’autres Confrères qui m’ont marqué. Particulièrement un que j’ai connu au cours de mon Séminaire interne, c’était notre formateur, l’ex Supérieur Général P. William Slattery. Nous avons découvert être de la même région des États-unis, de la ville de Baltimore, Maryland. Mon papa penserait même que nous sommes parents, à cause de sa grand’mère qui était une Slattery. J’ai estimé que prier sur les tombes de ces Confrères était une occasion de demander au Seigneur de me guider, de m’inspirer et m’accorder la sagesse par ceux qui nous ont précédés. Durant mon court ministère au Guatemala j’ai appris le grand respect que la culture indienne voue à ses ancêtres, vivants ou décédés, et que les défunts continuent de nous accompagner dans notre mission de porter la vie la plus plénière à tous ceux que nous rencontrons.

            Le troisième jour, toujours avec mon papa, nous nous sommes rendus à Emmitsburg, Maryland, où se trouve la châsse de sainte Élisabeth Anne Seton. Là, se trouve aussila Maison provinciale des Filles de la Charité de la Province Sud-Est des États-Unis. Lorsque j’étais jeune prêtre, ordonné seulement depuis 6 mois, j’ai servi comme chapelain temporaire avec un confrère plus âgé (86 ans c’était le Père Jim Twomey), qui depuis est décédé, mais ensemble nous avions noué une très belle amitié et il m’a aidé à aimer la Communauté d’une manière très spéciale. Il m’a aussi montré comment être un serviteur doux, aimant et j’en ai été personnellement témoin dans son service auprès des sœurs malades. J’ai célébré l’Eucharistie dans la Basilique de Mère Élisabeth Anne Seton et au cours de l’homélie j’ai souligné comment certains membres de la Congrégation de la Mission et les Filles de la Charité ont marqué ma vie et par leur exemple d’amour de la Communauté et des pauvres, ils continuent à être une part de ce que je suis aujourd’hui.

            Après ma deuxième semaine de séjour en famille, le 15 août je suis retourné au Guatemala où j’ai été accueilli chaleureusement par les Confrères, de nombreuses Filles de la Charité et même par notre confrère-évêque Mgr Ríos Mont, à l’aéroport de Guatemala. Ce fut une expérience qui m’apprend vraiment l’humilité. Nous sommes allés à la Maison Provinciale à Guatemala et nous avons commencé par une célébration liturgique dans notre chapelle locale puis nous avons tous partagé le repas en musique, avec des rires et des chants. Ce fut vraiment un moment merveilleux.

            Le jour suivant, je me suis envolé vers notre mission à Panama où j’ai visité nos Confrères, les Filles de la Charité et les membres de la Famille Vincentienne. J’ai participé à l’ordination de l’un de nos jeunes Confrères de la Province d’Amérique Centrale. J’ai eu le bonheur de célébrer avec lui sa première messe et il m’a demandé de prêcher l’homélie. La première lecture d’Isaïe parlait d’être envoyé comme messager du Seigneur et d’être disponible pour partir dans des terres lointaines afin que le nom de Dieu puisse être connu parmi toutes les nations. Des paroles vraiment appropriées pour un missionnaire nouvellement ordonné !

            Je suis retourné à Guatemala où le supérieur local avait organisé un certain nombre de manifestations pour les Confrères, les Filles de la Charité et la Famille Vincentienne. J’ai eu l’occasion de partager l’Eucharistie, les repas et de dialoguer avec chacun de ces groupes. Ce fut certainement très édifiant pour moi mais en même temps difficile. Au cours de mes cinq années comme Visiteur de la Province d’Amérique Centrale j’ai connu et aimé beaucoup de Confrères, Filles de la Charité et membres de la Famille Vincentienne. Nous nous sommes séparés dans les larmes mais en même temps avec l’espoir que tous continueront à travailler unis comme dans une Famille, pour l’évangélisation des pauvres.

            Depuis que je suis revenu à la Curie, j’ai eu l’occasion de réfléchir et de me fixer un but. En tout premier lieu, dans cette circulaire je voudrais vous assurer que je veux accomplir sérieusement ma responsabilité d’animateur du charisme vincentien. J’espère pouvoir visiter les Confrères, les Filles de la Charité et la Famille Vincentienne du monde entier. Je souhaite donner du temps aux jeunes des différentes branches de la Famille Vincentienne. J’espère aussi connaître les œuvres entreprises par la Famille en faveur des plus pauvres des pauvres. Ils sont notre fierté et notre joie, «un trésor caché dans un champ», pour qui nous devons vivre en vérité plus profondément notre charisme, fidèles à suivre le Christ évangélisant les pauvres.

            Au cours de mes visites, je souhaite parler peu. Je voudrais surtout écouter ce que vous avez à dire. Je considère que le plus grand défi que nous ayons à relever en tant que Famille est d’apprendre à travailler ensemble pour le bien des pauvres, pour leur évangélisation. Tout en respectant l’autonomie de chaque personne et de chacune des branches de la Famille, ne perdons pas de vue le fait que nous sommes tous nés du même charisme. Ce même amour de Dieu qui a inspiré Vincent à servir les pauvres nous a été confié. Pour vivre fidèlement notre charisme, nous sommes appelés à être missionnaires, ce qui signifie que nous ne connaissons pas de frontières, qu’elles soient géographiques, nationales ou même familiales.

            Si nous sommes des personnes de foi et des disciples de Jésus-Christ, nous savons qu’il est important que là où des barrières existent, où des blessures ont été faites, nous soyons appelés à guérir ces blessures, à réconcilier les différends qui nous séparent et à rassembler nos énergies à servir les pauvres.

             Un autre défi à relever que je perçois est d’être créatif dans la réorganisation. Aujourd’hui dans certaines parties du monde, nous constatons une réduction des vocations et une moyenne d’âge élevée dans les provinces. De ce fait les provinces ont moins de confères exerçant un ministère actif à plein temps. Ces signes des temps nous poussent à chercher des manières créatives pour inviter d’autres personnes à partager notre charisme et à réduire le nombre de confères travaillant à plein temps dans l’administration pour que notre ministère de servir les pauvres ne soit pas compromis. Dans certains cas cela nécessitera une consolidation des provinces. Toutefois, nous devons être capables de dépasser les situations qui ont séparé certains d’entre nous pendant des années.

            Bien que la Congrégation ait fait de grand pas pour suivre de plus près notre charisme spécifique, je pense que nous devons continuer à re-évaluer nos œuvres  qui ne sont pas directement pour le service des pauvres. Certaines provinces sont dépendantes d’œuvres apostoliques pour des revenus économiques afin de soutenir les œuvres apostoliques avec les pauvres. Mais nous ne pouvons pas permettre que ces engagements nous ligotent et nous empêchent de prendre de nouvelles initiatives ou ministères afin de répondre aux besoins des pauvres. Je pense qu’il est important que nous trouvions des manières innovantes de financer nos œuvres. J’aimerais aussi voir davantageencore de confrères travailler au service des pauvres. Ceci pour être fidèles à notre héritage. C’est ainsi que nous expérimenterons la liberté vraie, la libération personnelle et communautaire comme fils de saint Vincent.

             Dans notre Document Final de l’Assemblée Générale, dans la section III «Un regard d’espérance sur l’avenir», nous avons formulé en Assemblée les recommandations suivantes qui sont en conformité avec certaines que j’ai proposées ici. J’aimerais simplement en souligner quelques-unes. Pour être plus fidèles à notre vocation, dans les prochaines années, nous sommes appelés à utiliser les critères établis par les Constitutions (C. 2 ; 12) pour réviser les œuvres que nous avons, en ouvrir de nouvelles, abandonner celles qui ne répondent pas à ces critères et donner une nouvelle vigueur aux ministères actuels. Nous avons aussi besoin de favoriser la collaboration interprovinciale dans notre activité apostolique pour une évangélisation plus efficace des pauvres. Aussi, nous affirmons dans notre Document Final le besoin de développer, articuler et appliquer des critères qui accentuent le caractère missionnaire et prophétique de notre charisme.

            Un autre défi à poursuivre pour nous tous est la formation des laïcs, le besoin de perpétuercette vision prophétique de saint Vincent de Paul dans l’organisation, la formation et l’aide aux laïcs pour être fidèles aux promesses de leurs baptêmes dans la communauté chrétienne, servant leurs frères et sœurs quelque soit le type d’expérience missionnaire.

            Je réalise qu’un nombre de recommandations ou de défis que j’ai mentionnés ici pour la Congrégation de la Mission, concernent seulement notre activité apostolique. Ce n’est en aucune manière pour négliger la dimension de la prière, ni la dimension de notre vie communautaire inhérentes à notre vie comme Congrégation. Je crois très fort que si nous sommes fidèles à notre engagement apostolique d’évangélisateurs des pauvres, nos cœurs voudront parler au Seigneur de ce qu’ils vivent avec les pauvres et, en même temps, naîtra le désir de vouloir partager et réfléchir sur notre expérience de vie communautaire, de sorte que nous vivions vraiment en communauté pour la mission. Notre activité apostolique, quand elle est vécue radicalement, nous aidera à approfondir notre vie de prière, nos engagements communautaires et nous éclairera davantage sur notre identité de membres de la Congrégation de la Mission.

Plus tard je rédigerai une circulaire aux Visiteurs de la Congrégation de la Mission et aux jeunes confrères de chacune de nos provinces, mais je voudrais mentionner maintenant que j’ai déjà commencé un processus, avec l’aide des jeunes confrères qui étaient délégués à notre Assemblée Générale, dans le but d’établir un réseau de communication entre ceux qui ont 15 ans et moins de vocation et moi-même. Des démarches pour créer ce site web ont déjà été entreprises.

            Quelques points pratiques concernant mes visites :

1. Je ne suis pas d’abord un conférencier. Mon style est différent. Je voudrais que ma présence soit moins formelle, moins «académique» mais avec plus de dialogue, et soit davantage une occasion de partager et d’exprimer des opinions. Pendant mes 19 ans de ministère en Amérique Latine, une des choses que j’ai apprises est que comme une Église nous sommes appelés à vivre notre foi basée comme un modèle de «communion et de participation». Ceci est plus mon style. Quand je viens à vous l’important n’est pas tant ce que je veux vous dire mais plutôt que nous puissions partager, en tant que Famille – nos expériences de Jésus dans les pauvres. Nous pouvons échanger mutuellement pour fortifier nos efforts à leur service.

  • Je souhaite pouvoir partager l’Eucharistie partout où j’irai. Une chose me tient à cœur dans ce domaine. Je préfère célébrer la Parole de Dieu proposée par l’Église Universelle pour ce jour là. Nous sommes appelés à vivre radicalement en tant que partie de l’Église Universelle. Saint Vincent veut que nous soyons des personnes engagées dans l’Église, travaillant à mettre en valeur le Royaume de Dieu. Quand nous célébrons l’Eucharistie, le sommet de notre foi, nous écoutons la Parole de Dieu, la Parole que l’Église tout entière écoute aussi. Nous sommes en harmonie avec toute l’Église et ensemble comme Église nous permettons que la Parole revitalise nos vies, provoquant notre conversion personnelle et communautaire et la conversion du monde dans lequel nous vivons.
  • Un autre point pratique que je voudrais mentionner avant de conclure est ce que je ferai des dons reçus. J’imagine qu’au cours de mes visites il y aura peut-être le désir de m’offrir un cadeau en souvenir de mon passage. J’apprécie évidemment cette pensée mais, comme geste symbolique ou comme souvenir de ma visite, plutôt qu’un objet matériel qui parfois pourrait coûter cher, je voudrais vous encourager à donner de l’argent pour les besoins des pauvres. Si je visite quelque endroit qui est dans l’impossibilité de faire comme cadeau le moindre don financier, le plus grand souvenir serait la volonté permanente que des confrères, des Filles de la Charité ou d’autres membres de la Famille Vincentienne se donnent dans le service, et plus concrètement encore, se fassent eux-mêmes cadeau pour l’une des missions où nous avons besoin de personnel. Je vous demande de considérer l’aide par des dons financiers pour les pauvres ou par des dons en personnel comme une possibilité de continuer à donner la vie aux plus abandonnés de notre monde.   

       J’aimerais conclure cette circulaire en réaffirmant qui je suis : un missionnaire. J’ai été poussé à l’être par un missionnaire. Je rends grâce à Dieu d’avoir eu l’occasion de servir en tant que missionnaire. Comme Supérieur Général, je continuerai à être un missionnaire. Je veux vous inviter, vous tous qui êtes les membres de cette grande Famille à raviver votre esprit missionnaire pour qu’ensemble nous puissions continuer à servir le Seigneur en évangélisant les Pauvres.

Votre frère en Saint Vincent,

G. Gregory Gay, C.M.
Supérieur Général