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A NOS CHERS FRÈRES EN JÉSUS CHRIST, SALUT EN NOTRE-SEIGNEUR Voici enfin, mes très chers Frères, voici les Règles ou Constitutions communes de notre Congrégation, que vous avez tant désirées, et si longtemps attendues. Il est vrai qu'on a laissé passer trente-trois ans ou environ. qu'il y a que notre Congrégation est instituée, sans que nous vous les ayons données imprimées : mais nous en avons usé de la sorte, tant pour imiter notre Sauveur Jésus-Christ, en ce qu'il a commencé à faire, plutôt qu'à enseigner, que pour obvier à plusieurs inconvénients, qui eussent pu naître de la publication trop précipitée des mêmes Règles ou Constitutions, dont l'usage et la pratique auraient ensuite paru peut-être ou trop difficiles, ou moins convenables. Or, notre retardement et procédé en ceci nous ont garantis, par la grâce de Dieu, de tous ces inconvénients ; et ont fait même que la Congrégation les a peu à peu et suavement pratiquées, avant qu'elles aient été mises en lumière. Et en effet, vous n'y remarquerez rien, que vous n'ayez depuis longtemps mis en pratique, même avec une sensible consolation de ma part, et une mutuelle édification de vous tous. Recevez-les donc, mes très chers Frères, avec la même affection que nous vous les donnons. Considérez-les, non comme produites par l'esprit humain, mais bien comme inspirées de Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose par nous-mêmes, comme venant de nous-mêmes : car, que trouverez-vous dans ces Règles, qui ne serve à vous exciter et enflammer ou à la fuite des vices, ou à l'acquisition des vertus, et à la pratique des maximes évangéliques ? Et ç'a été pour cela que nous avons tâché, autant qu'il nous a été possible, de les puiser toutes de l'esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir : estimant que les personnes, qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur, laquelle consiste principalement à évangéliser les pauvres, doivent entrer dans ses sentiments et maximes, être remplies de son même esprit, et marcher sur ses pas. C'est pourquoi, mes très chers Frères, nous vous prions et conjurons par les entrailles de ce même Sauveur Jésus-Christ, de faire votre possible pour observer exactement ces Règles ; tenant pour certain, que si vous les gardez, elles vous garderont, et vous conduiront avec assurance à la fin tant désirée, c'est-à-dire, à la céleste Béatitude. Ainsi soit-il. JÉSUS, MARIE, JOSEPH Chapitres I à VI.
1. La sainte Ecriture nous apprend que Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant été envoyé au monde pour sauver le genre humain, commença premièrement à faire, et puis à enseigner. Il a accompli le premier, en pratiquant parfaitement toute sorte de vertus, et le second en évangélisant les pauvres, et donnant à ses Apôtres et à ses disciples la science nécessaire pour la direction des peuples. Et d'autant que la petite Congrégation de la Mission désire imiter le même Jésus-Christ Notre-Seigneur, selon son petit possible, moyennant sa grâce, tant à l'égard de ses vertus que de ses emplois pour le salut du prochain ; il est bien convenable qu'elle se serve de semblables moyens pour s'acquitter dignement de ce pieux dessein. C'est pourquoi sa fin est : 1° de travailler à sa propre perfection, en faisant son possible pour pratiquer les vertus que ce souverain Maître a daigné nous enseigner, de parole et d'exemple ; 2° de prêcher l'évangile aux pauvres, particulièrement à ceux de la campagne ; 3° d'aider les ecclésiastiques à acquérir les sciences et les vertus nécessaires à leur état. 2. Cette Congrégation est composée d'ecclésiastiques et de laïques. L'emploi des ecclésiastiques est d'aller, à l'exemple de Notre-Seigneur et de ses disciples, par les villages et bourgades, et y rompre le pain de la parole de Dieu aux petits, en prêchant et catéchisant ; les exhorter à faire des confessions générales de toute leur vie passée, et les entendre au tribunal de la Pénitence ; accorder les différends et les procès ; établir la Confrérie de la charité ; conduire les Séminaires érigés en nos maisons pour les externes, et y enseigner ; donner les exercices spirituels ; faire et diriger les conférences introduites chez nous pour les ecclésiastiques du dehors ; et autres semblables fonctions, qui servent et sont conformes à notre Institut. Et quant aux laïques, leur emploi est d'aider les ecclésiastiques en tous ces ministères, en faisant l'office de Marthe, selon qu'il leur sera prescrit par le Supérieur, comme aussi en y contribuant par leurs prières, larmes, mortifications et bons exemples. 3. Et pour que cette Congrégation parvienne, moyennant la grâce de Dieu, à la fin qu'elle s'est proposée, elle doit faire son possible pour se revêtir de l'esprit de Jésus-Christ, qui paraît principalement dans les maximes évangéliques, dans sa pauvreté, dans sa chasteté, dans son obéissance, dans sa charité envers les malades, dans sa modestie, dans la manière de vivre et d'agir qu'il prescrivit à ses disciples, dans sa conversation, dans ses exercices journaliers de piété, dans ses missions et autres emplois envers les peuples : toutes lesquelles choses sont contenues dans les chapitres suivants. Chapitre II. DES MAXIMES ÉVANGÉLIQUES 1. Avant toutes choses, un chacun tâchera de se bien établir dans cette vérité, que la doctrine de Jésus-Christ ne peut jamais tromper, au lieu que celle du monde porte toujours à faux : Jésus-Christ nous assurant lui-même que celle-ci est semblable à une maison bâtie sur le sable, et la sienne à un bâtiment fondé sur la pierre ferme ; et partant la Congrégation fera profession d'agir toujours conformément à la doctrine de Jésus-Christ, et jamais selon les maximes du monde ; et pour ce faire, elle accomplira particulièrement ce qui suit. 2. Jésus-Christ ayant dit : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses, dont vous aurez besoin, vous seront données par-dessus ; un chacun tâchera de préférer les choses spirituelles aux temporelles, le salut de l'âme à la santé du corps, l'honneur de Dieu à celui du monde, et, qui plus est, se résoudra fermement de choisir, avec l'Apôtre, la disette, l'infamie, les tourments, et la mort même, plutôt que d'être séparé de la charité de Jésus-Christ. Et partant il ne se mettra point trop en peine pour les biens de ce monde, ains jettera tous ses soins en la Providence de Notre-Seigneur, tenant pour certain que, tandis qu'il sera bien établi en cette charité et bien fondé en cette confiance, il sera toujours sous la protection du Dieu du ciel, et ainsi aucun mal ne lui arrivera, et aucun bien ne lui manquera, lors même qu'il pensera que tout va être perdu. 3. Et parce que la sainte pratique qui consiste à faire toujours et en toutes choses la volonté de Dieu, est un moyen assuré pour pouvoir bientôt acquérir la perfection chrétienne ; chacun tâchera, selon son possible, de se la rendre familière, en accomplissant ces quatre choses : 1° En exécutant dûment les choses qui nous sont commandées, et fuyant soigneusement celles qui nous sont défendues ; et cela toutes les fois qu'il nous appert que tel commandement, ou telle défense, vient de la part de Dieu, ou de l'Eglise, ou de nos Supérieurs, ou de nos Règles et Constitutions. 2° Entre les choses indifférentes qui se présentent à faire, choisissant plutôt celles qui répugnent à notre nature que celles qui la satisfont, si ce n'est que celles qui lui plaisent soient nécessaires : car alors il les faut préférer aux autres, les envisageant néanmoins, non du côté qu'elles délectent les sens, mais seulement du côté qu'elles sont plus agréables à Dieu. Que si plusieurs choses indifférentes de leur nature, également agréables ou désagréables, se présentent à faire en même temps, alors il est à propos de se porter indifféremment à ce qu'on voudra, comme venant de la divine Providence. 3° Et pour ce qui est des choses qui nous arrivent inopinément, comme sont les afflictions ou consolations, soit corporelles soit spirituelles, en les recevant toutes avec égalité d'esprit, comme sortant de la main paternelle de Notre-Seigneur. 4° Faisant toutes ces choses par le motif que c'est le bon plaisir de Dieu, et pour imiter en cela, autant qu'il nous est possible, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a toujours fait les mêmes choses, et pour la même fin, ainsi qu'il le témoigne lui-même : Je fais, dit-il, toujours les choses qui sont selon la volonté de mon Père. 4. Notre-Seigneur Jésus-Christ demandant de nous la simplicité de la colombe, qui consiste à dire les choses tout simplement, comme on les pense, sans réflexions inutiles, et à agir tout bonnement, sans déguisement ni artifice, ne regardant que Dieu seul ; pour cela un chacun s'efforcera de faire toutes ses actions dans ce même esprit de simplicité, se représentant que Dieu se plaît à se communiquer aux simples et à leur révéler ses secrets, lesquels il tient cachés aux sages et aux prudents du siècle. 5. Mais parce qu'en même temps que Jésus-Christ nous recommande la simplicité de la colombe, il nous ordonne d'user de la prudence du serpent, laquelle est une vertu qui nous fait parler avec discrétion ; c'est pourquoi nous tairons prudemment les choses qu'il n'est pas expédient de dire, particulièrement si de soi elles sont mauvaises et illicites, et retrancherons de celles qui, en quelque façon, sont bonnes, les circonstances qui vont contre l'honneur de Dieu, ou peuvent porter préjudice au prochain, ou nous donner de la vanité ; et pour ce que cette vertu regarde aussi, dans la pratique, le choix des moyens propres pour parvenir à leur fin, nous aurons pour maxime inviolable de prendre toujours des moyens divins pour les choses divines, et de juger des choses suivant le sentiment et le jugement de Jésus-Christ, et jamais suivant celui du monde, ni selon le faible raisonnement de notre esprit ; et ainsi nous serons prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. 6. Tous étudieront soigneusement la leçon que Jésus-Christ nous a enseignée en disant : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cur ; considérant que, comme il assure lui-même, par la douceur on possède la terre, parce qu'agissant dans cet esprit, on gagne les curs des hommes, pour les convertir à Dieu, à quoi l'esprit de rigueur met empêchement ; et que par l'humilité on acquiert le ciel, où nous élève l'amour de notre propre abjection, nous faisant monter comme par degrés, de vertu en vertu, jusqu'à ce que l'on y soit parvenu. 7. Or, cette humilité que Jésus-Christ nous recommande si souvent de parole et d'exemple, et à l'acquisition de laquelle la Congrégation doit travailler de toutes ses forces, doit avoir trois conditions, dont la première est de nous estimer avec toute sincérité dignes de mépris ; la deuxième, être bien aises que les autres connaissent nos défauts et nous en méprisent ; la troisième, cacher le peu de bien que Dieu fera par nous, ou en nous, dans la vue de notre propre bassesse, et si cela ne se peut, l'attribuer totalement à la miséricorde de Dieu et aux mérites des autres. Et c'est ici le fondement de la perfection évangélique, et le nud de toute la vie spirituelle. Qui aura cette vertu obtiendra facilement toutes les autres ; mais celui qui ne l'aura point sera dépouillé du bien même qui est en lui, et vivra dans des inquiétudes continuelles. 8. Jésus-Christ ayant dit : Que celui qui veut venir après moi renonce à soi-même et porte sa croix tous les jours ; et saint Paul ayant ajouté dans le même esprit : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par le moyen de l'esprit vous mortifiez les mouvements de la chair, vous vivrez ; chacun travaillera de tout son possible à cela, savoir est, à une continuelle mortification de sa propre volonté, de son propre jugement, et de tous ses sens. 9. Chacun renoncera pareillement à l'affection immodérée de ses parents. selon le conseil de Jésus-Christ, qui exclut du nombre de ses disciples tous ceux qui ne haïssent pas père, mère, frères et surs, et qui promet le centuple en ce monde et la vie éternelle en l'autre, à ceux qui les auront quittés pour suivre le conseil de l'Evangile ; nous faisant voir par là le grand empêchement que l'attache à la chair et au sang apporte à la perfection chrétienne. On ne laissera pas pourtant de les aimer, mais ce sera d'un amour spirituel et selon l'esprit de Jésus-Christ. 10.
Tous s'étudieront avec toute la diligence possible à la
vertu d'indifférence. que Jésus-Christ et les saints ont
tant estimée et si bien pratiquée, en sorte qu'ils n'aient
aucune attache ni aux emplois, ni aux personnes, ni aux lieux, particulièrement
à leur pays, ni à aucune autre chose semblable ; ains qu'ils
soient toujours prêts et ponctuels à quitter tout cela de
bon cur, dès que le Supérieur leur aura notifié
sa volonté, même par signe ; et qu'ils agréent tout
refus ou tout changement qu'il trouvera bon de faire. reconnaissance en
vue de Dieu, que tout ce qu'il a fait est bien fait 12. Les actes de la charité envers le prochain seront toujours en vigueur parmi nous, comme : 1° de faire aux autres le bien que nous voudrions raisonnablement qu'ils nous fissent ; 2° ne jamais contredire personne, et trouver tout bon en Notre-Seigneur ; 3° s'entre-supporter les uns les autres sans murmurer ; 4° pleurer avec ceux qui pleurent ; 5° se réjouir avec ceux qui se réjouissent ; 6° se prévenir d'honneur les uns les autres ; 7° leur témoigner de l'affection et leur rendre cordialement service ; bref, se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. Tout cela s'entend, quand il n'y a rien contre les Commandements de Dieu ou de l'Eglise, ni contre nos Règles ou Constitutions. 13. Si quelquefois la divine Providence permet que la calomnie et la persécution attaquent et exercent la Congrégation, quelqu'une de ses maisons, ou quelque particulier du corps d'icelle, quoique sans sujet, nous nous garderons bien d'user d'aucune vengeance ou malédiction, ou même d'aucune plainte contre tels persécuteurs et calomniateurs ; mais au contraire nous en louerons et bénirons Dieu et lui en rendrons grâces, nous en réjouissant comme d'une occasion d'un grand bien, et qui part de la main du Père des lumières ; voire même nous prierons Dieu de bon cur pour eux tous, et leur ferons très volontiers du bien, quand nous en aurons l'occasion et le pouvoir ; nous représentant que Jésus-Christ nous l'ordonne comme à tous les autres chrétiens, disant : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haissent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Et afin que nous observions plus aisément et allègrement tout cela, il nous assure qu'en cela nous serons bien heureux, et que nous devons en être bien aises et tressaillir de joie, pour ce qu'il y a pour nous une grande récompense dans le ciel. Et ce qui est plus considérable, il a bien daigné lui-même tout le premier pratiquer cela à l'égard des hommes, afin de nous donner exemple ; en quoi l'ont ensuite imité les apôtres, les disciples et une infinité de chrétiens. 14. Quoique nous devions faire notre possible pour garder toutes ces maximes évangéliques, comme étant très saintes et utiles, y en ayant toutefois entre elles qui nous sont plus propres que les autres, savoir celles qui recommandent spécialement la simplicité, l'humilité, la douceur, la mortification et le zèle des âmes ; la Congrégation s'y étudiera d'une manière plus particulière, en sorte que ces cinq vertus soient comme les facultés de l'âme de toute la Congrégation, et que les actions d'un chacun de nous en soient toujours animées. 15. Et d'autant que Satan tâche toujours de nous détourner de la pratique de ces maximes, en y opposant les siennes toutes contraires ; chacun apportera une très grande prudence et vigilance à les combattre fortement et courageusement, surtout celles qui s'opposent le plus à l'esprit de notre Institut, qui sont : 1° la prudence humaine ; 2° l'envie de paraître aux yeux des hommes ; 3° le désir de faire que chacun se soumette toujours à notre jugement et à notre volonté ; 4° la recherche de notre propre satisfaction en toutes choses ; 5° l'insensibilité pour la gloire de Dieu, et pour le salut du prochain. 16. Et d'autant que cet esprit malin se change souvent en ange de lumière, et nous trompe quelquefois par ses illusions, on se gardera bien de s'y laisser surprendre ; et sera-t-on soigneux d'apprendre les moyens de les discerner et surmonter. Et l'expérience nous faisant voir que le moyen le plus présent et le plus sur, en ce cas, est de se découvrir promptement à ceux qui sont destinés de Dieu pour cela ; dès que quelqu'un aura des pensées suspectes d'illusions, ou quelque peine intérieure, ou tentation notable, il s'en découvrira, le plus tôt qu'il pourra, au Supérieur ou au directeur à ce député, afin qu'il y apporte le remède convenable ; lequel chacun recevra et agréera comme venant de la main de Dieu, et s'y soumettra avec confiance et respect. Surtout, il se gardera bien d'en parler à d'autres, soit de la maison, soit de dehors ; l'expérience nous faisant voir qu'en se découvrant ainsi à d'autres on empire son mal, qu'on en infecte les autres, et que même cela porte à la fin un grand préjudice à toute la Congrégation . 17. Et d'autant que Dieu veut que chacun ait soin de son prochain, et qu'étant tous membres d'un même corps mystique, nous devons nous entraider les uns les autres ; dès que quelqu'un aura appris qu'un autre souffre quelque forte tentation, ou qu'il a fait quelque faute notable, soudain s'animant de l'esprit de charité, il procurera en la meilleure manière qu'il pourra, que le Supérieur apporte à ces deux maux, dûment et en temps requis, les remèdes convenables. Et afin qu'on puisse mieux s'avancer dans la vertu, chacun trouvera bon et agréera que, dans le même esprit de charité, ses fautes soient découvertes au Supérieur, par qui que ce soit, qui les aura remarquées hors de la confession. 18. La mission de Jésus-Christ s'étant faite au monde, pour rétablir l'empire de son Père dans les âmes, que l'esprit malin lui avait ravies par l'amour déréglé des richesses, de l'honneur et du plaisir qu'il avait finement répandu dans le cur des hommes, ce bénin Sauveur jugea qu'il était à propos de combattre son adversaire par des armes contraires, savoir : par la pauvreté, par la chasteté et par l'obéissance, comme il a fait jusqu'à la mort. Et cette petite Congrégation de la Mission, ayant été suscitée en l'Eglise pour s'employer au salut des âmes, principalement du pauvre peuple des champs, elle a pensé qu'elle ne se pouvait servir d'armes meilleures et plus propres que de celles mêmes, dont cette sagesse éternelle s'est servie si heureusement et si avantageusement. C'est pourquoi, tous et chacun de notre Congrégation garderont fidèlement et perpétuellement cette pauvreté, chasteté et obéissance, selon notre Institut. Et afin qu'ils puissent plus sûrement, plus facilement et même avec plus de mérite, persévérer jusqu'à la mort dans la pratique de ces vertus, un chacun tâchera, avec l'aide de Dieu, d'exécuter le plus fidèlement qu'il pourra, ce qui est ordonné sur ce sujet dans les chapitres suivants. Chapitre III. DE LA PAUVRETÉ 1. Jésus-Christ, vrai Seigneur de tous les biens du monde, ayant embrassé la pauvreté d'une manière si particulière, qu'il n'avait pas où reposer sa tête, et ayant mis ceux qui l'ont suivi en sa mission, à savoir, ses Apôtres et ses disciples, dans un semblable état de pauvreté, jusqu'au point de n'avoir rien en propre, afin qu'étant ainsi dégagés, ils pussent mieux et plus aisément combattre et vaincre l'esprit des richesses, qui va perdant presque tout le monde ; chacun tâchera, selon son petit pouvoir, de l'imiter en la pratique de cette vertu, s'assurant qu'elle sera comme le fort imprenable qui doit, avec l'aide de Dieu, conserver toujours la Congrégation. 2. Et quoique nos emplois dans les missions, à raison que nous devons les exercer gratuitement, ne nous peuvent permettre que nous fassions profession de pauvreté en toutes les manières, nous essayerons néanmoins de la garder de volonté et d'affection, et, autant que nous le pourrons, d'effet, et principalement à l'égard des choses qui nous sont ici ordonnées. 3. Tous et un chacun de notre Congrégation, sauront qu'à l'exemple des premiers chrétiens, toutes choses nous seront communes et qu'elles seront distribuées à chacun par les Supérieurs : à savoir la nourriture, le vêtement, les livres et les meubles, et les autres choses selon le besoin de chaque particulier ; de peur toutefois que nous fassions quoi que ce soit contre la pauvreté que nous avons embrassée, personne ne pourra disposer de ces biens de la Congrégation, ni en rien employer sans la permission du Supérieur. 4. De plus, personne n'aura rien, sans que le Supérieur le sache, ou le permette, et qu'il ne soit prêt de quitter incontinent que le même Supérieur le lui aura ordonné, ou même fait signe qu'il le désire. 5. Personne n'usera d'aucune chose comme propre ; ne donnera, ne recevra, ne prêtera, n'empruntera ni ne demandera rien d'ailleurs, sans la licence du Supérieur. 6. Personne ne prendra rien pour soi de ce qui est destiné à l'usage des autres, ou mis à part pour la Communauté, ou délaissé de quelqu'un, non pas même des livres ; ne donnera non plus aux autres ce qui lui aura été donné pour son usage, sans le consentement du Supérieur. Nul aussi ne laissera, par sa négligence, rien perdre ni rien gâter de tout cela. 7. Personne ne recherchera les choses superflues ni les curieuses. Et pour ce qui est des nécessaires, chacun règlera si bien ses inclinations en cela, que son vivre, sa chambre et son lit soient accommodés en la manière qui convient à un pauvre, et qu'en ces choses-là, comme en toutes autres, il soit prêt de ressentir quelques effets de la pauvreté, voire même de souffrir de bon cur qu'on lui donne le pire de tout ce qui est dans la maison. 8. Et afin qu'on ne voie rien chez nous, qui ressente le moins du monde la propriété, nos chambres ne seront pas tellement fermées qu'on ne les puisse ouvrir par dehors, et il n'y aura point de coffre ni autre chose semblable fermée à clef particulière, sans l'expresse permission du Supérieur. 9. Nul de ceux qui iront en une autre maison, n'emportera rien de celle d'où il sort, sans la licence du Supérieur. 10. Et parce qu'on peut pécher contre la vertu de pauvreté, par le seul désir déréglé d'avoir des biens temporels ; un chacun se donnera soigneusement de garde, que ce mal ne se saisisse de son cur, même à l'égard des bénéfices qu'il pourrait rechercher sous couleur de quelque bien spirituel à faire, et partant il n'aspirera pas même à aucun bénéfice, ou dignité ecclésiastique, quelque prétexte qu'il puisse avoir. Chapitre
IV. DE LA CHASTETÉ 1. Le Sauveur du monde a bien montré qu'il avait extrêmement à cur la chasteté, et combien il désirait la répandre dans les curs des hommes. en ce qu'il a voulu passer par-dessus l'ordre qu'il avait établi en la nature, pour naître par l'opération du Saint-Esprit, d'une Vierge immaculée : et il a eu si grande horreur du vice contraire, que, quoiqu'il ait permis qu'on lui ait imputé faussement les crimes les plus énormes, pour être rempli d'opprobres, selon le désir qu'il en avait, on ne lit point, néanmoins, que personne, non pas même ses plus grands ennemis, l'aient jamais accusé, ni même soupçonné de ce vice. Et partant, il importe beaucoup que la Congrégation ait un singulier et très ardent désir de cette vertu, et fasse en tout temps et en tout lieu profession particulière de la pratiquer très parfaitement. Ce que nous devons avoir d'autant plus à cur, que nos emplois de la Mission nous obligent plus étroitement à converser presque continuellement avec les séculiers de l'un et de l'autre sexe ; c'est pourquoi chacun apportera de son côté tout le soin, la diligence et la précaution possible pour conserver entièrement cette chasteté, tant à l'égard du corps, qu'à l'égard de l'âme. 2. Or, afin qu'avec l'aide de Dieu, on puisse faire tout cela, on gardera très soigneusement ses sens, tant intérieurs qu'extérieurs ; on ne parlera jamais aux femmes seul à seule, en lieu et temps indus. On s'abstiendra entièrement de leur parler et de leur écrire en termes trop affectueux, quoique ce fût en matière de dévotion, on ne s'approchera pas trop d'elles en les confessant, ni en leur parlant hors de la confession ; et qu'on se donne bien de garde de présumer de sa chasteté. 3. Et d'autant que l'intempérance est comme la mère et la nourrice de l'impureté, chacun sera tempéré en son manger, et, autant qu'il pourra, usera de viandes communes et trempera beaucoup son vin. 4. De plus, nous nous persuaderons tous que ce n'est pas assez aux missionnaires d'exceller en cette vertu, mais qu'il faut encore faire tout notre possible à ce que personne au monde ne puisse soupçonner tant soit peu aucun des Nôtres du vice contraire : parce que ce seul soupçon, quoique très mal fondé, nuirait plus à la Congrégation et à ses saints emplois, que tous les autres crimes qu'on nous pourrait faussement imputer, en ce principalement qu'il ne se recueillerait que peu ou point de fruit de nos missions. Et partant nous ne nous contenterons pas d'user des moyens ordinaires, pour prévenir ou réparer ce mal, mais encore nous y emploierons, si besoin est, les extraordinaires, comme serait entre autres, de s'abstenir parfois de faire des actions, qui seraient d'ailleurs licites, et mêmes bonnes et saintes ; cela s'entend, lorsqu'au jugement du Supérieur ou Directeur, ces choses semblent donner lieu de craindre ce soupçon. 5. Et d'autant que l'oisiveté est la marâtre des vertus, principalement de la chasteté, un chacun fuira tellement ce vice, qu'il puisse être trouvé toujours utilement occupé. Chapitre V. DE L'OBÉISSANCE 1. Pour honorer l'obéissance que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a enseignée de parole et d'exemple, l'ayant bien voulu exercer sur la terre à l'égard de la très sainte Vierge, de saint Joseph, et des autres personnes constituées en dignité, soit bonnes, soit mauvaises ; nous obéirons exactement à nos Supérieurs, et à chacun d'eux, les regardant en Notre-Seigneur, et Notre-Seigneur en eux ; principalement à notre Saint-Père le Pape, auquel nous obéirons avec tout le respect, la fidélité et la sincérité possibles. Nous rendrons aussi humblement et fidèlement obéissance, selon notre Institut, à Nosseigneurs les Illustrissimes et Révérendissimes Evêques, dans les diocèses desquels nous sommes établis. De plus. nous n'entreprendrons rien dans les églises paroissiales, sans le consentement de Messieurs les Pasteurs. 2. Nous obéirons aussi tous au Supérieur général, promptement, gaiement et persévéramment, en toutes choses où l'on ne verra point de péché, et avec une obéissance aveugle et une entière soumission de jugement et de volonté, et cela, non seulement à l'égard de sa volonté signifiée, mais aussi à l'égard de ses intentions, estimant que ce qu'il ordonne est toujours pour le mieux, et nous mettant à sa disposition, comme la lime entre les mains de l'artisan . 3. Et cette obéissance se rendra pareillement aux autres Supérieurs, tant particuliers que Visiteurs, comme aussi aux officiers subalternes. Chacun tâchera aussi d'obéir au son de la cloche comme à la voix de Jésus-Christ ; en sorte qu'au premier coup qu'on entendra, on s'étudie à quitter tout, même la lettre commencée. 4. Et afin que la Congrégation fasse plus aisément et plus tôt progrès en cette vertu, elle tâchera, selon son possible, d'entretenir toujours en vigueur la sainte pratique de ne rien demander, ni rien refuser. Néanmoins, quand quelqu'un reconnaîtra que quelque chose lui est nuisible ou nécessaire, il pensera devant Dieu, s'il la doit proposer au Supérieur ou non, et se mettra en état d'indifférence pour la réponse qui lui sera faite ; et étant ainsi disposé, il la lui proposera, et tiendra pour certain que la volonté de Dieu lui sera signifiée par celle du Supérieur : laquelle lui étant connue, soudain il demeurera en paix. 5. Tous, aux jours et heures assignés de chaque semaine, se rendront au lieu destiné pour entendre les avertissements que le Supérieur donnera pour le bon ordre de la maison, comme aussi pour lui proposer ce qu'on aura à lui demander. 6. Personne ne commandera rien aux autres, ni ne les reprendra d'aucun défaut, s'il n'a ordre du Supérieur de le faire, ou s'il n'y est déjà obligé à raison de son office. 7. Nul ayant été refusé d'un Supérieur, ne s'adressera pour la même chose à un autre Supérieur, sans lui dire comme il en a été refusé, et la cause du refus. 8. Personne ne laissera l'emploi qu'on lui aura donné, sous prétexte de quelque autre affaire qui lui sera survenue, sans en avoir donné de bonne heure avis à quelqu'un de ses Supérieurs, afin que, si besoin est, il en substitue un autre. 9. Comme personne ne doit s'ingérer dans l'office ou emploi d'un autre ; ainsi quand quelqu'un sera prié par un autre, particulièrement par quelqu'un des officiers, même des moindres, de l'aider en passant, il le fera bénignement, s'il n'y a rien qui l'en empêche. S'il fallait néanmoins s'y arrêter trop longtemps, on ne le fera pas, sans avoir auparavant obtenu la permission du Supérieur. 10. Personne n'entrera dans le lieu destiné pour l'office d'un autre, sans la permission du Supérieur ; si c'est pourtant en choses nécessaires, la licence du préfet du lieu suffira. 11. Afin d'obvier à plusieurs inconvénients de grande conséquence qui pourraient arriver, nul n'écrira, ni n'enverra, ni n'ouvrira des lettres sans la permission du Supérieur, entre les mains duquel chacun remettra celles qu'il aura écrites, pour les envoyer ou les retenir comme bon lui semblera. 12. Et afin que l'obéissance contribue aussi pour quelque chose à la santé du corps, personne ne boira ni ne mangera hors les heures accoutumées, sans licence du Supérieur. 13. Nul n'entrera dans la chambre d'un autre, s'il n'a permission générale ou particulière du Supérieur, et si celui qui est dedans, ne lui dit : entrez ; et quand il y sera, la porte se tiendra ouverte tout le temps qu'ils y demeureront ensemble. 14. Nul aussi ne mènera les autres, particulièrement les externes, en sa chambre, sans en avoir la licence du même Supérieur. 15. Personne ne composera ou tournera d'une langue en une autre aucun livre et le mettra en lumière, sans l'expresse approbation et permission du Supérieur général. 16. Nul de nos Frères coadjuteurs, destinés à l'office de Marthe, n'aspirera à apprendre la langue latine, et encore moins à l'état ecclésiastique. Que si quelqu'un sentait en avoir le désir, il tâchera de l'étouffer promptement, comme venant du malin esprit, qui, possible, le veut perdre par un fin orgueil, caché sous l'apparence du zèle des âmes. Et pour ce qui est d'apprendre à lire ou à écrire, ils ne le feront pas sans expresse licence du Supérieur général. Chapitre VI. DE CE QUI CONCERNE LES MALADES 1. L'une des choses que Jésus-Christ pratiquait et recommandait plus fréquemment à ceux qu'il envoyait travailler à sa vigne, ayant été la visite et l'assistance des malades, particulièrement des pauvres, la Compagnie aura un soin particulier de les visiter et assister, avec le consentement du Supérieur, non seulement les Nôtres, mais encore ceux du dehors, les secourant corporellement et spirituellement, selon notre possible et commodité, principalement dans les missions ; et de plus, prenant un grand soin d'établir et de visiter la Confrérie de la charité. 2.
En quelque lieu qu'on visite quelque malade, soit en la maison, soit chez
les externes, on les regardera, non comme un simple homme, mais comme
Jésus-Christ même, qui assure que c'est à lui qu'on
rend ce service. Et partant, chacun s'y comportera modestement et y parlera
bas et de choses qui puissent réjouir et consoler le malade, et
ensemble édifier les assistants. 3. Nos malades aussi se persuaderont qu'ils ne sont pas dans l'infirmerie et dans le lit, seulement pour y être médicamentés et guéris, mais aussi pour y enseigner, comme dans une chaire de prédicateur, du moins par leur exemple, les vertus chrétiennes, particulièrement la patience et la conformité au bon plaisir de Dieu ; et ainsi édifier tous ceux qui les visiteront ou assisteront ; en sorte que leur vertu se perfectionne dans leur infirmité. Et pour ce qu'entre toutes les vertus requises en un malade, l'obéissance est encore fort nécessaire, ils obéiront très exactement, non seulement aux médecins spirituels, mais aussi aux corporels, à l'infirmier, et aux autres qui auront ordre de les assister. 4. Et afin qu'il ne se glisse aucun abus en ce qui concerne les malades, tous ceux qui se sentiront indisposés, en donneront avis au Supérieur, ou au préfet de santé, ou à l'infirmier ; mais personne ne prendra aucune médecine, ou ne se servira de notre médecin, ou n'en consultera quelque autre, sans la permission du Supérieur.
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