Constitutions
de la
Congrégation de la Mission

Introduction et 1ère Partie,  (art. 1 à 9)
2ème Partie,   (art. 10 à 95)
3ème Partie,   (art. 96 à 155)

INTRODUCTION

La Congrégation de la Mission, fondée par saint Vincent de Paul, répondant à la volonté de l'Eglise, révise son droit fondamental propre ; elle veut par-là, au souffle de Vatican II, renouveler son action apostolique et sa vie dans le monde de ce temps.

Aussi éprouve-t-elle le sentiment profond de vivre une heure toute spéciale de grâce et perçoit-elle l'action de l'Esprit du Seigneur qui passe sur elle et l'invite à se rénover, en suivant les traces de saint Vincent.

Désirant sauvegarder et affirmer sa place et sa fin traditionnelles dans~ l'Eglise, cette Congrégation estime nécessaire de faire retour à ses origines, à l'expérience spirituelle et au dessein de saint Vincent. Elle pense pouvoir ainsi mieux distinguer son caractère propre et l'esprit de son Fondateur et y être fidèle. Elle puisera à ces mêmes sources une inspiration stimulante en vue de répondre à sa vocation, dans un souci attentif à la volonté de Dieu qui se manifeste à elle de façon particulière dans les besoins des pauvres de la société contemporaine, comme elle s'était déjà manifestée à saint Vincent. Né au village de Pouy en 1581, Vincent de Paul vit, dès son enfance, parmi les pauvres et expérimente leurs conditions d'existence. Il est ordonné prêtre en 1600.11 cherche pendant un certain temps à fuir la pauvreté de ses origines ; toutefois, sous la conduite de ses maîtres spirituels, il se sent pressé par le souci de poursuivre une plus haute sainteté. A travers les événements de sa vie, la divine Providence l'amène à prendre enfin la ferme décision de se consacrer au salut des pauvres.

Il se rend compte en effet que l'évangélisation des pauvres revêt une extrême urgence tandis qu'il exerce son ministère à Gannes et, le 25 janvier 1617, à Folleville : comme il en témoigne lui-même, ce fut là l'origine et de sa vocation et de la Mission.

Enfin, lorsque au mois d'août de la même année. à Châtillon-les-Dombes. il fonde les "Charités" pour secourir les malades totalement démunis. il découvre et proclame qu'un lien intime existe entre l'évangélisation des pauvres et leur service.
Progressivement son expérience spirituelle prend forme dans la contemplation et le service du Christ en la personne du pauvre. Bien plus, la vision du Christ envoyé par le Père pour évangéliser les pauvres devient le centre et de sa vie et de son travail apostolique.

Attentif aux appels du monde et de la société de son temps qu'il apprend à lire à la lumière d'un amour toujours plus ardent pour Dieu et les pauvres écrasés par des épreuves de tout genre. Vincent se sent appelé à soulager toutes les détresses.

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Au milieu de ses diverses activités, il donne toujours priorité à la Mission. En effet, les premiers Compagnons qu'il s'est adjoints par contrat daté du 17 avril 1625, pour s'adonner à l'évangélisation des gens de la campagne, signent, le 4 septembre 1626, un Acte d'Association par lequel ils s'engagent à former une Congrégation dans laquelle, vivant ensemble, ils se consacreront au salut des pauvres gens des champs.

Tandis que Vincent et ses compagnons s'activent à l'évangélisation des pauvres, ils comprennent clairement que les fruits de la Mission ne peuvent durer dans le peuple que si l'on pourvoit aussi à la formation des prêtres. Ils inaugurent cette œuvre lorsque, en 1628, à Beauvais, à la demande instante de l'évêque, ils organisent des exercices spirituels pour les Ordinands : ils ont conscience de préparer ainsi de bons pasteurs pour l'Eglise.

Pour mieux répondre à toutes les détresses, Vincent fait appel à tous : riches et pauvres, humbles et puissants ; et il s'efforce par tous les moyens de leur inspirer le sens du pauvre, image privilégiée du Christ, pour les engager directement et indirectement au secours des déshérités. Ce dévouement volontaire et généreux est adopté et suivi par la Compagnie des Filles de la Charité et par les Confréries de la Charité qu'il a déjà fondées. D'autres Associations, comme aussi des particuliers, s'inspirent jusqu'à nos jours de ce même esprit de saint Vincent.

Son zèle à l'égard des pauvres prend une nouvelle dimension avec les missions ad Gentes. lorsque, en 1648, il envoie les premiers Confrères à Madagascar.

Tandis qu'elle se développe, la Congrégation, en tant qu'Institut, en vient à déterminer peu à peu sa vocation, son organisation, son genre de vie fraternelle ; elle affirme énergiquement sa sécularité, alors même que les Confrères raffermissent leur stabilité dans la Congrégation par un vœu particulier et par la pratique de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance. Ces marques distinctives constituent, de nos jours encore. le patrimoine de la Congrégation.

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Tout cela, entièrement conforme aux intentions de notre Fondateur, a été consigné en des documents qui attestent l'origine et l'organisation de la Congrégation, dans les termes utilisés par Urbain VIII en la Bulle Salvatoris Nostri, du 12 janvier 1633, lorsqu'il déclara ce qui suit : «... La fin principale et le but particulier de l'Institut et de tous ses membres est,avec la grâce de Dieu, de travailler à leur propre salut, à celui des habitants des campagnes, hameaux, terres, lieux et des plus humbles villages. Quant aux villes et cités...,là il leur est (seulement) loisible d'y préparer en privé les ordinands ; pour que ceux-ci reçoivent dignement les Ordres,la Mission peut leur procurer... les exercices spirituels...". De son côté, Alexandre VII, par le Bref Ex Commissa Nobis, du 22 septembre 1655, approuva l'émission "des vœux simples de chasteté, pauvreté et obéissance, comme aussi de stabilité en ladite Congrégation à l'effet de s'appliquer toute sa vie au salut des pauvres gens des champs... ; dans la prononciation desquels Vœux personne n'assistera qui les accepte, soit au nom de la Congrégation, soit au Nôtre, ou du Souverain Pontife pour lors séant...". Il y fut ajouté en outre une déclaration selon laquelle "ladite Congrégation de la Mission est exempte de la dépendance des Ordinaires des lieux en tout, excepté que les personnes, qui seront députées par les Supérieurs de la même Congrégation à quelques missions, seront soumises aux Ordinaires seulement quant aux missions... et ce qui les concerne. Et que ladite Congrégation n'est pas pour cela du nombre des ordres religieux, mais est du corps du Clergé séculier».

Vincent s'efforça scrupuleusement de façonner cette Congrégation dans l'esprit du Seigneur. Après plusieurs années d'expérimentation. il lui confia les Règles ou Constitutions Communes. Partant de la contemplation du Seigneur en tout ce qu'il fit et enseigna pour accomplir la volonté du Père qui l'envoyait évangéliser les pauvres, Vincent, dans ces Règles, détermina les maximes de perfection évangélique qui doivent plus précisément inspirer la spiritualité, l'activité apostolique et la vie fraternelle de son Institut.

Au début des Règles Communes, saint Vincent exposa plus nettement la vocation de la Congrégation et sa mission, et il indiqua tout ensemble la voie à emprunter pour accomplir cette mission : «La Sainte Ecriture nous apprend que Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayant été envoyé au monde pour sauver le genre humain, commença premièrement à faire, et puis à enseigner. Il a accompli le premier en pratiquant parfaitement toute sorte de vertus : et le second en évangélisant les pauvres et donnant à ses Apôtres et à ses Disciples la Science nécessaire pour la direction des peuples. Et d'autant que la petite Congrégation de la Mission désire imiter le même Jésus-Christ Notre-Seigneur, selon son petit possible, moyennant sa grâce. tant à l'égard de ses Vertus que de ses Emplois pour le Salut du Prochain, il est bien convenable qu'elle se serve de semblables moyens pour s'acquitter dignement de ce pieux dessein. C'est pourquoi sa fin est : 1) Premièrement de travailler à sa propre Perfection, en faisant son possible de pratiquer les Vertus que ce souverain Maître a daigné nous enseigner, de parole et d'exemple ; 2) de prêcher l'Evangile aux Pauvres, particulièrement à ceux de la campagne ; 3) d'aider les Ecclésiastiques à acquérir les Sciences et les Vertus nécessaires à leur état.»  (Règles Communes, I,1).

C'est en ces termes que saint Vincent a légué à sa postérité spirituelle, les membres de la Congrégation de la Mission, une vocation spécifique, un genre nouveau de vie communautaire, et une fin qui stimule sans cesse. mais qu'il faut pourtant adapter perpétuellement et judicieusement, selon les temps.

2ème Partie,   (art. 10 à 95)
3ème Partie,   (art. 96 à 155)


 

CONSTITUTIONS
DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION

(page 14)

PREMIÈRE PARTIE

VOCATION DE LA CONGRÉGATION

1. La fin de la Congrégation de la Mission est de suivre le Christ Evangélisateur des pauvres. Cette fin se réalise lorsque, fidèles à saint Vincent, Confrères et Communautés :

1° s'emploient de toutes leurs forces à se revêtir de l'esprit du Christ (RC I, 3) pour acquérir la perfection convenable à leur vocation (RC XII, 13) ;
2° s'appliquent à l'évangélisation des pauvres, surtout des plus abandonnés ;
3° aident à la formation des clercs et des laïcs, les amenant à prendre une part plus grande dans l'évangélisation des pauvres.

2. En fidélité à cette fin et centrée sur l'Évangile, toujours attentive aux signes des temps et aux appels plus pressants de l'Église, la Congrégation de la Mission aura soin d'ouvrir des voies nouvelles, d'employer des moyens adaptés aux circonstances de temps et de lieux, et de procéder à l'évaluation et à la coordination de ses activités et de ses ministères ; ainsi se maintiendra-t-elle en état de perpétuel renouveau.

3. § 1. La Congrégation de la Mission est une société cléricale de vie apostolique et de droit pontifical. Ses membres poursuivent une fin apostolique propre, en vertu du patrimoine légué par saint Vincent et approuvé par l'Église ; ils mènent en commun une vie fraternelle selon leur propre mode de vie et tendent par l'observance de leurs Constitutions vers la perfection de la charité.
§ 2. La Congrégation de la Mission, selon la tradition léguée par saint Vincent, exerce son apostolat en étroite collaboration avec les évêques et le clergé diocésain ; pour cette raison, saint Vincent a souvent affirmé que la Congrégation de la Mission appartient au corps du clergé séculier, bien qu'elle jouisse de sa propre autonomie concédée tant par la loi universelle que du fait du privilège de l'exemption.
§ 3. Les membres de la Congrégation de la Mission, en vue de poursuivre plus efficacement et plus sûrement la fin de cette même Congrégation, prononcent les vœux de stabilité, de chasteté, de pauvreté et d'obéissance conformément à leurs Constitutions et Statuts.

4. Pour atteindre, avec la grâce de Dieu, la fin qu'elle se propose, la Congrégation de la Mission, composée de clercs et de laïcs, cherche à se pénétrer des sentiments, des dispositions et, mieux encore, de l'esprit même du Christ qui se manifeste surtout dans les maximes évangéliques, selon l'explication qu'en donnent les Règles Communes.

5. L'esprit de la Congrégation est une participation à l'Esprit du Christ Lui-même, tel que saint Vincent le propose : «Il m'a envoyé évangéliser les pauvres» (Luc 4,18). Ainsi «Jésus-Christ est la règle de la Mission» (SV, XII, 130) et il sera considéré comme le centre de sa vie et de son activité.

6. L'esprit de la Congrégation comprend donc les dispositions intimes de l'Esprit du Christ que le Fondateur recommandait dès les débuts à ses Confrères : amour et vénération envers le Père, amour compatissant et efficace envers les pauvres, docilité à la divine Providence.

7. La Congrégation cherche également à traduire son esprit dans les cinq vertus puisées, elles aussi, à une vision particulière du Christ, à savoir : la simplicité, l'humilité, la douceur, la mortification et le zèle. Comme l'a dit saint Vincent : «La Congrégation s'y étudiera d'une manière plus particulière, en sorte que ces cinq vertus soient comme les facultés de l'âme de toute la Congrégation et que les actions d'un chacun de nous en soient toujours animées» (RC II,14).

8. Tous s'appliqueront à approfondir de plus en plus cet esprit, faisant retour à l'Evangile, à l'exemple et selon l'enseignement de saint Vincent, se souvenant que notre esprit et notre ministère doivent s'alimenter mutuellement.

9. En outre, notre vocation — c'est-à-dire la fin, la nature, l'esprit définis ci-dessus — doit orienter la vie et l'organisation de la Congrégation.


Introduction et 1ère Partie,  (art. 1 à 9)
2ème Partie,   (art. 10 à 95)
3ème Partie,   (art. 96 à 155)